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Station eleven par Emily St. John Mandel

Fiche de Station eleven
Titre : Station eleven
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2013
Editeur : Rivages
Première page de Station eleven
« Le roi se tenait, à la dérive, dans une flaque de lumière bleue. C’était l’acte IV du Roi Lear, un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto. En début de soirée, pendant que les spectateurs entraient dans la salle, trois fillettes – versions enfantines des filles de Lear – avaient joué à se taper dans les mains sur le plateau, et elles revenaient maintenant sous forme d’hallucinations dans la scène de la folie. Le roi titubant essayait de les attraper tandis qu’elles gambadaient çà et là dans les ombres. Il s’appelait Arthur Leander et avait cinquante et un ans. Des fleurs ornaient ses cheveux.
« Me reconnais-tu ? demanda le comédien qui interprétait Gloucester.
– Je me rappelle assez bien tes yeux », répondit Arthur, distrait par la version enfantine de Cordelia.
Ce fut à ce moment-là que la chose se produisit. Son visage se crispa, il trébucha et tendit le bras vers une colonne, mais, évaluant mal la distance, se cogna durement le tranchant de la main. »
Extrait de : E. St. John Mandel. « Station eleven. »
On ne joue pas avec la mort par Emily St. John Mandel
Fiche de On ne joue pas avec la mort
Titre : On ne joue pas avec la mort
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2010
Editeur : Rivages
Première page de On ne joue pas avec la mort
« Dans l’un des bureaux d’une étincelante tour de verre aux arêtes vives, à New York, Alexandra Broden écoutait une conversation téléphonique. L’enregistrement ne durait pas plus de dix secondes, mais elle le réécouta cinq ou six fois avant d’ôter enfin son casque. Il était cinq heures et demie de l’après-midi et elle travaillait sans relâche depuis sept heures du matin. Elle ferma les yeux quelques instants, les doigts plaqués sur son front, et s’aperçut qu’elle entendait encore la conversation dans sa tête.
L’enregistrement commençait par un déclic : une femme décrochait son téléphone, lequel avait été mis sur écoute la veille du fameux appel. Une voix d’homme : C’est fait. Suit un bruit étouffé sur la bande – la femme qui retient son souffle – mais elle se contente de répondre par un simple : Merci. On se rappelle bientôt. Il raccroche et elle en fait autant trois secondes plus tard. »
Extrait de : E. St. John Mandel. « On ne joue pas avec la mort. »
Les variations Sebastian par Emily St. John Mandel
Fiche de Les variations Sebastian
Titre : Les variations Sebastian
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2012
Editeur : Rivages
Première page de Les variations Sebastian
« Anna était tombée dans une sorte de routine, autant que cela fût raisonnablement possible pour une fugitive de dix-sept ans contrainte de vivre en cachette avec un nouveau-né. Elle séjournait chez une amie de sa sœur dans une petite ville de Virginie.
Le bébé se réveillait toujours en pleurant à quatre heures et demie ou cinq heures du matin. Anna se levait, changeait la couche de Chloe, lui préparait un biberon, la sanglait dans sa poussette, puis sortait du sous-sol de la maison et parcourait à pied les trois blocs qui la séparaient de la boutique de beignets, ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où elle s’achetait un café avant de traverser la large rue déserte conduisant au parc. Anna s’asseyait sur une balançoire avec son premier café de la matinée pendant que Chloe, dans sa poussette, observait les nuages. Elles écoutaient les oiseaux gazouiller dans les arbres, à la lisière du parc, et les bruits de la circulation au loin. La silhouette compliquée de la pyramide de cordes se profilait sur la pâleur du ciel.
Un sac d’épicerie en plastique était fixé avec du ruban adhésif en dessous de la poussette. Il contenait un peu moins de cent dix-huit mille dollars en espèces. »
Extrait de : E. St. John Mandel. « Les Variations Sebastian. »
La vagabonde par Emily St. John Mandel
Fiche de La vagabonde
Titre : La vagabonde
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2012
Editeur : Rivages
Première page de La vagabonde
« À la mort de son mari, Zoë décida de voyager. Elle avait vingt-huit ans, connaissait très peu le monde extérieur, et le moment lui semblait particulièrement propice pour quitter le Michigan. Une amie des beaux-arts, qui était allée naguère dans l’Arctique en été, avait parlé à Zoë des paysages à la beauté limpide, des fleurs sauvages, des lacs bleu glacier, des montagnes couleur d’ardoise. On n’était pas en été, mais c’était presque un argument supplémentaire. Zoë prit toute une série d’avions à destination des Territoires du Nord-Ouest et se retrouva dans une région lunaire, un royaume d’ombres et de glace, un paysage décapé. Le soleil se comportait étrangement. Les journées étaient courtes.
— Tu essaies de te perdre ? lui demanda son frère quand Zoë l’appela d’un hôtel d’Inuvik pour lui dire où elle était partie.
Peter, le mari de Zoë, était mort depuis quatre semaines. Elle avait résilié le bail de leur appartement, vendu ou donné toutes ses affaires. Son entourage se faisait du souci. »
Extrait de : E. St. John Mandel. « La Vagabonde. »
La mer de la tranquillité par Emily St. John Mandel
Fiche de La mer de la tranquillité
Titre : La mer de la tranquillité
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2022
Editeur : Rivages
Première page de La mer de la tranquillité
« Edwin St. John St. Andrew, dix-huit ans, traîne le poids de son nom doublement sanctifié à bord du bateau à vapeur qui traverse l’Atlantique. Les yeux plissés contre le vent qui souffle sur le pont supérieur, il se cramponne au bastingage de ses mains gantées, impatient d’avoir un aperçu de l’inconnu, s’efforçant de discerner quelque chose – quoi que ce soit ! – au-delà de la mer et du ciel, mais il ne voit que des dégradés de gris sans fin. Il est en route vers un monde différent. Il se trouve plus ou moins à mi-chemin entre l’Angleterre et le Canada. J’ai été envoyé en exil, se dit-il, conscient d’être mélodramatique, même s’il y a un fond de vérité dans cette formule.
Edwin compte parmi ses ancêtres Guillaume le Conquérant. Lorsque son grand-père mourra, son père deviendra comte, et Edwin a fait ses études dans deux des meilleures écoles du pays. Cependant, il n’a jamais eu un grand avenir en Angleterre. Il existe bien peu de professions que peut exercer un gentleman, et aucune d’elles n’intéresse Edwin. »
Extrait de : E. St. John Mandel. « La mer de la tranquillité. »
L’hôtel de verre par Emily St. John Mandel
Fiche de L’hôtel de verre
Titre : L’hôtel de verre
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction :
Date de parution : 2020
Editeur : Rivages
Première page de L’hôtel de verre
« 1
Commençons par la fin : je dégringole du pont du navire dans les ténèbres tempétueuses, le souffle coupé par l’effroi de la chute, ma caméra s’envolant sous la pluie…
2
Envolez-moi. Des mots griffonnés sur une vitre quand j’avais treize ans. Je me suis reculée, laissant tomber le marqueur, et je me rappelle encore l’exubérance de cet instant, cette sensation dans ma poitrine, semblable à un reflet de lumière sur du verre brisé…
3
Suis-je remontée à la surface ? Le froid est paralysant, il n’y a rien d’autre que le froid…
4
Souvenir étrange : à l’âge de treize ans, sur le rivage de Caiette, je tiens entre mes mains ma caméra vidéo toute neuve, contact frais et encore peu familier. Je filme les vagues par séquences de cinq minutes et, tout en filmant, j’entends ma propre voix murmurer : « Je veux rentrer chez moi, je veux rentrer chez moi »… mais où est-ce, chez moi, sinon ici ? »
Extrait de : E. St. John Mandel. « L’hôtel de verre. »
Dernière nuit à Montréal par Emily St. John Mandel
Fiche de Dernière nuit à Montréal
Titre : Dernière nuit à Montréal
Auteur : Emily St. John Mandel
Traduction : G. de Chergé
Date de parution : 2009
Editeur : Rivages
Première page de Dernière nuit à Montréal
« Personne ne reste pour toujours. Le matin de sa disparition, Lilia se réveilla de bonne heure et demeura un moment immobile dans son lit. C’était le dernier jour d’octobre. Elle dormait nue.
Eli était déjà levé et travaillait sur sa thèse. Pendant qu’il tapait ses notes de la veille, il entendit les bruits qu’elle faisait, le froufrou de la couette, le frôlement de ses pieds nus sur le plancher, puis elle l’embrassa tout doucement sur le sommet du crâne en allant à la salle de bains — il émit un ronronnement satisfait mais ne leva pas la tête — et la douche se mit en marche de l’autre côté de la porte presque fermée. Des bouffées de vapeur et un parfum de shampoing à l’abricot s’échappèrent par l’entrebâillement. Elle resta quarante-cinq minutes sous la douche, mais cela n’avait rien d’inhabituel ; la journée était encore tout à fait ordinaire. Eli jeta un bref coup d’œil lorsqu’elle sortit de la salle de bains. Lilia, nue : corps pâle enveloppé dans une moelleuse serviette blanche, courts cheveux bruns mouillés, mèches collées sur le front. Elle sourit quand leurs regards se croisèrent.
– Bonjour, dit-il en lui rendant son sourire. Tu as bien dormi ? »
Extrait de : E. St. John Mandel. « Dernière nuit à Montréal. »
Emily St. John Mandel

Présentation de Emily St. John Mandel :
Née en 1979 dans les rudes et pittoresques contrées de la Colombie-Britannique, sur l’île de Vancouver au Canada, Emily St. John Mandel s’est imposée, au tournant de notre époque, comme l’une des figures tutélaires de la littérature de l’imaginaire. En conciliant la noblesse du roman psychologique et les vertiges du merveilleux scientifique, cette femme de lettres a su prouver aux esthètes que l’anticipation n’est point un genre mineur, mais bien le miroir le plus acéré de nos angoisses contemporaines.
Des intrigues ténébreuses à la littérature d’extrapolation
Si la jeunesse de l’autrice fut marquée par les paysages isolés de l’Ouest canadien, sa vocation littéraire l’entraîna bien vite vers les métropoles de Toronto, de Montréal, puis de New York, où elle établit ses pénates. Ses premiers ouvrages, tels que Dernière Nuit à Montréal (2009) ou On ne joue pas avec la mort (2010), empruntent d’abord les sentiers du roman policier et du mystère. L’écrivaine y déploie déjà une indéniable maîtrise des destins croisés et des récits polyphoniques. Toutefois, c’est en tournant son regard vers les abîmes de notre futur qu’elle accède véritablement au panthéon des lettres.
Le triomphe de la symphonie post-apocalyptique
C’est en l’an 2014 que le monde découvre toute la puissance de sa vision avec la parution de Station Eleven. Dans cette fresque d’anticipation redoutable, Emily St. John Mandel dépeint notre civilisation terrassée par une foudroyante pandémie grippale. Loin de s’abîmer dans la barbarie chère aux feuilletons sensationnalistes, l’autrice s’attache aux pas d’une troupe de comédiens nomades s’efforçant de préserver l’art dramatique de William Shakespeare au milieu des ruines. Couronné par le prestigieux prix Arthur C. Clarke (récompensant la fine fleur de la science-fiction), cet ouvrage connaît un succès planétaire retentissant et se voit même adapté pour les écrans des téléviseurs au début de notre décennie 2020.
L’exploration des colonies sidérales et du voyage temporel
Forte de ce coup d’éclat, l’écrivaine poursuit son exploration des failles du continuum espace-temps. Après avoir effleuré les fantômes de la finance dans L’Hôtel de verre (2020), elle offre aux lecteurs de l’an 2022 un pur joyau du merveilleux scientifique : La Mer de la tranquillité. Ce roman haletant convie le lecteur à une vertigineuse odyssée temporelle. Des forêts canadiennes de 1912 jusqu’aux colonies établies sur le sol lunaire au XXVᵉ siècle, l’autrice interroge, avec une mélancolie qui n’appartient qu’à elle, la nature même de notre réalité et l’hypothèse troublante des cerveaux électroniques capables de simuler notre monde.
Aujourd’hui, en cette année 2026, l’infatigable créatrice s’apprête à nous livrer Exit Party, un nouveau roman d’anticipation sociale fort attendu pour l’automne. Elle y projette sa plume en 2031, au lendemain d’une dramatique seconde guerre civile américaine, tissant la toile d’une intrigue périlleuse où s’entremêlent collectionneurs d’art et agents de l’ombre.
Par la justesse de son verbe, son humanisme inébranlable et son refus des conventions étriquées, Emily St. John Mandel a su réinventer les littératures de l’effroi et de l’extrapolation. Elle demeure, pour des millions de lecteurs, l’artisan d’une science-fiction lumineuse, où l’art et la mémoire triomphent invariablement du néant.
Livres de Emily St. John Mandel :
Dernière nuit à Montréal (2009)
L’hôtel de verre (2020)
La mer de la tranquillité (2022)
La vagabonde (2012)
Les variations Sebastian (2012)
On ne joue pas avec la mort (2010)
Station eleven (2013)
Pour en savoir plus sur Emily St. John Mandel :
La page Wikipédia sur E. St. John Mandel
La page Noosfere sur E. St. John Mandel
La page isfdb de E. St. John Mandel
Les meilleurs livres de science-fiction récents (2020-2025)
La science-fiction connaît un véritable renouveau. Entre space opera, intelligence artificielle, anticipation climatique et voyages temporels, les auteurs explorent des thèmes plus actuels que jamais.
Si vous cherchez des romans de science-fiction récents, voici une sélection des meilleurs livres publiés entre 2020 et 2025.
1. Projet Dernière Chance — Andy Weir (2021)
Ryland Grace se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, sans le moindre souvenir de son identité ni de sa mission.
Peu à peu, il découvre qu’il est peut-être le dernier espoir de l’humanité.
Drôle, intelligent et incroyablement prenant, ce roman est devenu un classique moderne de la science-fiction.
Pourquoi le lire ?
- une intrigue captivante ;
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2. La Montagne dans la mer — Ray Nayler (2022)
Des chercheurs découvrent qu’une espèce de poulpes a développé une véritable intelligence.
Mais comment communiquer avec une civilisation totalement différente de la nôtre ?
Un roman fascinant sur la conscience, le langage et l’intelligence artificielle.
3. La Mer de la tranquilité — Emily St. John Mandel (2022)
Une anomalie temporelle relie plusieurs personnages séparés par plusieurs siècles.
À la frontière entre science-fiction et littérature, ce roman propose une réflexion sensible sur le temps et la mémoire.
4. Le Jour de l’ascension — Adrian Tchaikovsky (2022)
Plongez dans l’univers de Warhammer 40.000 et découvrez la révolte qui gronde sur le monde-forge de Morod au sein de l’Adeptus Mechanicus.
L’univers de Warhammer 40.000 est riche de nombreux livres par de nombreux auteurs et voici la contribution d’Adrian Tchaikovsky.
5. Mickey7 — Edward Ashton (2022)
Sur une planète glacée, Mickey est un « consommable » : lorsqu’il meurt, un nouveau clone est immédiatement créé avec tous ses souvenirs.
Mais que se passe-t-il lorsqu’un ancien exemplaire revient alors que son remplaçant est déjà en service ?
Un roman drôle, original et plein de rebondissements.
6. La Gloire à tout prix — Emily Tesh (2023)
Après la destruction de la Terre, une jeune soldate élevée dans une société autoritaire découvre que tout ce qu’on lui a appris est peut-être faux.
Lauréat du prix Hugo du meilleur roman en 2024, ce livre s’est imposé comme l’une des grandes révélations de la décennie.
7. Transitions — Ann Leckie (2023)
Retour dans l’univers impérial créé par Ann Leckie.
Entre diplomatie, extraterrestres et identité, ce roman peut être lu indépendamment de la trilogie La Justice.
8. L’Enterrement des étoiles — Christophe Guillemain (2022)
La littérature francophone continue de proposer des œuvres ambitieuses aux accents gothiques à l’atmosphère de fin du monde.
Ce roman en est un excellent exemple.
9. Ascension — Martin MacInnes (2023)
Une biologiste participe à une mission scientifique qui va la conduire des profondeurs océaniques jusqu’aux confins de l’espace.
Un roman contemplatif qui mêle exploration, cosmologie et quête existentielle.
Les grandes tendances de la science-fiction récente
Les romans publiés entre 2020 et 2025 abordent souvent les mêmes grandes questions :
- l’intelligence artificielle ;
- le changement climatique ;
- les voyages spatiaux ;
- le transhumanisme ;
- les clones et la conscience ;
- les premiers contacts avec des formes de vie extraterrestres.
La science-fiction contemporaine s’intéresse moins aux gadgets futuristes qu’aux conséquences humaines des avancées scientifiques.
Quels livres choisir selon vos goûts ?
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Ces œuvres montrent toute la richesse de la science-fiction contemporaine et illustrent parfaitement l’évolution du genre au cours des dernières années.