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Le vent de nulle part par J. G. Ballard

Fiche de Le vent de nulle part
Titre : Le vent de nulle part
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1962
Traduction : R. Lathière
Editeur : Presses Pocket
Première page de Le vent de nulle part
« AU début, il y eut la poussière.
Donald Maitland s’en rendit compte lorsqu’un taxi le ramena de l’aéroport de Londres, après quarante-huit heures d’une vaine attente pour le vol de la Pan American à destination de Montréal. Cela faisait maintenant trois jours qu’aucun avion ne décollait plus. La météo persistait dans l’insolite – ciel totalement bouché et plafond à deux cents mètres, le tout accompagné de remous inhabituels, de vents contraires dont la force furieuse atteignait presque celle des ouragans et qui, balayant l’aérodrome, avaient déjà endommagé deux 707 sur les pistes d’envol. Le grand bâtiment du terminal ainsi que les hangars groupés derrière étaient archipleins de passagers prostrés en longues files traînantes parmi leurs valises, tout le monde cherchant à s’y retrouver au milieu des ordres et contrordres donnés sans arrêt. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Le vent de nulle part. »
Le salon des horreurs par J. G. Ballard

Fiche de Le salon des horreurs
Titre : Le salon des horreurs
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1969
Traduction : E. Gille
Editeur : J. C. Lattès
Sommaire de Le salon des horreurs
- Le salon des horreurs
- L’université de la mort
- L’arme de l’assassinat
- Vous ; coma ; Marilyn Monroe
- Notes servant d’introduction à une dépression nerveuse
- Le grand nu américain
- Les cannibales de l’été
- Tolérances du visage humain
- Vous, moi et le continuum
- Plan pour l’assassinat de Jacqueline Kennedy
- Amour et napalm : export USA
- Crash !
- Les générations de l’Amérique
- Pourquoi j’ai envie d’enculer Ronald Reagan
- L’assassinat de John Fitzgerald Kennedy
Première page de Le salon des horreurs
« Apocalypse. Ce salon annuel – auquel les patients eux-mêmes n’étaient pas conviés – avait ceci, entre autres, de troublant que le thème du cataclysme mondial s’exprimait avec insistance dans les toiles, comme si ces patients depuis longtemps incarcérés avaient perçu quelque bouleversement psychique dans l’esprit de leurs médecins et infirmiers. En déambulant dans le gymnase aménagé, Catherine Austin évoquait, devant ces images bizarres où fusionnaient Eniwetok et Luna Park, Freud et Elizabeth Taylor, les diapositives des coupes de moelle épinière accrochées dans le bureau de Travis. Elles pendaient aux murs carrelés, tels les codes de rêves insolubles, les clés d’un cauchemar dans lequel elle avait commencé à jouer un rôle plus délibéré et calculé. Elle boutonna d’un air un peu guindé sa blouse blanche à l’approche du Dr Nathan, qui tenait à la hauteur d’une narine sa cigarette à bout doré. « Ah, Docteur Austin… Qu’en pensez-vous ? Je vois qu’il y a la Guerre en Enfer. » »
Extrait de : J. G. Ballard. « Le salon des horreurs. »
Le rêveur illimité par J. G. Ballard

Fiche de Le rêveur illimité
Titre : Le rêveur illimité
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1979
Traduction : R. Louit
Editeur : Presses Pocket
Première page de Le rêveur illimité
« Et d’abord, pourquoi ai-je volé l’avion ?
Si j’avais su que, dix minutes seulement après avoir décollé de l’aéroport de Londres, l’appareil en flammes irait s’abîmer dans la Tamise, serais-je quand même monté dans le cockpit ? Peut-être, dès ce moment, pressentais-je les étranges événements qui allaient se dérouler dans les heures qui suivirent mon sauvetage.
Je me tiens au centre de cette commune située en bordure du fleuve, et maintenant déserte. En voyant se refléter, dans les vitres d’un proche supermarché, les lambeaux de ma combinaison de pilote, je me rappelle avec précision le moment où j’ai pénétré dans ce hangar non gardé, à l’aéroport. Il y a une semaine, mon esprit était aussi froid et aussi tendu que le plafond métallique au-dessus de ma tête. Tandis que je m’attachais au siège du pilote, je savais que toute une vie d’échecs et de faux départs allait enfin laisser la place au plus simple, au plus mystérieux de tous les actes : le vol ! »
Extrait de : J. G. Ballard. « Le réveur illimité. »
Le monde englouti par J. G. Ballard

Fiche de Le monde englouti
Titre : Le monde englouti
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1962
Traduction : M.-F. Desmoulin
Editeur : Denoël
Première page de Le monde englouti
« Bientôt, il ferait trop chaud.
Il était un peu plus de huit heures ; du balcon de l’hôtel, Kerans observait le soleil se lever derrière les bosquets touffus de gymnospermes géants qui envahissaient les toits des grands magasins abandonnés à quelque quatre cents mètres de là, sur la rive est de la lagune. On ressentait pleinement l’implacable ardeur du soleil, même à travers la masse vert olive des frondes. Les durs rayons réfractés qui frappaient ses épaules et sa poitrine nues faisaient perler les premières gouttes de sueur et il mit une paire d’épaisses lunettes de soleil pour se protéger les yeux. Le disque solaire ne formait plus une sphère aussi nette, mais une grande ellipse étalée qui, à l’orient, se déployait sur l’horizon, comme une boule de feu colossale ; son reflet dans la lagune transformait la surface de plomb éteint en une carapace de cuivre éblouissant.
Dans moins de quatre heures, vers midi, l’eau semblerait brûler.
D’habitude, Kerans se levait à cinq heures et arrivait à la station d’essais biologiques assez tôt pour travailler au moins quatre à cinq heures avant que la chaleur ne devienne insupportable. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Le monde englouti. »
Le massacre de Pangbourne par J. G. Ballard

Fiche de Le massacre de Pangbourne
Titre : Le massacre de Pangbourne
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1988
Traduction : D. Sila-Khan
Editeur : Belfond
Première page de Le massacre de Pangbourne
« Le 25 août 1988. Par où commencer ? On a déjà tant écrit sur ce que la presse populaire du monde entier appelle le « massacre de Pangbourne » qu’il me paraît difficile de garder l’esprit clair en face de cet événement tragique. Depuis deux mois la télévision nous a littéralement bombardés d’émissions commentant l’assassinat des trente-deux occupants de cette résidence de luxe située à l’ouest de Londres, et l’on a tellement spéculé sur l’enlèvement de leurs treize enfants qu’il ne semble guère possible d’échafauder une seule hypothèse nouvelle.
Et pourtant, comme le ministre lui-même l’a fait remarquer ce matin au ministère de l’Intérieur, on ne sait toujours rien des mobiles ni de l’identité des assassins.
— J’ai dit « assassins » au pluriel, docteur Greville, mais on ne peut pas rejeter l’hypothèse d’un meurtrier unique. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Le massacre de Pangbourne. »
Le livre d’or par J. G. Ballard

Fiche de Le livre d’or
Titre : Le livre d’or de la science-fiction
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1980
Traduction : R. Louit
Editeur : Presses Pocket
Sommaire de Le livre d’or
- L’homme subliminal
- L’homme saturé
- Treize pour le centaure
- Chronopolis
- Fin de partie
- Demain, dans un million d’années
- Le jour de toujours
- Un assassin très comme il faut
- Le Vinci dispary
- Perte de temps
- Le géant noyé
- La cage de sable
- Les statues qui chantent
- Amour et napalm : export USA
Première page de L’homme subliminal
« Les signaux, docteur ! Avez-vous vu les signaux ? » Le front barré par la contrariété, le docteur Franklin pressa l’allure et se hâta de descendre le perron de l’hôpital pour gagner les files de voitures en stationnement. Il apercevait du coin de l’œil le jeune homme en jean taché de peinture et en sandales effilochées, qui agitait le bras de l’autre côté de l’allée.
« Les signaux, docteur Franklin ! »
Tête baissée, Franklin évita un couple d’âge mur qui s’approchait de la sortie de la consultation. La voiture du médecin était garée à plus de cent mètres de là. Trop fatigué pour se mettre à courir, Franklin se laissa rattraper par le jeune homme. »
Extrait de : J. G. Ballard. « Le livre d’or de la science-fiction. »
La vie et rien d’autre par J. G. Ballard

Fiche de La vie et rien d’autre
Titre : La vie et rien d’autre
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 2008
Traduction : M. Charrier
Editeur : Denoël
Première page de La vie et rien d’autre
« Je suis né à l’Hôpital général de Shanghai le 15 novembre 1930, au terme d’un accouchement difficile. Ma mère, frêle Anglaise aux hanches étroites, me le décrivait des années plus tard avec complaisance, comme s’il fallait y voir le signe de la muflerie générale du monde. Elle racontait souvent au dîner que j’avais la tête terriblement déformée à la naissance, ce qui expliquait de toute évidence à ses yeux ma personnalité rebelle d’adolescent, puis de jeune homme (d’après mes amis médecins, ce genre de déformation n’a rien de remarquable). Ma sœur, Margaret, est venue au monde en septembre 1937 grâce à une césarienne, mais jamais je n’ai entendu ma mère s’exprimer sur la signification plus large de l’événement.
Notre famille habitait le 31, Amherst Avenue, dans les faubourgs ouest de Shanghai, à environ huit cents mètres de la concession internationale, quoique à l’intérieur de la vaste zone placée sous le contrôle de
la police municipale. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La vie et rien d’autre. »
La trilogie du béton par J. G. Ballard

Fiche de La trilogie du béton
Titre : La trilogie du béton – intégrale
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 2015
Traduction : R. Louit, G. Fradier
Editeur : Gallimard
Sommaire de La trilogie du béton
- Crash !
- L’île de béton
- I. G. H.
Première page de Crash !
« Vaughan est mort hier dans son dernier accident. Le temps que dura notre amitié, il avait répété sa mort en de multiples collisions, mais celle-là fut la seule vraie. Lancée vers la limousine de l’actrice, sa voiture a franchi le garde-corps du toboggan de l’aéroport de Londres et plongé à travers le toit d’un car rempli de voyageurs. Les corps broyés en grappes des touristes, comme une hémorragie du soleil, étaient toujours plaqués sur les sièges de vinyle lorsque je me suis frayé un chemin parmi les techniciens de la police, une heure plus tard. Cramponnée au bras de son chauffeur, l’actrice Elizabeth Taylor, avec qui Vaughan avait depuis tant de mois rêvé de mourir, se tenait à l’écart sous les feux tournants de l’ambulance. Quand je me suis penché au-dessus de Vaughan, elle a porté une main gantée à sa gorge.
Voyait-elle, dans la position du corps, la formule de mort que Vaughan avait conçue pour elle ? Les dernières semaines de sa vie, Vaughan ne pensait qu’à la mort de l’actrice, à ce sacre des blessures qu’il avait mis en scène avec la dévotion d’un chef du protocole. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La trilogie de béton : Crash, L’île de béton, I.G.H. »
La région du désastre par J. G. Ballard

Fiche de La région du désastre
Titre : La région du désastre
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1967
Traduction : P. K. Rey
Editeur : J’ai lu
Sommaire de La région du désastre
- Rêve d’oiseau
- La ville concentrationnaire
- L’homme subliminal
- Que s’éveille la mer
- Moins un
- Faux-fuyants
- Zone de terreur
- Trou d’homme n° 69
- L’homme impossible
Première page de Rêve d’oiseau
« L’aube s’est levée sur les corps des oiseaux morts luisant dans la lumière liquide du marais, leur plumage gris flottant sur les eaux calmes comme des nuages décrochés des cieux. Tous les matins, lorsque Crispin montait sur le pont de la vedette, c’était le même spectacle : des cadavres d’oiseaux voguant au fil des criques et des chenaux, des cadavres vieux de deux mois que le faible courant avait nettoyés de leurs plaies, et, longeant la rivière, la femme aux cheveux blancs qui vivait dans la maison abandonnée sous la falaise. Sur toute la longueur de la rive étroite, gisaient les grands oiseaux, plus gros que des condors, que la femme, sous le regard attentif de Crispin depuis la passerelle du bateau, foulait aux pieds en se baissant de temps à autre pour arracher une plume aux ailes déployées. Au terme de sa promenade, elle s’en retournait vers la maison vide à travers la prairie détrempée, les bras chargés de longues plumes blanches.
Au début, Crispin avait éprouvé un obscur sentiment de gêne à voir cette étrange femme descendre jusqu’à la grève et dépouiller tranquillement de leur plumage les cadavres d’oiseaux. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La région du désastre. »
La plage ultime par J. G. Ballard

Fiche de La plage ultime
Titre : La plage ultime
Auteur : J. G. Ballard
Date de parution : 1964
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : J’ai lu
Sommaire de La plage ultime
- Un problème de rentrée
- Le géant noyé
- Fin de partie
- L’homme illuminé
- L’enclos des reptiles
- Le delta au crépuscule
- La plage ultime
- Fin fond
- Les danses du volcan
- Billenium
- Le Vinci disparu
Première page de Un problème de rentrée
« Toute la journée, ils avaient remonté le courant d’un train régulier, en s’arrêtant parfois pour relever l’hélice et couper les nœuds d’herbe, et vers trois heures de l’après-midi, ils avaient couvert quelque cent vingt kilomètres. Cinquante mètres plus loin, de part et d’autre de la vedette, les gorges abruptes du fleuve tropical surplombaient l’eau, entaillant le massif du Mato Grosso qui balayait l’Amazonie de Campos Buros au delta de l’Orénoque. Malgré leur progression – ils avaient quitté la station télégraphique de Très Buritis à sept heures ce matin-là –, le fleuve ne semblait guère vouloir rétrécir, ni altérer son débit. Obscure, immuable, la forêt suivait son cours : sa voûte aérienne cachait le soleil et, le long des rives, parait l’eau d’un lustre de velours noir. Parfois, le canal s’élargissait en une vaste étendue d’eau morte que de lents tourbillons huileux changeaient en miroir stagnant du ciel lointain, énigmatique ; çà et là des îlots de rondins de balsa pourris se réfractaient dans les strates de brume de chaleur, archipels à la dérive d’un rêve entr’aperçu. Puis le canal se resserrait et l’obscurité de la jungle enveloppait la vedette de sa fraîcheur. »
Extrait de : J. G. Ballard. « La plage ultime. »