Auteur/autrice : CH91
Le train de la réalité et les morts du général par Roland C. Wagner

Fiche de Le train de la réalité et les morts du général
Titre : Le train de la réalité et les morts du général (Tome 2 sur 2 – Rêves de gloire)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2012
Editeur : L’Atalante
Première page de Le train de la réalité et les morts du général
« LA MITRAILLEUSE, on l’a trouvée au Plessis-Robinson, bien emballée dans une cache sous le plancher du salon d’une maison en ruine. Un hôtel particulier abandonné depuis des lustres, à l’écart au milieu d’un parc boisé. L’endroit était si tranquille que la bâtisse avait été dépouillée de tout ce qui pouvait être revendu, et les jeunes du coin y organisaient de temps en temps une surprise-partie clandestine, les cadavres de bouteilles et les mégots de cigarettes qui jonchaient le sol en témoignaient. La mitrailleuse ne devait pas être là depuis longtemps, sinon quelqu’un aurait mis la main dessus depuis belle lurette ; il y avait tant de passage.
On n’a pas réfléchi. Elle était devant nous, avec ses trois caisses de rubans de munitions, alors on l’a prise. C’était trop tentant, même si on n’avait pas la moindre idée de ce qu’on allait pouvoir en faire. Quelqu’un a parlé de la revendre, mais personne ne l’a pris au sérieux. On l’a chargée dans la camionnette du père de Tom qui était plâtrier et on l’a planquée dans la cave de mes parents, à Meudon. »
Extrait de : R.C Wagner. « Le Train de la réalité et les morts du Général. »
Rêves de gloire par Roland C. Wagner

Fiche de Rêves de gloire
Titre : Rêves de gloire (Tome 1 sur 2 – Rêves de gloire)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2011
Editeur : L’Atalante
Première page de Rêves de gloire
« JE SUIS ALLÉ À LA POINTE PESCADE, comme dans la chanson, mais je n’avais avec moi ni vautriens ni ami marocain. Il n’y avait pas non plus la moindre trace d’une roue de feu dans le ciel.
La plage était déserte en cette saison. La peinture blanche s’écaillait sur les planches de la buvette fermée. La mer bleu-vert ondulait doucement dans le soleil d’hiver. Quelques barques retournées reposaient sur le sable ; assis sur l’une d’elles, un vieil Arabe au crâne enturbanné de blanc buvait le thé en fumant une cigarette.
Je me suis senti étranger.
Je suis allé me planter face à la mer. La Mare Nostrum des anciens, chargée d’une histoire multimillénaire. Il faisait beau mais plutôt frais. Dans les montagnes, la neige avait atteint par endroits une jolie épaisseur ; la Kabylie et l’Aurès avaient décrété l’état d’urgence et réclamé l’aide internationale pour désenclaver les villages coupés du monde. »
Extrait de : R.C Wagner. « Rêves de gloire – Rêves de gloire. »
Les futurs mystères de Paris par Roland C. Wagner

Fiche de Les futurs mystères de Paris
Titre : Les futurs mystères de Paris (Tome 3 sur 3 – Poupée aux yeux morts)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les futurs mystères de Paris
« Il avait plu une bonne partie de la nuit mais, le matin venu, le contrôle climatique réussit à reprendre les choses en main. Les lourds nuages chargés d’orage furent repoussés en Méditerranée par une zone de hautes pressions venues de l’ouest. Quand je m’éveillai, vers onze heures, un soleil ardent achevait de dissiper les brumes légères qui planaient encore sur Paris.
Je m’assis au bord du sommier, la tête lourde. Sue devait être levée depuis un bon moment ; sa place dans le lit avait eu le temps de refroidir. Je me traînai jusqu’au petit lavabo fendillé et me passai la tête sous le robinet. L’eau, bien que déjà tiédie, acheva de me réveiller. Je m’ébrouai, me séchai rapidement les cheveux et enfilai mes vêtements avant de descendre prendre mon petit déjeuner. »
Extrait de : R.C Wagner. « Les futurs mystères de Paris – Poupée aux yeux morts. »
Prisons intérieures par Roland C. Wagner
Fiche de Prisons intérieures
Titre : Prisons intérieures (Tome 2 sur 3 – Poupée aux yeux morts)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Prisons intérieures
« L’androïde avait de longs cheveux d’un gris bleuté dressés sur son crâne en une iroquoise qui touchait presque le plafond. Vêtue d’un gilet de cuir trop court qui laissait libre la courbe inférieure de ses seins et d’une jupe moulante de tissu écarlate, elle montait la garde devant les appartements de Manuel. Sa posture m’en rappela une autre – celle des condits, ces filles de joie à l’esprit altéré qui peuplaient la rue des Fleurs, à Sahara Beach.
La créature s’anima à mon approche. Ses paupières battirent, la rigidité quitta ses membres. Elle se tourna vers moi dans un mouvement saccadé de poupée mécanique. Ce qu’elle était, d’une certaine manière, puisque ce corps désirable, né de la culture de quelques cellules épidermiques, était en fait contrôlé par un micrordi.
— Manuel a demandé qu’on ne le dérange pas, dit-elle d’une voix dépourvue d’émotion. »
Extrait de : R.C Wagner. « Prisons intérieures – Poupée aux yeux morts. »
La mémoire des pierres par Roland C. Wagner

Fiche de La mémoire des pierres
Titre : La mémoire des pierres (Tome 1 sur 3 – Poupée aux yeux morts)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de La mémoire des pierres
« La station de métro sentait la crasse et le détergent. Les affiches tridi à la structure altérée ne présentaient plus que des scènes figées et déséquilibrées, qu’embrumait un flou accidentel, sans rien d’artistique à mes yeux. Un clochard dormait en chien de fusil dans une niche de la paroi arrondie, alcôve misérable d’un sommeil d’origine chimique. Je ne reconnaissais plus rien ; ce monde où j’étais né m’était devenu étranger.
Je me laissai emporter par l’escalator, fouillant machinalement mes poches à la recherche du frotteglisse. Peine perdue : j’avais laissé à l’Escale le petit gadget montgomeryl, ne voulant pas y avoir recours ce soir-là.
Quatre Matraqueurs avaient élu domicile dans la salle des contrôleurs magnétiques. Une ligne peinte sur le sol délimitait leur territoire ; je pris soin de respecter cette frontière. »
Extrait de : R.C Wagner. « La mémoire des pierres – Poupée aux yeux morts. »
Upside down par Richard Canal

Fiche de Upside down
Titre : Upside down
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 2020
Editeur : Mnémos
Première page de Upside down
« Up Above, nous vivions une époque merveilleuse. Nous étions jeunes, nous étions riches. Nous avions la santé et le temps en partage, c’était notre héritage. Nous vivions du bon côté du monde. Nous étions des anges, des étoiles filantes. Rien ne nous paraissait impossible.
Les autres, ceux de Down Below, n’existaient pas. C’était une masse confuse qui s’agitait de l’autre côté du miroir, des anonymes dont nous nous amusions à capter les échos sur les écrans immenses qui dérivaient dans les parcs, les soirs où l’alcool, les drogues et la chair devenaient si communs que seul le malheur des autres pouvait nous passionner.
La Terre se déréglait, Gaïa perdait la boule, et nous, du haut de notre inconscience, nous regardions le spectacle avec des mines d’enfants attardés, trop préoccupés par la quête infinie du bonheur pour sentir le vent tourner. Car il y a une beauté intolérable dans les désastres.
C’est alors que tout a commencé. »
Extrait de : R. Canal. « Upside Down. »
Swap-Swap par Richard Canal
Fiche de Swap-Swap
Titre : Swap-Swap
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1990
Editeur : J’ai lu
Première page de Swap-Swap
« Ça va ? »
Penché à quelques centimètres de mon nez, un Saint-Hubert m’auscultait avec des yeux larmoyants. Son haleine empestait la liqueur de bissap. Il répéta d’une voix fatiguée :
« Ça va, p’tit père ? »
À ce moment-là, je serrai les dents et me mis à hurler. C’était horrible.
Dans ma mémoire, il n’y avait que du blanc, du blanc, du BLANC et, perdue dans un coin, sous des millions de toiles d’araignée, l’image de ce chien anxieux qui me voulait du bien. Je l’assimilai en un instant, depuis la truffe de poivrot jusqu’à la tache noire qui cerclait son œil gauche et lui donnait l’air d’un boxeur sonné avant de monter sur le ring. Je savais le nombre de poils qui lui piquaient le mufle, la tristesse des oreilles distendues à force de pendre et celle de ce corps qui n’en pouvait plus de ressembler à une saucisse. J’avais beau lire et relire le récit de ses défaites sur sa peau plissée, je revenais toujours à ce blanc qui me faisait hurler. »
Extrait de : R. Canal. « Swap-Swap. »
Ombres blanches par Richard Canal

Fiche de Ombres blanches
Titre : Ombres blanches
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1993
Editeur : J’ai lu
Première page de Ombres blanches
« La molécule tournait au fond du Tunnel et le spectacle valait le coup d’œil. D’infimes décharges d’énergie, dues au mouvement gyrostatique, traçaient autour du germacrylate des équateurs de braise qui se propageaient en couronnes luminescentes au-delà du champ.
« Grossissement moins dix. »
Le Tunnel propulsa l’observateur au niveau supérieur. La plaquette entière était entrée en éruption, des milliards de volcans synchrones crachaient des marées de lave échelonnées dans le spectre des rouges. Au-dessus, le film de Langmuir-Blodgett, tel un dais d’azur liquide, dégringolait vers les cratères en fusion. En retard d’au moins trois picosecondes.
« Éjection. »
À peine débranché le cordon qui le reliait au Tunnel, Hassan se mit à claquer des dents. C’était terrible. Même après avoir quitté l’univers du supermicroscope, le jeune Libanais continuait à percevoir l’effroyable réseau d’infiniment petits qui sous-tendait la réalité, ce foisonnement de particules que son esprit assimilait à un assaut de microbes. »
Extrait de : R. Canal. « Ombres Blanches. »
Les paradis piégés par Richard Canal

Fiche de Les paradis piégés
Titre : Les paradis piégés
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1997
Editeur : J’ai lu
Première page de Les paradis piégés
« C’était l’automne, comme toujours à LaGrange. Le vent d’ouest, arrivé tard dans la soirée, s’était installé au creux de la vallée et le bois de tilleuls aux feuilles racornies par la sécheresse frémissait telle une armée de criquets sur le pied de guerre.
Incapable de fermer l’œil, j’avais passé la nuit à écouter Les Poissons rouges de Klimt tandis que les étoiles se succédaient entre les chevrons du toit, balayant le plancher de leur regard laiteux, vibrant à la même fréquence que les ondes Martenot du musicodeur.
Je n’éprouvais aucune peur, couché sur ma paillasse, les bras croisés sous la nuque, mais je tremblais d’excitation. Même en repoussant le drap et la couverture jusqu’aux pieds, j’étais en nage. À vrai dire, les rythmes syncopés de Klimt entretenaient cet état de nervosité. J’aurais préféré du Turner ou du Monet, quelque paysage dont la douceur harmonique m’aurait calmé. Mais comment récupérer mes cartes à musique quand la Famille veillait ? »
Extrait de : R. Canal. « Les paradis piégés. »
Le cimetière des papillons par Richard Canal

Fiche de Le cimetière des papillons
Titre : Le cimetière des papillons
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1995
Editeur : J’ai lu
Première page de Le cimetière des papillons
« Ils sont cinq. Ils seront toujours cinq, quoi qu’il arrive.
Vous les connaissez par leur nom et leur célébrité s’étend sur la planète entière. Des monts du Baïr’ham, balayés sans répit par les ouragans de verre pilé, au Grand Océan Blanc où se croisent en silence les icebergs de neige carbonique, leur visage s’étale sur les façades des usines, sur celles des entrepôts, des ministères ou des maisons de loisirs. Pas une semaine ne s’écoule sur Shamäyor sans qu’un journaliste en mal de copie se mette en tête de dresser un panorama prétendument exhaustif de leur psyché, quand ce n’est pas celui de leur profil astrologique. Je vais vous avouer une chose : j’ai vu des générations de chercheurs examiner le passé à la loupe, établir des corrélations, interpréter les mille événements anodins qui ont ponctué leur passage parmi vous, je les ai vus se succéder dans les musées, dépoussiérer de vieux livres, inventer des termes savants, mais, je suis désolé de vous le dire, aucun de ces vieux birbes n’a effleuré le moins du monde le secret de leur extraordinaire destinée. »
Extrait de : R. Canal. « Le cimetière des papillons. »