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Demain les rats par Christopher Stork

Fiche de Demain les rats

Titre : Demain les rats
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Demain les rats

« La salle de conférences aurait ressemblé à n’importe quelle autre s’il n’y avait eu, dans un coin, le drapeau des États-Unis et, sur le mur du fond, l’insigne de la Central Intelligence Agency, une rose des vents surmontée d’une tête d’aigle.
Le général Garry MacNeil s’était placé exactement sous cet insigne qui lui faisait comme une auréole et regardait d’un air grave les douze hommes assis dans des fauteuils à quelques mètres de lui. Allons ! Ils étaient tous venus malgré la distance qui séparait Washington de Camp Peary et le fait qu’ils étaient tous surchargés de travail. Même Paul Flowers, le délégué spécial de la Maison-Blanche, s’était déplacé, non sans s’être fait longuement prier il est vrai. Tout comme Roy Steele, du Département d’État. Mais on savait que Steele n’aimait ni la C.I.A., ni ses méthodes, ni son directeur, le général MacNeil. Sa présence à Camp Peary était le résultat d’un long travail, mi-politique, mi-diplomatique où MacNeil avait employé toutes les ressources de son machiavélisme bien connu. »

Extrait de : C. Stork. « Demain les rats. »

De purs esprits… par Christopher Stork

Fiche de De purs esprits…

Titre : De purs esprits…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de De purs esprits…

« Le lieutenant Howard Knapp boucla la ceinture fixée au siège de son hélicoptère, regarda son voisin et étouffa discrètement un soupir. Non, décidément, il ne s’habituerait jamais à cette silhouette effarante placée auprès de lui, à cet assemblage hétéroclite de leviers articulés et flexibles qui étaient à la fois des bras et des jambes, surmontés d’un gros cylindre noir hérissé de lentilles et d’antennes.
« Les gars du Centre de Robotique auraient quand même pu s’arranger pour lui donner une forme vaguement humaine, songea Knapp, au lieu de cette allure d’araignée ou de pieuvre géante ! Mais pas question ! Il fallait que cette machine ait l’air d’être ce qu’elle est : une machine, et tant pis pour l’esthétique ! Même sa voix a quelque chose qui m’horripile, avec son ton monocorde et cassant, sa diction trop précise, sa syntaxe toujours impeccable… Si au moins il était possible de la foutre en rogne, de lui faire dire quelquefois un gros mot… Hélas ! Martin 232 n’a pas plus d’humeurs que d’humour, pareil en cela aux 231 Martins qui le précèdent et aux centaines de milliers – ou de millions, qui sait ? – qui le suivent. Même son surnom n’est pas drôle : Martin n’est jamais que la contraction de Military Artificial Intelligence… »
— Martin, appela-t-il tout haut. »

Extrait de : C. Stork. « De purs esprits… »

Contretemps par Christopher Stork

Fiche de Contretemps

Titre : Contretemps
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Contretemps

« Je ne me souviens pas avoir jamais éprouvé une pareille angoisse. Mes mains tremblent tellement que j’arrive à peine à écrire sur ce feuillet où tombent des gouttes de sueur. Je vois trouble. Mon cœur bat la breloque. J’ai la gorge si serrée que j’ai du mal à respirer. Je m’accroche désespérément à ce carnet de notes pour essayer de maîtriser la panique qui est sur le point de m’emporter…

Car le moment est venu. Tout est prêt, là, devant moi, mes calculs cent fois vérifiés, mes protocoles d’expérience cent fois recommencés, mes formules… Oui, rien ne manque… et surtout pas les deux gélules, l’une rouge et l’autre blanche, qui marquent l’aboutissement de deux ans de travail… Rien ne manque… sauf moi ! Je veux dire : sauf la volonté de sauter le pas, de vérifier concrètement la justesse de mes théories.

J’ai donc des doutes à leur sujet ? Pas le moindre ! Je suis prêt à les défendre pied à pied devant un aréopage composé des physiciens les plus éminents, même s’il était présidé par Schonach et Haspe, mes ennemis jurés ; prêt à publier mes travaux dans n’importe quelle revue, quitte à provoquer une tempête dans le monde scientifique. Alors, pourquoi cette dérobade soudaine, comme un cheval qui bronche devant l’obstacle ? »

Extrait de : C. Stork. « Contretemps. »

Billevesées et calembredaines par Christopher Stork

Fiche de Billevesées et calembredaines

Titre : Billevesées et calembredaines
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Billevesées et calembredaines

« Qu’est-ce que c’est que ce titre ? Qui l’a écrit sur cette page ? Moi ? Certainement pas ! J’étais dans ma cuisine, en train de me faire un café quand j’ai entendu la vieille Gertrude – c’est le surnom que je donne à ma machine à écrire –, se mettre à crépiter toute seule. J’ai même pensé : « Merde ! Il va encore falloir que j’appelle un réparateur, ou alors que je la remplace, cette saleté de bécane… Avec tout le fric qu’elle m’a déjà coûté, j’aurais pu me payer une H. A. L. 7500 Sigma électronique, plus une tête de lecture en zirconium, avec arbre à cames en tête et cassettes d’orthographe incorporées… Enfin, peu importe. Gertrude s’était mise en marche toute seule, et quand j’ai vu ce qu’elle avait écrit au milieu de la page, j’ai failli en lâcher ma tasse de café.

BILLEVESÉES ET CALEMBREDAINES

Ça veut dire quoi ? »

Extrait de : C. Stork. « Billevesées et Calembredaines. »

Babel bluff par Christopher Stork

Fiche de Babel bluff

Titre : Babel bluff
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Babel bluff

« Sam Bâtes jeta un coup d’œil amusé sur sa voisine, une jeune femme aux cheveux blonds dorés, enroulés en une seule tresse soyeuse autour de la tête, ce qui formait une sorte de diadème au-dessus du visage aux pommettes saillantes, au nez fin et aux lèvres lourdes. Comme la plupart des passagers de l’avion, elle portait une combinaison de toile grise et rugueuse qui laissait deviner des formes agréables.

Mais ce n’était pas le physique de la jeune femme qui intéressait Sam Bâtes. C’était l’acharnement avec lequel elle travaillait. Un casque à écouteurs sur la tête, un minuscule magnétophone fixé à sa ceinture et un bloc-notes sur les genoux, elle écrivait quelques mots avec fièvre, s’interrompait, hochait la tête d’un air irrité, appuyait sur une touche du magnétophone, revenait en arrière, raturait plusieurs lignes, reprenait son écoute, sourcils froncés.

Soudain, dans un geste presque rageur, elle arracha son casque, arrêta le magnétophone et se laissa aller contre le dossier de son fauteuil avec un soupir de lassitude.

— Duraille, hein, le tritonien ? dit Bâtes avec un sourire compatissant.

La jeune femme se tourna vers lui et le dévisagea comme si elle découvrait sa présence pour la première fois depuis le début du voyage. »

Extrait de : C. Stork. « Babel bluff. »

Alter ego par Christopher Stork

Fiche de Alter ego

Titre : Alter ego
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Alter ego

« Le professeur Cedric Penton se pencha sur l’oculaire du microscope, procéda à une rapide mise au point, se redressa et considéra pensivement l’homme qui se tenait à côté de lui.

— Peter, dit-il d’une voix sourde, je vais vous montrer maintenant quelque chose que peu d’hommes ont eu l’occasion de voir avant vous et que plus personne ne reverra désormais, du
moins je l’espère.

Peter Dunn eut un large sourire qui découvrit des dents éblouissantes et creusa de petites rides au coin de ses yeux bleu acier.

— C’est bien de l’honneur que vous me faites, monsieur, répondit-il avec ironie ; je suppose que vous allez aussi me demander de ne jamais parler à quiconque de ce que je vais découvrir et, bien sûr, de ne pas en tirer un article à sensation.

Penton sourit à son tour et passa lentement la main dans les cheveux hirsutes qui recouvraient son crâne d’une broussaille poivre et sel.

— Au contraire ! dit-il vivement. Si je vous ai fait venir dans mon laboratoire, c’est non seulement pour que vous sachiez où j’en suis de mes recherches mais aussi, et surtout, pour que vous le fassiez savoir au plus grand nombre de gens possible dans un de vos journaux. »

Extrait de : C. Stork. « Alter Ego. »

Achetez Dieu ! par Christopher Stork

Fiche de Achetez Dieu !

Titre : Achetez Dieu !
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir

Première page de Achetez Dieu !

« Philip Clark entrouvrit avec précaution la porte de son appartement et presque aussitôt fronça les sourcils : là-bas, à l’extrémité du couloir, une lumière bleutée dansait dans le salon et quelqu’un parlait à mi-voix sur un ton de confidence et presque de prière. Janice était-elle allée se coucher en oubliant d’éteindre la télévision ? Ou s’était-elle endormie devant le récepteur ?

Philip Clark se dirigea vers le salon sur la pointe des pieds, passa la tête par l’embrasure et sursauta. Oui, Janice était là, mais elle ne dormait pas. Elle était pelotonnée dans un coin du divan, les genoux repliés sous elle, les mains jointes. Sur son visage, faiblement éclairé par le reflet de l’écran, Clark crut distinguer des traînées brillantes à la hauteur des joues.

— Janice ! s’exclama-t-il en s’approchant de la jeune femme. Tu es encore éveillée à cette heure ! Qu’est-ce qui se passe ?

— Chut ! fit la jeune femme sans détourner la tête. Viens voir… Vite ! »

Extrait de : C. Stork. « Achetez Dieu !. »

Christopher Stork

Présentation de Christopher Stork :

Christopher Stork n’est pas un individu, mais un pseudonyme collectif qui a marqué la science-fiction belge francophone à la fin des années 1970 et durant les années 1980. Derrière cette signature se cachent deux auteurs belges, Stephan Jouravieff et José-André Lacour, qui ont uni leurs talents pour produire une œuvre abondante et singulière. Cette collaboration prolifique s’est principalement concrétisée au sein de la célèbre collection « Anticipation » des éditions Fleuve noir, où ils ont publié une trentaine de romans en moins d’une décennie. Leur travail est souvent considéré comme l’une des dernières manifestations du roman populaire dans le paysage de l’anticipation, caractérisé par un rythme soutenu et une exploration sans complexe des peurs et des dérives de la société.

Thématiques et Romans Majeurs

Leur œuvre collective explore un large éventail de thèmes chers à la science-fiction de l’époque, souvent teintés d’une noirceur satirique et d’un pessimisme lucide quant à l’avenir de l’humanité. Dès 1979, le ton est donné avec des titres comme « L’Ordre établi » et « Achetez Dieu ! », qui dénoncent respectivement le contrôle social totalitaire et la marchandisation ultime de la spiritualité. Stork excelle à créer des dystopies où les institutions traditionnelles sont perverties ou remplacées par des pouvoirs technocratiques ou criminels, comme en témoigne « L’An II de la mafia » (1982), qui projette l’emprise du crime organisé à l’échelle d’un futur étatique.

Les auteurs sous le masque de Stork n’hésitent pas à s’attaquer aux fondements mêmes de l’existence et de l’identité. Le roman « Dormir ? Rêver peut-être… » (1979) interroge la frontière entre la réalité et l’imaginaire, tandis que l’intrigue de « La Femme invisible » (1981) soulève des questions sur la perception et l’effacement de l’individu dans la société moderne. Un autre titre particulièrement mémorable est « L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés » (1980), qui, derrière une règle absurde et anodine, dépeint une société où la transition à l’âge adulte est elle-même vécue comme une dégénérescence, une maladie dont il faudrait se prémunir.

Un Regard Sombre sur l’Avenir

L’anticipation de Christopher Stork se distingue par son approche de l’horreur biologique et de la remise en question du progrès scientifique. Dans « Demain les rats » (1980), les auteurs imaginent une nouvelle race de rongeurs génétiquement modifiés et dotés d’une intelligence supérieure, qui viennent menacer l’hégémonie humaine. Cet usage du biologique comme vecteur de terreur se retrouve dans « Virus Amok » (1984). Enfin, l’acmé de leur vision désenchantée est peut-être atteint avec « Le XXIᵉ siècle n’aura pas lieu » (1983), un titre à la fois provocateur et prémonitoire qui résume bien la noirceur ironique de l’univers de Stork. Bien que le pseudonyme ait cessé de produire à partir du milieu des années 1980, l’ensemble de ces romans demeure un témoignage important de la vitalité de la science-fiction populaire en Belgique.

Livres de Christopher Stork :

Achetez Dieu ! (1979)
Alter ego (1988)
Babel bluff (1985)
Billevesées et calembredaines (1985)
Contretemps (1986)
De purs esprits… (1986)
Demain les rats (1981)
Demi-portion (1986)
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà… (1982)
Don Quichotte II (1986)
Dormir ? Rêver peut-être… (1979)
Enjeu : le monde (1979)
Il y a un temps fou… (1980)
Ils étaient une fois… (1986)
Je souffre pour vous… (1987)
L’an II de la mafia (1982)
L’article de la mort (1983)
L’enfant de l’espace (1985)
L’envers vaut l’endroit (1984)
L’ordre établi (1979)
L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés (1980)
La dernière syllabe du temps (1983)
La femme invisible (1981)
La machine maîtresse (1982)
La quatrième personne du pluriel (1983)
Le bon larron (1981)
Le lit à baldaquin (1987)
Le passé dépassé (1984)
Le rêve du papillon chinois (1985)
Le trillionaire (1987)
Le XXIe siècle n’aura pas lieu (1983)
Les derniers anges (1981)
Les enfants du soleil (1987)
Les lunatiques (1985)
Les petites femmes vertes (1981)
Made in Mars (1985)
Mais n’anticipons pas… (1983)
Pièces détachées (1984)
Pieuvres (1984)
Psys contre psys (1986)
Terra-park (1980)
Terre des femmes (1984)
Tout le pouvoir aux étoiles (1982)
Un peu… beaucoup… à la folie ! (1983)
Une si jolie petite planète (1987)
Vatican 2000 (1981)
Virus amok (1984)

Pour en savoir plus sur Christopher Stork :

La page Wikipédia sur C. Stork
La page Noosfere sur C. Stork
La page isfdb de C. Stork