Auteur/autrice : CH91

 

Le subtil parfum du soufre par Pierre Bottero

Fiche de Le subtil parfum du soufre

Titre : Le subtil parfum du soufre (Tome 4 sur 8 – A comme association)
Auteur : Pierre Bottero
Date de parution : 2011
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de Le subtil parfum du soufre

« Je coupe le contact.

Ma Kawa émet un feulement déçu mais, docile autant que teigneuse, abandonne la nuit au silence.

J’enlève mon casque pour jeter un coup d’œil autour de moi. Le quai est désert.

D’un côté, une série d’entrepôts vétustes auxquels s’adossent des conteneurs moribonds, de l’autre le ruban sombre et lisse de la Seine qui ondoie doucement. Sous mes pieds un goudron humide de la dernière averse, des résidus de poubelles éventrées et des flaques d’eau huileuse dans lesquelles se reflète la lune obèse qui surveille Paris.

Une brève hésitation et je décide de ne pas attacher ma bécane. Il n’y a personne dans le coin et si, par hasard, il y avait quelqu’un et qu’un repli stratégique s’impose, je serais heureuse de ne pas perdre cette fameuse seconde qui marque si souvent la différence entre la vie et la mort. »

Extrait de : P. Bottero. « A Comme Association – Le subtil parfum du soufre. »

L’étoffe fragile du monde par Erik L’Homme

Fiche de L’étoffe fragile du monde

Titre : L’étoffe fragile du monde (Tome 3 sur 8 – A comme association)
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2011
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de L’étoffe fragile du monde

« Ce soir, c’est LE soir.

Le grand soir.

Pour au moins trois raisons.

D’abord, c’est le solstice d’hiver. La nuit la plus longue de l’année. À partir de demain, les jours cheminent imperceptiblement (mais sûrement) vers l’été et la fin de l’année scolaire. C’est pas chouette,
ça ?

Deuxième raison de se réjouir, pour tous ceux qui sont incapables de se projeter dans l’avenir mais qui apprécient néanmoins les expériences musicales : ce soir est celui du premier concert du groupe Alamanyar, dont je suis le joueur de cornemuse attitré (et attristant, disent certaines mauvaises langues dont la jalousie n’a d’égal que le manque de goût). Un bon vieux groupe de rock, tirant sur le médiéval et le néo-folk. »

Extrait de : E. L’Homme. « A Comme Association – L’étoffe fragile du monde. »

Les limites obscures de la magie par Pierre Bottero

Fiche de Les limites obscures de la magie

Titre : Les limites obscures de la magie (Tome 2 sur 8 – A comme association)
Auteur : Pierre Bottero
Date de parution : 2010
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de Les limites obscures de la magie

« – Ombe !
Je me retourne, ce qui est, avouons-le, assez logique. Ombe est mon prénom et je suis la seule à le porter
dans le coin, coin étant ici utilisé au sens le plus large du mot. Il en découle que c’est forcément moi que l’interpeleur interpelle. (Inutile de me faire remarquer qu’interpeleur n’est pas français, je le sais mais j’aime inventer des mots.)
Donc, je me retourne.
Et pas seulement par curiosité.
J’ignore si c’est le fait de me frotter régulièrement à des phénomènes étranges, pour ne pas dire franchement magiques, mais j’ai développé un sixième sens foireux qui me souffle à tout bout de champ que le nœud des possibles est en train d’exploser pour laisser entrer le rêve dans ma vie.
En termes plus clairs : et si c’était Brad Pitt qui m’appelait ?
Naïve, moi ? Non, pas vraiment. Enfin… je ne crois pas. »

Extrait de : P. Bottero. « Les limites obscures de la magie – A comme association. »

La pâle lumière des ténèbres par Erik L’Homme

Fiche de La pâle lumière des ténèbres

Titre : La pâle lumière des ténèbres (Tome 1 sur 8 – A comme association)
Auteur : Erik L’Homme
Date de parution : 2010
Editeur : Gallimard / Rageot

Première page de La pâle lumière des ténèbres

« Je m’appelle Jasper. Pourquoi pas Gaspard, comme tout le monde, il faut le demander à mes parents.
Sans garantie de réponse.
Je crois que ma mère avait un oncle dénommé Gaspard qu’elle aimait beaucoup. Lorsque je suis né, il y a environ seize ans de ça, elle a immédiatement pensé à lui, mais elle n’a pas voulu emprunter son nom sans son accord (ce qui aurait été difficile, ledit Gaspard étant mourant à l’époque).
Je précise tout de suite que ma mère est plutôt bizarre.
J’aurai l’occasion d’y revenir.
Mon père s’est finalement débarrassé du problème (c’est sa spécialité) en lui donnant une dimension internationale (une autre de ses spécialités…). Ils ont donc cousu Jasper, la version anglaise de Gaspard, sur ma layette.
Une chance que Casper soit un gentil fantôme parce que c’est comme ça qu’on m’a appelé jusqu’à la fin de l’école primaire. »

Extrait de : E. L’Homme. « A Comme Association – La pâle lumière des ténèbres. »

Voile vers Sarance par Guy Gavriel Kay

Fiche de Voile vers Sarance

Titre : Voile vers Sarance (Tome 1 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 1998
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Voile vers Sarance

« LES ORAGES étaient assez fréquents à Sarance les nuits d’été pour justifier la légende abondamment colportée selon laquelle l’empereur Apius avait rejoint le dieu au cœur d’une violente tourmente qui avait pris d’assaut la Sainte Cité de ses éclairs et de ses grondements de tonnerre. Même Pertennius d’Eubulus, dont les écrits n’étaient que de vingt ans postérieurs, présentait ainsi le décès, allant jusqu’à prétendre qu’une statue de l’empereur avait basculé devant la porte d’airain du complexe palatial et que la foudre avait fendu un chêne en deux au pied de la muraille continentale. Les historiens privilégient parfois le spectaculaire au détriment de l’authentique. C’est un travers de la profession.
En vérité, la nuit où Apius rendit son dernier souffle dans la chambre pourpre du palais attenin, il ne pleuvait pas sur la ville. Néanmoins, on avait bien aperçu quelques éclairs et entendu un ou deux coups de tonnerre un peu plus tôt dans la soirée, loin au nord de Sarance, vers les plaines céréalières de Trakésie. Étant donné les événements qui suivraient, d’aucuns auraient pu voir dans cette manifestation du Nord un sinistre présage.
L’empereur n’avait pas de fils en vie et ses trois neveux avaient échoué de manière éclatante à prouver leur mérite voilà moins d’un an ; ils en avaient subi les justes conséquences. Il n’y avait donc aucun empereur désigné à Sarance quand Apius entendit – ou non – les derniers mots de sa longue vie, que lui souffla le dieu en son for intérieur : Ôte ta couronne, le Seigneur des empereurs t’attend. »

Extrait de : G.G Kay. « Voile vers Sarance – La mosaïque de Sarance. »

Le fleuve céleste par Guy Gavriel Kay

Fiche de Le fleuve céleste

Titre : Le fleuve céleste (Tome 2 sur 2 – Les chevaux célestes)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2013
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Le fleuve céleste

« FIN D’AUTOMNE, début de matinée. Il faisait froid, la brume montait de l’humus, enveloppait les tiges vertes de la bambouseraie, étouffait les bruissements, dissimulait les Douze Cimes au levant. Les feuilles d’érable tombaient sur le chemin, tapissaient la terre de rouge et de jaune. Le tintement des cloches des temples à l’orée de la ville semblait lointain, comme venu d’un autre monde.

Des tigres rôdaient dans les forêts, mais c’étaient des prédateurs nocturnes ; ils n’auraient pas faim si tôt et ce bois était peu profond. Les habitants de Shengdu en avaient peur et les anciens déposaient des offrandes au dieu tigre sur les autels. Pourtant, ils s’aventuraient dans la forêt en plein jour si nécessaire pour y ramasser du bois mort ou pour chasser, sauf si la présence d’un mangeur d’hommes était avérée. Alors, une terreur primitive les emportait et nul ne labourait les champs ni ne récoltait le thé tant que la bête n’était pas terrassée, ce qui exigeait des efforts considérables et entraînait parfois des décès.

Le garçon était seul dans la bambouseraie par cette matinée nimbée de brume. Un rayon de soleil ténu, blafard, se frayait un chemin à travers les feuillages : la lumière cherchait à s’imposer mais n’y arrivait pas encore. Furieux, il faisait tournoyer une épée en bambou de sa confection. »

Extrait de : G.G Kay. « Le fleuve céleste – Les chevaux célestes. »

La chanson d’Arbonne par Guy Gavriel Kay

Fiche de La chanson d’Arbonne

Titre : La chanson d’Arbonne
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 1992
Traduction : H. Rioux
Editeur : L’Atalante

Première page de La chanson d’Arbonne

« Un matin de printemps, alors que fondaient les neiges des montagnes et que les rivières accéléraient leur cours, Aëlis de Miraval regarda son mari s’éloigner, à l’aube, sur son cheval, pour chasser dans la forêt à l’ouest de leur château. Peu après, elle enfourcha elle aussi sa monture et se dirigea vers le nord-est, le long des rives du lac. Son but était tout tracé : elle allait concevoir un enfant.

Elle ne voyageait pas seule ni clandestinement, ce qui eût été d’une inconcevable folie. Malgré sa jeunesse et sa témérité, Aëlis n’avait jamais été folle et, même amoureuse, elle n’allait pas commencer maintenant.

Sa jeune cousine l’accompagnait, ainsi qu’une escorte de six corans armés, ces guerriers du domaine entraînés et consacrés. Son voyage avait été planifié, comme elle en avait informé son mari plusieurs jours auparavant. Elle s’en allait passer un jour et une nuit chez la duchesse de Talair, dans son château cerné de douves sur la rive nord du lac Dierne. Tout était en ordre, on y avait veillé. »

Extrait de : G.G Kay. « La chanson d’Arbonne. »

Les derniers feux du soleil par Guy Gavriel Kay

Fiche de Les derniers feux du soleil

Titre : Les derniers feux du soleil
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2004
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Les derniers feux du soleil

« Il manquait un cheval, disait-on. Tant qu’on ne l’aurait pas retrouvé, la cérémonie ne pourrait se tenir. Le marché de l’île était noir de monde en ce matin gris de printemps. Il se trouvait là beaucoup d’hommes robustes, armés, barbus, mais ils n’étaient pas venu commercer. Pas ce jour-là. Aucun étal ne serait dressé, si irrésistibles que fussent les trésors dont regorgeaient les cales d’un navire fraîchement arrivé du Sud.
Ce n’était à l’évidence pas le bon jour pour accoster.
Firaz ibn Bakir, marchand de Fézana désireux de représenter dignement le glorieux califat d’Al-Rassan avec ses soieries de couleurs vives (qui le protégeaient mal du vent mordant), ne put s’empêcher de considérer ce contretemps comme une nouvelle épreuve à lui imposée en punition des fautes commises au cours d’une vie par trop éloignée de la vertu.
Il était difficile pour un marchand de mener une existence vertueuse. Ses associés exigeaient des bénéfices, lesquels ne pouvaient pleuvoir sur qui ignorait pieusement les besoins – et les aubaines – du monde de la chair. L’ascétisme d’un ermite du désert n’était pas pour lui, avait-il décidé voilà bien longtemps. »

Extrait de : G.G Kay. « Les derniers feux du soleil. »

Toutes les mers du monde par Guy Gavriel Kay

Fiche de Toutes les mers du monde

Titre : Toutes les mers du monde (Tome 5 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2024
Traduction : E. Vonarburg
Editeur : Les Editions Alire

Première page de Toutes les mers du monde

« Le souvenir d’un foyer peut être trop éloigné, dans le temps, dans l’espace, dans l’immensité de la terre, ou de la mer.

Il peut pâlir et se brouiller à mesure que passent les années, et en cela aussi c’est une souffrance. Certains, dans leurs rêves, reviennent à des voix remémorées, des sons, des parfums, des images. Mais beaucoup ne rêvent pas, ou ne rêvent pas du lieu d’où ils viennent. Une perte trop grande, un chagrin trop ancien et trop douloureux. Et certains de ceux qui font de tels rêves les oublient dans la lumière du matin là où ils se réveillent.

C’est parfois une bénédiction.

Il y en aura d’autres qui ne peuvent oublier. Qui se drapent dans leurs souvenirs comme dans une lourde cape. On marche dans la rue d’une cité lointaine au crépuscule, on entendra les cordes d’un instrument de musique résonner dans une allée, et l’on se trouve projeté dans le passé. Peut-être décidera-t-on d’entrer dans cette allée, de se rendre là où une échappée de lumière suggère la présence d’une taverne, ou la cour d’une maison où l’on s’offre de la musique à la fin du jour. »

Extrait de : G.G Kay. « La mosaïque de Sarance – Toutes les mers du monde. »

Sur toutes les vagues de la mer par Guy Gavriel Kay

Fiche de Sur toutes les vagues de la mer

Titre : Sur toutes les vagues de la mer (Tome 5 sur 5 – La mosaïque de Sarance)
Auteur : Guy Gavriel Kay
Date de parution : 2024
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Sur toutes les vagues de la mer

« Le souvenir que l’on garde de son foyer est parfois trop lointain, dans le temps ou dans l’espace, à travers l’immensité de la terre ou de la mer.
Il s’estompe ou se brouille parfois à mesure que passent les années. Et c’est alors souvent une source de douleur. Dans leurs rêves, d’aucuns s’en retournent vers des voix, des bruits, des odeurs, des images. Mais beaucoup ne rêvent pas, du moins pas de leur pays d’origine. Trop de pertes, une affliction trop ancienne et trop forte. Et certains de ceux qui font de ces rêves les oublient au petit jour, là où ils se trouvent. C’est parfois une bénédiction.
Il en est d’autres qui ne peuvent oublier. Qui se drapent dans leurs souvenirs ainsi que dans un lourd manteau. Déambulant dans une cité lointaine au crépuscule, ils entendent au fond d’une ruelle un instrument à cordes qui leur rappelle leur passé. Peut-être décideront-ils de remonter cette voie, de s’approcher de cette clarté diffuse suggérant une taverne, ou alors peut-être une habitation dotée d’un jardin, où l’on jouerait de la musique à la fin du jour. »

Extrait de : G.G Kay. « Sur toutes les vagues de la mer – La mosaïque de Sarance. »