Auteur/autrice : CH91

 

Concerto à la mémoire d’un ange par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Concerto à la mémoire d’un ange

Titre : Concerto à la mémoire d’un ange
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2010
Editeur : Albin Michel

Sommaire de Concerto à la mémoire d’un ange :

  • L’empoisonneuse
  • Le retour
  • Concerto à la mémoire d’un ange
  • Un amour à l’Elysée
  • Journal d’écriture

Première page de L’empoisonneuse

« — Attention, voici l’empoisonneuse !

Le groupe d’enfants se figea soudain, telle une main qui se referme. Ils coururent se réfugier au fond du lavoir, sous le banc de pierre, un coin frais, ombreux qui permettait de voir sans être vu ; là, histoire de s’effrayer davantage, les gamins suspendirent leur respiration.

Sous le soleil de midi, Marie Maurestier traversa la rue. C’était une grande femme de soixante-dix ans, lente, ridée, propre, raide et souvent agacée. Amidonnée dans un tailleur noir qui la sanglait au niveau de l’abdomen, elle avançait d’un pas parcimonieux, soit parce qu’elle redoutait la chaleur, soit parce que ses articulations enflammées retenaient sa marche crispée. Elle tanguait avec une majesté maladroite qui la rendait impressionnante. »

Extrait de : E.E Schmitt. « Concerto à la mémoire d’un ange. »

Soleil sombre par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Soleil sombre

Titre : Soleil sombre (tome 3 sur 5 – La traversée des temps)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2022
Editeur : Albin Michel

Première page de Soleil sombre

« Me délivrerai-je ici d’un pénible secret ?
La rédaction de ces mémoires m’incline aux révélations, moi, Noam, qui ai tant dissimulé.
Les équipages de mots piaffent à mesure que je noircis des pages, ils me poussent à consigner les faits. Les seuls faits.

Enfoui depuis des millénaires, mon secret recèle un pouvoir de destruction supérieur à celui des pires bombes atomiques. À l’époque où j’ai choisi de le préserver, sa divulgation aurait démoli un monde, ses villes, ses temples, ses pyramides. Par mon silence, j’ai abusé des millions d’individus, des esclaves aux pharaons, des riches aux mendiants, des paysans aux citadins, des prêtres aux scribes. Je les ai tous trompés ; à aucun je n’ai laissé entrevoir ma supercherie. Ignorant encore que les civilisations étaient vouées à mourir, je redoutais que ma parole ne mît à mal celle qui croissait au bord du Nil. »

Extrait de : E.E Schmitt. « Eric-Emmanuel Schmitt – La traversée des temps. »

La porte du ciel par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La porte du ciel

Titre : La porte du ciel (tome 2 sur 5 – La traversée des temps)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2021
Editeur : Albin Michel

Première page de La porte du ciel

« Il court.

Combien de fois Noam s’est-il évadé ?

Il court à perdre haleine.

La fuite n’apporte pas une solution, elle dessine une méthode : s’échapper, réfléchir, agir. Noam quitte le repaire des activistes. Trois jours, il lui reste trois jours… Si, durant ce délai, Noam ne parvient pas à révéler au monde leur plan d’extermination, ils attaqueront les centrales nucléaires, provoqueront une pénurie d’électricité, une rupture d’Internet, une panique généralisée. Au milieu de ce désordre, il leur suffira d’enchaîner les attentats pour finir de précipiter la civilisation dans le chaos. Ces survivalistes radicaux haïssent cette société, ils n’ont qu’une idée en tête : la supprimer afin d’en instaurer une autre dont ils deviendront les maîtres. »

Extrait de : E.E Schmitt. « La porte du ciel – La traversée des temps. »

Paradis perdu par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Paradis perdu

Titre : Paradis perdu (tome 1 sur 5 – La traversée des temps)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2021
Editeur : Albin Michel

Première page de Paradis perdu

« Un frisson.
D’abord un frisson.
Insistant, le frisson pèse, file, s’étend, lézarde, se multiplie, devenant deux, quinze, cinquante frissons qui conquièrent la peau, réveillent les sens.

L’homme ouvre les paupières.
La nuit… Le silence… La fraîcheur… La soif…
Il regarde les ténèbres alentour. L’obscurité l’épouvanterait s’il ne savait où il se situe. Recroquevillé sur le calcaire humide, il inspire l’air tonique, revigorant, qui emplit ses poumons et ranime ses entrailles. Volupté d’exister… Comme c’est bon, une renaissance ! Meilleur qu’une naissance…

Leur tâche achevée, les frissons se dissipent : l’homme a pris conscience de son corps. »

Extrait de : E.E Schmitt. « La Traversée des temps – Paradis perdus. »

Histoire d’un homme du peuple par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un homme du peuple

Titre : Histoire d’un homme du peuple
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : Feedbooks

Première page de Histoire d’un homme du peuple

« Lorsque mon père, Nicolas Clavel, bûcheron à Saint-Jean-des-Choux, sur la côte de Saverne, mourut au mois de juin 1837, j’avais neuf ans. Notre voisine, la veuve Rochard, me prit chez elle quinze jours ou trois semaines, et personne ne savait ce que j’allais devenir. La mère Rochard ne pouvait pas me garder ; elle disait que nos meubles, notre lit et le reste ne payeraient pas les cierges de l’enterrement, et que mon père aurait bien fait de m’emmener avec lui.
En entendant cela, j’étais effrayé ; je pensais :
« Mon Dieu ! qui est-ce qui voudra me prendre ? »
Durant ces trois semaines, nous cherchions des myrtilles et des fraises au bois, pour les vendre en ville, et je pouvais bien en ramasser cinq ou six chopines par jour ; mais la saison des myrtilles passe vite, la saison des faînes arrive bien plus tard, en automne, et je n’avais pas encore la force de porter des fagots.
Souvent l’idée me venait que j’aurais été bien heureux de mourir. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un homme du peuple (suivi de Les Bohémiens sous la Révolution). »

Histoire d’un conscrit de 1813 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un conscrit de 1813

Titre : Histoire d’un conscrit de 1813
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1864
Editeur : Bibebook

Première page de Histoire d’un conscrit de 1813

« Ceux qui n’ont pas vu la gloire de l’Empereur Napoléon dans les années 1810, 1811 et 1812 ne sauront jamais à quel degré de puissance peut monter un homme.
Quand il traversait la Champagne, la Lorraine ou l’Alsace, les gens, au milieu de la moisson ou des vendanges, abandonnaient tout pour courir à sa rencontre ; il en arrivait de huit et dix lieues ; les femmes, les enfants, les vieillards se précipitaient sur sa route en levant les mains, et criant : Vive l’Empereur ! vive l’Empereur ! On aurait cru que c’était Dieu ; qu’il faisait respirer le monde, et que si par malheur il mourait, tout serait fini. Quelques anciens de la République qui hochaient la tête et se permettaient de dire, entre deux vins, que l’Empereur pouvait tomber, passaient pour des fous. Cela paraissait contre nature, et même on n’y pensait jamais.

Moi, j’étais en apprentissage, depuis 1804, chez le vieil horloger Melchior Goulden, à Phalsbourg. Comme je paraissais faible et que je boitais un peu, ma mère avait voulu me faire apprendre un métier plus doux que ceux de notre village ; car, au Dagsberg, on ne trouve que des bûcherons, des charbonniers et des schlitteurs. M. Goulden m’aimait bien. Nous demeurions au premier étage de la grande maison qui fait le coin en face du Bœuf-Rouge, près de la porte de France. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un conscrit de 1813. »

Contes tome 3 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes tome 3

Titre : Contes tome 3
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Sommaire de Contes tome 3 :

  • La lunette de Hans Schnaps
  • Le tisserand de la Steinbach
  • Pourquoi Hunebourg ne fut pas rendu
  • Hugues le Loup
  • Le combat d’ours
  • Le rêve d’Aloïus
  • Les bohémiens d’Alsace sous la révolution
  • Le coquillage de l’oncle Bernard

Première page de La lunette de Hans Schnaps

« J’ai connu dans le temps, à Mayence, un honnête pharmacien nommé Hans Schnaps. La porte de son officine s’ouvrait sur le Thiermack ; elle était surmontée d’une guivre en guise d’enseigne ; le caducée de Mercure et le serpentaire d’Esculape en ornaient les panneaux. Quant à Hans Schnaps, au lieu de rester dans sa boutique, il se promenait dans les rues, une grande lunette sous le bras, et laissait le soin de ses drogues à deux garçons apothicaires.

C’était un singulier original, le nez long, les yeux gris, la lèvre moqueuse. À voir son large feutre, sa casaque de bure rougeâtre, sa barbe taillée en pointe, vous l’eussiez pris pour un artiste flamand.

Je le rencontrais quelquefois à la taverne du Pot de Tabac, sur le Zeil ; nous faisions ensemble notre partie deyoucker, nous causions de la pluie et du beau temps. Schnaps n’éprouvait pas le besoin de me faire connaître ses occupations, je ne voyais pas la nécessité de l’initier aux miennes, et, dans le fait, cela nous importait fort peu. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Contes III. »

Contes tome 2 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes tome 2

Titre : Contes tome 2
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Sommaire de Contes tome 2 :

  • Entre deux vins
  • Le violon du pendu
  • La pêche miraculeuse
  • L’esquisse mystérieuse
  • La voleuse d’enfants
  • Les trois âmes
  • L’araignée-crabe
  • L’héritage de l’oncle Christian
  • Gretchen
  • La montre du doyen
  • Le rêve de mon cousin Elof
  • Hans Storkus
  • Les fiancés de Grinderwald

Première page de Entre deux vins

« Pendant la messe de minuit de l’an 1847, à Phalsbourg, le petit greffier de la justice de paix, Conrad Spitz et moi, nous vidions notre troisième bol de punch au café Schweitzer, près de la porte d’Allemagne. Tout le monde était à l’église. La veuve Schweitzer, avant de partir, avait éteint les quinquets ; la chandelle, placée entre Spitz et moi, éclairait vaguement un angle du billard, notre bol et nos verres : le reste se perdait dans l’ombre. La servante Grédel chantait à voix basse dans la cuisine, et nous venions d’entendre une chaise tomber au milieu du silence.

En ce moment, le petit greffier se prit à dire :

« Comment se fait-il, mon cher monsieur Vanderbach, qu’à cette heure indue, sans nous être dérangés de notre place au café Schweitzer, nous nous trouvions transportés chez Holbein, le tisserand, au coin de la halle aux grains et des vieilles boucheries ? »

Ces paroles m’étonnèrent. Je regardai autour de moi, et je reconnus qu’en effet nous étions assis dans une petite chambre tellement basse, que les poutres enfumées du plafond nous touchaient presque la tête. Les petites vitres à mailles de plomb étaient ensevelies sous la neige. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Contes II. »

Contes tome 1 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes tome 1

Titre : Contes tome 1
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Sommaire de Contes tome 1 :

  • L’oreille de la chouette
  • Crispinus ou l’histoire interrompue
  • Le bourgmestre en bouteille
  • Le cabaliste Hans Weinland
  • Le bouc d’Israël
  • Une nuit dans les bois
  • La reine des abeilles
  • Messire Tempus
  • Le requiem du corbeau
  • L’oeil invisible
  • Le chant de la Tonne
  • La tresse noire
  • Le blanc et le noir

Première page de L’oreille de la chouette

« Le 29 juillet 1835, Kasper Bœck, berger du petit village d’Hirschwiller, son large feutre incliné sur le dos, sa besace de toile filandreuse le long des reins, et son grand chien à poil fauve sur les talons, se présentait, vers neuf heures du soir, chez M. le bourgmestre Pétrus Mauerer, lequel venait de terminer son souper, et prenait un petit verre de kirschwasser pour faciliter sa digestion.

Ce bourgmestre, grand, sec, la lèvre supérieure couverte d’une large moustache grise, avait jadis servi dans les armées de l’archiduc Charles ; il était d’humeur goguenarde, et gouvernait le village, comme on dit, au doigt et à la baguette.

— Monsieur le bourgmestre, s’écria le berger tout ému.

Mais Pétrus Mauerer, sans attendre la fin de son discours, fronçant le sourcil, lui dit :

— Kasper Bœck, commence par ôter ton chapeau, fais sortir ton chien de la chambre, et puis parle clairement, intelligiblement, sans bégayer, afin que je te comprenne.

Sur ce, le bourgmestre, debout près de la table, vida tranquillement son petit verre, et huma ses grosses moustaches grises avec indifférence.

Kasper fit sortir son chien et revint le chapeau bas. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Contes I. »

Le déchronologue par Stéphane Beauverger

Fiche de Le déchronologue

Titre : Le déchronologue
Auteur : Stéphane Beauverger
Date de parution : 2009
Editeur : Gallimard

Première page de Le déchronologue

« Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt.

Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. Quant à celles et ceux qui liront mon récit jusqu’au bout, j’espère qu’ils sauront pardonner un peu de mon impertinence et, à l’instant de refermer ces chroniques, m’accorder leur indulgence.

D’ici quelques minutes, une poignée d’heures tout au plus, les forces contre lesquelles je me suis battu en auront définitivement terminé avec moi et ceux qui m’ont suivi dans cette folle aventure. J’ai échoué et je vais mourir. Ma frégate n’est plus qu’une épave percée de part en part, aux ponts encombrés par les cris des mourants, aux coursives déjà noircies par les flammes. Ce n’est ni le premier bâtiment que je perds ni le premier naufrage que j’affronte, mais je sais que nul ne saurait survivre à la dévastation qui s’approche. Bientôt, pour témoigner de l’épopée de ce navire et de son équipage ne resteront que les pages de ce journal. »

Extrait de : S. Beauverger. « Le Déchronologue. »