Auteur/autrice : CH91
Mon frère l’ombre par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Mon frère l’ombre
Titre : Mon frère l’ombre (Tome 3 sur 5 – Tyranaël)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1997
Editeur : Editions Alire
Première page de Mon frère l’ombre
« Il y a très longtemps, au temps où les Ékelli marchaient encore sur Tyranaël, une grande joie advint en la demeure de Karaïd Tsaludar, à Hleïtzer qui était alors la capitale des Paalani sur Hébu. Longtemps le roi et son épouse Mirnaë avaient attendu un enfant, et par trois fois déjà leur espoir avait été déçu. Or, pendant la nuit de l’éclipse d’été, alors que la lune épousait le soleil, il leur naquit un fils. L’enfant avait les yeux violets de son ancêtre Ktulhudar, et tous les mages déclarèrent que par lui se réaliserait sûrement la prédiction de l’Homme-Dieu aux Paalani, lors de leur ultime défaite : « Vous serez grands de nouveau, non par les armes et dans la guerre, mais par l’amour et dans la paix. »
Cette grande joie se changea pourtant bientôt en une grande peine. Ce ne fut d’abord qu’un chuchotement dans les couloirs du palais, puis un murmure de bouche à oreille, mais enfin la nouvelle éclata dans la ville royale consternée : le regard du divin soleil ne s’arrêtait pas sur le prince héritier ! Le fils du roi, le descendant de l’Homme-Dieu Ktulhudar, Oghim Karaïdar, n’avait pas d’ombre ! »
Extrait de : E. Vonarburg. « TYRANAEL – Mon frére l’ombre. »
Le jeu de la perfection par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Le jeu de la perfection
Titre : Le jeu de la perfection (Tome 2 sur 5 – Tyranaël)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1996
Editeur : Editions Alire
Première page de Le jeu de la perfection
« Les licornes sont couchées dans un repli des collines basses qui descendent vers l’océan. En ces heures chaudes, elles se reposent ; elles reprendront leur route à la tombée du soleil. C’est un de ces petits groupes qui migrent vers le continent Est quand l’isthme le rattachant au continent principal se trouve à découvert. La Mer a disparu depuis déjà presque un Mois, on arrive à la cinquième lunaison de Juillet, dans l’hémisphère nord même si l’équateur n’est pas très loin. Les licornes ont de quoi se nourrir : si les buissons et les arbustes commencent à peine à pointer, l’herbe a largement eu le temps de repousser sur le sol dénudé – une peau ondoyante, d’un jaune éclatant, mais où le vent fait déjà courir des vagues bleutées. »
Extrait de : E. Vonarburg. « TYRANAEL – Le jeu de la perfection. »
Les rêves de la mer par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Les rêves de la mer
Titre : Les rêves de la mer (Tome 1 sur 5 – Tyranaël)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 1996
Editeur : Editions Alire
Première page de Les rêves de la mer
« Les collines du bord de l’océan sont couvertes de cicatrices : des crevasses s’ouvrent dans leurs flancs et des arbres y sont suspendus la tête en bas par leurs racines. L’asphalte et le bitume ondulent en replis brisés : la route est froissée comme un ruban après la fête, les bâtiments qui la bordent étalent leurs entrailles au soleil. Il est midi. Timmi marche vers l’océan pour aller se baigner. Il a chaud. Il a bien hâte de voir l’océan, les rouleaux verts et blancs, le sable doré qui coule sous les pieds nus… Mais pourquoi se trouve-t-il ici ? Ce n’est pas son Australie, c’est la ville d’Amérique, celle qui s’est écroulée et qui a brûlé il y a très longtemps, au temps des Catastrophes – il la reconnaît surtout au pont dont les bras et les jambes brisés pointent dans la baie.
Il est un peu étonné, mais il traverse sans crainte la ville éventrée en examinant avec curiosité les monstrueux amas de briques et de béton, les poutrelles métalliques en pattes d’araignées, les carcasses calcinées des voitures ajourées par la rouille, et sur le sol le miroitement aveuglant du verre brisé. Parfois, par jeu, il donne un coup de pied dans les éclats brillants pour les voir s’éparpiller en tintant comme de la glace qui se fendille, un son de fraîcheur et d’hiver incongru sous le soleil plombant. »
Extrait de : E. Vonarburg. « TYRANAEL – Les rêves de la mer. »
La maison d’équité par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La maison d’équité
Titre : La maison d’équité (Tome 5 sur 5 – Reine de mémoire)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2007
Editeur : Editions Alire
Première page de La maison d’équité
« Les yeux au plafond obscur, Ouraïn doit s’endormir et rêver, car elle est de retour dans la chambre de Hundgao et la lueur de ses torchères. Le poids qui la clouait sur le lit a disparu, mais elle ne bouge pas. Elle contemple les ombres mouvantes et éternelles des amants de pierre, sur les murs.
On s’étend sans bruit auprès d’elle : ses compagnes sont revenues. Des bras l’entourent, on écarte ses cheveux de son visage, on lui caresse longuement les épaules, son poignet meurtri, ses seins au mamelon encore érigé. Elle s’épanouit sous ces mains aimantes qui la défroissent, telle une fleur de feu redevenue calme.
Sans pensée, elle se blottit contre des seins doux et fuyants, noue ses bras autour d’une taille gracile. On la caresse toujours, comme on lisse le pelage d’un chat. Portée par le rythme de la caresse, elle ne sait plus quel corps est le sien, les limites de sa peau se dissolvent, il lui semble que c’est elle qui caresse, elle qui s’imbrique doucement dans la chair offerte, un mouvement sans heurt, une barque qui arrive au port en glissant sur son erre. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Reine de Mémoire – La Maison d’Équité. »
La princesse de vengeance par Elisabeth Vonarburg
Fiche de La princesse de vengeance
Titre : La princesse de vengeance (Tome 4 sur 5 – Reine de mémoire)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2006
Editeur : Editions Alire
Première page de La princesse de vengeance
« Elle dort.
Elle est une femme, qui dort. Une très jeune femme, endormie sur un large matelas. Le matelas lui-même est placé dans un cadre de bois, sur une plate-forme de pierre surélevée. Mais comment peut-elle percevoir tout cela ? C’est très curieux de sentir ainsi la langueur satisfaite de ces membres à l’abandon comme une étoile de mer sur une plage, et de les voir en même temps, voir, comme si ce n’était pas elle, cette très jeune fille endormie, longs cheveux d’algues noires, corps lisse à la peau couleur de thé ambré, minceur un peu anguleuse, seins adolescents. Elle porte au cou une chaînette d’or dont le pendentif, un oiseau bleu violet aux yeux rouges, dessiné en cloisonné d’or, est niché entre ses seins.
Elle connaît cette jeune fille. Elle connaît ce pendentif. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Reine de Mémoire – La Princesse de Vengeance. »
Le dragon fou par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Le dragon fou
Titre : Le dragon fou (Tome 3 sur 5 – Reine de mémoire)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2006
Editeur : Editions Alire
Première page de Le dragon fou
« C’est au bord d’un lac aux reflets chatoyants, sous les vapeurs qui en montent en volutes paresseuses. Des pins et des sapins se dressent telles des sentinelles entre des bouleaux aux feuilles argentées. Le vieux Jacquelin se tient sur une petite pointe de galets roses et gris. Ses cheveux blancs sont dénoués, son front est ceint du bandeau de perles et de coquillages ; vêtu en chamane, comme dans le livre de monsieur d’Iberville, il porte au cou le collier de griffes d’ours. De sa main gauche, il tient le tambour des esprits. Il regarde Pierrino et le salue de l’autre main, paume offerte, puis il agite le tambour qui résonne avec une force surprenante. La brume s’écarte sur une lumière étrange qui n’est pas celle du soleil ni de la lune, mais de quelque façon l’une et l’autre. Comme si le son du tambour avait été une pierre jetée dans l’eau, des anneaux concentriques se forment à la surface et vont se perdre au loin. Jacquelin s’avance vers le lac. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Reine de Mémoire – Le Dragon fou. »
Le dragon de feu par Elisabeth Vonarburg

Fiche de Le dragon de feu
Titre : Le dragon de feu (Tome 2 sur 5 – Reine de mémoire)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2005
Editeur : Editions Alire
Première page de Le dragon de feu
« Jiliane reconnaît avec surprise les images qui se détachent une à une du scintillement de l’Entremonde où rêve sa psyché vagabonde : il y a bien longtemps, lui semble-t-il, qu’elle n’a rêvé des cartes divinatoires de Grand-mère. Mais c’était aussi tout à l’heure, comme si le temps n’existait pas ici. Elle contemple l’image, ses couleurs un peu fanées, sauf les roses vifs et les dorés, les porteurs, la litière au rideau légèrement écarté par une main qu’on ne voit pas : Upadisin, le Palanquin, hors-Maison, mais c’est un bon commencement, “voyage, triomphe, richesse, harmonie”.
Ensuite, les cartes apparaissent à mesure que sa main les tire : les Chevaliers de Mémoire : “un départ ou un voyage, rapidement décidé et accompli ; messager, lien”. Le motif s’affirme déjà. Et se confirme avec le Huit d’Oubli : “changements, nouvelles sympathies et attirances ; possibilité de laisser le passé derrière soi, nouvelle étape dans la vie”. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Reine de Mémoire – Le Dragon de Feu. »
La maison d’oubli par Elisabeth Vonarburg

Fiche de La maison d’oubli
Titre : La maison d’oubli (Tome 1 sur 5 – Reine de mémoire)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2005
Editeur : Editions Alire
Première page de La maison d’oubli
« Il doit y avoir une porte, puisqu’il y a une fenêtre. » C’était ce que répétait Pierrino, elle s’en souvient, non telle une incantation qui aurait suffi à créer cette porte – à près de huit ans il se targuait, à l’instar de Grand-père, de ne point trop se fier à la magie – mais parce que, pour lui comme pour Grand-père, une certaine forme d’ordre devait exister dans l’univers, une logique dont ni portes ni fenêtres ne pouvaient être exclues. Quant à la magie, Senso n’était pas certain, mais elle, elle savait qu’il croyait en Pierrino. Elle était trop petite pour bien comprendre : pourquoi trouvaient-ils si important qu’à cette fenêtre correspondît une porte ? Mais tout de suite, la fenêtre a possédé pour elle sa propre évidence, son propre espace : un de ces lieux où l’on n’a nul besoin de pénétrer pour en être prisonnier. Si cette pièce secrète se trouvait réellement à côté de la chambre où ils dormaient tous trois, alors son lit à elle en était le plus proche, puisqu’il était placé dans le petit recoin, en face de leur deuxième fenêtre, collé contre le mur du fond. L’épaisseur d’une cloison, et de l’autre côté, la chambre mystérieuse. C’était trop près.
Et de toute façon, c’était sa faute à elle si la fenêtre leur était apparue. »
Extrait de : E. Vonarburg. « La maison d’oubli – Reine de mémoire. »
Les pierres et les roses 6 par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Les pierres et les roses 6
Titre : Les pierres et les roses 6 (Tome 6 sur 6 – Les pierres et les roses)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2025
Editeur : Editions Alire
Première page de Les pierres et les roses 6
« Des feux dans la plaine. Deux incendies, une grange et une ferme qui brûlent encore, dit Ansquetil : ils sont arrivés au contact de l’armée de Ferdinàn. Les troupes barcelonaises se sont arrêtées dans la plaine d’Ussat, près de Tarascon. La ville est en armes derrière sa double enceinte, avec ce qui lui reste de milices urbaines. Les faubourgs hors les murs en seraient une proie facile, mais Ferdinàn ne semble nullement vouloir l’attaquer. Il a plutôt traversé l’Ariège très en aval de la ville et s’est arrêté à bonne distance ; ses fantassins comme ses cavaliers doivent se reposer. Et Briann sait que les leurs le doivent aussi.
Ferdinàn les croit peut-être encore occupés à lécher leurs blessures après l’embuscade au défilé de Sarrasis, si c’est lui qui y a envoyé cette poignée d’hommes, mais il a toujours des agnèls avec lui, même s’il en a perdu, ou mis de côté, la trentaine qui va vers Montsorgues. Il faut tenir pour acquis qu’on l’a renseigné, et qu’il sait leur présence dans les collines surplombant la plaine. Mais que fera-t-il avec les agnèls qui lui restent ? Va-t-il les fatiguer davantage en les lançant contre eux ? Ils ont besoin de repos, eux aussi, s’ils sont aussi mal en point que les quelques-uns capturés à Bayouls-en-Maresme puis après Thuir. Et leur maîtrise des magies guerrières est branlante, la leçon du débarquement raté. Mais il ne faut pas les sous-estimer, ni leur nombre. Il lui en reste une bonne centaine, sûrement. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Les Pierres et les Roses 6. »
Les pierres et les roses 5 par Elisabeth Vonarburg
Fiche de Les pierres et les roses 5
Titre : Les pierres et les roses 5 (Tome 5 sur 6 – Les pierres et les roses)
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Date de parution : 2025
Editeur : Editions Alire
Première page de Les pierres et les roses 5
« Agenouillée sur le petit banc, Annelore prie dans l’oratoire de sa chambre. Le rembourrage devrait être refait. Pensée trop mondaine, à écarter d’une oraison ! Elle reprend intérieurement, un peu honteuse : Je vous salue, Marie, Mère de Dieu, Trésor vénéré de tout l’univers, Lumière qui ne s’éteint pas, Vous de qui est né le soleil de la justice…
Une mère, elle aussi, Marie. Quelle angoisse n’a-t-elle pas dû ressentir au pied de la Croix… A-t-elle souhaité alors pouvoir user de son talent ? Ou que Jésus use du sien, ou ses apôtres ?
Pensées sacrilèges. Marie n’est pas censée être talentée, ni le Christ ni les seuls saints apôtres qui assistaient à la Crucifixion, Jean, Marc, Mathieu… Mais c’est ce qu’elle a appris en secret jusqu’à l’adolescence avec Margarite, comme le nom des autres apôtres. Et puis Margarite est morte, et elle a quitté le Poitou. Quand bien même elle voudrait parfois les effacer, ces savoirs-là perdurent à jamais. C’était la magie, bien sûr, la merveille de la magie. Et savoir qu’elle en était dotée elle-même, un secret plus terrible encore à posséder que les évangiles géminites anathèmes. Mais sa nourrice n’avait pas peur. Ni de son propre pouvoir ni du sien. »
Extrait de : E. Vonarburg. « Les Pierres et les Roses 5. »