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Charles Baudelaire par Théophile Gautier

Fiche de Charles Baudelaire

Titre : Charles Baudelaire
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1929
Editeur : Rivages poche

Première page de Charles Baudelaire

« La première fois que nous rencontrâmes Baudelaire, ce fut vers le milieu de 1843, à l’hôtel Pimodan où nous occupions, près de Fernand Boissard, un appartement fantastique qui communiquait avec le sien par un escalier dérobé caché dans l’épaisseur du mur, et que devaient hanter les ombres des belles dames aimées jadis de Lauzun. Il y avait là cette superbe Maryx qui, toute jeune, a posé pour la Mignon de Scheffer, et, plus tard, pour la Gloire distribuant des couronnes de Paul Delaroche, et cette autre beauté, alors dans toute sa splendeur, dont Clesinger tira la Femme au serpent, ce marbre où la douleur ressemble au paroxysme du plaisir et qui palpite avec une intensité de vie que le ciseau n’avait jamais atteinte et qu’il ne dépassera pas.

Charles Baudelaire était encore un talent inédit, se préparant dans l’ombre pour la lumière, avec cette volonté tenace qui, chez lui, doublait l’inspiration ; mais son nom commençait déjà à se répandre parmi les poètes et les artistes avec un certain frémissement d’attente, et la jeune génération, venant après la grande génération de 1830, semblait beaucoup compter sur lui. Dans le cénacle mystérieux où s’ébauchent les réputations de l’avenir, il passait pour le plus fort. Nous avions souvent entendu parler de lui, mais nous ne connaissions aucune de ses œuvres. »

Extrait de : T. Gautier. « Charles Baudelaire. »

Celle-ci et celle-là par Théophile Gautier

Fiche de Celle-ci et celle-là

Titre : Celle-ci et celle-là ou la Jeune France passionnée
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1853
Editeur : BnF

Première page de Celle-ci et celle-là

« Le 31 août, à midi moins cinq, Rodolphe, plus matineux que de coutume, se jeta en bas de son lit, et alla se planter tout d’abord devant la glace de la cheminée, pour voir s’il n’aurait pas, d’aventure, changé de physionomie en dormant, et pour se constater à lui-même qu’il n’était pas un autre, cérémonie préliminaire à laquelle il ne manquait jamais, et sans quoi il n’aurait pu vivre convenablement sa journée. S’étant assuré qu’il était bien le Rodolphe de la veille, qu’il n’avait que deux yeux ou à peu près selon son habitude, que son nez était à sa place ordinaire, qu’il ne lui était pas poussé de cornes pendant son sommeil, il se sentit soulagé d’un grand poids, et entra dans une merveilleuse sérénité d’esprit. Du miroir, ses yeux se portèrent par hasard sur un almanach accroché à un clou doré au long de la boiserie, et il vit, ce qui le surprit fort, car c’était le personnage le moins chronologique qui fût au monde, que c’était précisément le jour de sa naissance, et qu’il avait vingt et un ans. De l’almanach, son regard tomba sur un rouleau de papier tout humide, tacheté d’encre et bosselé de caractères informes : c’était la dernière feuille d’un grand poème qu’il avait sous presse, et qui devait immanquablement faire reluire son nom entre les plus beaux noms. »

Extrait de : T. Gautier. « Celle-ci et Celle-là – ou la Jeune France passionnée. »

Caprices et zigzags par Théophile Gautier

Fiche de Caprices et zigzags

Titre : Caprices et zigzags
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1856
Editeur : BnF

Sommaire de Caprices et zigzags

  • Un tour en Belgique et en Hollande
  • Une journée à Londres
  • Pochades, zigzags et paradoxes
  • Gastronomie britannique
  • Les races d’Ascot
  • En Chine
  • L’Inde
  • Voyage hors barrières
  • Chiens et rats
  • Paris futur
  • Une visite – chez Merodach-Baladan
  • Les Bayadères

Première page de Un tour en Belgique et en Hollande

« Avant de commencer le récit de ma triomphante expédition, je crois devoir déclarer à l’univers qu’il ne trouvera ici ni hautes considérations politiques, ni théories sur les chemins de fer, ni plaintes à propos de contrefaçons, ni tirades dithyrambiques en l’honneur des millions au service de toute entreprise dans cet heureux pays de Belgique, véritable Eldorado industriel ; il n’y aura exactement dans ma relation que ce que j’aurai vu avec mes yeux, c’est-à-dire avec mon binocle ou avec ma lorgnette, car je craindrais que mes yeux ne me fissent des mensonges. Je n’emprunterai rien au Guide du voyageur, ni aux livres de géographie ou d’histoire, et ceci est un mérite assez rare pour que l’on m’en sache gré.
Ce voyage est le premier que j’aie jamais fait, et j’en ai rapporté cette conviction, à savoir, que les auteurs de relations n’ont pas seulement mis le bout du pied dans les pays qu’ils décrivent, ou que, s’ils y sont allés, ils avaient, comme l’abbé de Vertot, leur siége fait d’avance. Diverses lettres sur la Belgique que j’ai lues depuis mon retour m’ont singulièrement étonné pour la dépense d’imagination et de poésie qu’on y a faite. »

Extrait de : T. Gautier. « Caprices et Zigzags. »

Avatar par Théophile Gautier

Fiche de Avatar

Titre : Avatar
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1857
Editeur : BnF

Première page de Avatar

« Personne ne pouvait rien comprendre à la maladie qui minait lentement Octave de Saville. Il ne gardait pas le lit et menait son train de vie ordinaire ; jamais une plainte ne sortait de ses lèvres, et cependant il dépérissait à vue d’œil. Interrogé par les médecins que le forçaient à consulter la sollicitude de ses parents et de ses amis, il n’accusait aucune souffrance précise, et la science ne découvrait en lui nul symptôme alarmant : sa poitrine auscultée rendait un son favorable, et à peine si l’oreille appliquée sur son cœur y surprenait quelque battement trop lent ou trop précipité ; il ne toussait pas, il n’avait pas la fièvre, mais la vie se retirait de lui et fuyait par une de ces fentes invisibles dont l’homme est plein, au dire de Térence.
Quelquefois une bizarre syncope le faisait pâlir et froidir comme un marbre. Pendant une ou deux minutes on eût pu le croire mort ; puis le balancier, arrêté par un doigt mystérieux, n’étant plus retenu, reprenait son mouvement, et Octave paraissait se réveiller d’un songe. »

Extrait de : T. Gautier. « Avatar. »

Abécédaire du Salon de 1861 par Théophile Gautier

Fiche de Abécédaire du Salon de 1861

Titre : Abécédaire du Salon de 1861
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1861
Editeur : BnF

Première page de Abécédaire du Salon de 1861

« Avant la mesure qui vient d’être adoptée, nos salons commençaient par un feuilleton carré, où nous donnions des places d’honneur aux tableaux dignes, à notre avis, d’être suspendus dans cette espèce de tribune. Nous couronnions, à notre manière, le peintre dont nous nous occupions d’abord. — Le nouvel arrangement ne permet pas cette désignation de mérite, et peut-être est-ce un bien. — Les mêmes noms se présentaient presque toujours aux débuts des rendus comptes avec une certaine monotonie. Des rapprochements et des contrastes curieux naîtront sans doute des hasards alphabétiques. — Appliquons tout de suite à notre critique l’ordre récemment inauguré, et entamons la lettre A. »

Extrait de : T. Gautier. « Abécédaire du Salon de 1861. »

Holly par S. King

Fiche de Holly

Titre : Holly
Auteur : Stephen King
Date de parution : 2023
Traduction : J. Esch
Editeur : Albin Michel

Première page de Holly

« C’est une vieille ville qui n’est plus au mieux de sa forme, à l’image du lac au bord duquel elle a été construite, mais il reste quelques quartiers bien conservés. Les habitants de longue date seraient sans doute d’accord pour dire que Sugar Heights est le plus joli d’entre eux, et que la plus jolie rue est Ridge Road, qui sinue en pente douce de Bell College, l’université de lettres et de sciences, à Deerfield Park, trois kilomètres plus bas. En chemin, Ridge Road longe beaucoup de demeures cossues, dont certaines appartiennent à des professeurs d’université et à quelques notables locaux : médecins, avocats, banquiers et cadres supérieurs en haut de l’échelle. La plupart de ces maisons sont de style victorien, avec des bow-windows, des façades impeccablement peintes et beaucoup de moulures tarabiscotées.

Le parc où s’achève Ridge Road n’est pas aussi grand que celui qui s’étale en plein milieu de Manhattan, mais presque. Deerfield est la fierté de la ville, et une armée de jardiniers se chargent de lui conserver son aspect merveilleux. »

Extrait de : S. King. « Holly. »

Une bonne tasse de thé par George Orwell

Fiche de Une bonne tasse de thé

Titre : Une bonne tasse de thé et autres textes
Auteur : George Orwell
Date de parution : 2024
Traduction : N. Waquet
Editeur : Rivages poche

Sommaire de Une bonne tasse de thé

  • Une bonne tasse de thé
  • Mes souvenirs de libraire
  • L’esprit sportif
  • Défense de la cuisine anglaise
  • Les lieux de loisirs
  • Livres contre cigarettes
  • Le Moon Under Water
  • Quelques pensées sur le crapaud
  • Confessions d’un critique littéraire
  • Comment meurent les pauvres
  • Les écrivains et le Léviathan

Première page de Une bonne tasse de thé

« Si vous cherchez la rubrique « thé » dans le premier livre de cuisine venu, vous n’allez sans doute pas la trouver, ou vous allez tomber au mieux sur quelques lignes d’indications sommaires qui ne vous donneront aucune règle à suivre sur plus d’un point essentiel.

C’est curieux, non seulement parce que le thé est l’un des principaux piliers sur lesquels repose la civilisation dans ce pays – tout comme en Irlande, en Australie et en Nouvelle-Zélande –, mais parce que la meilleure façon de le préparer est le sujet d’âpres querelles.

Quand je regarde ma recette personnelle pour faire une tasse de thé parfaite, je ne trouve pas moins de onze points d’une importance cruciale. Deux feront peut-être l’objet d’un accord presque unanime, mais quatre autres, au moins, sont extrêmement controversés. Voici donc mes onze règles, dont chacune est à mes yeux une règle d’or. »

Extrait de : G. Orwell. « Une bonne tasse de thé. »

L’épopée martienne par Octave Joncquel et Théo Varlet

Fiche de L’épopée martienne

Titre : L’épopée martienne – l’intégrale
Auteur : Octave Joncquel et Théo Varlet
Date de parution :
Editeur : Editions PJR2

Sommaire de L’épopée martienne

  • Les titans du ciel
  • L’agonie de la Terre

Première page de Les titans du ciel

« La Grande Guerre, qui jeta les unes contre les autres, vers le début du XXe siècle, la plupart des nations civilisées, avait bien été la dernière.

Une invention, déjà prévue depuis un certain temps, jointe à l’initiative de quelques hardis penseurs et hommes d’action, accomplirent ce que n’avaient pu faire le spectacle de la mort et des dévastations vaines, les déclamations des pacifistes et les raisonnements des économistes. Les instincts sauvages qui, depuis le Caïn légendaire, marquaient l’humanité comme un stigmate de son origine animale, et ne cessaient, par leurs explosions périodiques, d’entraver le développement de l’intelligence, la contraignant à organiser la tuerie au lieu de se livrer à la conquête pacifique de la planète, – les instincts féroces furent définitivement jugulés et réduits à l’impuissance. »

Extrait de : O. Joncquel et T. Varlet. « L’épopée martienne – Intégrale. »

Les titans du ciel par Octave Joncquel et Théo Varlet

Fiche de Les titans du ciel

Titre : Les titans du ciel (Tome 1 sur 2 – L’épopée martienne)
Auteur : Octave Joncquel et Théo Varlet
Date de parution : 1921
Editeur : Bibliothèque du hérisson

Première page de Les titans du ciel

« La Grande Guerre, qui jeta les unes contre les autres, vers le début du XXe siècle, la plupart des nations civilisées, avait bien été la dernière.

Une invention, déjà prévue depuis un certain temps, jointe à l’initiative de quelques hardis penseurs et hommes d’action, accomplirent ce que n’avaient pu faire le spectacle de la mort et des dévastations vaines, les déclamations des pacifistes et les raisonnements des économistes. Les instincts sauvages qui, depuis le Caïn légendaire, marquaient l’humanité comme un stigmate de son origine animale, et ne cessaient, par leurs explosions périodiques, d’entraver le développement de l’intelligence, la contraignant à organiser la tuerie au lieu de se livrer à la conquête pacifique de la planète, – les instincts féroces furent définitivement jugulés et réduits à l’impuissance. »

Extrait de : O. Joncquel et T. Varlet. « L’Épopée martienne – Les Titans du ciel. »

Petits crimes contre les humanités par Pierre Christin

Fiche de Petits crimes contre les humanités

Titre : Petits crimes contre les humanités
Auteur : Pierre Christin
Date de parution : 2018
Editeur : Métailié

Première page de Petits crimes contre les humanités

« Fini.

D’ailleurs on lui disait d’une voix onctueuse et puissante :

– Merci, monsieur Saltiel.

Une fois de plus, donc, c’était fini.

Simon avait beau avoir l’habitude, ça faisait toujours drôle.

Il réunissait ses papiers étalés sur la petite table isolée, remontait sa mèche rebelle, dépliait son grand corps.

Toujours ce sentiment d’avoir parlé pendant trop longtemps. D’avoir dit il ne savait plus très bien quoi, aussi.

Alors qu’il avait respecté le temps réglementaire, à quelques secondes près bien sûr. L’habitude, toujours, à force.

Quant à ne plus se souvenir exactement de ce qu’il avait dit, c’était une autre affaire. Il avait forcément débité la même chose que les autres fois, avec quelques variantes plus ou moins conscientes destinées à donner un certain sentiment de fraîcheur à l’auditoire (et aussi à lui-même, ce qui devenait de plus en plus difficile).

Mais là n’était pas le problème. C’était raté, une fois de plus. Non pas raté parce qu’il avait raté quelque chose, mais raté parce qu’il fallait qu’il en fût ainsi. Merci, monsieur Saltiel. Et maintenant, mon ami, retournez aux ténèbres extérieures. »

Extrait de : P. Christin. « Petits crimes contre les humanités. »