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Sous le caducée par Ward Moore

Fiche de Sous le caducée
Titre : Sous le caducée
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1978
Traduction : E.C.L. Meistermann
Editeur : Le livre de poche
Première page de Sous le caducée
« APRÈS avoir peiné dans la dernière rampe, le petit train cliquetant qui ne transportait plus que deux passagers exhala ses miasmes de mazout brûlé gris dans l’air clair et tranquille de la campagne déserte en
s’arrêtant au terminus.
« Ça doit être ça, dit le gamin en bondissant dans le soleil de ce milieu d’après-midi. La voie ne va pas plus loin. Mais où est Shelby ? »
L’homme débarqua sur le quai de la gare un tout petit peu plus calmement. Il avait quarante-deux ans, en paraissait trente-cinq, il avait un corps bien bâti et bien entretenu, et il ne se trouvait qu’un soupçon d’argent dans sa chevelure brun foncé et sa barbe encore plus foncée. « Du calme, Jode, mit-il en garde son compagnon âgé de dix ans. Pas de noms, souviens-toi. Oublie tout de suite que je t’ai appelé par le tien et évitons tous deux de prononcer le sien ; trop de gens le connaissent. Tant qu’on sera à Orthohaven, il faudra qu’on rase les murs, comme on disait au XXe siècle. »
Extrait de : W. Moore. « Sous le caducée. »
Frank Merriwell à la Maison Blanche par Ward Moore

Fiche de Frank Merriwell à la Maison Blanche
Titre : Frank Merriwell à la Maison Blanche
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1973
Traduction : A. Duffaud, D. Bellec
Editeur : Le passager clandestin
Première page de Frank Merriwell à la Maison Blanche
« Il était une fois un magnat politique amoureux de la fille d’un savant fou. Stevenson Woolsey n’avait pas de brioche, ne mâchait pas de cigare (en fait il ne fumait pas du tout), ne portait jamais de complet rayé ou de lunettes, ne donnait jamais de claques dans le dos et n’embrassait jamais les bébés. Il avait passé son diplôme avec mention à l’université de Western Reserve, avait lu deux fois Finnegans Wake entièrement et en avait compris une partie. À trente-deux ans, il était commanditaire d’un certain nombre de sociétés qui étaient les fournisseurs réguliers de la ville et du comté en marchandises et en services. C’était la roue motrice incontestée du club Horace Greeley de la cinquième conscription. Sur les neuf conseillers de la ville, quatre lui devaient leur élection et le maire était son allié politique. Il avait fourni au shérif les voix qui lui manquaient pour être élu, et deux des superviseurs du comté (ainsi que les trois membres du conseil législatif) consultaient Steve avant de voter les lois importantes. Il avait ce genre de beauté qui n’attire pas l’attention, et il ne parlait jamais en public à cause d’un léger bégaiement. »
Extrait de : W. Moore. « Frank Merriwell à la Maison Blanche. »
Encore un peu de verdure par Ward Moore

Fiche de Encore un peu de verdure
Titre : Encore un peu de verdure
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1947
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël
Première page de Encore un peu de verdure
« J’ai toujours su qu’un jour ou l’autre j’écrirais un livre. Une œuvre qui m’aiderait à supporter les ennuis quotidiens. Mais nul ne sait ce qui l’attend au tournant du chemin et, au cours des vingt dernières années, il s’est passé tant d’événements extraordinaires que le roman délassant et agréable dont je rêvais paraîtrait aujourd’hui dépassé par la réalité. Je préfère donc relater ce qu’il m’est arrivé personnellement.
Tout a commencé par un mot.
— Herbe. Graminée. Graminacée. Les herbes.
Ces mots n’éveillaient en moi que de vagues visions de parcs publics parsemés de bancs à l’usage des oisifs.
J’avais entrepris de bonne foi, et non pour la première fois, au cours de ma carrière de représentant de commerce, de répondre à une annonce, prêt à me soumettre à l’interrogatoire serré d’un chef des ventes des plus qualifiés. »
Extrait de : W. Moore. « Encore un peu de verdure. »
Autant en emporte le temps par Ward Moore

Fiche de Autant en emporte le temps
Titre : Autant en emporte le temps
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1955
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël
Première page de Autant en emporte le temps
« Bien que j’écrive ceci en l’an 1877, je ne suis né en réalité qu’en 1921. Ni les dates ni les temps des verbes ne sont inexacts… Je m’explique.
Je suis né, comme je viens de le dire, en 1921, mais ce n’est qu’au début des années 1930, alors que j’avais environ dix ans, que j’ai commencé à comprendre dans quel monde misérable et spolié je vivais. Ce fut peut-être le portrait à la mine de plomb de Granpa Hodgins, qui trônait au-dessus de la cheminée, qui m’aida à en prendre conscience.
C’est en souvenir de Granpa Hodgins que je fus baptisé peut-être un peu solennellement Hodgins McCormick Backmaker car mon Granpa était un vétéran de la guerre d’indépendance du Sud. Comme tant de jeunes de sa génération, il avait endossé l’uniforme bleu mal coupé pour répondre à l’appel de M. Lincoln, cet homme obstiné et malavisé, selon les uns, ce martyr selon les autres. Question de perspective selon le point de vue offert par l’une ou l’autre de mes deux vies. »
Extrait de : W. Moore. « Autant en emporte le temps. »
Ward Moore

Présentation de Ward Moore :
Joseph Ward Moore est né en 1903 dans le New Jersey et nous a quittés en 1978. Si l’homme s’est essayé à divers genres, c’est indubitablement dans le domaine de la littérature d’anticipation et de la science-fiction que son génie a su s’épanouir avec la plus éclatante des originalités. Loin des vulgaires récits de fusées et de pistolets à rayons qui encombrent parfois les publications populaires, Ward Moore s’est imposé comme un authentique orfèvre de la fiction conjecturale, maniant l’ironie et le paradoxe temporel avec une dextérité peu commune.
Son grand œuvre demeure, sans l’ombre d’une contestation possible, le magistral « Autant en emporte le temps » (Bring the Jubilee), publié en 1953. Bien avant que Philip K. Dick ne vienne bouleverser nos certitudes avec « Le Maître du Haut Château », Ward Moore y fixait les lettres de noblesse de l’uchronie moderne. Il y déploie une vertigineuse hypothèse historique : et si les troupes confédérées du général Lee avaient remporté la décisive bataille de Gettysburg, gagnant ainsi la guerre de Sécession ? L’auteur brosse la fresque d’un vingtième siècle alternatif, miséreux et étriqué pour le Nord vaincu, aboutissant à une réflexion mélancolique et brillante sur la trame du temps et la fatalité de l’Histoire.
Mais il serait fâcheux de réduire l’imaginaire de Ward Moore à ce seul chef-d’œuvre. Dès 1947, avec « Tout reverdira » (Greener Than You Think), il livrait une satire féroce aux accents apocalyptiques. L’invention d’un engrais miraculeux y provoque la prolifération incontrôlable d’une herbe mutante, laquelle finit par engloutir inexorablement la civilisation humaine. Sous des dehors burlesques, Ward Moore y distille une angoisse proprement écologique, bien avant l’heure, moquant avec une verve réjouissante l’hubris technologique de la société capitaliste américaine.
L’on se doit également d’évoquer l’hilarant « Joyleg », coécrit au début des années soixante avec son confrère Avram Davidson. Dans cette fable cocasse, nos auteurs mettent en scène un vétéran de la guerre d’Indépendance américaine, miraculeusement maintenu en vie jusqu’à notre époque grâce à des bains réguliers dans un whisky de sa fabrication. C’est là encore une preuve de cette imagination foisonnante qui ne rechigne jamais devant l’absurde pour mieux interroger la nature humaine.
Ward Moore fut donc de ces écrivains rares, de ces artisans méticuleux qui ont su élever les littératures de l’imaginaire au rang de grand art spéculatif.
Livres de Ward Moore :
Autant en emporte le temps (1955)
Encore un peu de verdure (1947)
Frank Merriwell à la Maison Blanche (1973)
Sous le caducée (1978)
Pour en savoir plus sur Ward Moore :
La page Wikipédia sur W. Moore
La page Noosfere sur W. Moore
La page isfdb de W. Moore
Les meilleurs romans d’uchronie : notre Top 20
Et si l’Histoire avait pris un autre chemin ?
Et si l’Allemagne nazie avait remporté la Seconde Guerre mondiale ? Et si l’Empire romain ne s’était jamais effondré ? Et si les Confédérés avaient gagné la guerre de Sécession ? Et si Hitler était devenu artiste plutôt que dictateur ?
C’est tout le principe de l’uchronie : partir d’un événement historique réel, imaginer qu’il s’est déroulé autrement, puis explorer les conséquences de cette divergence.
La science-fiction s’est évidemment emparée de cette idée, mais l’uchronie ne se limite pas à la SF. Elle permet aussi d’écrire des thrillers politiques, des romans historiques, des récits fantastiques ou encore des œuvres profondément satiriques.
Pour cette sélection, nous avons retenu 20 romans qui nous semblent particulièrement importants, réussis ou représentatifs du genre, en privilégiant les véritables uchronies plutôt que les simples histoires de voyage dans le temps.
Qu’est-ce qu’une uchronie ?
Avant de commencer le classement, il faut distinguer l’uchronie de plusieurs genres qui lui ressemblent.
Une uchronie repose sur une divergence avec notre Histoire réelle.
L’auteur prend généralement un événement connu — une guerre, une élection, une révolution, une décision politique, une découverte scientifique — et pose la question :
« Et si cela ne s’était pas passé comme dans notre réalité ? »
À partir de cette divergence, le monde imaginé par l’auteur évolue différemment.
C’est ce qui distingue l’uchronie d’un simple roman historique : l’Histoire n’est plus celle que nous connaissons.
Elle se distingue également du voyage dans le temps. Un roman peut raconter le voyage d’un personnage dans le passé sans être une uchronie. En revanche, lorsque ce voyage modifie durablement le cours de l’Histoire et crée une nouvelle réalité, l’uchronie peut entrer en jeu.
C’est notamment ce qui rend certains romans difficiles à classer.
Pour notre Top 20, nous avons donc adopté une définition relativement stricte : la modification de l’Histoire doit être un élément central du roman.
Notre Top 20 des meilleurs romans d’uchronie
1. Le Maître du Haut Château — Philip K. Dick
Difficile de commencer autrement.
Publié en 1962, Le Maître du Haut Château est probablement l’une des œuvres les plus célèbres jamais écrites autour du concept d’uchronie.
Philip K. Dick part d’une divergence historique vertigineuse : les puissances de l’Axe ont remporté la Seconde Guerre mondiale.
Les États-Unis sont désormais divisés entre plusieurs zones d’influence. L’Allemagne nazie contrôle notamment une partie du pays tandis que le Japon exerce son pouvoir sur la côte Ouest.
Mais Dick ne se contente pas d’imaginer un monde dans lequel les nazis auraient gagné.
Il s’intéresse à la manière dont les individus vivent dans cette réalité devenue normale.
C’est là que le roman devient particulièrement troublant. Pour les personnages, le monde dans lequel ils vivent est simplement leur monde. Les repères historiques que nous considérons comme acquis n’existent plus.
Et Dick ajoute une idée particulièrement fascinante : un roman interdit circule clandestinement, racontant une autre version de l’Histoire dans laquelle les Alliés auraient remporté la guerre.
L’uchronie devient alors presque vertigineuse : quelle réalité est réellement la bonne ?
Le Maître du Haut Château est donc bien plus qu’une simple histoire alternative de la Seconde Guerre mondiale. C’est une réflexion sur l’Histoire, la réalité, le pouvoir et notre manière de considérer certains événements comme inévitables.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il constitue l’un des grands modèles du genre et montre toute la puissance philosophique que peut avoir une uchronie.
2. Pavane — Keith Roberts
Avec Pavane, Keith Roberts imagine une autre bifurcation historique majeure.
En 1588, l’Invincible Armada espagnole réussit son invasion de l’Angleterre.
Les conséquences sont considérables.
La Réforme protestante n’a pas triomphé comme dans notre réalité et l’Église catholique conserve une influence immense sur la société britannique.
Mais Roberts ne raconte pas directement cette victoire historique.
Il nous montre plutôt une Angleterre alternative, plusieurs siècles plus tard, où cette Histoire différente est devenue la norme.
Le résultat est particulièrement réussi : technologie, religion, société et rapports de pouvoir ont évolué selon une trajectoire complètement différente de la nôtre.
Pavane est également remarquable par sa construction. Le livre est composé de plusieurs récits liés qui permettent de découvrir progressivement cette société alternative.
L’uchronie devient ainsi un véritable monde parallèle, avec sa propre logique et ses propres règles.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son importance historique dans le genre et pour la richesse du monde alternatif imaginé par Keith Roberts.
3. Roma Æterna — Robert Silverberg
Avec Roma Æterna, Robert Silverberg s’attaque à l’un des événements les plus importants de notre histoire : la chute de l’Empire romain.
Et si elle n’avait jamais eu lieu ?
C’est le point de départ de ce vaste roman historique alternatif.
Silverberg imagine une civilisation romaine qui continue à exister et à évoluer pendant des siècles.
Le lecteur découvre ainsi différentes périodes de cette Rome éternelle, confrontée à des transformations politiques, sociales et technologiques.
L’intérêt du roman réside précisément dans cette perspective de longue durée.
Silverberg ne se contente pas de changer un événement historique. Il pose une question beaucoup plus vaste :
à quoi ressemblerait notre civilisation si l’une des grandes ruptures de l’Histoire n’avait jamais eu lieu ?
Le résultat est une œuvre ambitieuse, qui utilise l’uchronie pour réfléchir au fonctionnement des civilisations et à la manière dont quelques événements peuvent modifier des siècles d’histoire.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il représente l’une des formes les plus ambitieuses de l’uchronie : réécrire non pas quelques années, mais plusieurs siècles d’Histoire.
4. La Séparation — Christopher Priest
Avec La Séparation, Christopher Priest propose une uchronie beaucoup plus intime et ambiguë.
Le roman s’intéresse à la Seconde Guerre mondiale, aux Jeux olympiques de Berlin et aux relations entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne.
Mais chez Priest, l’uchronie ne se présente pas comme une simple question :
« Et si les nazis avaient gagné ? »
La frontière entre Histoire, mémoire et réalité devient progressivement de plus en plus difficile à déterminer.
Le récit joue avec les souvenirs, les versions contradictoires des événements et les perceptions des personnages.
C’est une approche particulièrement originale de l’uchronie : plutôt que de simplement construire un monde alternatif, Priest nous oblige à nous demander si nous sommes réellement certains de l’Histoire que nous croyons connaître.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son approche littéraire et psychologique de l’uchronie, très différente des grandes fresques historiques traditionnelles.
5. La Machine à différences — William Gibson & Bruce Sterling
Avec La Machine à différences, William Gibson et Bruce Sterling imaginent une Angleterre victorienne dans laquelle les ordinateurs mécaniques de Charles Babbage ont réellement fonctionné.
Et cette petite modification change énormément de choses.
La révolution informatique ne commence pas au XXe siècle : elle prend naissance dans l’Angleterre du XIXe siècle.
La société victorienne évolue donc autour des machines à calcul, des données et d’une technologie informatique primitive mais déjà extrêmement puissante.
Le roman mélange ainsi uchronie historique, science-fiction et esthétique steampunk.
Mais ce qui le rend particulièrement intéressant est la cohérence de son monde : les auteurs ne se contentent pas de placer des ordinateurs dans le Londres victorien. Ils cherchent à imaginer toutes les conséquences politiques, économiques et sociales de cette révolution technologique précoce.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il démontre qu’une uchronie peut partir d’une divergence scientifique ou technologique et transformer profondément une époque entière.
6. Fatherland — Robert Harris
Avec Fatherland, Robert Harris imagine une Europe dans laquelle l’Allemagne nazie a remporté la Seconde Guerre mondiale.
Nous sommes en 1964. Le régime nazi domine l’Europe et Adolf Hitler s’apprête à célébrer son soixante-quinzième anniversaire.
Mais derrière les apparences d’un Reich triomphant, quelque chose ne va pas.
Un policier allemand enquête sur le meurtre d’un haut responsable du régime. Son investigation va progressivement l’amener à découvrir une vérité que le pouvoir cherche absolument à dissimuler.
L’une des grandes forces de Fatherland est justement de ne pas construire une uchronie spectaculaire uniquement basée sur les conséquences militaires de la victoire allemande.
Robert Harris imagine une société qui s’est adaptée à cette nouvelle réalité. Le nazisme n’est plus un régime qui vient de conquérir l’Europe : il est devenu le système politique dominant depuis près de vingt ans.
L’uchronie sert ainsi de cadre à un véritable thriller policier.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce que Fatherland montre avec une efficacité remarquable comment utiliser une Histoire alternative pour construire une intrigue politique et policière.
7. Le Complot contre l’Amérique — Philip Roth
Avec Le Complot contre l’Amérique, Philip Roth imagine une autre Amérique des années 1940.
Dans notre réalité, Franklin D. Roosevelt remporte l’élection présidentielle de 1940.
Dans le roman, c’est Charles Lindbergh, célèbre aviateur américain et personnalité isolationniste, qui devient président des États-Unis.
Cette divergence apparemment simple entraîne progressivement le pays dans une direction inquiétante.
Mais Philip Roth adopte un point de vue très particulier : celui d’une famille juive américaine ordinaire.
L’uchronie n’est donc pas racontée depuis les palais présidentiels ou les états-majors. Elle est vécue au quotidien, par des personnes qui voient leur pays changer autour d’elles.
C’est ce qui donne au roman une dimension particulièrement troublante.
Roth ne cherche pas à raconter une nouvelle Seconde Guerre mondiale. Il s’interroge plutôt sur la manière dont une démocratie peut progressivement basculer lorsque le contexte politique change.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son réalisme et sa capacité à transformer une divergence historique en une réflexion politique et familiale particulièrement crédible.
8. La Porte des mondes — Robert Silverberg
Robert Silverberg apparaît une deuxième fois dans notre classement avec La Porte des mondes.
Cette fois, la divergence historique est liée à la peste noire.
Dans cette réalité alternative, l’épidémie a été beaucoup plus dévastatrice en Europe. Le rapport de forces entre les grandes civilisations mondiales s’en trouve profondément bouleversé.
Le roman se déroule dans un monde où l’Europe n’occupe donc pas la position dominante que nous lui connaissons.
Silverberg utilise cette situation pour renverser notre perspective historique.
Ce qui nous semble aujourd’hui presque naturel — la domination politique, économique et culturelle de l’Europe sur une grande partie du monde — apparaît ici comme une possibilité parmi d’autres.
Le roman permet ainsi de réfléchir à une question fondamentale de l’uchronie : combien de choses que nous considérons comme inévitables ne sont en réalité que le résultat d’une succession de circonstances ?
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour sa manière de remettre en question l’évolution de notre propre civilisation en modifiant un événement historique majeur.
9. La Patrouille du temps — Poul Anderson
Avec La Patrouille du temps, Poul Anderson aborde l’uchronie par le biais du voyage temporel.
Le principe est particulièrement séduisant : une organisation venue du futur surveille l’Histoire afin d’empêcher certaines personnes de la modifier.
Car modifier le passé signifie nécessairement modifier le futur.
Les agents de la Patrouille interviennent donc à différentes époques pour préserver la chronologie.
Le premier volume nous entraîne notamment dans l’Antiquité et permet à Anderson de jouer avec l’idée fascinante selon laquelle notre Histoire pourrait être beaucoup plus fragile qu’elle n’en a l’air.
Une simple intervention peut provoquer une divergence qui se propage ensuite pendant des siècles.
La série permet ainsi d’explorer l’uchronie sous un angle différent : non pas seulement « que se serait-il passé si… ? », mais également « que devons-nous faire pour que l’Histoire reste ce qu’elle est ? »
La Patrouille du temps est le premier tome d’une série de quatre volumes.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce que Poul Anderson est l’un des auteurs qui ont le mieux exploité les rapports entre voyage temporel, histoire alternative et paradoxe historique.
10. De peur que les ténèbres — L. Sprague de Camp
Publié à l’origine en 1939, De peur que les ténèbres est l’un des grands ancêtres de l’uchronie moderne.
Le point de départ est simple : un homme du XXe siècle est accidentellement transporté dans l’Italie du VIe siècle.
Mais plutôt que de chercher simplement à rentrer chez lui, il décide de mettre ses connaissances modernes à profit.
Il va ainsi tenter d’influencer le cours de l’Histoire.
C’est là que le roman devient une véritable uchronie.
L. Sprague de Camp imagine avec beaucoup d’humour les conséquences de l’arrivée d’un homme connaissant certaines technologies et certains événements futurs dans une société médiévale.
Mais le roman pose également une question passionnante : peut-on réellement changer l’Histoire aussi facilement qu’on pourrait le croire ?
Connaître le futur ne signifie pas nécessairement savoir comment le modifier.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son importance historique et parce qu’il constitue un excellent exemple de l’uchronie née directement d’une intervention dans le passé.
11. La Part de l’autre — Éric-Emmanuel Schmitt
Avec La Part de l’autre, Éric-Emmanuel Schmitt imagine une divergence historique aussi simple que vertigineuse :
et si Adolf Hitler avait été admis à l’Académie des beaux-arts de Vienne ?
À partir de cette hypothèse, le roman suit deux existences parallèles.
D’un côté, celle du Hitler historique, qui devient progressivement le dictateur que nous connaissons.
De l’autre, celle d’un Adolf Hitler devenu artiste, dont la vie prend une direction radicalement différente.
L’intérêt du livre ne réside donc pas uniquement dans la question « et si Hitler n’était jamais devenu dictateur ? ».
Schmitt s’intéresse également à la part de circonstances, de choix personnels et de rencontres qui peuvent contribuer à façonner une existence.
Le roman est ainsi à la fois une uchronie historique et une réflexion sur la frontière entre ce que nous sommes et ce que nous aurions pu devenir.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il propose une divergence extrêmement connue, mais l’exploite sous un angle profondément humain et littéraire.
12. Rêves de gloire — Roland C. Wagner
Avec Rêves de gloire, Roland C. Wagner s’attaque à un épisode particulièrement sensible de l’histoire française contemporaine : la guerre d’Algérie.
Mais l’auteur imagine une autre trajectoire pour la France et l’Algérie.
L’Histoire ne s’est pas déroulée exactement comme dans notre réalité et cette divergence entraîne des conséquences politiques, culturelles et sociales considérables.
Le roman est également très marqué par la musique et la contre-culture, ce qui lui donne une identité assez différente des grandes uchronies historiques traditionnelles.
Wagner ne cherche pas uniquement à répondre à la question « qui aurait gagné ? ». Il s’intéresse plutôt à la société qui aurait pu émerger d’une autre histoire.
Le roman est le premier tome de la série Rêves de gloire. Il est suivi par Le Train de la réalité et les morts du Général.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il constitue l’une des uchronies françaises contemporaines les plus ambitieuses et offre une vision particulièrement originale d’une autre France.
13. Les Temps ultramodernes — Laurent Genefort
Avec Les Temps ultramodernes, Laurent Genefort nous plonge dans une France des années 1930 qui n’est pas tout à fait celle que nous connaissons.
L’uchronie s’accompagne ici d’une importante dimension rétrofuturiste.
La technologie, l’industrie et les transports ont évolué selon une trajectoire différente, donnant naissance à une société qui mélange imaginaire de l’entre-deux-guerres et technologies extraordinaires.
Le résultat est particulièrement évocateur : on reconnaît certaines caractéristiques de la France historique, mais tout semble légèrement décalé.
C’est précisément cette sensation qui fait fonctionner l’uchronie.
Plutôt que de construire un monde totalement étranger, Genefort part d’une époque familière et lui fait prendre une autre direction technologique et historique.
Le roman ouvre la série Les Temps ultramodernes, dont le deuxième tome est La Croisière bleue.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son univers rétrofuturiste très travaillé et pour sa manière de mêler histoire alternative et imaginaire scientifique.
14. Le Déchronologue — Stéphane Beauverger
Le Déchronologue est probablement l’un des romans les plus singuliers de cette sélection.
Stéphane Beauverger nous emmène au XVIIe siècle, dans l’univers des pirates et des explorateurs.
Mais dans ce monde, le temps lui-même semble avoir cessé de fonctionner normalement.
Le récit joue constamment avec la chronologie et avec la perception que le lecteur a des événements.
Les personnages ne vivent pas nécessairement les événements dans l’ordre dans lequel nous les découvrons, et les conséquences de certaines modifications temporelles deviennent progressivement de plus en plus importantes.
Cette construction fait du Déchronologue une œuvre difficile à enfermer dans une seule catégorie.
Il s’agit à la fois d’un roman historique, d’un récit de pirates, de science-fiction et d’une réflexion sur le temps.
Et c’est justement pour cette raison qu’il trouve sa place dans notre sélection.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il propose une approche extrêmement originale de l’histoire alternative et utilise la structure même du roman pour brouiller notre perception du temps.
15. Autant en emporte le temps — Ward Moore
Publié en 1953, Autant en emporte le temps est l’un des grands classiques de l’uchronie américaine.
Ward Moore part d’une question historique fondamentale :
et si les Confédérés avaient remporté la guerre de Sécession ?
Dans cette réalité alternative, les États-Unis tels que nous les connaissons n’existent pas.
Le Sud a remporté la guerre et l’Amérique du Nord a suivi une trajectoire politique radicalement différente.
Le roman devient particulièrement intéressant lorsque le personnage principal découvre progressivement les conséquences de cette autre Histoire.
La guerre de Sécession n’est donc pas simplement un événement modifié dans les livres d’histoire : elle a produit un monde entièrement différent.
Le titre original, Bring the Jubilee, est devenu en français Autant en emporte le temps.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il s’agit d’un classique incontournable de l’uchronie américaine et de l’un des grands exemples de divergence historique autour de la guerre de Sécession.
16. Voyage — Stephen Baxter
Avec Voyage, Stephen Baxter applique l’uchronie à l’histoire de la conquête spatiale.
La divergence intervient au début des années 1960 : le programme spatial américain prend une autre direction et les États-Unis décident de poursuivre beaucoup plus ambitieusement l’exploration humaine de Mars.
Le roman imagine alors les conséquences de cette décision sur la NASA, la politique américaine et la compétition spatiale avec l’Union soviétique.
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que Baxter part de technologies et de programmes spatiaux réellement envisagés à l’époque.
Son uchronie paraît donc souvent étonnamment plausible.
Et si les États-Unis avaient réellement décidé de faire de Mars leur prochaine grande étape après la Lune ?
Le roman permet de découvrir à quoi aurait pu ressembler cette autre histoire de la conquête spatiale.
Voyage est le premier tome de la Trilogie NASA.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : parce qu’il démontre que l’uchronie peut également réécrire l’histoire des sciences et de la conquête spatiale.
17. H.P.L. (1890-1991) — Roland C. Wagner
Roland C. Wagner apparaît une deuxième fois dans notre classement avec H.P.L. (1890-1991).
Cette fois, l’uchronie concerne directement H. P. Lovecraft.
Le point de divergence est particulièrement évocateur : que se serait-il passé si Lovecraft avait vécu beaucoup plus longtemps ?
À partir de cette hypothèse, Wagner construit une histoire alternative qui permet de revisiter la vie de l’écrivain et, plus largement, l’évolution de la littérature fantastique et de la culture populaire.
C’est une forme d’uchronie assez particulière puisqu’elle ne repose pas principalement sur une guerre ou une modification géopolitique majeure.
Elle part de la vie d’un individu réel et explore les conséquences qu’aurait pu avoir une existence différente.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son originalité et pour cette manière très littéraire de pratiquer l’uchronie, en faisant d’un destin individuel le point de départ d’une autre Histoire.
18. Il est midi dans le siècle — Michel-Antoine Burnier
Avec Il est midi dans le siècle, Michel-Antoine Burnier propose une uchronie politique qui mérite d’être redécouverte.
Le roman part d’une autre trajectoire historique et imagine les conséquences d’une évolution différente du contexte politique français et européen.
L’intérêt du livre tient notamment à son caractère politique et satirique. L’uchronie permet à Burnier de prendre de la distance avec notre propre réalité historique et d’interroger les mécanismes idéologiques et politiques qui ont façonné le XXe siècle.
C’est également un titre intéressant dans le cadre de notre sélection parce qu’il rappelle que l’uchronie ne se résume pas aux grandes histoires alternatives de la Seconde Guerre mondiale écrites par les auteurs anglo-saxons.
La littérature française s’est elle aussi emparée du principe de l’Histoire alternative, avec ses propres préoccupations.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour sa dimension politique et parce qu’il apporte une voix française à une sélection qui serait sinon très largement dominée par les classiques anglo-saxons.
19. Rêve de fer — Norman Spinrad
Avec Rêve de fer, Norman Spinrad pousse l’uchronie dans une direction particulièrement provocatrice.
L’idée de départ est aussi simple qu’iconoclaste :
Adolf Hitler n’est jamais devenu le dictateur que nous connaissons.
Dans cette réalité alternative, il a émigré aux États-Unis et est devenu… écrivain de science-fiction.
Spinrad va encore plus loin : le roman est présenté comme s’il s’agissait d’un livre écrit par cet Adolf Hitler écrivain.
Le lecteur découvre donc une œuvre de fantasy militariste dont les obsessions idéologiques deviennent progressivement de plus en plus évidentes.
L’uchronie sert ici de dispositif littéraire pour explorer l’idéologie nazie, le fascisme et les mécanismes de la littérature politique.
Le résultat est volontairement dérangeant.
Rêve de fer n’est certainement pas une uchronie classique au sens traditionnel du terme. C’est une œuvre provocatrice qui utilise l’histoire alternative pour retourner certaines idées politiques contre elles-mêmes.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son originalité radicale et pour la manière dont Norman Spinrad utilise l’uchronie comme expérience littéraire et politique.
20. Le Dernier dimanche de M. le Chancelier Hitler — Jean-Pierre Andrevon
Pour terminer notre classement, nous revenons une dernière fois à l’une des grandes figures historiques de l’uchronie : Adolf Hitler.
Jean-Pierre Andrevon imagine ici une autre possibilité autour de la fin du régime nazi et du destin du dictateur.
Le roman s’inscrit dans cette longue tradition des œuvres qui cherchent à modifier un événement de la Seconde Guerre mondiale afin d’observer les conséquences de cette divergence.
Mais l’intérêt de l’œuvre est aussi de montrer que l’uchronie française ne s’est jamais limitée à reproduire les modèles anglo-saxons.
Andrevon apporte sa propre sensibilité à un sujet qui a donné naissance à de très nombreuses histoires alternatives.
Après Le Maître du Haut Château, Fatherland, La Part de l’autre ou Rêve de fer, cette nouvelle variation autour de Hitler permet surtout de constater à quel point la Seconde Guerre mondiale constitue un terrain privilégié pour les auteurs d’uchronie.
Pourquoi il est dans notre Top 20 : pour son approche française d’un des grands sujets de l’uchronie et pour compléter notre panorama des différentes manières de réécrire le XXe siècle.
Quelques autres uchronies à découvrir
Notre Top 20 n’est évidemment pas une liste exhaustive. L’uchronie est un genre suffisamment vaste pour qu’il soit impossible de tout faire tenir dans un seul classement.
Nous avons notamment laissé de côté plusieurs œuvres intéressantes parce qu’elles sont plus proches du voyage dans le temps, de la dystopie ou d’autres formes de science-fiction, ou parce qu’elles ne correspondent pas suffisamment à notre définition stricte de l’uchronie.
11/22/63 — Stephen King
Stephen King imagine ici une possibilité fascinante : retourner dans le passé pour empêcher l’assassinat de John F. Kennedy.
Le roman est avant tout une histoire de voyage temporel, mais la modification de l’Histoire et les conséquences de cette intervention donnent progressivement naissance à une véritable réalité alternative.
L’Âge de diamant — Neal Stephenson
Une œuvre majeure de la science-fiction contemporaine, mais dont la classification comme uchronie est moins évidente.
Son intérêt pour notre sélection tient surtout à son extraordinaire capacité à imaginer une autre trajectoire technologique et sociale.
Le Régiment monstrueux — Terry Pratchett
Un roman des Annales du Disque-monde, qui détourne avec humour les conflits militaires et les rapports entre nations.
Il est particulièrement amusant, mais nous avons préféré ne pas le faire entrer dans un Top 20 consacré strictement à l’uchronie.
Les Chroniques de St Mary — Jodi Taylor
Une vaste série consacrée au voyage dans le temps et à l’exploration historique.
Les modifications de l’Histoire sont bien présentes, mais le voyage temporel reste au cœur du concept. Nous avons donc préféré ne pas la confondre avec les uchronies les plus représentatives du genre.
Les Fils de l’air — Johan Heliot
Une autre proposition française intéressante, qui mérite d’être découverte par les amateurs d’Histoire alternative et de rétrofuturisme.
En résumé
L’uchronie peut prendre des formes extrêmement différentes.
Elle peut partir d’une victoire militaire qui n’a jamais eu lieu, comme dans Le Maître du Haut Château ou Fatherland.
Elle peut imaginer la survie d’un empire disparu, comme dans Roma Æterna.
Elle peut modifier une invention et transformer toute une civilisation, comme dans La Machine à différences.
Elle peut encore partir d’une décision politique, d’un destin individuel ou d’une autre trajectoire pour un personnage historique.
C’est précisément cette diversité qui fait la richesse du genre.
Notre Top 20 réunit donc volontairement des œuvres très différentes : Philip K. Dick, Keith Roberts, Robert Silverberg, Christopher Priest, William Gibson, Bruce Sterling, Robert Harris, Philip Roth, Poul Anderson, L. Sprague de Camp, Éric-Emmanuel Schmitt, Roland C. Wagner, Laurent Genefort, Stéphane Beauverger, Ward Moore, Stephen Baxter, Norman Spinrad, Jean-Pierre Andrevon et Michel-Antoine Burnier.
Toutes ont cependant un point commun : elles nous obligent à regarder notre propre Histoire autrement.
Conclusion
C’est peut-être ce qui fait la force particulière de l’uchronie.
Elle ne consiste pas seulement à inventer un passé qui n’a jamais existé.
Elle nous oblige à regarder celui qui existe.
Lorsque Philip K. Dick imagine un monde dominé par l’Allemagne nazie, lorsque Keith Roberts fait survivre l’Angleterre catholique, lorsque Robert Silverberg prolonge l’Empire romain ou lorsque Ward Moore donne la victoire aux Confédérés, la question n’est finalement jamais uniquement :
« Que se serait-il passé ? »
Elle devient :
« Pourquoi notre monde est-il devenu celui que nous connaissons ? »
Chaque uchronie rappelle ainsi que l’Histoire n’était probablement pas écrite d’avance. Une bataille, une élection, une invention, une rencontre ou une décision peuvent parfois suffire à faire basculer des décennies entières.
Et c’est peut-être pour cela que le genre reste aussi fascinant aujourd’hui : pour comprendre notre monde, il faut parfois commencer par imaginer celui qui aurait pu exister à sa place.
Nouvelles par Lewis Padgett

Fiche de Nouvelles
Titre : Nouvelles
Auteur : Lewis Padgett (Catherine L. Moore et Henry Kuttner)
Date de parution :
Traduction :
Editeur :
Sommaire de Nouvelles :
- L’armoire temporelle
- Le robot vaniteux
- Gallegher bis
- Le twonky
- L’ange noir
- Tout smouales étaient les Borogoves
- Point de rupture
- En direct avec le futur
Première page de L’armoire temporelle
« Gallegher pratiquait les sciences comme un musicien qui joue d’oreille – chose admissible pour un musicien mais pas forcément pour un savant. Pourtant Gallegher était un bon savant, même s’il était ivrogne et excentrique. Il eût aimé s’adonner à la recherche, domaine dans lequel il excellait car il avait par moments des éclairs de génie. Malheureusement les fonds manquaient et Gallegher, qui exerçait maintenant la fonction de surveillant de machines intégratrices, ne se consacrait aux travaux de laboratoire qu’à titre de passe-temps. Son laboratoire méritait le coup d’œil. Presque toute la surface disponible était occupée par ce qu’il appelait un orgue à liqueurs, engin qu’il avait mis des mois à construire. Confortablement étendu sur un divan moelleux, il lui suffisait de manipuler quelques boutons pour que des breuvages merveilleux, aussi variés et abondants que délectables, viennent irriguer son gosier desséché. »
Extrait de : L. Padgett. « Nouvelles. »
L’échiquier fabuleux par Lewis Padgett

Fiche de L’échiquier fabuleux
Titre : L’échiquier fabuleux
Auteur : Lewis Padgett (Catherine L. Moore et Henry Kuttner)
Date de parution : 1951
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu
Première page de L’échiquier fabuleux :
« Le bouton de porte ouvrit un œil bleu et le regarda. Cameron cessa de bouger. Il ne toucha pas le bouton. Il ramena la main en arrière et demeura immobile, aux aguets.
Comme il ne se passait rien, il fit un pas de côté. La noire pupille de l’œil pivota dans la même direction. L’œil le regardait.
Posément, Cameron fit demi-tour et se dirigea à pas lents vers une fenêtre valve. A mesure qu’il avançait, la vitre circulaire s’éclairait et devenait transparente. Il se planta devant elle et se tâta le pouls tout en contrôlant automatiquement sa respiration.
On apercevait derrière la fenêtre un paysage verdoyant et vallonné que mouchetait l’ombre des nuages à la dérive. Le soleil baignait d’or les fleurs du printemps qui tapissaient les pentes. Un hélicoptère évoluait silencieusement dans le ciel d’azur.
Quand il eut vérifié les battements de son pouls, Cameron, un homme de haute taille au poil gris, attendit. Il ne voulait pas se retourner tout de suite. »
Extrait de : L. Padgett. « L’échiquier fabuleux. »
Déjà demain par Henry Kuttner et Catherine L. Moore

Fiche de Déjà demain
Titre : Déjà demain
Auteur : Catherine L. Moore et Henry Kuttner
Date de parution : 1953
Traduction : P.J Izabelle
Editeur : Denoël
Sommaire de Déjà demain :
- Jour de l’an
- L’oeil était dans…
- Camouflage
- Fantôme
- Saison de grand cru
- Point de rupture
- Choc
- Le twonky
- De profundis
Première page de Jour de l’an
« Irène revint, le Jour de l’an. C’est un jour oublié pour ceux d’entre nous qui sont nés avant 1980, le jour du calendrier qui vient entre la fin de l’année écoulée et le début de la nouvelle, le jour où l’on libère les soupapes. New York était extrêmement bruyant. Les annonces-radio me suivaient sans arrêt, même quand je m’écartais sur la piste de vitesse. J’avais oublié mes bouche-oreilles…
La voix d’Irène sortit de la petite grille ronde au-dessus du pare-brise. Étrange comme je l’entendis clairement, malgré tout le vacarme.
« Bill, disait la voix, où es-tu, Bill ? »
Je n’avais pas entendu cette voix depuis six ans. Pendant un instant tout disparut et ce fut comme si je conduisais en plein silence ; je n’entendis plus qu’Irène… J’évitai de justesse une voiture de police – et le bruit, la publicité, le tumulte redevinrent réels.
« Laisse-moi entrer, Bill », fit la petite voix d’Irène dans la petite grille. Une seconde, je crus presque pouvoir le faire. »
Extrait de : H. Kuttner + C.L Moore. « Déjà demain. »
Shambleau par Catherine L. Moore
Fiche de Shambleau
Titre : Shambleau
Auteur : Catherine L. Moore
Date de parution : 1953
Traduction : G. H. Gallet
Editeur : J’ai lu
Sommaire de Shambleau :
- Shambleau
- Songe vermeil
- L’arbre de vie
- La soif noire
- Paradis perdu
- La poussière des dieux
- Julhi
- Le dieu gris
- Ivala
Première page de Shambleau
« — Shambleau !… Ah ! Shambleau !…
La clameur sauvage de la foule rebondissait de mur en mur dans les rues étroites de Lakkdarol, et le choc de lourdes bottes sur le pavage de lave rougeâtre accompagnait sinistrement ce hurlement croissant :
— Shambleau ! Shambleau !
Northwest Smith l’entendit se rapprocher et d’une enjambée gagna le porche le plus voisin, posant une main méfiante sur la crosse de son pistolet thermique. Ses yeux pâles se rétrécirent. Les bruits étranges étaient assez communs dans les rues de la plus récente des colonies terriennes sur Mars — une petite ville frustre et rouge, où n’importe quelle catastrophe pouvait surgir et, très souvent, survenait. Mais Northwest Smith, dont le nom était connu et considéré dans tous les mauvais lieux d’une demi-douzaine de planètes, était un homme prudent, en dépit de sa réputation. Il s’adossa au mur, empoigna son arme et écouta le cri qui se rapprochait en grandissant. »
Extrait de : C. L. Moore. « Shambleau. »