Auteur/autrice : CH91

 

Rien que l’acier par Richard Morgan

Fiche de Rien que l’acier

Titre : Rien que l’acier (Tome 1 sur 3 – Terre de héros)
Auteur : Richard Morgan
Date de parution : 2008
Traduction : C. Perdereau
Editeur : Bragelonne

Première page de Rien que l’acier

« Quand un homme que vous savez sain d’esprit vous raconte que sa mère, qui vient de mourir, a tout juste tenté d’escalader sa fenêtre pour le manger, le choix est simple. Soit vous sentez son haleine, prenez son pouls et examinez ses pupilles pour savoir s’il a avalé un truc bizarre. Soit vous le croyez. Ringil avait déjà essayé la première méthode avec Bashka l’instituteur, en vain, aussi posa-t-il sa chope avec un soupir affecté pour aller chercher son épée bâtarde.

— Ça ne va pas recommencer, hein ! l’entendit-on murmurer en traversant la foule dans le bar.

L’épée bâtarde de Ringil, un mètre et demi d’acier trempé kiriath, était suspendue au-dessus de l’âtre dans un fourreau tissé en alliages pour lesquels les hommes n’avaient pas de nom, alors que n’importe quel Kiriath aurait pu les identifier dès l’âge de cinq ans. L’épée elle-même portait aussi un nom dans leur langue, comme toutes les armes qu’ils forgeaient, mais il s’agissait d’un titre subtil qui perdait beaucoup à être traduit. « Bienvenue dans le Foyer des Corbeaux et autres Charognards qui Suivent les Guerriers », voilà ce qu’Archeth avait pu lui proposer de plus approchant, aussi Ringil s’était-il décidé à l’appeler l’« Amie des Corbeaux ». Ce n’était pas tant que ce nom lui plaisait, mais il avait le genre de consonance que les gens attendaient de la part d’une épée célèbre ; son logeur, un homme retors en ce qui concernait l’argent et les occasions de s’en faire, avait rebaptisé son auberge en son honneur, entérinant ce baptême pour l’éternité. »

Extrait de : R. Morgan. « Rien que l’acier – Terre de Héros. »

Furies déchaînées par Richard Morgan

Fiche de Furies déchaînées

Titre : Furies déchaînées (Tome 3 sur 3 – Takeshi Kovacs)
Auteur : Richard Morgan
Date de parution : 2005
Traduction : C. Perdereau
Editeur : Bragelonne

Première page de Furies déchaînées

« Ils ont dû me réveiller dans une pièce soigneusement préparée.

Pareil pour la chambre d’audience où ils ont signé le deal. La famille Harlan ne fait jamais rien à moitié, comme peut vous le dire n’importe quelle personne reçue. Ils aiment faire bonne impression. Décor noir moucheté d’or, pour coller au blason mural. Les subsoniques d’ambiance engendrent une impression de gratitude larmoyante. Vous êtes en présence de nobles… Un artefact martien quelconque dans un coin, pour rappeler que le flambeau a changé de mains. Nos bienfaiteurs inhumains depuis longtemps disparus ont cédé la place à la modernissime oligarchie des Premières Familles. L’holosculpture incontournable, le vieux Konrad Harlan lui-même en mode « découvreur de planètes ». Une main levée, l’autre qui protège son visage contre la lumière d’un soleil étranger. Ce genre de truc.

Ajoutez à la scène Takeshi Kovacs, qui sort tout juste d’un réservoir plein de gel, dans allez savoir quelle nouvelle enveloppe, en train de se remettre sur pieds dans la lumière pastel, soutenu par de charmants assistants en maillot de bain design. Des serviettes d’un confort incroyable pour essuyer le plus gros du gel. Peignoir de la même étoffe, avant de passer dans la pièce à côté. Douche, miroir – habitue-toi, soldat, c’est ta nouvelle tête – nouveaux vêtements sur mesure pour l’enveloppe, et direct dans la chambre d’audience pour rencontrer un membre de la famille. Une femme, bien sûr. Ils n’utiliseraient jamais un homme, avec ce qu’ils savent de mon passé. »

Extrait de : R. Morgan. « Furies Déchaînées – Takeshi Kovacs. »

Anges déchus par Richard Morgan

Fiche de Anges déchus

Titre : Anges déchus (Tome 2 sur 3 – Takeshi Kovacs)
Auteur : Richard Morgan
Date de parution : 2003
Traduction : C. Perdereau
Editeur : Bragelonne

Première page de Anges déchus

« La première fois que j’ai rencontré Jan Schneider, c’était dans un hôpital orbital du Protectorat, trois cents kilomètres au-dessus des nuages de Sanction IV. Et j’avais très, très mal. Techniquement, le Protectorat n’aurait pas dû se trouver dans le système de Sanction – ce qui restait du gouvernement planétaire clamait à cor et à cri, depuis ses bunkers, que c’était une affaire locale. Les intérêts corpo du coin avaient un accord tacite : pour le moment, on faisait comme si on les croyait.

Donc, les vaisseaux du Protectorat, qui traînaient dans le système depuis que Joshua Kemp avait pris le flambeau de la rébellion à Indigo City, avaient fait changer leur code de reconnaissance. Ils étaient en location avec option d’achat auprès des différentes corpos impliquées. Puis prêtés au gouvernement en guerre au titre du fonds de développement local – déductibles des impôts. Ceux que les bombes maraudeuses de Kemp, étonnamment efficaces pour du matériel d’occase, ne descendaient pas irrémédiablement de leur orbite étaient revendus au Protectorat, une fois le terme de la location atteint. Avec perte sèche, à son tour déduite des impôts. Tout le monde en sortait net. Entre-temps, tous les officiers blessés dans la lutte contre Kemp étaient rapatriés à l’arrière, ce qui m’avait décidé à choisir mon camp. La guerre s’annonçait moche. »

Extrait de : R. Morgan. « Anges Déchus – Takeshi Kovacs. »

Carbone modifié par Richard Morgan

Fiche de Carbone modifié

Titre : Carbone modifié (Tome 1 sur 3 – Takeshi Kovacs)
Auteur : Richard Morgan
Date de parution : 2002
Traduction : Ange
Editeur : Bragelonne

Première page de Carbone modifié

« L’aube allait pointer dans deux heures. J’attendais dans la cuisine dont les murs s’écaillaient en fumant une des cigarettes de Sarah, bercé par le rythme du cyclone. Millsport dormait depuis longtemps, mais dehors, dans le Reach, les courants s’accrochaient aux bancs de sable et le chant du ressac hantait les rues désertes. Une fine brume flottait dans la tempête, retombant sur la ville comme un voile de mousseline et brouillant la vue des fenêtres de la cuisine.

En état d’alerte chimique, j’ai fait l’inventaire du matériel posé sur le panneau éraflé de la table en bois. Le pistolet à éclats Heckler & Koch de Sarah brillait dans la pénombre, béant, attendant qu’on lui enfile son chargeur. Une arme d’assassin, compacte et parfaitement silencieuse. Les chargeurs étaient posés à côté. Sarah les avait entourés de bande adhésive pour reconnaître les munitions : vert pour les somnifères, noir pour le venin d’araignée. La plupart des chargeurs étaient noirs. Sarah avait épuisé beaucoup de verts contre les gardes de la sécurité de Gemini Biosys la nuit dernière. »

Extrait de : R. Morgan. « Carbone Modifié – Takeshi Kovacs. »

Richard Morgan

Présentation de Richard Morgan :

Richard K. Morgan, qui vit le jour le 24 septembre 1965 sous les cieux gris de Londres et grandit dans les paisibles contrées du Norfolk, s’est imposé avec fracas comme l’un des démiurges les plus fascinants de la littérature d’anticipation et de l’imaginaire anglo-saxon. Avant de prêter sa plume aux vertiges de la modernité, cet esprit cosmopolite arpenta le globe en qualité de professeur de langue anglaise, dispensant son savoir d’Istanbul à Madrid, avant que le succès littéraire ne lui permette de se consacrer corps et âme à la création.

C’est incontestablement dans les registres de la science-fiction la plus sombre, héritière du roman noir et du mouvement « cyberpunk », que le génie de Richard Morgan a donné sa pleine mesure. S’éloignant des utopies candides et des vaisseaux de pacotille, il a su forger une prose d’une noirceur insondable, interrogeant la condition post-humaine avec une crudité et un brio inégalés. Il brossa ainsi la toile d’un monde futuriste où le capitalisme triomphant et la technologie ont asservi l’homme jusque dans sa chair.

On ne saurait évoquer son nom sans s’incliner devant son chef-d’œuvre magistral, « Carbone modifié » (2002). Couronné par le prestigieux prix Philip K. Dick, ce roman d’une violence envoûtante nous plonge dans un univers où la conscience humaine, numérisée dans des piles corticales, peut être téléchargée de corps en corps. À travers la figure cynique et désabusée de son antihéros, l’ancien diplomate (ou plutôt « Diplo ») Takeshi Kovacs, Richard Morgan excella à tisser une intrigue policière tortueuse, où les nantis jouent avec la mort comme avec un hochet. Les suites de cette fresque, « Anges déchus » et « Furies déchaînées », vinrent confirmer son immense talent pour allier la réflexion philosophique à l’action la plus débridée.

Ne se contentant pas des étoiles, cet écrivain iconoclaste s’est également emparé des codes du merveilleux épique avec sa trilogie « Terre de héros » (initiée par « Rien pour les héros »). Il y instilla une rudesse, un pessimisme et une fureur martiale qui dynamitèrent les conventions bien-pensantes de la « fantasy » traditionnelle, heurtant parfois la censure par la crudité de ses tableaux.

Aujourd’hui, lire Richard Morgan, c’est accepter de regarder sans ciller les dérives de notre propre modernité, et reconnaître que sous les lumières au néon des cités futures se dissimulent les abîmes les plus inavouables de l’âme humaine.

Livres de Richard Morgan :

Black man :

Takeshi Kovacs :

Terre de héros :

Intégrales :

Market forces (2004)

Pour en savoir plus sur Richard Morgan :

La page Wikipédia sur R. Morgan
La page Noosfere sur R. Morgan
La page isfdb de R. Morgan

Emile Erckmann et Alexandre Chatrian

Présentation de Emile Erckmann et Alexandre Chatrian :

Messieurs Émile Erckmann, né le 20 mai 1822 à Phalsbourg, et Alexandre Chatrian, qui vit le jour le 18 décembre 1826 au Soldatenthal (commune d’Abreschviller), forment incontestablement l’une des associations littéraires les plus singulières et les plus fructueuses de notre littérature. Sous la signature bicéphale d’« Erckmann-Chatrian », ces deux Lorrains ont su, par la grâce d’une collaboration fusionnelle, enchanter le XIXe siècle d’une prose profondément enracinée dans les forêts et les brumes de l’Est de la France.

Si la doxa littéraire et les manuels scolaires ont longtemps cantonné ce duo à la peinture régionaliste d’une Alsace-Lorraine idéalisée, avec le débonnaire « L’Ami Fritz » (1864), ou à de vibrants plaidoyers antimilitaristes tels que l’« Histoire d’un conscrit de 1813 », il convient aujourd’hui de réhabiliter avec force la part la plus sombre et la plus fascinante de leur genèse : leur incursion magistrale dans la nouvelle fantastique.

Dans la droite lignée d’un Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, dont ils partagent le tropisme rhénan, Erckmann et Chatrian ont forgé un fantastique de la lisière, où l’étrange sourd des auberges enfumées, des horloges comtoises et des sombres sapinières vosgiennes. On ne saurait trop insister sur la puissance évocatrice de leurs « Contes fantastiques » (1860) et autres récits macabres. Par la magie de leur plume, le quotidien le plus rustique bascule soudainement dans l’épouvante.

Qu’il suffise de rappeler « L’Esquisse mystérieuse », chef-d’œuvre de tension psychologique où un peintre dessine, sous le coup d’une prescience hallucinatoire, la scène d’un meurtre qui vient tout juste d’être commis. Il faut également frissonner à la lecture de « L’Araignée de crabe », récit horrifique d’une rare noirceur terrée dans les eaux thermales de la Forêt-Noire, préfigurant avec une maestria redoutable les monstres organiques de la littérature moderne. Et que dire de « Hugues-le-Loup », redoutable variation sur le thème de la lycanthropie et des malédictions ancestrales, ou de « L’Œil invisible », terrifiante histoire d’hypnose et de suggestion macabre où une vieille sorcière pousse de pauvres innocents au suicide ? Dans chacune de ces nouvelles, les auteurs tissent une toile où le surnaturel n’est jamais gratuit ; il est le révélateur des angoisses humaines, de la folie et de l’implacable justice du destin.

Hélas, cette belle fraternité d’esprit s’acheva dans les tourments d’une querelle d’argent et d’amour-propre à l’aube des années 1890. Alexandre Chatrian s’éteignit peu après cette rupture, en septembre 1890, tandis que Emile Erckmann lui survécut jusqu’en mars 1899, finissant ses jours à Lunéville.

Relire les nouvelles fantastiques d’Erckmann-Chatrian, c’est accepter de se laisser surprendre au coin du feu par une angoisse indicible, et reconnaître que sous les apparences d’un folklore rassurant se dissimulent les abîmes les plus vertigineux de l’âme romantique.

Livres de Emile Erckmann et Alexandre Chatrian :

Contes des bords du Rhin (1862)
Autres contes des bords du Rhin (1862)
Confidences d’un joueur de clarinette (1862)
Contes fantastiques (2012)
Contes T.1 (????)
Contes T.2 (????)
Contes T.3 (????)
Des contes populaires (1857-1867)
Histoire d’un conscrit de 1813 (1864)
Histoire d’un homme du peuple (1865)
Histoire d’un paysan T.1 (1867)
Histoire d’un paysan T.2 (1867)
Histoire d’un paysan T.3 (1867)
Histoire d’un paysan T.4 (1867)
Histoire d’un sous-maître (1881)
Hugues-le-Loup (1859)
L’ami Fritz (1865)
L’invasion (1862)
La guerre (1866)
Le blocus (1867)
Le bourgmestre en bouteille (1856)
Le brigadier Frédéric (1886)
Le trésor du vieux Seigneur (1862)
Les années de collège de maître Nablot (1874)
Les deux frères (1871)
Madame Thérèse (????)
Un chef de chantier à l’isthme de Suez (????)
Waterloo (1865)

Pour en savoir plus sur Emile Erckmann et Alexandre Chatrian :

La page Wikipédia sur Erckmann et Chatrian
La page Noosfere sur Erckmann et Chatrian
La page isfdb de Erckmann et Chatrian

La canne de M. de Balzac par Delphine de Girardin

Fiche de La canne de M. de Balzac

Titre : La canne de M. de Balzac
Auteur : Delphine de Girardin
Date de parution : 1872
Editeur : BNF

Première page de La canne de M. de Balzac

« Il est un malheur que personne ne plaint, un danger que personne ne craint, un fléau que personne n’évite ; ce fléau, à dire vrai, n’est contagieux que d’une manière, par l’hérédité – et encore n’est-il que d’une succession bien incertaine,– n’importe, c’est un fléau, une fatalité qui vous poursuit toujours, à toute heure de votre vie, un obstacle à toute chose – non pas un obstacle que vous rencontrez – c’est bien plus. C’est un obstacle que vous portez avec vous, un bonheur ridicule, que les niais vous envient ; une faveur des dieux qui fait de vous un paria chez les hommes, ou – pour parler plus simplement – un don de la nature qui fait de vous un sot dans la société. Enfin ce malheur, ce danger, ce fléau, cet obstacle, ce ridicule, c’est… – Gageons que vous ne devinez pas – et cependant quand vous le saurez, vous direz : – C’est vrai. Quand on vous aura démontré les inconvénients de cet avantage, vous direz : – Je ne l’envie plus. – Ce malheur donc, c’est le malheur d’être beau. »

Extrait de : D. de Girardin. « La Canne de M. de Balzac. »

La joie fait peur par Delphine de Girardin

Fiche de La joie fait peur

Titre : La joie fait peur
Auteur : Delphine de Girardin
Date de parution : 1860
Editeur : BNF

Première page de La joie fait peur

« Madame des Aubiers, Blanche, Octave, Mathilde.

Madame des Aubiers est assise sur la chaise longue ; Blanche est près d’elle, assise sur le pouff, faisant face au public ; toutes deux travaillent au même morceau de guipure ; Octave, assis sur le canapé du fond, à droite, tient un livre, mais il ne lit pas, il regarde Mathilde avec inquiétude ; celle-ci, assise devant une table, près de la fenêtre, dessine. Les trois femmes sont en deuil. Un silence… Jeu muet. Madame des Aubiers, rêveuse, laisse tomber son ouvrage ; elle reste immobile et des larmes coulent de ses yeux. Blanche la regarde tristement, elle se lève, essuie les larmes de sa mère, l’embrasse, puis elle va près d’Octave qui se lève.

BLANCHE

Quel temps affreux cette nuit !… Et tous nos pauvres pêcheurs, partis depuis hier matin !… »

Extrait de : D. de Girardin. « La Joie fait peur. »

Le lorgnon par Delphine de Girardin

Fiche de Le lorgnon

Titre : Le lorgnon
Auteur : Delphine de Girardin
Date de parution : 1832
Editeur : BNF

Première page de Le lorgnon

« As-tu vu Edgar depuis son retour ? disait Frédéric Narvaux à son ami M. de Fontvenel, en se promenant avec lui dans la grande allée des Tuileries.

 — Non, on m’a dit qu’il était bien changé.
 — Ah ! mon cher, méconnaissable.
 — Comment ! il a donc été malade ?

 — Non pas, il se porte à merveille, et personne ne prouve plus que lui à quel point notre visage, notre tournure dépendent de notre humeur.
 — J’en conclus qu’il est fort maussade, et ce qui est pis encore, qu’il est devenu fort laid.
 — Non, vraiment ; bien au contraire ; les femmes le trouveront mille fois plus séduisant maintenant, car il a l’air sentimental, et c’est tout ce qu’elles aiment.
 — Qu’est-ce que tu me dis là ? Edgar de Lorville devenu sentimental ! j’aimerais mieux croire que tu deviens dévot. Lui, ce bon enfant si frais, si réjoui, ne doutant de rien, présomptueux comme un avocat et confiant comme un mari ; qui voulait se battre pour une danseuse ; qui me demandait conseil à l’écarté quand je pariais contre
lui, et qui reconduisit un soir son rival chez sa maîtresse sans reconnaître la maison ? »

Extrait de : D. de Girardin. « Le Lorgnon. »

Contes d’une vieille fille à ses neveux par Delphine de Girardin

Fiche de Contes d’une vieille fille à ses neveux

Titre : Contes d’une vieille fille à ses neveux
Auteur : Delphine de Girardin
Date de parution : 1857
Editeur : BNF

Sommaire de Contes d’une vieille fille à ses neveux :

  • Noémi ou l’enfant crédule
  • L’île des marmitons
  • Zoé ou la métamorphose
  • M. Martin de Montmartre
  • M. de Philomèle
  • La fée Grignotte
  • La danse n’est pas ce que j’aime
  • Le chien volant
  • Le palais de la vanité

Première page de Noémi ou l’enfant crédule

« Il y avait une fois, dans une vieille ville de France (et peut-être était-ce Paris), au fond d’une vieille rue, dans une vieille maison toute noire, une vieille femme bien triste, qui élevait près d’elle une toute petite fille. La pauvre enfant avait très peur de sa grand-mère, qui était une femme fort méchante, et que tout le monde fuyait à cause de sa mauvaise humeur ; ce n’était pas une grand-maman comme les grand-mamans d’aujourd’hui, qui gâtent leurs petites-filles, les mènent à la promenade, leur donnent des bonbons et leur achètent des joujoux ; c’était une grand-mère toujours triste et malade, qui vivait toute seule dans une chambre sombre, n’ayant qu’une vieille servante encore plus maussade qu’elle, et, de plus, sourde à n’entendre pas le tonnerre gronder. L’aspect continuel de ces deux personnes souffrantes, de cette demeure isolée, de ces meubles centenaires, de ces vêtements antiques, avait rendu la pauvre Noémi si timide, qu’elle osait à peine respirer. »

Extrait de : D. de Girardin. « Contes d’une vieille fille à ses neveux. »