Auteur/autrice : CH91
Schismatrice + par Bruce Sterling

Fiche de Schismatrice +
Titre : Schismatrice +
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1985
Traduction : W. Desmond, J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard
Sommaire de Schismatrice + :
- La schismatrice
- L’essaim
- Rose l’Aragne
- La reine des cigales
- Jardins engloutis
- Vingt évocations
Première page de La schismatrice
« Des appareils volants peints de couleurs vives sillonnaient le cœur du monde. Debout au milieu des herbes qui lui montaient jusqu’aux genoux, Lindsay, les yeux levés, les suivait du regard.
Aussi fragiles que des cerfs-volants, les ultra-légers propulsés par des pédales plongeaient et s’élevaient tour à tour dans la zone en apesanteur, loin au-dessus de sa tête. Au-delà des appareils, à l’opposé du monde cylindrique, le paysage incurvé brillait de tout l’éclat de ses champs de blé doré et de coton tachetés de vert.
De la main, Lindsay se protégea les yeux de la lumière solaire intense en provenance de l’une des longues fenêtres du monde. Un appareil, sur les ailes duquel était imprimé un élégant motif de plumes, bleues sur la toile blanche, traversa la bande lumineuse et dériva en silence au-dessus de lui. Il aperçut les longs cheveux de la pilote, tandis qu’elle appuyait sur les pédales pour entamer sa remontée. Lindsay savait qu’elle l’avait vu. Il aurait voulu crier, gesticuler frénétiquement, mais on le surveillait. »
Extrait de : B. Sterling. « Schismatrice +. »
Mozart en verres miroirs par Bruce Sterling

Fiche de Mozart en verres miroirs
Titre : Mozart en verres miroirs
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1986
Traduction : M. Albaret
Editeur : Gallimard
Sommaire de Mozart en verres miroirs :
- Le continuum Gernsback par W. Gibson
- Des yeux de serpent par T. Maddox
- Rock toujours par P. Cadigan
- Les mésaventures de Houdini par R. Rucker
- Les 400 par M. Laidlaw
- Solstice par J. P. Kelly
- Petra par G. Bear
- Le jour où des voix humaines nous éveilleront par L. Shiner
- Freezone par J. Shirley
- Pierre vit par P. di Filippo
- Etoile rouge, orbite gelée par B. Sterling & W. Gibson
- Mozart en verres miroirs par B. Sterling & L. Shiner
Les mailles du réseau par Bruce Sterling

Fiche de Les mailles du réseau
Titre : Les mailles du réseau
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1988
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard
Première page de Les mailles du réseau
« La mer étale frémissait sans un bruit, potage ardoise assaisonné de boue tiède. Des crevettiers chalutaient à l’horizon.
Des pilotis se dressaient par grappes, doigts noircis, à quelques mètres dans le ressac nonchalant. Jadis, les cabanons de plage de Galveston étaient posés sur ces béquilles tachées de goudron. À présent, les bigorneaux s’y accrochaient, les mouettes tournoyaient dans leur voisinage en piaillant. C’était un beau générateur d’ouragans, ce calme golfe du Mexique.
Laura consulta sa distance et son temps d’un bref coup d’œil vers le bas. À la pointe de ses chaussures, des afficheurs verts clignotaient au rythme de ses foulées, comptant le kilométrage. Laura pressa le pas. Les ombres matinales la balayaient comme un stroboscope tandis qu’elle courait.
Quand elle eut fini de longer les derniers pilotis, elle avisa sa maison, tout au bout de la plage. Elle sourit, sa fatigue se volatilisa dans une bouffée d’énergie. »
Extrait de : B. Sterling. « Les mailles du réseau. »
Le gamin artificiel par Bruce Sterling

Fiche de Le gamin artificiel
Titre : Le gamin artificiel
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1980
Traduction : L. Carissimo
Editeur : Denoël
Première page de Le gamin artificiel
« Rêverie brille de tous ses feux ; un lumineux halo atmosphérique nimbe le bord de la planète. Ses mers immenses et peu profondes scintillent ; dans les déchirures des nuages disséminés les grands atolls de corail qui constituent ses continents apparaissent en brun, vert et blanc. Au-dessus de Telset, la cité insulaire où je vis, la caméra plonge dans un ciel dégagé ; j’ai pris soin de consulter les satellites météo avant d’enregistrer la bande. L’effet produit est hypnotique et serein ; puis la caméra accélère sa descente et le quadrillage des rues de ma ville grossit, elle se rapproche pour isoler un bloc, une rue, un individu, moi, et mon image enfle pour remplir l’écran. La bande sonore annonce :
« Mesdames et messieurs, le Gamin Artificiel. Cette bande est produite par M. Richer Money Manies et le Gamin Artificiel. Copyright 499 A.C.R. par le Gamin Artificiel pour les Entreprises Cognitifs dissonants, Rêverie. »
Extrait de : B. Sterling. « Le gamin artificiel. »
Le feu sacré par Bruce Sterling

Fiche de Le feu sacré
Titre : Le feu sacré
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1996
Traduction : M. Ssossé
Editeur : Pocket
Première page de Le feu sacré
« Mia Ziemann cherchait à savoir ce qu’il convenait de porter pour assister à une agonie.
Le réseau lui conseilla simplicité et sobriété. Âgée de quatre-vingt-quatorze ans, Mia exerçait sa profession d’économiste de la santé en Californie. Quant au futur défunt, Martin Warshaw, il avait été son petit ami au lycée près de soixante-quatorze années auparavant. Mia s’attendait à entendre une sorte de bilan préparé d’avance. Il y aurait vraisemblablement quelque chose qui s’apparenterait à une espèce de legs. Au fil de la conversation, ils tenteraient de réaliser une mise en ordre rétrospective de l’existence de M. Warshaw, de manière à alimenter la sensation de sérénité et d’achèvement à laquelle chacun aspire à l’ultime chapitre de la vie. En revanche, à l’instant effectif de la mort, sa présence ne serait pas requise.
Les retrouvailles d’amants qui s’étaient séparés depuis longtemps, à l’occasion de l’agonie de l’un d’entre eux, constituaient un défi à l’étiquette, mais les mœurs de cette fin du vingt et unième siècle privilégiaient le lien social. »
Extrait de : B. Sterling. « Le feu sacré. »
La baleine des sables par Bruce Sterling

Fiche de La baleine des sables
Titre : La baleine des sables
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1977
Traduction : B. Martin
Editeur : Denoël
Première page de La baleine des sables
« Il existe toujours un vide dans nos vies, que certains comblent par l’art, d’autres par Dieu, quelques-uns par le savoir. Moi, je l’ai toujours rempli par la drogue.
Et c’est ainsi que je me suis retrouvé, sac de marin en main, prêt à partir pour une campagne de chasse à la baleine sur l’obscure planète Nullaqua.
La baleine des sables nullaquienne est l’unique source connue de la drogue appelée syncophine. À l’époque de mon voyage, l’exactitude du fait s’était de plus en plus répandue. Parce que j’en avais eu connaissance, moi, John Maisoneuve, je vivais au 488, rue de la Piété, à l’Ile-Haute, la plus grande ville de Nullaqua.
Pour nous qui l’habitions, notre bâtiment de métal à un seul étage s’appelait simplement la Maison Neuve. Nous formions un groupe bigarré, les seuls points communs entre nous étant d’une part nos origines non nullaquiennes, et d’autre part le charme de connaisseurs que nous trouvions à la Flamme, le nom donné à la syncophine par les initiés. Nous étions tous des êtres humains, ou du moins de remarquables succédanés. »
Extrait de : B. Sterling. « La baleine des sables. »
Gros temps par Bruce Sterling

Fiche de Gros temps
Titre : Gros temps
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1980
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël
Première page de Gros temps
« Les cybermachines surveillaient l’appartement et, dans la pénombre ménagée par les persiennes, leurs témoins de veille évoquaient les petits yeux rouges des chauves-souris. Elles étaient tapies dans des niches intégrées aux murs chaulés de blanc à la mexicaine : un ioniseur, un téléviseur, un détecteur de fumée, une escouade de détecteurs de mouvement. Un vaporisateur sifflait et bouillonnait doucement dans un coin, émettant de forts relents d’huile, de ginseng et d’eucalyptus.
Alex gisait étendu sur des oreillers à taie de soie, pieds et genoux cabossant les draps de coton amidonnés. Il avait l’impression que sa peau était de l’argile humide, grasse, moite, totalement inerte. Depuis le matin, il respirait avec son inhalateur de chevet, et il lui semblait désormais que ses doigts, pâles comme de la cire et tremblant légèrement, s’étaient fondus dans le néoprène noir du masque. Il envisagea un instant de raccrocher celui-ci sur le support en inox de la desserte de chevet. Il repoussa l’idée. Ce serait trop chiant de ne pas garder ce masque délicieux à portée de main. »
Extrait de : B. Sterling. « Gros temps. »
Cristal express par Bruce Sterling

Fiche de Cristal express
Titre : Cristal express
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1989
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël
Sommaire de Cristal express :
- Fenêtres sur un futur proche
- Mise au vert à Brunei
- Spectre
- Le beau et le sublime
- Fenêtres sur un futur lointain
- L’essaim
- Rose l’Aragne
- La reine des cigales
- Jardins engloutis
- Vingt évocations
Première page de Mise au vert à Brunei
« Deux hommes péchaient, accoudés au garde-corps rouillé d’une plate-forme de forage en mer. Après des années de décrépitude, les piliers de béton de la plateforme étaient recouverts d’une épaisse couche de bernaches et d’ondoyantes frondaisons de varech. L’air sentait la rouille et l’eau salée.
« Désolé de déranger vos plans, dit le ministre, mais nous ne pouvons quand même pas tailler une bavette avec les Yankees chaque fois que vous rencontrez un petit contretemps. » Le ministre moulina et fit remonter un hameçon nu. Il jura discrètement en malais, sa langue natale. « Passez-moi donc un autre appât, j’ai un bon client. »
Turner Choï plongea la main dans le baquet de bois et donna au ministre une grosse crevette morte. « Mais j’ai besoin de cette liaison téléphonique, insista Turner. Quelques heures seulement. Juste le temps d’accéder au Réseau en Amérique et de charger de la documentation un peu plus sérieuse. »
Extrait de : B. Sterling. « Cristal Express. »
Infrarouge par Federico Saggio

Fiche de Infrarouge
Titre : Infrarouge (tome 2 sur 2 – Lululand)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2020
Editeur : Auto-édition
Première page de Infrarouge
« Tout s’était passé très vite. J’avais empoigné Marcìn
pour le remettre sur ses jambes, avant de lui coller un long pardessus sur le dos, et de lui enfoncer un de mes chapeaux Borsalino sur la tête. Puis, j’avais passé un de ses bras autour de mon cou afin de lui permettre de rester debout. Le tir de laser lui avait grillé une partie des entrailles et il souffrait atrocement. Il gémissait à chaque pas et sa grimace se tordait en une expression de douleur terrible à chaque mouvement qu’il esquissait.
Mais il nous fallait quitter cet endroit. Le plus vite possible.
Je jetai un œil au cadavre de Damian qui gisait toujours au sol… savourant une dernière fois la vision de son corps meurtri qui baignait dans son propre sang, désarticulé. Des mois de travail, d’une préparation acharnée, de doute et de souffrance… J’avais attendu ce moment avec une telle impatience ! Et à présent que j’étais parvenu à mes fins, je ne pouvais même pas prendre le temps de profiter de l’euphorie qui m’envahissait. »
Extrait de : F. Saggio. « Lululand Infrarouge. »
Ultraviolet par Federico Saggio

Fiche de Ultraviolet
Titre : Ultraviolet (tome 1 sur 2 – Lululand)
Auteur : Federico Saggio
Date de parution : 2020
Editeur : Auto-édition
Première page de Ultraviolet
« Un liquide poisseux qui suinte de mon oreille, le long de ma joue.
L’odeur du sang qui me macule le visage.
A la lisière de mon champ de vision, par-delà les volutes d’une brume ambrée qui floute ma perception, j’aperçois une silhouette qui m’abandonne à mon sort. Elle tremblote au loin, comme incertaine de la route à prendre…
…elle se retourne dans ma direction, semble vaciller d’émoi, mais se reprend presque instantanément. Son doute, si c’est bien de cela qu’il s’est agi, n’aura duré qu’un instant.
Fugace, hésitant.
Comme une goutte de pluie censée précéder un orage qui se fait désirer. Va-t-il éclater ? Nous libérera-t-il de la chaleur étouffante qui nous fait suffoquer ? Mais malgré les quelques gouttes éparses, nul tonnerre, nul éclair pour l’annoncer ; seuls ces foutus nuages qui s’amoncellent, menacent, grimacent et n’en finissent plus d’inquiéter. »
Extrait de : F. Saggio. « Lululand Ultraviolet. »