Auteur/autrice : CH91

 

L’homme élastique par Jacques Spitz

Fiche de L’homme élastique

Titre : L’homme élastique
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1938
Editeur : Marabout

Première page de L’homme élastique

« 12 mai
 
Je me félicite d’avoir acheté cette propriété en Ardèche. La visite que je viens d’y faire a confirmé mes premières impressions. L’endroit, situé à mi-chemin entre Privas et Aubenas, est aussi désert et désolé que je le souhaitais. Sur un haut plateau, semé de quelques bouquets de sapins et de chênes rabougris, il n’y a là qu’un village d’une cinquantaine d’habitants, Freissenet, dont ma future demeure, appelée Chantambre, est distante d’au moins trois kilomètres. La pierre de ces régions est noire, d’un aspect sévère qui n’est pas pour me déplaire. Les oiseaux semblent y être aussi rares que les humains. Nul ne s’attarde en ces lieux. Pourtant, une bonne route passe non loin de mon portail d’entrée et facilitera le transport du matériel, tout en faisant assez de lacets pour décourager les visiteurs éventuels. À l’ordinaire, les véhicules préfèrent suivre la vallée qui contourne le plateau. Ce décor sauvage semblait attendre un homme de mon genre. »

Extrait de : J. Spitz. « L’Homme élastique. »

L’expérience du docteur Mops par Jacques Spitz

Fiche de L’expérience du docteur Mops

Titre : L’expérience du docteur Mops
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1939
Editeur : Gallimard

Première page de L’expérience du docteur Mops

« Si le mois d’avril n’avait pas été si pluvieux cette année-là à Paris, rien ne serait arrivé, ou il serait arrivé autre chose. Mais à quoi bon épiloguer sur le rôle joué par les circonstances accessoires dans les grands événements de la vie ? Maintenant, je ne crois plus aux causes et aux effets, à ces explications laborieuses qu’on forge après coup pour rendre compte de l’enchaînement des événements. Tout se fait n’importe comment, et ce n’est que pour une satisfaction assez vaine de l’esprit qu’on imagine une suite logique dans le cours des choses.

Je venais de rentrer en France pour y passer l’année de mon congé. Il faut avoir séjourné trois années consécutives dans les îles du Pacifique, les Philippines, Timor, Bali, pour bien comprendre ce que peut signifier un retour en France. Retrouver des arbres, des laitages, des nuits fraîches, des sommeils sans moustiquaires, des femmes dont les yeux brillent et semblent enfin signifier quelque chose, de vieilles maisons, de vieux paysages, sans scorpions, sans serpents, sans insectes, et des gens dont on comprend sans effort la langue… Mes quinze premiers jours à Paris furent enchanteurs, car c’est par Paris que, naturellement j’avais commencé. »

Extrait de : J. Spitz. « L’Expérience du Docteur Mops. »

L’agonie du globe par Jacques Spitz

Fiche de L’agonie du globe

Titre : L’agonie du globe
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution : 1935
Editeur : Gallimard

Première page de L’agonie du globe

« Il n’existe pas encore de travail définitif qui fasse autorité pour l’histoire de ces dernières années. L’ouvrage que nous présentons aujourd’hui au public n’a pas la prétention de remédier à cette lacune. Il ne veut être qu’un simple exposé des événements, et, comme tel, s’adresse plus particulièrement aux lecteurs qui cherchent la vérité dans les faits plutôt que dans ces réflexions posthumes et ces appréciations à retard dont les historiens de métier gonflent les dossiers de l’Histoire.

L’Histoire, a-t-on dit, est une petite science conjecturale. Encore que par quelque côté nous ayons donné, par notre exemple, de la vraisemblance à cette proposition, nous voudrions rectifier ici le célèbre aphorisme. Il faut une confiance de non-initié pour croire que la Science puisse être autre chose qu’une continuelle conjecture, et qu’elle permette par exemple de prévoir avec certitude l’évolution des choses. À vrai dire, la Science se contente seulement de classer, le plus ingénieusement et le plus clairement possible, les enseignements de l’expérience passée. »

Extrait de : J. Spitz. « L’agonie du globe. »

Joyeuses apocalypses par Jacques Spitz

Fiche de Joyeuses apocalypses

Titre : Joyeuses apocalypses
Auteur : Jacques Spitz
Date de parution :
Editeur : Bragelonne

Sommaire de Joyeuses apocalypses

  • La guerre des mouches
  • L’homme élastique
  • La guerre mondiale n°3
  • Nouvelles six machines à fabriquer l’avenir

Première page de La guerre des mouches

« Juste-Évariste Magne, né à Cahors, dans le Lot, troisième fils d’un tonnelier, avait échappé de justesse au ridicule d’être prénommé Charles, comme son père. Il le devait à sa mère, dont le jugement fut peut-être éclairé par l’approche de la mort : elle mourut en effet trois jours après la venue au monde du nouveau-né. L’enfance du jeune Juste, privé de mère, se traîna, comme tant d’autres enfances malheureuses, dans les ruisseaux d’abord, sur les bancs de l’école communale ensuite. Elle se fût peut-être poursuivie sur ceux de la Correctionnelle, si un Frère de la doctrine chrétienne, dont la sœur était voisine de la cabane du père Magne, ne s’était intéressé à juste et ne l’avait fait entrer au petit séminaire. Il s’y montra relativement studieux, mais peu tenté par la vocation ecclésiastique. A vingt ans, après une suite de hasards variés dont le miracle est qu’ils aboutirent, un diplôme de licencié ès sciences de l’université de Montpellier vint terminer cette première période de son existence. »

Extrait de : J. Spitz. « Joyeuses apocalypses. »

Glen Cook

Présentation de Glen Cook :

Glen Cook, né en l’an 1944 dans la grouillante métropole de New York, s’impose sans conteste comme l’un des prosateurs les plus vigoureux de la littérature de l’imaginaire d’outre-Atlantique. Fait singulier dans la république des lettres, cet auteur n’a point passé sa vie confiné dans les cénacles intellectuels : après avoir servi sous les drapeaux au sein de la marine de guerre américaine, il a de longues années durant gagné son pain au sein des usines de la compagnie automobile General Motors. C’est dans le fracas des chaînes de montage, et au prix de nuits sans sommeil, qu’il a forgé une prose d’une rugosité et d’une authenticité fort rares.

S’il fait ses premières armes dans le courant des années soixante-dix avec des récits de conjecture scientifique et des épopées aux accents sombres telles que le cycle d’« Un impitoyable empire », c’est véritablement avec l’imposante fresque de « La Compagnie noire » — livrée aux presses à partir de 1984 — qu’il vient bouleverser les canons du merveilleux. Tournant résolument le dos au manichéisme éthéré et aux héros chevaleresques des feuilletons d’antan, Glen Cook y consigne les pérégrinations d’une troupe de mercenaires désabusés, pris dans les rets de conflits politiques et magiques qui les dépassent. On y retrouve l’âpreté de la vie de caserne et la rudesse de la fraternité d’armes, décrites avec un réalisme saisissant qui doit beaucoup à sa propre éducation militaire.

Ce romancier prolifique, travailleur infatigable, ne s’est pourtant point limité à cette seule épopée martiale. Il convient de saluer d’autres œuvres de longue haleine, à l’instar des pittoresques enquêtes de « Garrett, détective privé ». Dans cette série, l’homme de lettres s’amuse à marier avec une habileté diabolique les codes du roman noir et de l’investigation, à la manière d’un Dashiell Hammett ou d’un Raymond Chandler, aux sortilèges les plus inattendus de la fantaisie urbaine.

Véritable artisan du récit, fuyant les mondanités, Glen Cook prouve à chaque page que la littérature fantastique peut se départir de ses atours les plus naïfs pour sonder l’âme humaine dans toute sa noirceur et son cynisme. Ce conteur hors pair a su redonner ses lettres de noblesse à l’épopée guerrière, ouvrant la voie à une approche du merveilleux où la boue des champs de bataille l’emporte enfin sur la dorure des palais illusoires.

Livres de Glen Cook :

Compagnie noire :

Garrett, détective privé :

Les instrumentalités de la nuit :

Intégrales :

Le dragon ne dort jamais (1988)
Le navire damné (????)
Qushmarrah (1990)

Pour en savoir plus sur Glen Cook :

La page Wikipédia sur G. Cook
La page Noosfere sur G. Cook
La page isfdb de G. Cook

Elisabeth Vonarburg

Présentation de Elisabeth Vonarburg :

Élisabeth Vonarburg, née dans la capitale française à l’aube de l’année 1947, fait aujourd’hui figure de véritable pionnière et de figure tutélaire dans le domaine de la littérature d’anticipation. Femme de lettres à l’érudition peu commune, elle a su jeter un pont entre la vieille Europe et la Belle Province, contrée qu’elle a choisie pour s’établir définitivement au cours de l’année 1973, dans les contrées enneigées du Saguenay.

Avant de franchir l’océan, cet esprit brillant s’était déjà illustré sur les bancs de l’Université, y décrochant de fort beaux diplômes en lettres modernes, couronnés par la réussite au difficile concours de l’agrégation. Cette rigueur classique ne l’a pourtant nullement empêchée de se tourner vers la conjecture scientifique et le fantastique, domaines dans lesquels cet auteur a su insuffler une noblesse et une profondeur psychologique trop souvent absentes des feuilletons d’antan.

Dès les années soixante-dix, alors que la science-fiction québécoise cherche encore sa pleine légitimité, elle s’engage avec une ferveur inlassable dans la vie littéraire de son pays d’adoption. Elle rejoint bientôt l’équipe de la revue « Requiem » — laquelle adoptera plus tard le noble titre de « Solaris » —, où elle exercera les délicates fonctions de directrice littéraire. C’est en ces pages qu’elle façonne, avec une exigence et une bienveillance remarquables, toute une nouvelle école de jeunes prosateurs francophones.

S’il fallait résumer son œuvre, on ne saurait omettre ses romans de longue haleine qui ont fait date. Avec « Le Silence de la cité » (paru en 1981) ou encore l’imposante fresque des « Chroniques du Pays des Mères » (1992), cette romancière hors pair déploie des univers d’une richesse inouïe. Elle y interroge l’ingénierie biologique, le clonage, mais également les structures de nos sociétés et la mémoire humaine. Loin des banales quincailleries intergalactiques, le récit se fait chez elle un formidable outil d’exploration sociologique.

Traductrice émérite — elle a d’ailleurs transposé dans la langue de Molière nombre de chefs-d’œuvre anglo-saxons —, essayiste et théoricienne du merveilleux, Madame Vonarburg a vu son talent couronné par les plus hautes distinctions littéraires. Cet écrivain majuscule prouve, à chaque nouvelle publication, que l’imaginaire conjectural constitue l’un des miroirs les plus fascinants pour scruter les tourments et les espoirs de notre civilisation moderne.

Livres de Elisabeth Vonarburg :

Les Pierres et Roses (2018) :

Les Pierres et Roses (2024) :

Reine de mémoire :

Tyranael :

Intégrales :

Chroniques du pays des mères (1992)
Comment écrire des histoires (1986)
Entre nos mains (2025)
Hôtel Olympia (2014)
Janus (1984)
L’oeil de la nuit (1980)
La femme aux semelles de temps (2023)
La maison au bord de la mer (2000)
La musique du soleil (2013)
Le jeu des coquilles de Nautilus (2003)
Le silence de la cité (1998)
Les contes de la Chatte rouge (1993)
Les voyageurs malgré eux (1994)
Sang de pierre (2009)

Pour en savoir plus sur Elisabeth Vonarburg :

La page Wikipédia sur E. Vonarburg
La page Noosfere sur E. Vonarburg
La page isfdb de E. Vonarburg

Esther Rochon

Présentation de Esther Rochon :

Esther Rochon, née Blackburn à la fin de la première moitié de notre siècle, en l’an 1948, dans la noble cité de Québec, demeure sans conteste l’une des plumes les plus envoûtantes et les plus singulières de la littérature d’anticipation québécoise. Fille de parents dont l’esprit baignait déjà dans les arts — son père, Maurice Blackburn, s’illustrant dans la noble composition musicale, et sa mère, Marthe, dans l’écriture de scénarios —, la jeune Esther semblait vouée dès le berceau aux hautes sphères de la création romanesque.

Il est d’ailleurs frappant de constater l’éclosion précoce de son génie. À l’âge de seize ans à peine, en 1964, elle voit son indéniable talent couronné par le premier prix du prestigieux concours des Jeunes Auteurs de Radio-Canada, distinction qu’elle partage alors ex æquo avec le dramaturge Michel Tremblay. Mais la jeune femme se refuse à être confinée dans la seule sphère des belles-lettres : dotée d’un esprit d’une rigueur implacable, elle entreprend de brillantes études de mathématiques sur les bancs de l’Université de Montréal. Cette curieuse dualité entre la froideur des sciences exactes et la poésie la plus onirique viendra façonner toute la matrice de son œuvre.

À l’aube de la décennie qui nous occupe, Esther Rochon s’engage résolument dans la voie de la conjecture littéraire. Elle offre aux presses en 1974 son premier récit de longue haleine, « En hommage aux araignées », marquant d’emblée son attachement à un fantastique étrange, volontiers organique et foisonnant d’allégories. Fervente artisan de la science-fiction de la Belle Province, elle œuvre ardemment, loin des regards parfois condescendants de l’institution littéraire traditionnelle, au rayonnement de ce genre novateur. C’est ainsi qu’elle prête sa plume élégante à la revue pionnière « Requiem » — qui prendra par la suite le titre évocateur de « Solaris » —, avant de participer à la fondation de la fort respectable revue « Imagine… » à l’orée de 1979.

Si ses manuscrits durent parfois affronter la frilosité des éditeurs, le lecteur averti sait y déceler les germes de ses grands cycles à venir. À travers des textes d’une poésie rare, d’où émergeront plus tard des romans majeurs comme « L’Épuisement du soleil » ou l’envoûtant « Coquillage », la romancière déploie une prose d’une sensualité troublante. Loin de l’aridité des quincailleries intergalactiques de mauvais aloi, Esther Rochon nous plonge dans des labyrinthes métaphysiques — à l’instar de son fameux cycle de l’archipel de Vrénalik — où la figure du monstre et les quêtes d’utopie s’entremêlent pour questionner les cicatrices de l’âme humaine.

Véritable ambassadrice d’un imaginaire exigeant, Esther Rochon prouve avec un éclat incomparable que la littérature conjecturale d’outre-Atlantique possède des lettres de noblesse que notre intelligentsia européenne aurait grand tort de négliger.

Livres de Esther Rochon :

Chroniques infernales :

Cycle de Vrenalik :

L’herbe naïve (2025)
La rivière des morts (2007)
La splendeur des monstres (2015)

Pour en savoir plus sur Esther Rochon :

La page Wikipédia sur E. Rochon
La page Noosfere sur E. Rochon
La page isfdb de E. Rochon

Yves Meynard

Présentation de Yves Meynard :

Yves Meynard, enfant de la Belle Province né en l’an 1964 dans la noble cité de Québec, s’illustre aujourd’hui comme l’un des prosateurs les plus doués de la littérature d’anticipation et du merveilleux d’outre-Atlantique. Fait peu banal dans le cénacle des lettres, cet auteur manie avec une égale virtuosité la langue de Molière et celle de Shakespeare, tissant des récits où la mélancolie poétique le dispute à une rigueur presque mathématique.

Il convient en effet de noter que l’homme n’est point qu’un rêveur éthéré ; savant diplômé, titulaire d’un doctorat en informatique de l’Université de Montréal, il porte sur notre siècle un regard lucide, teinté de rationalité. Pourtant, cette éducation de l’esprit n’entrave nullement son imagination lorsqu’il s’agit de s’élever vers le fantastique le plus pur. Dès le milieu de la décennie des années quatre-vingt, Yves Meynard fait ses premières armes et s’engage avec passion dans la vie littéraire québécoise. Fervent défenseur du genre, il a d’ailleurs présidé aux destinées de la fort estimable revue « Solaris » en tant que directeur littéraire entre 1994 et 2001, charge qu’il assuma avec une acuité remarquable.

Parmi les ouvrages qui ont scellé sa renommée, il nous faut citer « Le Mage des fourmis », paru en 1995, ou encore « La Rose du désert », un récit qui lui valut les louanges de la critique et le prestigieux prix Aurora. Néanmoins, c’est avec « Le Livre des chevaliers » — publié initialement dans la langue de Lord Byron sous le titre « The Book of Knights » à l’orée de 1998 — qu’il déploie avec le plus d’éclat la majesté de son art. Dans cette fresque d’une rare élégance, loin des naïvetés des feuilletons d’antan, le romancier interroge le poids de la destinée et de l’obligation morale à travers l’épopée initiatique d’un jeune héros plongé dans un univers aux sombres accents médiévaux. Plus récemment, des œuvres de longue haleine telles que « Chrysanthe » (2012) et le recueil « Angels & Exiles » (2015) sont venues confirmer ce talent singulier.

On se garderait bien d’omettre sa fructueuse association avec son compatriote Jean-Louis Trudel. Les deux hommes ont souvent uni leurs encriers sous le pseudonyme conjoint de Laurent McAllister pour livrer aux amateurs de curieuses et fascinantes machineries narratives. Couronné très tôt par le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois, en 1994, Yves Meynard démontre sans faillir que la fantaisie conjecturale, alliée à la profondeur psychologique, demeure l’un des miroirs les plus saisissants de l’âme humaine.

Livres de Yves Meynard :

Chrysanthe :

L’enfant des mondes assoupis (2009)
Le livre des chevaliers (1999)
Les marches de la lune morte (2015)

Pour en savoir plus sur Yves Meynard :

La page Wikipédia sur Y. Meynard
La page Noosfere sur Y. Meynard
La page isfdb de Y. Meynard

Jacques Spitz

Présentation de Jacques Spitz :

Jacques Spitz, né en l’an 1896 à Nemours et rappelé à Dieu en 1963, demeure l’une des figures les plus singulières et, hélas, les plus injustement délaissées de la littérature d’anticipation française. À l’heure où notre jeunesse se passionne pour les fusées et les fulgurances venues d’outre-Atlantique, il convient de réhabiliter ce maître de l’ironie mordante, dont le génie n’eut d’égal que le profond pessimisme.

Ingénieur de formation, Jacques Spitz fait ses premières armes dans les lettres au cours des années vingt, livrant quelques romans d’analyse psychologique qui lui valent l’estime des milieux mondains. Toutefois, c’est au milieu de la décennie suivante qu’il embrasse sa véritable vocation, délaissant les intrigues de boudoir pour se tourner vers le fantastique et la conjecture scientifique.

En 1935, il frappe les esprits avec « L’Agonie du globe », récit spectaculaire et grinçant d’une catastrophe cosmique qui voit notre planète se scinder en deux moitiés. Fort de ce succès, il offre aux presses de la N.R.F. son véritable chef-d’œuvre, « La Guerre des mouches », publié en 1938. Dans cette allégorie terrifiante — qui n’est pas sans évoquer les angoisses d’une Europe alors au bord du gouffre —, l’humanité orgueilleuse se voit supplantée par des nuées d’insectes devenus intelligents. Le cynisme le plus absolu y le dispute à un humour macabre, marques de fabrique de cet habile prosateur.

Les tragédies de la Seconde Guerre mondiale ne feront qu’assombrir la misanthropie de l’auteur. Avec « L’Œil du purgatoire », ouvrage vertigineux paru à la Libération en 1945, Jacques Spitz explore les tréfonds de l’angoisse temporelle. Il y narre le calvaire d’un homme frappé d’une affliction singulière, dont la rétine perçoit ses contemporains avec plusieurs années d’avance, le condamnant à ne voir autour de lui que vieillissement et décomposition.

Retiré peu à peu de la scène littéraire, fuyant la notoriété avec une farouche constance, Jacques Spitz s’est éteint dans un anonymat immérité. Pourtant, pour le lecteur averti qui arpente aujourd’hui les rayons de nos bibliothèques, son œuvre constitue le chaînon indispensable entre les visions d’un H. G. Wells et les interrogations de la science-fiction d’aujourd’hui. Face aux chimères du progrès technique, son regard désabusé sur la nature humaine résonne avec une singulière acuité en notre époque troublée.

Livres de Jacques Spitz :

Joyeuses apocalypses (2009)
L’agonie du globe (1935)
L’expérience du docteur Mops (1939)
L’homme élastique (1938)
L’oeil du purgatoire (1945)
La forêt des sept pies (1946)
La guerre des mouches (1946)
La parcelle « Z » (1942)
Les évadés de l’an 4000 (1936)
Les signaux du soleil (1943)

Pour en savoir plus sur Jacques Spitz :

La page Wikipédia sur J. Spitz
La page Noosfere sur J. Spitz
La page isfdb de J. Spitz

Transitions par Ann Leckie

Fiche de Transitions

Titre : Transitions
Auteur : Ann Leckie
Date de parution : 2023
Traduction : P. Marcel
Editeur : J’ai lu

Première page de Transitions

« À peine les derniers traînards du cortège funéraire étaient-ils sortis par la porte fantôme que les bots maçons déplièrent leurs longues pattes et les tendirent vers la pile des pierres qu’ils avaient retirées du mur la veille avec tant de précautions. Enae n’avait pas regardé en arrière pour voir le scellement de la porte, mais ille put l’entendre juste un instant avant que s’élève en une clameur la première lamentation de deuil de la tante Irad. Un ou deux cousins émirent un sanglot d’essai.
Enae n’avait pas pleuré à la mort de Grand-Maman. Ille n’avait pas pleuré quand Grand-Maman li avait dit qu’elle avait choisi le moment de partir. Ille ne pleurait pas à présent. Ce qui n’était pas nécessairement un problème, chacun connaissait les expressions qu’on affiche quand on suit la bière jusqu’au crématorium, tout le monde connaissait les sons qu’émet la proche parentèle, et Enae aurait pu sangloter ou se lamenter s’ille l’avait voulu. Et d’ailleurs, de toutes ces tantes et oncles, noncles et cousins, Enae était cille qui avait vécu des décennies avec Grand-Maman et pris soin d’elle dans sa vieillesse. Ille avait le droit absolu de marcher en tête de la procession, tout de suite derrière Grand-Maman, en poussant des lamentations qu’on entendrait dans toute la ville, en ces heures calmes du petit matin. Pourtant ille marchait en silence, les yeux secs, à l’arrière. »

Extrait de : A. Leckie. « Transitions. »