Auteur/autrice : CH91

 

Bulles bleues par Maurice Maeterlinck

Fiche de Bulles bleues

Titre : Bulles Bleues, Souvenirs Heureux
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1948
Editeur : Editions Le Cri

Première page de Bulles bleues

« C’est ainsi qu’on pourrait appeler les souvenirs heureux. Ce sont les seuls à qui je permette de vivre.

Elles ne sont pas toutes d’un bleu immaculé, l’immaculé est extrêmement rare sur cette terre, même dans les vies qui n’eurent pas à se plaindre des rigueurs du destin, mais si pâles qu’elles soient, elles planent encore dans les rayons d’azur qui les revêtirent d’illusions.

Les autres, les bulles du malheur ou d’ennui qui surgissent des tristesses ou des déceptions de toute existence, sont mortes en moi parce que je ne les ai pas nourries de mon souffle, parce que je les ai laissées s’évaporer dans l’espace.

Néanmoins, ne croyons pas qu’elles ne soient plus. Rien ne meurt véritablement, en ce monde ou dans l’autre.

Savons-nous, si ce que nous avons oublié n’est pas aussi important que ce que nous nous rappelons ? Quelle est la loi qui garde ou élimine ce que nous avons vu ou vécu ? Pourquoi l’un meurt-il au lieu que l’autre survit qui ne valait pas mieux ? Quelle influence le souvenir mort a-t-il sur notre vie ? N’est-ce pas une des grandes inconnues de notre destinée ? »

Extrait de : M. Maeterlinck. « Bulles Bleues, Souvenirs Heureux: Mémoires. »

Serres chaudes par Maurice Maeterlinck

Fiche de Serres chaudes

Titre : Serres chaudes
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1889
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Serres chaudes

« Serres chaudes

Ô serre au milieu des forêts !
Et vos portes à jamais closes !
Et tout ce qu’il y a sous votre coupole !
Et sous mon âme en vos analogies !

Les pensées d’une princesse qui a faim,
L’ennui d’un matelot dans le désert,
Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.
Allez aux angles les plus tièdes !
On dirait une femme évanouie un jour de moisson ;
Il y a des postillons dans la cour de l’hospice ;
Au loin, passe un chasseur d’élans, devenu infirmier. »

Extrait de : M. Materlinck. « Serres chaudes. »

Le miracle de Saint Antoine par Maurice Maeterlinck

Fiche de Le miracle de Saint Antoine

Titre : Le miracle de Saint Antoine
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1903-1920
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le miracle de Saint Antoine

« En Flandre, dans une petite ville. Le vestibule d’une vieille et vaste maison bourgeoise. À gauche, porte cochère s’ouvrant sur la rue. Au fond, un perron de quelques marches conduisant à une grande porte vitrée qui donne accès dans la maison. À droite, une autre porte. Le long du mur, une banquette de molesquine, quelques escabeaux, un portemanteau où sont accrochés des chapeaux, un pardessus, etc. Au lever du rideau, la vieille bonne, Virginie, troussée haut, les jambes nues et chaussée de gros sabots, parmi des seaux de cuivre, des torchons, des balais et des brosses, lave à grande eau les dalles de marbre. De temps à autre, elle suspend son travail, se mouche bruyamment et, du coin de son tablier bleu, essuie une grosse larme. On sonne à la porte cochère ; Virginie va ouvrir, et on aperçoit sur le seuil, nu-tête, nu-pieds, les cheveux et la barbe embroussaillés, un maigre et long vieillard vêtu d’une sorte de robe de bure boueuse, informe, sans couleur, et copieusement rapiécée. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « Le Miracle de Saint Antoine. »

Les aveugles – L’intruse par Maurice Maeterlinck

Fiche de Les aveugles – L’intruse

Titre : Les aveugles – L’intruse
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1890
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Les aveugles – L’intruse :

  • Les aveugles
  • L’intruse

Première page de Les aveugles

« Une très ancienne forêt septentrionale, d’aspect éternel sous un ciel profondément étoilé. – Au milieu, et vers le fond de la nuit, est assis un très vieux prêtre enveloppé d’un large manteau noir. Le buste et la tête, légèrement renversés et mortellement immobiles s’appuyent contre le tronc d’un chêne énorme et caverneux. La face est affreusement pâle et d’une immuable lividité de cire où s’entr’ouvrent les lèvres violettes. Les yeux muets et fixes ne regardent plus du côté visible de l’éternité, et semblent ensanglantés sous un grand nombre de douleurs immémoriales et de larmes. Les cheveux, d’une blancheur très grave, retombent en mèches roides et rares, sur le visage plus éclairé et plus las que tout ce qui l’entoure dans le silence attentif de la morne forêt. Les mains extrêmement maigres, sont rigidement jointes sur les cuisses. – À droite, six vieillards aveugles sont assis sur des pierres, des souches et des feuilles mortes. – À gauche, et séparées d’eux par un arbre déraciné et des quartiers de roc, six femmes, également aveugles, sont assises en face des vieillards. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « Les Aveugles – L’Intruse. »

La vie des termites par Maurice Maeterlinck

Fiche de La vie des termites

Titre : La vie des termites
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1926
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La vie des termites

«  La vie des Termites », non plus que « La Vie des Abeilles », dont toutes les assertions ont été reconnues exactes par les spécialistes, n’est pas une biographie romancée comme il est démodé d’en faire en ce moment. Je suis resté fidèle au principe qui m’a guidé dans l’œuvre précédente, qui est de ne jamais céder à la tentation d’ajouter un merveilleux imaginé ou complaisant au merveilleux réel. Étant moins jeune, il m’est plus facile de résister à cette tentation, car les années apprennent peu à peu, à tout homme, que la vérité seule est merveilleuse. Entre autres choses, elles apprennent aussi à l’écrivain que ce sont les ornements qui vieillissent d’abord et plus vite que lui et que seuls les faits strictement exposés et les réflexions sobrement, nettement formulées ont chance d’avoir demain à peu près le même aspect qu’aujourd’hui. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « La Vie des Termites. »

La vie des abeilles par Maurice Maeterlinck

Fiche de La vie des abeilles

Titre : La vie des abeilles
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1901
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de La vie des abeilles

« Je n’ai pas l’intention d’écrire un traité d’apiculture ou de l’élevage des abeilles. Tous les pays civilisés en possèdent d’excellents qu’il est inutile de refaire. La France a ceux de Dadant, de Georges de Layens et Bonnier, de Bertrand, de Hamet, de Weber, de Clément, de l’abbé Collin, etc. Les pays de langue anglaise ont Lansgtroth, Bevan, Cook, Cheshire, Cowan, Root et leurs disciples. L’Allemagne a Dzierzon, Van Berlepsch, Pollmann, Vogel et bien d’autres.

Il ne s’agit pas davantage d’une monographie scientifique de lapis mellifica ligustica fasciata etc., ni d’un recueil d’observations ou d’études nouvelles. Je ne dirai presque rien qui ne soit connu de tous ceux qui ont quelque peu pratiqué les abeilles. Afin de ne pas alourdir ce travail, j’ai réservé pour un ouvrage plus technique un certain nombre d’expériences et d’observations que j’ai faites durant mes vingt années d’apiculture et qui sont d’un intérêt trop limité et trop spécial. Je veux parler simplement des « blondes avettes » de Ronsard, comme on parle, à ceux qui ne le connaissent point, d’un objet qu’on connaît et qu’on aime. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « La Vie des Abeilles. »

L’intelligence des fleurs par Maurice Maeterlinck

Fiche de L’intelligence des fleurs

Titre : L’intelligence des fleurs
Auteur : Maurice Maeterlinck
Date de parution : 1907
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de L’intelligence des fleurs

« Je veux simplement rappeler ici quelques faits connus de tous les botanistes. Je n’ai fait aucune découverte, et mon modeste apport se réduit à quelques observations élémentaires. Je n’ai pas, cela va sans dire, l’intention de passer en revue toutes les preuves d’intelligence que nous donnent les plantes. Ces preuves sont innombrables, continuelles, surtout parmi les fleurs, où se concentre l’effort de la vie végétale vers la lumière et vers l’esprit.

S’il se rencontre des plantes et des fleurs maladroites ou malchanceuses, il n’en est point qui soient entièrement dénuées de sagesse et d’ingéniosité. Toutes s’évertuent à l’accomplissement de leur œuvre ; toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la loi qui les enchaîne au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux. Aussi, la plupart ont-elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une machinerie, à des pièges, qui, sous le rapport de la mécanique, de la balistique, de l’aviation, de l’observation des insectes, par exemple, précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme. »

Extrait de : M. Maeterlinck. « L’Intelligence des fleurs. »

Jeunes détectives, les vies par Xavier Mauméjean

Fiche de Jeunes détectives, les vies

Titre : Jeunes détectives, les vies
Auteur : Xavier Mauméjean
Date de parution : 2023
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Jeunes détectives, les vies

« Si beaucoup de pages furent consacrées à ceux que l’on nomme souvent les « grands détectives », les Sherlock Holmes, les Maigret, les Hercule Poirot, les Nestor Burma… il nous est apparu qu’en revanche, on aura jusqu’à présent trop peu parlé de ceux qui sont non pas de « petits détectives », mais bien plutôt des jeunes détectives. Et pourtant, leur célébrité n’a parfois rien à envier à celle de leurs aînés !
Bien au contraire, l’incroyable renommée du Club des Cinq ou de Fantômette, par exemple, continue à défier les années. Le premier date de l’entre-deux-guerres, la deuxième sévit durant les anées 1960, et pourtant, leurs exploits continuent de séduire générations après générations.
Des enfants qui mènent des enquêtes policières ? Le concept pourrait sembler étrange, presque irréaliste, et pourtant : le grand Sherlock Holmes lui-même, premier des investigateurs modernes, ne faisait-il pas appel aux talents d’un groupe de gamins, ses Irréguliers de Baker Street ? »

Extrait de : X. Mauméjean. « Jeunes détectives, les vies. »

La semaine des quatre jeudis par Xavier Mauméjean

Fiche de La semaine des quatre jeudis

Titre : La semaine des quatre jeudis
Auteur : Xavier Mauméjean
Date de parution : 2025
Editeur : Alma éditeur

Première page de La semaine des quatre jeudis

« Anaïs pense à son mari. Elle l’appelle Hugo, il la surnomme Chaton. Il la protège, elle s’affiche en épouse respectable. Il fume la pipe et parcourt l’Europe pour ses affaires, elle écrit et voudrait s’évader. Le couple Guiler s’aime, à sa façon. Fidèle par arrangement. Anaïs a obtenu d’Hugo une journée de liberté par semaine, le jeudi. Cinq cent vingt jeudis en dix ans, Anaïs se demande comment elle peut endurer six jours de captivité chaque semaine. Emploi du temps réglé, déjeuners ou dîners avec les clients d’Hugo, galas de bienfaisance en compagnie de leurs épouses, parties de bridge ou de canasta qu’elle s’obstine à perdre, un millier d’obligations. Le tout sans jamais cesser de sourire, Anaïs doit tenir son rang, être à sa place comme on le dit d’un élément de décoration. Elle a l’impression d’exister en pointillé. Mais le jeudi, quel que soit le lieu où Anaïs se trouve dans Paris, c’est exactement l’endroit où elle doit être. Elle y est ailleurs, avec d’autres. Plus je m’écarte de la bonne conduite, plus j’aime Hugo, dit-elle sans chercher d’excuse. »

Extrait de : X. Mauméjean. « La Semaine des quatre jeudis. »

En attendant demain par Xavier Mauméjean et Laurent Queyssi

Fiche de En attendant demain

Titre : En attendant demain
Auteur : Xavier Mauméjean et Laurent Queyssi
Date de parution : 2012
Editeur : ActuSF

Première page de En attendant demain

« On dit souvent que les enfants incarnent le futur. Je ne sais pas si c’est vrai en général, mais ça l’était pour mon petit frère. Je ne souviens parfaitement du jour où tout a commencé. C’était un lundi, en milieu d’après-midi. Maman avait reçu un coup de téléphone du directeur de l’école. Juan avait eu un malaise en cours d’éducation physique. Rien de grave, juste un étourdissement durant l’épreuve d’endurance. Mon frère courait depuis une demi-heure sur la piste circulaire du stade quand il avait soudain perdu connaissance. Pas longtemps, il avait d’ailleurs repris ses esprits au moment où le directeur s’était décidé à nous appeler, mais celui-ci jugeait préférable de faire raccompagner Juan en voiture jusqu’à la maison.
Ma mère avait à peine reposé le combiné que l’on sonnait à la porte. C’était monsieur Torres, le directeur des études, un homme au maintien strict, toujours coiffé d’une casquette. Juan se tenait à sa droite, légèrement en retrait, encore vêtu de sa tenue de sport, un polo orange portant l’écusson de l’école, et un short blanc. Mon petit frère avait l’air à moitié assommé. »

Extrait de : X. Mauméjean + L. Queyssi. « En attendant demain. »