Auteur/autrice : CH91

 

Contact par Carl Sagan

Fiche de Contact

Titre : Contact
Auteur : Carl Sagan
Date de parution : 1985
Traduction : W.O Desmond
Editeur :

Première page de Contact

« Impossible que la chose fût artificielle, selon les normes humaines : elle avait la taille d’un monde. Mais sa forme était tellement étrange et circonvolutée, si manifestement destinée à quelque fin complexe qu’elle ne pouvait être que l’expression d’un concept. Dérivant en orbite polaire autour de la grande étoile blanc-bleu, elle ressemblait à une sorte d’immense polyèdre imparfait sous une carapace faite de millions d’arapèdes coniques. Chacun des cônes était tourné vers un point précis du ciel. Pas une constellation qui ne fût surveillée. Le monde polyédrique remplissait son énigmatique fonction depuis des millénaires. Il était très patient. Il avait les moyens d’attendre éternellement.

Quand on l’extirpa, elle ne poussa pas un cri. Son petit front était tout ridé, puis ses yeux s’ouvrirent, de plus en plus grands. Elle regarda les lumières brillantes, les silhouettes habillées de blanc et de vert et la femme gisant sur la table, au-dessous d’elle. Des sons familiers l’envahirent. Pour un nouveau-né, elle avait une étrange expression sur le visage. De l’étonnement, peut-être. »

Extrait de : C. Sagan. « Contact. »

Le moineau de Dieu par Mary Doria Russell

Fiche de Le moineau de Dieu

Titre : Le moineau de Dieu
Auteur : Mary Doria Russell
Date de parution : 1996
Traduction : B. Vierne
Editeur : France Loisirs

Première page de Le moineau de Dieu

« Rétrospectivement, la chose était prévisible. Tout, dans l’histoire de la Compagnie de Jésus, montrait qu’elle alliait le savoir-faire au sens de l’efficacité, le goût de l’exploration à celui de la recherche. Au cours de ce que les Européens se plaisaient à appeler l’âge des Grandes Découvertes, les prêtres jésuites n’étaient jamais arrivés plus d’un an ou deux après ceux qui avaient noué les premiers rapports avec des peuples jusque-là inconnus ; ils étaient même, bien souvent, à l’avant-garde des explorateurs.
Il fallut des années aux Nations unies pour parvenir à une décision que la Compagnie de Jésus prit en dix jours. À NewYork, les diplomates multiplièrent les débats acharnés, ponctués d’innombrables suspensions et ajournements, afin de savoir s’il fallait consacrer des ressources humaines à une éventuelle prise de contact avec le monde que l’on connaîtrait ensuite sous le nom de Rakhat, alors qu’il y avait sur terre tant de besoins pressants, et pourquoi. »

Extrait de : M.D Russell. « Le Moineau de Dieu. »

Voyage au pays de la quatrième dimension par Gaston de Pawlowski

Fiche de Voyage au pays de la quatrième dimension

Titre : Voyage au pays de la quatrième dimension
Auteur : Gaston de Pawlowski
Date de parution : 1912
Editeur : Denoël

Première page de Voyage au pays de la quatrième dimension

« Toute chose imaginée existe.
L’affirmation ne se conçoit pas sans la négation.

Il me paraît évident, contrairement au préjugé courant, que toute chose imaginée existe par cela seul qu’elle est imaginée, et que cette existence est autrement réelle que celle des prétendues réalités. Une réalisation matérielle n’est qu’une mort partielle, une cristallisation caricaturale de l’Idée. L’Idée, par contre, est lourde de possibilités infinies et sa certitude vient tout justement de ce fait qu’elle émane de la seule certitude vivante que nous ayons au monde : notre pensée. Pour en prendre un exemple facile, combien chétive paraît la réalisation de l’avion à côté de ce pressentiment général qui obsède l’humanité depuis ses premiers âges : la libération des forces de gravitation, la lévitation due peut-être à notre seule volonté ? Dans un domaine plus abstrait, la négation et le renversement de toutes les lois naturelles admises ne sont-ils pas aussi indispensables à l’existence même de ces lois que le flux l’est au reflux, l’ombre à la lumière, l’aspiration à la respiration, le mensonge à la vérité ?

Sans la mort, la Vie n’aurait pas plus de sens chez l’homme que chez les pierres ; sans ce que l’on appelle Mal, ce que l’on appelle Bien n’existerait pas plus chez nous que dans les phénomènes naturels, toute pensée ou toute chose, comme sens ou comme position, ne pouvant exister que relativement à une autre et en opposition avec elle. »

Extrait de : G. de Pawlowski. « Voyage au pays de la quatrième dimension. »

L’arbre par Hubert Mingarelli

Fiche de L’arbre

Titre : L’arbre
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 1996
Editeur : Seuil

Première page de L’arbre

« Vicente m’attendait au bord de la route. Il s’épaulait à la Ford et tenait son carnet de commandes en visière.
Quand je lui ai dit que nous ne prenions pas de vin aujourd’hui, il a jeté les bons de commande dans la cabine et m’a demandé pour l’amour du ciel comment il pouvait s’en tirer si nous ne lui achetions du vin qu’une semaine sur deux. Je lui ai répondu que je n’y pouvais rien et il m’a dit que j’avais raison. Nous tombions toujours d’accord sur ce point-là.
On est restés un moment silencieux. Puis j’ai sorti la pierre de ma poche et je la lui ai tendue. Il l’a fait passer d’une main dans l’autre pour estimer son poids. Ensuite seulement il a commencé à l’examiner.
Il l’approchait de ses yeux. Il la tournait dans la main. Il prenait son temps. Je mesurais la longueur de son silence. Je n’étais pas pressé qu’il finisse, car plus il durait, plus ma pierre prenait de la valeur. Je ne me souvenais pas des noms qu’il donnait à mes pierres, mais du temps qu’il avait mis à les examiner. Cette fois il m’a dit qu’il s’agissait d’anthracite. Je lui ai demandé si c’était rare. Il m’a dévisagé puis s’est lancé dans un nouvel examen, et j’ai ajouté le temps de ce silence au premier. Et au vu du total des deux j’ai été de son avis quand il a dit que ça l’était probablement.
Il m’a rendu la pierre, il a ouvert la portière de la Ford et m’a fait signe de venir. Je me suis approché et je l’ai vu, il dormait sur le siège. »

Extrait de : H. Mingarelli. « L’arbre. »

La terre invisible par Hubert Mingarelli

Fiche de La terre invisible

Titre : La terre invisible
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 2019
Editeur : Buchet Chastel

Première page de La terre invisible

« Allemagne, juillet 1945

Depuis presque deux semaines de ce mois de juillet brûlant j’attendais à Dinslaken, au bord du Rhin, je n’arrivais pas à m’en aller. Pourtant je pensais avoir tout photographié. Tous les jours le soleil était blanc et les nuits n’apportaient aucune fraîcheur. On étouffait le jour et la nuit. Je ne savais pas pourquoi je restais ici, passant le plus clair de mon temps à l’hôtel, n’ayant bientôt plus d’argent. Le matin je descendais voir le fleuve et le soir j’allais m’asseoir sur le banc de la Dürenstrasse. Je fermais les yeux, attendant qu’il fasse un peu moins chaud pour rentrer.

J’entendais marcher, il surgit derrière le banc comme un fantôme en portant un carton de bières. Il resta un moment assis à côté de moi, on but ensuite, on se parla et il se releva. Il avait les jambes écartées et la bouche grande ouverte comme s’il mangeait l’air. Il écrivait pour un journal hollandais. Derrière lui, le soleil tombait sur une montagne de briques rouges qu’on avait par endroits commencé à trier et empiler. Il me demanda : « Et toi ? » Je sortis mon appareil de la poche et il dit : « D’accord. » Le soleil m’éblouissait et lui maintenant dansait sur ses jambes. Je ne savais pas où il avait trouvé toutes ces bières. »

Extrait de : H. Mingarelli. « La Terre invisible. »

Vie de sable par Hubert Mingarelli

Fiche de Vie de sable

Titre : Vie de sable
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 1998
Editeur : Seuil

Première page de Vie de sable

« Il y avait eu du vent cette nuit-là, il avait déjà soufflé sur des centaines de kilomètres avant de s’engouffrer dans cette vallée et de soulever le sable tout le long de la rivière.
Il s’appelait Emilio et venait de découvrir la mine antipersonnelle qui affleurait sur la berge.
Ce qui l’inquiétait surtout, c’était le soleil. Il n’arrivait pas à se représenter l’effet de la chaleur du soleil sur le bout de métal. Et il y en aurait un, sans aucun doute, se disait-il. Peut-être infime et il ne le verrait pas. Peut-être beaucoup plus. Et alors si le rectangle de métal se déformait suffisamment pour appuyer sur le détonateur, la mine exploserait.
Il regarda vers les crêtes.
Le soleil apparaîtrait dans un quart d’heure, tout au plus. Pour le moment, le ciel était bleu foncé.
Il regarda plus près de lui.
Derrière le lit de la rivière, il vit des arbres morts pris dans des buissons. Il irait s’allonger là-bas juste avant que le soleil se lève. Il y attendrait l’effet de la chaleur sur le métal, puis reviendrait ici. »

Extrait de : H. Mingarelli. « Vie de sable. »

Thomas par Dominique Douay

Fiche de Thomas

Titre : Thomas
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1975
Editeur : Editions Armada

Première page de Thomas

« Phase 1 – observation

— Un homme, on dirait, suppute Alduce en plissant les yeux.

— Une femme, peut-être, suggère Thomas avec un espoir non déguisé.

Les mains enfouies dans les poches de son pantalon informe, il caresse sa verge qu’il sent durcir sous l’étoffe râpeuse.

— Ta gueule.

Alduce lui expédie une bourrade au jugé, le regard toujours fixé sur la silhouette – une silhouette, vraiment ? Non, son imagination lui joue encore un tour. Un point noir, tout au plus ; un point d’ombre mobile posé sur l’extrême bord de la coupelle. Mais à supposer que ce point soit l’amorce d’une silhouette et non une illusion d’optique due par exemple à la réverbération dont l’intensité croît au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre de la coupelle, il faut alors admettre que cette silhouette paraît s’approcher des observateurs. »

Extrait de : D. Douay. « Thomas. »

Deux vertiges par Dominique Douay

Fiche de Deux vertiges

Titre : Deux vertiges (et autres malaises)
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 2023
Editeur : Les moutons électriques

Sommaire de Deux vertiges :

  • La vie comme une course de chars à voile
  • Car les temps changent
  • Cochise d’AméNord Dix
  • La fin de l’hiver
  • Froide est ta peau, Sytia. Morne mon désir
  • Thomas
  • Le rêve amoureux

Strates par Dominique Douay

Fiche de Strates

Titre : Strates
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1978
Editeur : Denoël

Première page de Strates

« Rémi se dressa d’un bond, la bouche béante sur un cri qui refusait de sortir. Les paupières toujours closes, il tâtonna quelques secondes à la tête de sa couche, trouva enfin le minuscule interrupteur. Le pressa.
« Tu t’appelles Rémi Marsaut », fit une voix, la sienne, quoique à ce moment il n’en fût pas très sûr. « Tu as trente-deux ans, souviens-toi : trente-deux ans. Nous sommes en dix-neuf cent quatre-vingt-dix… »
« Dix-neuf cent quatre-vingt-dix, haleta-t-il. Dix-neuf cent quatre-vingt-dix ! »
« Tu t’appelles Rémi Marsaut, reprit sa voix après un court instant de silence. Tu as… » L’homme arrêta le défilement de la bande sans fin d’un nouveau coup de pouce.
— … trente-deux ans, poursuivit-il à mi-voix. Quelque part dans le tréfonds de son esprit, des ombres s’insurgèrent contre cette affirmation, mais Rémi était cette fois trop réveillé pour se laisser abuser. D’ailleurs, deuxième obstacle dressé contre les illusions malignes, un grand miroir volontairement placé à cet endroit lui renvoyait son image, de plus en plus nette à mesure que la lumière se faisait plus vive. Paupières lourdes, yeux rouges, visage fatigué, sali par une barbe têtue et irrégulière. Trente-deux ans… »

Extrait de : D. Douay. « Strates. »

Gaston Leroux

Présentation de Gaston Leroux :

Gaston Leroux, qui poussa son premier cri aux premiers jours du mois de mai de l’an 1868 au cœur de notre capitale, s’inscrit au panthéon des lettres françaises comme l’un des maîtres incontestés et flamboyants du roman populaire. Avant de régner en monarque absolu sur l’imaginaire de ses concitoyens, ce fils de la bourgeoisie provinciale fut d’abord promis au prétoire. Toutefois, mû par une soif inextinguible d’aventures, il ne tarda point à jeter sa robe d’avocat aux orties pour embrasser la carrière, alors fort trépidante, de journaliste.

Grand reporter pour les colonnes du quotidien Le Matin, Gaston Leroux courut le monde avec une verve infatigable, relatant à ses lecteurs ébahis les soubresauts de son époque, depuis les sables de l’Afrique jusqu’aux sanglantes convulsions de l’Empire russe lors de la révolution de 1905. C’est indéniablement de ces années de reportage qu’il puisa ce sens aigu du rythme et cette scrupuleuse précision documentaire qui feront, plus tard, le sel de ses fictions.

C’est à l’aube de la quarantaine, en l’an 1907, que cet homme au tempérament rabelaisien décida de s’adonner pleinement à la chose littéraire, signant un authentique coup de tonnerre dans le ciel du roman policier : « Le Mystère de la chambre jaune ». Avec cette intrigue à la machiavélisme diabolique, il posa les fondations du problème de la chambre close et donna naissance à l’inoubliable Joseph Rouletabille. Ce jeune reporter, armé de la seule puissance de la déduction et des « bons bouts de la raison », triomphe là où les limiers les plus chevronnés s’égarent. Fort d’un immense succès de librairie, l’auteur lui offrit une suite tout aussi vertigineuse, « Le Parfum de la dame en noir », parachevant ainsi son statut de démiurge de l’énigme.

Cependant, l’on aurait tort de cantonner Gaston Leroux à la seule littérature policière. Son imagination fertile le poussa à s’aventurer dans les territoires ombreux du fantastique et du drame gothique. Il convient de citer, pour la bonne bouche, le célébrissime « Fantôme de l’Opéra », paru sous les presses en 1910. En explorant les dédales souterrains de l’Académie nationale de musique, il livre une fresque tragique, mêlant la terreur à l’amour le plus fiévreux. N’oublions pas non plus la figure truculente et pathétique du forçat Chéri-Bibi, dont le cri de ralliement, « Fatalitas ! », résonne encore dans la mémoire des fervents amateurs du roman-feuilleton.

Emporté par la maladie au printemps de l’an 1927 sous le ciel clément de la cité niçoise, Gaston Leroux s’en est allé après avoir noirci des milliers de feuillets avec une prodigalité prodigieuse. En cette époque où les cénacles universitaires redécouvrent enfin la noblesse des littératures dites de genre, il apparaît plus que jamais indispensable de saluer le génie de cet artisan de l’illusion. Par son art consommé du suspense, son écriture truculente et son sens inné du mystère, Gaston Leroux a su élever le divertissement populaire aux plus hautes cimes de l’art romanesque.

Livres de Gaston Leroux :

Chéri-Bibi :

Herbert de Renich :

Les ténébreuses :

Rouletabille :

Balaoo (1911)
Coffret 3 (2019)
Confitou (1917)
L’épouse du soleil (1913)
L’homme qui a vu le diable (1908)
L’homme qui revient de loin (1916)
La colonne infernale (1916)
La double vie de Théophraste Longuet (1904)
La machine à assassiner (1923)
La poupée sanglante (1923)
La reine du Sabbat (1910)
Le coeur cambriolé (1920)
Le fantôme de l’Opéra (1926)
Le fauteuil hanté (1909)
Le fils de trois pères (1925)
Le roi mystère (1908)
Le sept de trèfle (1921)
Les mohicans de Babel (1926)
Mister Flow (1927)
Quelques nouvelles terrifiantes (1911-1924)
Tue-la-mort (1920)
Un homme dans la nuit (1910)

Pour en savoir plus sur Gaston Leroux :

La page Wikipédia sur G. Leroux
La page Noosfere sur G. Leroux
La page isfdb de G. Leroux