Auteur/autrice : CH91
La mer de la tranquillité par Emily St. John Mandel
Fiche de La mer de la tranquillité
Titre : La mer de la tranquillité
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2022
Editeur : Rivages
Première page de La mer de la tranquillité
« Edwin St. John St. Andrew, dix-huit ans, traîne le poids de son nom doublement sanctifié à bord du bateau à vapeur qui traverse l’Atlantique. Les yeux plissés contre le vent qui souffle sur le pont supérieur, il se cramponne au bastingage de ses mains gantées, impatient d’avoir un aperçu de l’inconnu, s’efforçant de discerner quelque chose – quoi que ce soit ! – au-delà de la mer et du ciel, mais il ne voit que des dégradés de gris sans fin. Il est en route vers un monde différent. Il se trouve plus ou moins à mi-chemin entre l’Angleterre et le Canada. J’ai été envoyé en exil, se dit-il, conscient d’être mélodramatique, même s’il y a un fond de vérité dans cette formule.
Edwin compte parmi ses ancêtres Guillaume le Conquérant. Lorsque son grand-père mourra, son père deviendra comte, et Edwin a fait ses études dans deux des meilleures écoles du pays. Cependant, il n’a jamais eu un grand avenir en Angleterre. Il existe bien peu de professions que peut exercer un gentleman, et aucune d’elles n’intéresse Edwin. »
Extrait de : E. St. John Mandel. « La mer de la tranquillité. »
L’hôtel de verre par Emily St. John Mandel
Fiche de L’hôtel de verre
Titre : L’hôtel de verre
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction :
Date de parution : 2020
Editeur : Rivages
Première page de L’hôtel de verre
« 1
Commençons par la fin : je dégringole du pont du navire dans les ténèbres tempétueuses, le souffle coupé par l’effroi de la chute, ma caméra s’envolant sous la pluie…
2
Envolez-moi. Des mots griffonnés sur une vitre quand j’avais treize ans. Je me suis reculée, laissant tomber le marqueur, et je me rappelle encore l’exubérance de cet instant, cette sensation dans ma poitrine, semblable à un reflet de lumière sur du verre brisé…
3
Suis-je remontée à la surface ? Le froid est paralysant, il n’y a rien d’autre que le froid…
4
Souvenir étrange : à l’âge de treize ans, sur le rivage de Caiette, je tiens entre mes mains ma caméra vidéo toute neuve, contact frais et encore peu familier. Je filme les vagues par séquences de cinq minutes et, tout en filmant, j’entends ma propre voix murmurer : « Je veux rentrer chez moi, je veux rentrer chez moi »… mais où est-ce, chez moi, sinon ici ? »
Extrait de : E. St. John Mandel. « L’hôtel de verre. »
Dernière nuit à Montréal par Emily St. John Mandel
Fiche de Dernière nuit à Montréal
Titre : Dernière nuit à Montréal
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2009
Editeur : Rivages
Première page de Dernière nuit à Montréal
« Personne ne reste pour toujours. Le matin de sa disparition, Lilia se réveilla de bonne heure et demeura un moment immobile dans son lit. C’était le dernier jour d’octobre. Elle dormait nue.
Eli était déjà levé et travaillait sur sa thèse. Pendant qu’il tapait ses notes de la veille, il entendit les bruits qu’elle faisait, le froufrou de la couette, le frôlement de ses pieds nus sur le plancher, puis elle l’embrassa tout doucement sur le sommet du crâne en allant à la salle de bains — il émit un ronronnement satisfait mais ne leva pas la tête — et la douche se mit en marche de l’autre côté de la porte presque fermée. Des bouffées de vapeur et un parfum de shampoing à l’abricot s’échappèrent par l’entrebâillement. Elle resta quarante-cinq minutes sous la douche, mais cela n’avait rien d’inhabituel ; la journée était encore tout à fait ordinaire. Eli jeta un bref coup d’œil lorsqu’elle sortit de la salle de bains. Lilia, nue : corps pâle enveloppé dans une moelleuse serviette blanche, courts cheveux bruns mouillés, mèches collées sur le front. Elle sourit quand leurs regards se croisèrent.
– Bonjour, dit-il en lui rendant son sourire. Tu as bien dormi ? »
Extrait de : E. St. John Mandel. « Dernière nuit à Montréal. »
Protectorats par Ray Nayler
Fiche de Protectorats
Titre : Protectorats
Auteur : Ray Nayler
Traduction : H.L Planchat
Date de parution : 2015-2022
Editeur : Bélial
Sommaire de Protectorats
- Mélopée pour Hazan
- Mutabilité
- Père
- Les boucles de désintégration
- Une fusée pour Dimitrios
- Les yeux de la forêt
- Sarcophage
- L’hiver en partage
- Retour au Château rouge
- Le réparateur de moineaux
- La morte de la caserne de pompiers n°10
- Les enfants d’Evrim
- La pluie des jours
- Les hirondelles des tempêtes
Première page de Mélopée pour Hazan
« Le scandale s’attachait à son nom. Mystérieuse, calculatrice, manipulatrice : Hazan était tout cela.
Comme tous les grands inventeurs, elle s’était hissée énergiquement pour trouver sa place dans l’histoire – poussant des coudes pour prendre ce qui lui revenait. On la détestait, on la méprisait. Comme tous les grands inventeurs, elle était la plus effrontée parmi les voleurs. Bien qu’elle n’ait pas inventé grand-chose, elle dominait tous ses rivaux. Qu’est-ce que la pensée, sinon l’association d’un concept isolé avec un autre ? Elle avait lié les différentes parties. Elle avait vu comment les choses pouvaient s’organiser, et elle avait agi.
Moi aussi, j’avais agi. J’avais fait ce que personne n’attendait de ma part. Et j’en avais subi les conséquences. J’avais volé ; j’avais menti ; j’avais tiré profit de mes relations et de ma position. J’avais tout perdu. On m’avait renvoyé de mon poste pour me jeter dans le monde. »
Extrait de : Ray Nayler. « Protectorats. »
La montagne dans la mer par Ray Nayler

Fiche de La montagne dans la mer
Titre : La montagne dans la mer
Auteur : Ray Nayler
Traduction : H.L Planchat
Date de parution : 2022
Editeur : Bélial
Première page de La montagne dans la mer
(à compléter)
Défense d’extinction par Ray Nayler

Fiche de Défense d’extinction
Titre : Défense d’extinction
Auteur : Ray Nayler
Traduction :
Date de parution : 2024
Editeur : Bélial
Première page de Défense d’extinction
« Damira suivit la piste ensanglantée jusqu’au bas de la colline, là où l’eau affleurait, scintillant entre les herbes. Ses pas s’enfonçaient de quelques centimètres à travers l’humus avant de rencontrer le tapis spongieux des racines.
Les traces s’amenuisaient, mais l’odeur du sang emplissait l’air. Au contact de sa trompe sur sa voute buccale, l’organe de Jacobson invoqua la mémoire du mammouth qu’elle appelait Koyon — son allure farouche et massive, son oreille droite en lambeaux, sa tête velue d’aspect lugubre.
Plutôt que cette couleur de terre brune commune à ses congénères, Koyon avait les yeux ambrés. De beaux yeux vibrants soulignés de longs cils. Damira se souvint quand le troupeau l’avait chassé, deux étés plus tôt. Des semaines durant il avait cheminé à l’écart, enroulant la trompe dans l’effluve des senteurs familières de sa lignée, barrissant de désespoir quand l’un des siens se tournait vers lui. Elle avait évité de regarder dans sa direction lorsqu’il s’était enfin détourné pour prendre ses distances. »
Extrait de : R. Nayler. « Défense d’extinction. »
Seul sur Mars par Andy Weir

Fiche de Seul sur Mars
Titre : Seul sur Mars
Auteur : Andy Weir
Traduction : N. Savic
Date de parution : 2011
Editeur : Bragelonne
Première page de Seul sur Mars
« Journal de bord : Sol 6
J’ai bien réfléchi et maintenant j’en suis sûr : je suis foutu.
Foutu de chez foutu.
Dire que ce devaient être les deux mois les plus extraordinaires de ma vie… Six sols plus tard, le rêve s’est transformé en cauchemar.
Je ne sais pas qui lira ce truc. Quelqu’un finira bien par le trouver. Dans une centaine d’années, peut-être.
Pour information, je ne suis pas mort le sixième sol comme le pense le reste de l’équipage – mais je ne peux pas en vouloir à mes collègues. Peut-être aurai-je droit à une journée de deuil national ? Dans ma fiche Wikipédia, on lira : « Mark Watney est le seul être humain à avoir perdu la vie sur Mars. »
Et ce sera vrai, parce que je vais sûrement mourir, mais pas le sixième sol, désolé.
Voyons, par où commencer ?
Le programme Arès. L’humanité s’aventurant pour la toute première fois sur une autre planète, sur Mars, pour élargir son horizon, tout ça. L’équipage d’Arès 1 rentrant à la maison en héros une fois sa mission accomplie, les parades, la gloire, la reconnaissance, l’amour du monde entier… »
Extrait de : A. Weir. « Seul sur Mars. »
Projet dernière chance par Andy Weir

Fiche de Projet dernière chance
Titre : Projet dernière chance
Auteur : Andy Weir
Traduction : N. Savic
Date de parution : 2021
Editeur : Bragelonne
Première page de Projet dernière chance
« — Combien font deux plus deux ?
Quelque chose dans cette question m’agace. Comme je suis fatigué, je me rendors.
Quelques minutes passent, et je l’entends de nouveau.
— Combien font deux plus deux ?
La voix féminine et douce manque d’émotion, et la prononciation est parfaitement identique à la première fois. Un ordinateur. Je suis harcelé par un ordinateur. Je n’en suis que plus agacé.
— Lmtql…, réponds-je.
Je voulais dire : « Laisse-moi tranquille » – réponse tout à fait raisonnable –, mais c’est raté.
— Incorrect, rétorque l’ordinateur. Combien font deux plus deux ?
Il est temps de tenter une expérience. Je vais essayer de dire bonjour.
— … lut…
— Incorrect. Combien font deux plus deux ?
Que se passe-t-il ? J’aimerais bien le savoir, mais je dispose de bien peu de données. Je ne vois rien. Je n’entends rien d’autre que l’ordinateur. Je ne sens rien non plus. Non, ce n’est pas vrai. Je sens quelque chose. Je suis allongé. Sur un lit, peut-être. Un truc moelleux.
Je crois que mes paupières sont closes. Pas grave, il me suffit de les ouvrir. J’essaie, mais rien ne se passe. »
Extrait de : A. Weir. « Projet Dernière Chance. »
Artémis par Andy Weir

Fiche de Artémis
Titre : Artémis
Auteur : Andy Weir
Traduction : N. Savic
Date de parution : 2017
Editeur : Bragelonne
Première page de Artémis
« Je bondissais sur le terrain gris et poussiéreux vers l’énorme dôme de la bulle Conrad. Le sas cerclé de lumières rouges me paraissait tellement loin.
Pas facile de courir avec cent kilogrammes de matériel sur le dos, même dans la pesanteur lunaire, mais vous seriez étonné de voir comment on peut cavaler quand sa vie en dépend.
Bob courait à mes côtés. Sa voix me parvenait par radio.
— Laissez-moi relier mes réservoirs à votre combinaison !
— Pour que vous mouriez aussi ?
— C’est une grosse fuite, protesta-t-il. Je peux voir le gaz qui s’échappe dans votre dos.
— Merci de me remonter le moral.
— Le maître en AEV, c’est moi, insista Bob. Arrêtez-vous et laissez-moi nous interconnecter !
— Négatif, répondis-je sans cesser de courir. J’ai entendu un claquement juste avant le déclenchement de l’alarme. Problème de fatigue de la valve métallique, à mon avis. En interconnectant, vous risqueriez de crever votre conduit sur un bord dentelé.
— Je suis disposé à prendre le risque ! »
Extrait de : A. Weir. « Artémis. »
Martin MacInnes

Présentation de Martin MacInnes :
Martin MacInnes est un homme de lettres et romancier écossais dont l’œuvre se plaît à brouiller les frontières entre la littérature générale et le roman d’anticipation. Né en 1983 dans la brumeuse cité d’Inverness, ce prosateur d’Outre-Manche a su, en l’espace de quelques années, s’imposer comme l’une des figures de proue d’une science-fiction intellectuelle, volontiers métaphysique.
Ayant fait ses classes à l’Université d’York, le jeune auteur s’illustre tout d’abord dans l’art exigeant de la nouvelle. Mais c’est au format du roman qu’il livre toute la pleine mesure de son talent. En l’an 2016, il fait paraître son premier ouvrage d’envergure, « Infinite Ground » (Terre infinie), un récit labyrinthique où l’enquête sur une disparition se mue en une exploration vertigineuse de l’identité et de notre rapport à la matière. Ce coup d’essai, salué par la critique londonienne, lui vaut de recevoir le prestigieux prix Somerset-Maugham.
Loin de se reposer sur ses lauriers, le romancier, qui réside désormais à Édimbourg, réitère l’exploit en 2020 avec « Gathering Evidence » (Rassembler les preuves). Il y déploie une angoisse toute contemporaine quant à la dépendance technologique et au péril écologique, des thématiques qui résonnent puissamment avec les inquiétudes de notre monde moderne.
Cependant, c’est avec son troisième opus, « In Ascension », paru en 2023, que Martin MacInnes conquiert définitivement le sommet des lettres britanniques. Cette vaste fresque, d’une ambition folle, nous entraîne des abysses insondables de nos océans jusqu’aux confins vertigineux de l’espace. Méditation sur les origines de la vie autant que vertige cosmique, cet ouvrage lui a valu une nomination pour le fameux Booker Prize, ainsi que de multiples récompenses, culminant avec la remise du prix Arthur C. Clarke en 2024.
Le style de Martin MacInnes se distingue par une grande rigueur scientifique alliée à une mélancolie contemplative. Loin des péripéties spatiales tonitruantes que l’on prête parfois à tort à l’anticipation, ce créateur de mondes interroge la place dérisoire de l’homme face à la majesté du cosmos et à la fragilité de sa propre condition organique. Un auteur, assurément, dont l’acuité philosophique continuera d’irriguer le genre pour les décennies à venir.
Livres de Martin MacInnes :
Ascension (2023)
Pour en savoir plus sur Martin MacInnes :
La page Wikipédia sur M. MacInnes
La page Noosfere sur M. MacInnes
La page isfdb de M. MacInnes