Auteur/autrice : CH91
Le gamin artificiel par Bruce Sterling

Fiche de Le gamin artificiel
Titre : Le gamin artificiel
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1980
Traduction : L. Carissimo
Editeur : Denoël
Première page de Le gamin artificiel
« Rêverie brille de tous ses feux ; un lumineux halo atmosphérique nimbe le bord de la planète. Ses mers immenses et peu profondes scintillent ; dans les déchirures des nuages disséminés les grands atolls de corail qui constituent ses continents apparaissent en brun, vert et blanc. Au-dessus de Telset, la cité insulaire où je vis, la caméra plonge dans un ciel dégagé ; j’ai pris soin de consulter les satellites météo avant d’enregistrer la bande. L’effet produit est hypnotique et serein ; puis la caméra accélère sa descente et le quadrillage des rues de ma ville grossit, elle se rapproche pour isoler un bloc, une rue, un individu, moi, et mon image enfle pour remplir l’écran. La bande sonore annonce :
« Mesdames et messieurs, le Gamin Artificiel. Cette bande est produite par M. Richer Money Manies et le Gamin Artificiel. Copyright 499 A.C.R. par le Gamin Artificiel pour les Entreprises Cognitifs dissonants, Rêverie. »
Extrait de : B. Sterling. « Le gamin artificiel. »
Le feu sacré par Bruce Sterling

Fiche de Le feu sacré
Titre : Le feu sacré
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1996
Traduction : M. Ssossé
Editeur : Pocket
Première page de Le feu sacré
« Mia Ziemann cherchait à savoir ce qu’il convenait de porter pour assister à une agonie.
Le réseau lui conseilla simplicité et sobriété. Âgée de quatre-vingt-quatorze ans, Mia exerçait sa profession d’économiste de la santé en Californie. Quant au futur défunt, Martin Warshaw, il avait été son petit ami au lycée près de soixante-quatorze années auparavant. Mia s’attendait à entendre une sorte de bilan préparé d’avance. Il y aurait vraisemblablement quelque chose qui s’apparenterait à une espèce de legs. Au fil de la conversation, ils tenteraient de réaliser une mise en ordre rétrospective de l’existence de M. Warshaw, de manière à alimenter la sensation de sérénité et d’achèvement à laquelle chacun aspire à l’ultime chapitre de la vie. En revanche, à l’instant effectif de la mort, sa présence ne serait pas requise.
Les retrouvailles d’amants qui s’étaient séparés depuis longtemps, à l’occasion de l’agonie de l’un d’entre eux, constituaient un défi à l’étiquette, mais les mœurs de cette fin du vingt et unième siècle privilégiaient le lien social. »
Extrait de : B. Sterling. « Le feu sacré. »
La baleine des sables par Bruce Sterling

Fiche de La baleine des sables
Titre : La baleine des sables
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1977
Traduction : B. Martin
Editeur : Denoël
Première page de La baleine des sables
« Il existe toujours un vide dans nos vies, que certains comblent par l’art, d’autres par Dieu, quelques-uns par le savoir. Moi, je l’ai toujours rempli par la drogue.
Et c’est ainsi que je me suis retrouvé, sac de marin en main, prêt à partir pour une campagne de chasse à la baleine sur l’obscure planète Nullaqua.
La baleine des sables nullaquienne est l’unique source connue de la drogue appelée syncophine. À l’époque de mon voyage, l’exactitude du fait s’était de plus en plus répandue. Parce que j’en avais eu connaissance, moi, John Maisoneuve, je vivais au 488, rue de la Piété, à l’Ile-Haute, la plus grande ville de Nullaqua.
Pour nous qui l’habitions, notre bâtiment de métal à un seul étage s’appelait simplement la Maison Neuve. Nous formions un groupe bigarré, les seuls points communs entre nous étant d’une part nos origines non nullaquiennes, et d’autre part le charme de connaisseurs que nous trouvions à la Flamme, le nom donné à la syncophine par les initiés. Nous étions tous des êtres humains, ou du moins de remarquables succédanés. »
Extrait de : B. Sterling. « La baleine des sables. »
Gros temps par Bruce Sterling

Fiche de Gros temps
Titre : Gros temps
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1980
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël
Première page de Gros temps
« Les cybermachines surveillaient l’appartement et, dans la pénombre ménagée par les persiennes, leurs témoins de veille évoquaient les petits yeux rouges des chauves-souris. Elles étaient tapies dans des niches intégrées aux murs chaulés de blanc à la mexicaine : un ioniseur, un téléviseur, un détecteur de fumée, une escouade de détecteurs de mouvement. Un vaporisateur sifflait et bouillonnait doucement dans un coin, émettant de forts relents d’huile, de ginseng et d’eucalyptus.
Alex gisait étendu sur des oreillers à taie de soie, pieds et genoux cabossant les draps de coton amidonnés. Il avait l’impression que sa peau était de l’argile humide, grasse, moite, totalement inerte. Depuis le matin, il respirait avec son inhalateur de chevet, et il lui semblait désormais que ses doigts, pâles comme de la cire et tremblant légèrement, s’étaient fondus dans le néoprène noir du masque. Il envisagea un instant de raccrocher celui-ci sur le support en inox de la desserte de chevet. Il repoussa l’idée. Ce serait trop chiant de ne pas garder ce masque délicieux à portée de main. »
Extrait de : B. Sterling. « Gros temps. »
Cristal express par Bruce Sterling

Fiche de Cristal express
Titre : Cristal express
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1989
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël
Sommaire de Cristal express :
- Fenêtres sur un futur proche
- Mise au vert à Brunei
- Spectre
- Le beau et le sublime
- Fenêtres sur un futur lointain
- L’essaim
- Rose l’Aragne
- La reine des cigales
- Jardins engloutis
- Vingt évocations
Première page de Mise au vert à Brunei
« Deux hommes péchaient, accoudés au garde-corps rouillé d’une plate-forme de forage en mer. Après des années de décrépitude, les piliers de béton de la plateforme étaient recouverts d’une épaisse couche de bernaches et d’ondoyantes frondaisons de varech. L’air sentait la rouille et l’eau salée.
« Désolé de déranger vos plans, dit le ministre, mais nous ne pouvons quand même pas tailler une bavette avec les Yankees chaque fois que vous rencontrez un petit contretemps. » Le ministre moulina et fit remonter un hameçon nu. Il jura discrètement en malais, sa langue natale. « Passez-moi donc un autre appât, j’ai un bon client. »
Turner Choï plongea la main dans le baquet de bois et donna au ministre une grosse crevette morte. « Mais j’ai besoin de cette liaison téléphonique, insista Turner. Quelques heures seulement. Juste le temps d’accéder au Réseau en Amérique et de charger de la documentation un peu plus sérieuse. »
Extrait de : B. Sterling. « Cristal Express. »
Infrarouge par Federico Saggio

Fiche de Infrarouge
Titre : Infrarouge (tome 2 sur 2 – Lululand)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2020
Editeur : Auto-édition
Première page de Infrarouge
« Tout s’était passé très vite. J’avais empoigné Marcìn
pour le remettre sur ses jambes, avant de lui coller un long pardessus sur le dos, et de lui enfoncer un de mes chapeaux Borsalino sur la tête. Puis, j’avais passé un de ses bras autour de mon cou afin de lui permettre de rester debout. Le tir de laser lui avait grillé une partie des entrailles et il souffrait atrocement. Il gémissait à chaque pas et sa grimace se tordait en une expression de douleur terrible à chaque mouvement qu’il esquissait.
Mais il nous fallait quitter cet endroit. Le plus vite possible.
Je jetai un œil au cadavre de Damian qui gisait toujours au sol… savourant une dernière fois la vision de son corps meurtri qui baignait dans son propre sang, désarticulé. Des mois de travail, d’une préparation acharnée, de doute et de souffrance… J’avais attendu ce moment avec une telle impatience ! Et à présent que j’étais parvenu à mes fins, je ne pouvais même pas prendre le temps de profiter de l’euphorie qui m’envahissait. »
Extrait de : F. Saggio. « Lululand Infrarouge. »
Ultraviolet par Federico Saggio

Fiche de Ultraviolet
Titre : Ultraviolet (tome 1 sur 2 – Lululand)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2020
Editeur : Auto-édition
Première page de Ultraviolet
« Un liquide poisseux qui suinte de mon oreille, le long de ma joue.
L’odeur du sang qui me macule le visage.
A la lisière de mon champ de vision, par-delà les volutes d’une brume ambrée qui floute ma perception, j’aperçois une silhouette qui m’abandonne à mon sort. Elle tremblote au loin, comme incertaine de la route à prendre…
…elle se retourne dans ma direction, semble vaciller d’émoi, mais se reprend presque instantanément. Son doute, si c’est bien de cela qu’il s’est agi, n’aura duré qu’un instant.
Fugace, hésitant.
Comme une goutte de pluie censée précéder un orage qui se fait désirer. Va-t-il éclater ? Nous libérera-t-il de la chaleur étouffante qui nous fait suffoquer ? Mais malgré les quelques gouttes éparses, nul tonnerre, nul éclair pour l’annoncer ; seuls ces foutus nuages qui s’amoncellent, menacent, grimacent et n’en finissent plus d’inquiéter. »
Extrait de : F. Saggio. « Lululand Ultraviolet. »
Bulles bleues par Maurice Maeterlinck

Fiche de Bulles bleues
Titre : Bulles Bleues, Souvenirs Heureux
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1948
Editeur : Editions Le Cri
Première page de Bulles bleues
« C’est ainsi qu’on pourrait appeler les souvenirs heureux. Ce sont les seuls à qui je permette de vivre.
Elles ne sont pas toutes d’un bleu immaculé, l’immaculé est extrêmement rare sur cette terre, même dans les vies qui n’eurent pas à se plaindre des rigueurs du destin, mais si pâles qu’elles soient, elles planent encore dans les rayons d’azur qui les revêtirent d’illusions.
Les autres, les bulles du malheur ou d’ennui qui surgissent des tristesses ou des déceptions de toute existence, sont mortes en moi parce que je ne les ai pas nourries de mon souffle, parce que je les ai laissées s’évaporer dans l’espace.
Néanmoins, ne croyons pas qu’elles ne soient plus. Rien ne meurt véritablement, en ce monde ou dans l’autre.
Savons-nous, si ce que nous avons oublié n’est pas aussi important que ce que nous nous rappelons ? Quelle est la loi qui garde ou élimine ce que nous avons vu ou vécu ? Pourquoi l’un meurt-il au lieu que l’autre survit qui ne valait pas mieux ? Quelle influence le souvenir mort a-t-il sur notre vie ? N’est-ce pas une des grandes inconnues de notre destinée ? »
Extrait de : M. Maeterlinck. « Bulles Bleues, Souvenirs Heureux: Mémoires. »
Serres chaudes par Maurice Maeterlinck

Fiche de Serres chaudes
Titre : Serres chaudes
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1889
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Serres chaudes
« Serres chaudes
Ô serre au milieu des forêts !
Et vos portes à jamais closes !
Et tout ce qu’il y a sous votre coupole !
Et sous mon âme en vos analogies !
Les pensées d’une princesse qui a faim,
L’ennui d’un matelot dans le désert,
Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.
Allez aux angles les plus tièdes !
On dirait une femme évanouie un jour de moisson ;
Il y a des postillons dans la cour de l’hospice ;
Au loin, passe un chasseur d’élans, devenu infirmier. »
Extrait de : M. Materlinck. « Serres chaudes. »
Le miracle de Saint Antoine par Maurice Maeterlinck

Fiche de Le miracle de Saint Antoine
Titre : Le miracle de Saint Antoine
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1903-1920
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Le miracle de Saint Antoine
« En Flandre, dans une petite ville. Le vestibule d’une vieille et vaste maison bourgeoise. À gauche, porte cochère s’ouvrant sur la rue. Au fond, un perron de quelques marches conduisant à une grande porte vitrée qui donne accès dans la maison. À droite, une autre porte. Le long du mur, une banquette de molesquine, quelques escabeaux, un portemanteau où sont accrochés des chapeaux, un pardessus, etc. Au lever du rideau, la vieille bonne, Virginie, troussée haut, les jambes nues et chaussée de gros sabots, parmi des seaux de cuivre, des torchons, des balais et des brosses, lave à grande eau les dalles de marbre. De temps à autre, elle suspend son travail, se mouche bruyamment et, du coin de son tablier bleu, essuie une grosse larme. On sonne à la porte cochère ; Virginie va ouvrir, et on aperçoit sur le seuil, nu-tête, nu-pieds, les cheveux et la barbe embroussaillés, un maigre et long vieillard vêtu d’une sorte de robe de bure boueuse, informe, sans couleur, et copieusement rapiécée. »
Extrait de : M. Maeterlinck. « Le Miracle de Saint Antoine. »