Auteur/autrice : CH91

 

Palas et Chéri-Bibi par Gaston Leroux

Fiche de Palas et Chéri-Bibi

Titre : Palas et Chéri-Bibi (Tome 2 sur 5 – Chéri-Bibi)
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1919
Editeur : Bibebook

Première page de Palas et Chéri-Bibi

« Sur la grève embrasée, devant le flot redoutable où glissaient les requins affamés, gardiens de sa prison, Palas était étendu. Le forçat semblait une bête lasse au repos. Au fait, il avait profité de la « relâche » de dix heures pour venir chercher là un peu de fraîcheur et de solitude, entre deux rochers qui l’isolaient du reste du bagne. Ah ! s’isoler ! Ne plus entendre !… Ne plus voir !…Ne plus penser !… Mais comment Palas eût-il fait pour ne plus penser à ce qu’il avait vu le matin même ?… à ce qu’il avait été forcé de voir ?…

Ce matin-là, il y avait eu double exécution !… un terrible exemple nécessaire… de la bonne besogne pour Pernambouc, le bourreau du bagne, et pour son aide : « Monsieur Désiré »… Horreur ! oh ! horreur !

Palas en frissonnait encore. C’était un corps encore jeune, plein de force et de souplesse. Appuyé sur les coudes, le menton dans la coupe de ses mains, il semblait faire quelque rêve impossible… Le large chapeau de paille jetait son ombre sur l’ombre de son regard profond qui glissait vers les lointains horizons. Ce que l’on apercevait de sa figure rase et de son profil était un dessin ferme et plein de finesse. Malgré la puissante empreinte du bagne qui a tôt fait de vieillir les plus jeunes, cet homme ne paraissait guère avoir plus de quarante ans… »

Extrait de : G. Leroux. « Palas et Chéri-Bibi – Chéri-Bibi. »

Les cages flottantes par Gaston Leroux

Fiche de Les cages flottantes

Titre : Les cages flottantes (Tome 1 sur 5 – Chéri-Bibi)
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1913
Editeur : Bibebook

Première page de Les cages flottantes

« Mon rêve, à moi, a toujours été d’être un honnête homme ! fit Petit-Bon-Dieu en jetant un coup d’œil du côté des gardes-chiourme qui, revolver au poing, se promenaient entre les cages.

— Pour quoi faire ? demanda Gueule-de-Bois.

— Pour quoi faire ? Pour m’établir marchand de vin, donc !

— Tout le monde peut pas être marchand de vin, philosopha Gueule-de-Bois, ça serait trop commode ! Chacun a son lot en venant au monde. Ainsi, toi, Petit-Bon-Dieu, t’étais bien sûr destiné à arracher ton copeau à Cayenne. Comme dit Chéri-Bibi : Fatalitas !Ce qui est écrit est écrit. On peut pas y faire à la Providence ! À propos de Chéri-Bibi, savez-vous ce que m’ dit l’ Rouquin ?

— C’est point ce que te dit l’ Rouquin qui m’occupe, répliqua Petit-Bon-Dieu, en baissant la voix, mais le moment est venu de causer sérieusement. Voyons, c’est-y pour aujourd’hui ? C’est-y pour demain ? »

Et les autres bandits, sur le même ton, répétèrent autour de Petit-Bon-Dieu :

« Il a raison !… C’est-y pour aujourd’hui ? C’est-y pour demain ? »

Extrait de : G. Leroux. « Les cages flottantes – Chéri-Bibi. »

Walter Jon Williams

Présentation de Walter Jon Williams :

Walter Jon Williams, qui vit le jour le 15 octobre 1953 dans la ville de Duluth, nichée dans les froids confins de l’État du Minnesota, s’impose comme l’une des figures les plus éclectiques et les plus douées de la littérature d’anticipation nord-américaine. S’il partage avec sa contemporaine Pat Cadigan l’année de sa naissance, il partage également avec elle le privilège d’avoir gravé son nom en lettres de feu dans l’histoire de cette avant-garde technologique que l’on nomme aujourd’hui « cyberpunk ».

Toutefois, limiter l’œuvre de ce brillant homme de lettres à ce seul courant serait commettre une grave injustice. Walter Jon Williams est un romancier polymorphe, un véritable touche-à-tout du merveilleux scientifique. Avant même de conquérir les étoiles, notre homme s’est d’abord passionné pour les mers, naviguant avec ferveur et écrivant même, à l’aube de sa carrière, des romans d’aventures maritimes historiques sous le nom de Jon Williams.

C’est au cours de la décennie suivante qu’il embrasse pleinement la science-fiction, livrant aux presses des ouvrages d’une redoutable efficacité. Il faut naturellement saluer son chef-d’œuvre de 1986, le fameux « Câblé » (Hardwired dans la langue de Shakespeare), roman d’une rare âpreté où des contrebandiers naviguent au cœur d’une Amérique balkanisée et sous le joug de conglomérats orbitaux. Cet ouvrage, véritable coup de semonce dans le paysage littéraire, fut bientôt suivi d’autres récits tout aussi nerveux et désenchantés, à l’instar de « Le Souffle du cyclone » (Voice of the Whirlwind, 1987).

Mais le génie de Walter Jon Williams réside dans son refus de l’immobilité. Lorsqu’il jugea avoir épuisé les charmes vénéneux des réseaux cybernétiques, il tourna son regard vers d’autres horizons conjecturaux. Il s’aventura avec une aisance déconcertante dans le domaine de la fresque spatiale d’envergure, que nos amis anglo-saxons nomment space opera, nous offrant l’ambitieux « Aristoi » (1992), riche réflexion sur une humanité quasi divine, puis le vaste cycle romanesque de « La Chute de l’empire de l’effroi » (Dread Empire’s Fall). Il s’est même illustré dans l’uchronie et la fantaisie, prouvant par là même la plasticité exceptionnelle de son intellect.

Lire Walter Jon Williams, c’est s’assurer d’un dépaysement total, conduit par une plume d’une précision toute chirurgicale et une intelligence narrative qui force le respect de la critique.

Livres de Walter Jon Williams :

Câblé :

Plasma :

Star Wars :

Avaleur de mondes (2008)
Ceci n’est pas un jeu (2009)
La peste du léopard vert (2003)
Le coup du cavalier (1985)
Les joyaux de la couronne (1987)
Sept jours pour expier (1991)

Pour en savoir plus sur Walter Jon Williams :

La page Wikipédia sur W. J. Williams
La page Noosfere sur W. J. Williams
La page isfdb de W. J. Williams

Le déflecteur gravitationnel par Harry D. Parker

Fiche de Le déflecteur gravitationnel

Titre : Le déflecteur gravitationnel
Auteur : Harry D. Parker
Date de parution : 1929
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr

Première page de Le déflecteur gravitationnel

« — C’est curieux, Charlie, mais t’es-tu déjà demandé pourquoi nous ne suivons jamais jusqu’à leur conclusion logique les petits incidents de notre vie quotidienne ? Tu sais, si nous le faisions, nous pourrions être capables, avec un peu de prévoyance et de logique inductive, de retracer ces développements jusqu’à leur effet ultime. Quand on regarde en arrière, n’importe quel incident révèle une chaîne inévitable de circonstances. On doit parfois se demander pourquoi le cerveau humain refuse de projeter le résultat final au moment même où les événements initiaux se produisent.

J’ai entendu bien des monologues de ce genre de la bouche de mon ami, Tom Lee. Les idées de Lee étaient toujours intéressantes, et souvent saisissantes. Pourtant, sa théorie rejoignait celle de Poe : il croyait que pour une intelligence capable d’appréhender toute la complexité des processus algébriques, la résolution ultime de n’importe quel problème était possible ; possible, c’est-à-dire, en y accordant le temps nécessaire au calcul requis. »

Extrait de : H. D. Parker. « Le déflecteur gravitationnel. »

Vous avez dit virtuel ? par Pat Cadigan

Fiche de Vous avez dit virtuel ?

Titre : Vous avez dit virtuel ?
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 1998
Traduction : N. Serval
Editeur : Flammarion

Première page de Vous avez dit virtuel ?

«  Quand même, qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à se prostituer ? » s’interroge le jeune blanc en sirotant son café glacé à l’aide d’une longue paille mince.
Le Japonais assis en face de lui arque les sourcils, glissant une nuance d’étonnement dans son masque impassible. « Ah bon ? Parce que tout le monde n’en est pas là ? »
Le rire du blanc retentit dans le bar presque vide. « Hé ben ! Quel bordel ce doit être, sur ta planète. »
Le Japonais fixe son regard sur le verre de son interlocuteur, tout auréolé de perles de buée. Il y a un tel phénomène de mode autour de ces boissons rétro qu’on ne saurait dire qui apprécie pour de bon le café glacé. Le bruit court que la plupart des bars se contentent de verser le jus de la veille sur un lit de glace pilée, en le camouflant sous des arômes artificiels et de l’ersatz de crème. « Question de nature, mon vieux. T’en as qui grimpent direct dans le rouge et d’autres qui ne décollent pas du zéro. Tu marches ou pas ? »

Extrait de : P. Cadigan. « Vous avez dit virtuel ?. »

Mise en abyme par Pat Cadigan

Fiche de Mise en abyme

Titre : Mise en abyme
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 1992
Traduction : J.-P. Roblain
Editeur : J’ai lu

Première page de Mise en abyme

« J’étais au Davy Jones et, partout où je regardais, je ne voyais que moi. Moi ou des gens qui voulaient être moi ; pourtant la boîte n’était même pas encore à moitié pleine. Je sentais que j’allais adorer être Célèbre.
Le holo-poisson qui évoluait dans l’eau trop bleue clignota avant de disparaître pour revenir en plus brillant. Je fis le rapprochement. Moi aussi je venais juste de renaître et ces petites absences représentaient un bien modeste prix à payer pour devenir Célèbre. Rien de très grave, cela se produisait chaque fois que j’affinais le réglage du système. Il suffisait que je prenne le temps de me repérer, que je respire profondément, et tout allait me revenir. Ça se passait toujours ainsi.
J’aperçus mon nouveau patron à l’autre bout du club en train de discuter avec quelques-unes des employées. Je lui fis un grand signe pour éviter de parler, je ne voulais pas qu’il sache que son nom ne me revenait pas. Ces pertes de mémoire après les manips cérébrales, que c’était pénible ! »

Extrait de : P. Cadigan. « Mise en abyme. »

Les synthérétiques par Pat Cadigan

Fiche de Les synthérétiques

Titre : Les synthérétiques
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 1991
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Première page de Les synthérétiques

« Je n’aurais pu venir à bout de ce projet sans le soutien de Mike et Rosa Branks. Outre qu’il m’a fait partager ses vastes connaissances en matière d’ordinateurs et de réseaux, Mike n’a pas hésité à tout laisser tomber pour me récupérer trente pages de texte digérées par un lecteur de disquettes tombé en rideau tandis que Rosa me calmait grâce à ses trésors d’équilibre, de sagesse et son stock de plaisanteries pour moi encore inédites. Il fallait que vous soyez là – je vous suis reconnaissante de l’avoir été.
Je suis également reconnaissante à Ralph Roberts de m’avoir gentiment laissée consulter le manuscrit de son bouquin Virus informatiques au moment où j’en avais le plus besoin.
Un grand merci à Pat LoBrutto pour sa patience et sa sollicitude de directrice de collection ; à Shawna McCarthy pour y avoir cru dès le début ; et à Betsy Mitchell pour m’avoir ramenée chez moi entière. Merci aussi à Lou Aronica, toujours respectueux et de bon conseil. »

Extrait de : P. Cadigan. « Les Synthérétiques. »

Les garçons sous la pluie par Pat Cadigan

Fiche de Les garçons sous la pluie

Titre : Les garçons sous la pluie
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 1993
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : Denoël

Sommaire de Les garçons sous la pluie :

  • Le temps de la poupée
  • L’étang
  • Dans le noir
  • Résurrections, prix raisonnables
  • Le pouvoir du nom
  • Un pacte avec Dieu
  • Une nouvelle vie
  • Les garçons sous la pluie
  • Vivre et mourir un peu

Première page de Le temps de la poupée

« Je n’ai pas l’habitude de hurler, mais je hurle. Fort. Longtemps. Quand j’ai fini, et comme il ne se passe rien, je recommence, encore plus fort et encore plus longtemps. Il ne se passe toujours rien. Rien n’a changé. Dans le berceau, à la place de Rowena, il y a une jolie poupée en plastique, les quatre fers en l’air, la bouche en cœur autour du petit trou destiné à accueillir un biberon de poupée. Je ne la touche pas, de peur d’effacer les empreintes du ravisseur qui l’a échangée contre ma Rowena. J’ai assez de présence d’esprit pour penser à cela, même si je continue de hurler.

Je regarde la fenêtre. Ouverte. C’est moi qui l’ai ouverte ce matin. Si le kidnappeur est entré par là, il a pris soin de remettre le store en place en partant. Je sors à reculons, d’un pas lent. La pièce, que j’ai décorée petit à petit au long de ma grossesse, est agréable, sans la douceur écœurante d’une nursery. Une fois dans le couloir, je cours vers l’escalier. »

Extrait de : P. Cadigan. « Les garçons sous la pluie. »

Alita par Pat Cadigan

Fiche de Alita

Titre : Alita : battle angel
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 2019
Traduction : C. Rosson
Editeur : Pika roman

Première page de Alita

« La ville flottante de Zalem n’était jamais aussi belle qu’au coucher du soleil – de l’avis général, du moins. Enfin… ce que la plupart des gens tenaient pour l’avis général. À dire vrai, Zalem était éblouissante à toute heure du jour ou de la nuit, suspendue entre les nuages comme par un tour de magie fabuleux. On aurait pu croire à un royaume mythique – celui du prêtre Jean, Thulé, Camelot ou l’El Dorado, qui sait ? –, à ceci près que tous les habitants d’Iron City savaient la situer. Ils n’avaient qu’à regarder vers le ciel pour la découvrir : un cercle parfait de sept kilomètres de diamètre, surmonté de ses toits comme par une couronne, omniprésent, hors de portée.
Trois autres choses seulement étaient certaines aux yeux de la population du sol : 1) l’usine de leur cité avait pour unique fonction de fournir Zalem en aliments et produits manufacturés grâce à d’immenses tubes qui formaient des espèces de pattes d’araignées sur le bâtiment ; 2) aucun voyageur ne pouvait se rendre à Zalem ; 3) il était défendu de passer sous le centre exact de la ville flottante, au risque d’être enseveli sous la masse de déchets qui s’évacuaient sans prévenir par le large orifice découpé dans la base du disque. »

Extrait de : P. Cadigan. « Alita: Battle Angel. »

Alien 3 par Pat Cadigan

Fiche de Alien 3

Titre : Alien 3
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 2021
Traduction : N. Ivorra
Editeur : Bragelonne

Première page de Alien 3

« L’Homo sapiens contempla les étoiles pendant près de trois cents millénaires avant de parvenir à décoller de sa planète d’origine en direction de ces innombrables points de lumière. Il fallut bien moins de temps pour que le voyage interstellaire devienne aussi banal que le trajet quotidien en voiture des générations précédentes.
À cette époque, l’humanité avait vécu bien des changements, mais certaines choses restaient immuables : sa curiosité insatiable, alliée à un esprit de compétition et à une obsession territoriale qui avaient provoqué tant de conflits. Dès leur premier contact avec d’autres espèces intelligentes, les humains constatèrent avec amertume que leur civilisation avait encore beaucoup à apprendre sur le voyage spatial, notamment en matière de distances.
Les Terriens raisonnaient en termes de miles ou de kilomètres. Dans l’espace, cependant, les distances étaient si vastes qu’on les mesurait en vitesse-lumière, depuis la seconde-lumière jusqu’à l’année-lumière. L’humanité s’était vite rendu compte que les modèles d’organisation qui avaient guidé le développement de la civilisation terrienne n’étaient plus pertinents à une telle échelle. »

Extrait de : P. Cadigan. « Alien 3. »