Auteur/autrice : CH91
Le déchronologue par Stéphane Beauverger

Fiche de Le déchronologue
Titre : Le déchronologue
Auteur : Stéphane Beauverger
Date de parution : 2009
Editeur : Gallimard
Première page de Le déchronologue
« Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt.
Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. Quant à celles et ceux qui liront mon récit jusqu’au bout, j’espère qu’ils sauront pardonner un peu de mon impertinence et, à l’instant de refermer ces chroniques, m’accorder leur indulgence.
D’ici quelques minutes, une poignée d’heures tout au plus, les forces contre lesquelles je me suis battu en auront définitivement terminé avec moi et ceux qui m’ont suivi dans cette folle aventure. J’ai échoué et je vais mourir. Ma frégate n’est plus qu’une épave percée de part en part, aux ponts encombrés par les cris des mourants, aux coursives déjà noircies par les flammes. Ce n’est ni le premier bâtiment que je perds ni le premier naufrage que j’affronte, mais je sais que nul ne saurait survivre à la dévastation qui s’approche. Bientôt, pour témoigner de l’épopée de ce navire et de son équipage ne resteront que les pages de ce journal. »
Extrait de : S. Beauverger. « Le Déchronologue. »
Collisions par temps calme par Stéphane Beauverger

Fiche de Collisions par temps calme
Titre : Collisions par temps calme
Auteur : Stéphane Beauverger
Date de parution : 2021
Editeur : La volte
Première page de Collisions par temps calme
« Je déteste me lever tôt, mais j’en apprécie les avantages : dans la cuisine, l’odeur du café préparé pour moi seul et, pour moi seul, le silence. Puis le grincement de la porte du placard que je ne prends jamais le temps de réparer, l’infime résistance de ma tasse préférée sur son support, à l’instant de la saisir, parce que Kylian l’aura encore rangée sans l’essuyer. Le clignotement contradictoire des horloges, la mesquine volupté de choisir s’il est déjà 05 : 54 ou seulement 05 : 47, parce que je n’ai toujours pas synchronisé l’électroménager via le réseau domotique. La satisfaction d’entrouvrir la baie vitrée pour capter les premiers chants d’oiseaux guettant avec moi le soleil. L’observation des épeires raccommodant leurs pièges entre les montants de la balustrade. Autant de raisons pour mon cerveau d’ordonner à mes jambes de sortir du lit, à mon dos fatigué de se tordre assez pour me redresser, à l’étonnement de cesser : je suis debout dans le noir sans l’avoir vraiment souhaité. »
Extrait de : S. Beauverger. « Collisions par temps calme. »
Eric-Emmanuel Schmitt

Présentation de Eric-Emmanuel Schmitt :
Éric-Emmanuel Schmitt est né en l’an 1960 à Sainte-Foy-lès-Lyon.
Si ce normalien et agrégé de philosophie s’est d’abord illustré sur les planches par des pièces à la redoutable intelligence dialectique, il convient surtout, pour complaire à votre exigence, de mettre en lumière la formidable appétence de sa prose pour l’imaginaire, le conte philosophique et l’altération du réel. Car sous les atours du dramaturge à succès, Eric-Emmanuel Schmitt est un authentique tisserand de l’étrange et de la spéculation.
La manifestation la plus éclatante de ce tropisme pour l’imaginaire réside sans doute dans son magistral roman uchronique de 2001, intitulé « La Part de l’autre ». Empruntant les vertigineux sentiers de l’histoire alternative, l’auteur y échafaude une hypothèse aussi fascinante que terrifiante : que serait-il advenu de la face du monde si, en 1908, le jury de l’Académie des beaux-arts de Vienne avait accepté la candidature du jeune Adolf Hitler ? Il y mène de front deux récits, la réalité historique d’une part, et la destinée fictive d’un peintre pacifique de l’autre, prouvant sa maîtrise absolue de la fiction spéculative.
Il sied également de s’attarder sur sa pharaonique entreprise romanesque entamée au crépuscule de notre époque contemporaine, la fresque de « La Traversée des temps ». Eric-Emmanuel Schmitt y embrasse pleinement les codes de la littérature de l’imaginaire en mettant en scène Noam, un protagoniste frappé du sceau de l’immortalité. À travers ce héros traversant les millénaires, de l’âge des cavernes jusqu’aux civilisations futures, l’écrivain renoue avec la grande tradition du mythe et du récit merveilleux.
Enfin, l’on ne saurait omettre la dimension magique et spirituelle qui innerve son célèbre « Cycle de l’invisible ». Bien que ces récits se veuillent avant tout des fables initiatiques, l’auteur n’hésite jamais à y convoquer le surnaturel, le réalisme magique ou les fantômes du passé pour élever l’âme de ses lecteurs.
En définitive, Eric-Emmanuel Schmitt a su faire de l’imaginaire et de l’hypothèse fantastique le véhicule privilégié de sa pensée philosophique, nous prouvant que le merveilleux reste l’un des plus sûrs chemins pour atteindre la vérité humaine.
Livres de Eric-Emmanuel Schmitt :
La traversée des temps :
- Paradis perdus (2021)
- La porte du ciel (2021)
- Soleil sombre (2022)
- La lumière du bonheur
- Les deux royaumes
Le cycle de l’invisible :
- Milarepa (1997)
- Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran (2001)
- Oscar et la dame Rose (2002)
- L’enfant de Noé (2004)
- Le sumo qui ne pouvait pas grossir (2009)
- Les deux messieurs de Bruxelles (2012)
- Félix et la source invisible (2019)
- Madama Pylinska et le secret de Chopin (2018)
Intégrales :
Concerto à la mémoire d’un ange (2010)
Journal d’un amour perdu (2019)
L’évangile selon Pilate (2000)
L’homme qui voyait à travers les visages (2016)
La femme au miroir (2011)
La part de l’autre (2001)
La rêveuse d’Ostende
La secte des égoïstes
La tectonique des sentiments
La trahison d’Einstein
La vengeance du pardon
Le libertin
Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus
Lorsque j’étais une oeuvre d’art
Ma vie avec Mozart
Mes évangiles
Odette Toulemonde
Paradis perdus
Quand je pense que Beethoven est mort
Théâtre 1
Ulysse from Bagdad
Variations énigmatiques
Pour en savoir plus sur Eric-Emmanuel Schmitt :
La page Wikipédia sur E.-E. Schmitt
La page Noosfere sur E.-E. Schmitt
La page isfdb de E.-E. Schmitt
Stéphane Beauverger

Présentation de Stéphane Beauverger :
Stéphane Beauverger est né le 29 juin 1969 dans la noble cité bretonne de Morlaix.
Il convient d’emblée de souligner la singularité du parcours de ce romancier. Formé initialement aux rigueurs du journalisme, c’est sous l’égide et les encouragements du célèbre scénariste Pierre Christin, son professeur d’alors, que Stéphane Beauverger fut poussé à embrasser la vocation de créateur d’univers. S’il a su, par la suite, prêter sa plume avec brio aux divertissements électroniques que sont les jeux vidéo de notre temps, ainsi qu’à la bande dessinée, c’est indubitablement dans l’art romanesque et la fiction spéculative que son génie a trouvé sa forme la plus achevée.
Dès l’an de grâce 2005, il s’imposa dans le paysage de la science-fiction francophone avec « Chromozone », premier jalon d’une trilogie dystopique et grinçante. Stéphane Beauverger y dépeint avec une noirceur réjouissante une humanité décimée par une arme virale, livrant une satire féroce et foisonnante qui fut promptement complétée par « Les Noctivores » puis « La Cité nymphale ».
Néanmoins, le pinacle de son œuvre demeure sans la moindre contestation possible « Le Déchronologue », majestueux roman d’aventures publié en 2009. L’auteur y accomplit un véritable tour de force stylistique et narratif, en convoquant un univers où se mêlent les codes de la flibuste du dix-septième siècle et les fulgurances de la science-fiction la plus exigeante. Le lecteur y suit le sillage du capitaine Henri Villon qui, naviguant sur les mers des Caraïbes à bord de son galion, doit affronter non seulement des corsaires, mais également des déchirures du continuum espace-temps. Ce magistral récit, par sa langue travaillée et son invention vertigineuse, s’est vu couronné par les plus prestigieuses récompenses de notre république des lettres, dont l’éminent Grand Prix de l’Imaginaire.
Stéphane Beauverger appartient ainsi à cette lignée précieuse d’artisans de l’imaginaire, ceux qui savent manier la langue avec autant de dextérité qu’ils orchestrent leurs redoutables vertiges temporels.
Livres de Stéphane Beauverger :
Collisions par temps calme (2021)
Le déchronologue (2009)
Pour en savoir plus sur Stéphane Beauverger :
La page Wikipédia sur S. Beauverger
La page Noosfere sur S. Beauverger
La page isfdb de S. Beauverger
Par où commencer avec Ursula K. Le Guin ?
Ursula K. Le Guin est l’une de ces autrices dont l’œuvre peut sembler difficile à aborder au premier regard. Elle a écrit de la science-fiction, de la fantasy, des nouvelles, de la poésie et de nombreux romans indépendants, tout en développant plusieurs univers importants.
Sur Mais-Encore.fr, on retrouve notamment les deux ensembles qui constituent probablement les meilleures portes d’entrée dans son œuvre : le cycle de Terremer, consacré à la fantasy, et le cycle de l’Ekumen, qui rassemble plusieurs de ses grands romans de science-fiction.
Alors, par où commencer ?
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire de connaître toute la bibliographie d’Ursula K. Le Guin pour découvrir son univers. Le meilleur choix dépend surtout de ce que vous recherchez : fantasy, science-fiction, aventure, réflexion politique ou découverte d’une œuvre plus littéraire.
Découvrez tous les livres d’Ursula K. Le Guin.
Si vous aimez la fantasy : commencez par Terremer
Pour découvrir Ursula K. Le Guin dans le domaine de la fantasy, Le Sorcier de Terremer constitue probablement le point de départ le plus naturel.
Publié en 1968, ce roman ouvre le cycle de Terremer. On y découvre Ged, un jeune garçon qui possède un talent exceptionnel pour la magie et qui va progressivement apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
Mais Terremer est très différent de la fantasy épique que l’on associe généralement au genre.
Le Guin s’intéresse beaucoup moins aux batailles gigantesques et aux intrigues politiques qu’à la connaissance de soi, au pouvoir, à l’équilibre et aux conséquences de nos propres actes.
Le cycle se poursuit avec Les Tombeaux d’Atuan, L’Ultime Rivage, puis Tehanu, avant les recueils Contes de Terremer et Le Vent d’ailleurs.
C’est donc une excellente porte d’entrée si vous aimez la fantasy, mais aussi si vous souhaitez découvrir une œuvre qui utilise la magie pour parler de sujets beaucoup plus profonds.
À choisir si : vous aimez la fantasy, les mondes imaginaires et les récits initiatiques.
Commencez par : Le Sorcier de Terremer.
Si vous préférez la science-fiction : commencez par l’Ekumen
Si la science-fiction vous attire davantage, l’entrée la plus évidente est probablement La Main gauche de la nuit.
Ce roman appartient au cycle de l’Ekumen, qui comprend également Le Nom du monde est forêt, Les Dépossédés, Le Dit d’Aka, Pêcheur de la mer intérieure, Quatre chemins de pardon / Cinq chemins de pardon et L’Anniversaire du monde.
L’Ekumen n’est toutefois pas une saga traditionnelle dans laquelle il faudrait nécessairement suivre une intrigue continue d’un volume à l’autre.
Le Guin utilise plutôt cet ensemble pour explorer différentes sociétés et différentes façons de vivre.
C’est l’un des aspects les plus importants de son œuvre : la science-fiction lui sert souvent à imaginer d’autres organisations sociales afin de mieux interroger la nôtre.
Avec La Main gauche de la nuit, elle s’intéresse notamment à la question du genre, de la société et de la rencontre avec une civilisation radicalement différente.
Avec Les Dépossédés, elle explore davantage les questions politiques et économiques.
Avec Le Nom du monde est forêt, elle développe une réflexion sur le colonialisme, la violence et l’exploitation.
Vous pouvez donc choisir votre premier roman de l’Ekumen en fonction du type de réflexion qui vous intéresse le plus.
À choisir si : vous aimez la science-fiction intelligente, les civilisations extraterrestres et les romans qui donnent autant d’importance aux idées qu’à l’aventure.
Commencez par : La Main gauche de la nuit.
Terremer ou l’Ekumen : quel choix pour commencer ?
Si vous hésitez entre les deux, le choix peut finalement être assez simple.
| Vous recherchez… | Commencez par… |
|---|---|
| 🧙 Fantasy et magie | Le Sorcier de Terremer |
| 🚀 Science-fiction | La Main gauche de la nuit |
| 🌍 Découverte d’une société différente | La Main gauche de la nuit |
| 🗺️ Un monde imaginaire à explorer | Le Sorcier de Terremer |
| 💭 Une SF très axée sur les idées | La Main gauche de la nuit |
| ⚔️ Un récit initiatique de fantasy | Le Sorcier de Terremer |
Et si vous aimez les deux genres, rien ne vous empêche évidemment de découvrir les deux univers en parallèle.
C’est même une excellente manière de comprendre rapidement ce qui fait la singularité d’Ursula K. Le Guin : qu’elle écrive de la fantasy ou de la science-fiction, elle utilise toujours l’imaginaire pour parler de l’être humain, de la société et de notre rapport au monde.
Si vous voulez découvrir une autre facette de Le Guin : les romans indépendants
Ursula K. Le Guin ne se résume pas à Terremer et à l’Ekumen. Elle a également écrit de nombreux romans indépendants qui permettent d’aborder son œuvre sous des angles très différents.
Parmi eux, L’Autre côté du rêve est particulièrement intéressant pour découvrir son écriture. Publié en 1975, le roman explore la frontière entre les rêves, la réalité et le pouvoir que peut avoir l’imagination sur le monde.
C’est une excellente option si vous souhaitez découvrir une Le Guin plus étrange et plus introspective, sans vous lancer immédiatement dans un cycle de plusieurs romans.
Autre possibilité : Lavinia, publié en 2008. Le roman revient sur un personnage secondaire de L’Énéide de Virgile et lui donne une histoire, une voix et une existence propres.
Avec Lavinia, Le Guin montre une nouvelle fois son goût pour les récits qui permettent de regarder une histoire connue depuis un autre point de vue.
À choisir si : vous préférez les romans autonomes et les récits qui mêlent imaginaire, littérature et réflexion.
Pour découvrir la fantasy de Le Guin autrement : la Chronique des rivages de l’Ouest
Après Terremer, une autre possibilité est de découvrir la Chronique des rivages de l’Ouest.
Cette série comprend Dons, Voix et Pouvoirs.
On y retrouve certains thèmes caractéristiques de l’autrice : le pouvoir, la liberté, les contraintes imposées par la société et la construction de l’identité.
Mais l’approche est différente de celle de Terremer.
Si Le Sorcier de Terremer constitue une porte d’entrée idéale vers la fantasy de Le Guin, la Chronique des rivages de l’Ouest permet de découvrir une œuvre plus tardive et une fantasy davantage centrée sur les personnages et les rapports sociaux.
À choisir si : vous avez déjà envie d’explorer une autre facette de sa fantasy après Terremer.
Commencez par : Dons.
Et si vous aimez les univers de science-fiction de Le Guin ?
Dans ton catalogue figure également la Ligue de tous les mondes, avec Le Monde de Rocannon, Planète d’exil et La Cité des illusions.
Ces romans constituent une autre façon d’entrer dans les débuts de son œuvre de science-fiction.
Ils sont particulièrement intéressants pour les lecteurs qui souhaitent découvrir la Le Guin des premières années, avant les grands romans qui ont fait sa réputation internationale.
Il est toutefois préférable de ne pas les choisir comme première lecture simplement parce qu’ils appartiennent à un ensemble. Pour une découverte immédiate de ce qui fait la singularité de l’autrice, La Main gauche de la nuit ou Les Dépossédés restent des choix plus évidents.
Les nouvelles : une excellente manière de goûter à son univers
Si vous n’avez pas envie de commencer par un roman, les nouvelles constituent également une très bonne porte d’entrée.
Votre catalogue comprend notamment Aux douze vents du monde, Ceux qui partent d’Omelas, ainsi que plusieurs autres recueils et textes courts.
Ceux qui partent d’Omelas est notamment un texte emblématique de Le Guin : en quelques pages, l’autrice construit une société apparemment idéale avant d’en révéler le terrible fondement.
C’est une lecture très courte, mais elle permet de comprendre immédiatement l’une des grandes qualités de Le Guin : partir d’une idée de science-fiction ou de fantasy pour poser une question profondément humaine et morale.
À choisir si : vous voulez découvrir son style sans vous engager dans un roman ou un cycle.
Quel livre choisir selon votre profil ?
Il n’existe donc pas un seul « bon » livre pour commencer Ursula K. Le Guin.
Votre choix peut dépendre de ce que vous aimez habituellement :
- Vous aimez la fantasy : Le Sorcier de Terremer
- Vous aimez la science-fiction : La Main gauche de la nuit
- Vous aimez les réflexions politiques et sociales : Les Dépossédés
- Vous aimez les récits étranges et introspectifs : L’Autre côté du rêve
- Vous préférez les romans indépendants : Lavinia
- Vous voulez découvrir une fantasy plus tardive : Dons
- Vous préférez les textes courts : Ceux qui partent d’Omelas
- Vous voulez découvrir ses premiers romans de SF : Le Monde de Rocannon
Et surtout, ne vous sentez pas obligé de commencer par un cycle. Ursula K. Le Guin est une autrice dont les romans peuvent souvent être découverts individuellement, même lorsqu’ils appartiennent à un univers plus vaste.
La meilleure porte d’entrée est donc avant tout celle qui correspond à vos goûts de lecteur.
Faut-il commencer par un cycle ou par un roman indépendant ?
Avec Ursula K. Le Guin, il peut être tentant de commencer par le premier tome d’un cycle et de suivre ensuite toute la bibliographie dans l’ordre.
Ce n’est pourtant pas forcément la meilleure approche.
Son œuvre est suffisamment vaste et variée pour qu’un lecteur puisse parfaitement commencer par un seul roman, découvrir son style et ses thèmes, puis choisir ensuite l’univers dans lequel il souhaite poursuivre.
C’est même probablement la meilleure façon de découvrir Le Guin sans avoir l’impression de devoir entreprendre une immense saga.
Pour une première découverte, deux choix se détachent
Si nous devions ne retenir que deux livres pour commencer, le choix serait assez simple.
🧙 Le Sorcier de Terremer
Si vous aimez la fantasy, commencez par Le Sorcier de Terremer.
Vous découvrirez Ged et l’univers de Terremer, mais surtout une manière très particulière de concevoir la fantasy.
Le Guin ne cherche pas simplement à raconter une grande aventure. Elle utilise la magie, le voyage et l’apprentissage pour parler de l’identité, du pouvoir et de la responsabilité.
C’est une excellente porte d’entrée vers sa fantasy.
🚀 La Main gauche de la nuit
Si vous préférez la science-fiction, choisissez La Main gauche de la nuit.
Le roman permet de découvrir l’un des aspects les plus caractéristiques de la science-fiction de Le Guin : utiliser un monde radicalement différent du nôtre pour interroger notre propre société.
C’est une lecture plus exigeante que certains romans de science-fiction traditionnels, mais elle constitue une formidable introduction à son œuvre.
Et si vous voulez commencer par son meilleur roman ?
La question est évidemment subjective, mais Les Dépossédés est également un excellent candidat.
Le roman appartient à l’Ekumen et s’intéresse notamment aux systèmes politiques, à l’organisation des sociétés et aux rapports entre deux mondes.
Il permet de comprendre pourquoi Ursula K. Le Guin est considérée comme une autrice majeure de la science-fiction : derrière le décor futuriste, elle s’intéresse avant tout aux êtres humains et aux sociétés qu’ils construisent.
Il faut cependant garder à l’esprit que Les Dépossédés n’est pas nécessairement la lecture la plus simple pour quelqu’un qui ne connaît pas encore Le Guin.
Pour une toute première rencontre, Le Sorcier de Terremer ou La Main gauche de la nuit sont probablement des choix plus immédiats.
Peut-on commencer par n’importe quel livre ?
Presque.
L’œuvre de Le Guin possède plusieurs cycles, mais tous ne fonctionnent pas comme des sagas classiques où chaque volume dépend fortement du précédent.
C’est particulièrement important pour l’Ekumen : les différents romans peuvent être lus séparément et proposent des histoires, des personnages et des sociétés différentes.
En revanche, pour Terremer, il est préférable de commencer par Le Sorcier de Terremer si vous souhaitez suivre l’évolution de l’univers et de ses personnages.
De la même manière, si vous choisissez la Chronique des rivages de l’Ouest, commencez par Dons, puis poursuivez avec Voix et Pouvoirs.
Autrement dit :
les cycles ne sont pas tous à aborder de la même manière.
Notre conseil pour commencer Ursula K. Le Guin
Si vous découvrez totalement l’autrice, voici l’ordre dans lequel nous vous conseillerions de choisir votre première lecture :
1. Vous aimez la fantasy → Le Sorcier de Terremer
C’est probablement la meilleure porte d’entrée vers son univers fantastique.
2. Vous aimez la science-fiction → La Main gauche de la nuit
Un excellent aperçu de sa science-fiction sociale et anthropologique.
3. Vous aimez les romans politiques → Les Dépossédés
Une œuvre particulièrement importante pour comprendre les préoccupations politiques et sociales de Le Guin.
4. Vous aimez les récits indépendants → Lavinia
Une excellente possibilité pour découvrir une autre facette de son écriture sans commencer un cycle.
5. Vous aimez les textes courts → Ceux qui partent d’Omelas
Une lecture très rapide, mais particulièrement révélatrice de sa manière de transformer une idée simple en véritable expérience morale.
Ursula K. Le Guin est-elle faite pour vous ?
Avant de vous lancer dans l’œuvre d’Ursula K. Le Guin, une dernière question mérite d’être posée : ses livres correspondent-ils réellement à ce que vous recherchez ?
La réponse dépend beaucoup de vos habitudes de lecture.
👍 Vous devriez aimer Ursula K. Le Guin si…
- vous aimez la science-fiction et la fantasy qui accordent une grande place aux idées ;
- vous appréciez les univers imaginaires qui servent à réfléchir à notre propre société ;
- les questions de politique, de liberté, de pouvoir, de genre ou de rapports sociaux vous intéressent ;
- vous aimez les civilisations et les cultures différentes de la nôtre ;
- vous recherchez des personnages confrontés à des choix personnels autant qu’à des aventures ;
- vous appréciez les romans qui prennent le temps de développer une réflexion plutôt que de multiplier les scènes d’action ;
- vous aimez les œuvres qui peuvent être lues à plusieurs niveaux, avec une véritable dimension littéraire.
🤔 Vous pourriez être moins sensible à son œuvre si…
- vous recherchez avant tout une fantasy épique remplie de batailles et d’action ;
- vous préférez une science-fiction centrée principalement sur la technologie et les gadgets ;
- vous aimez les intrigues extrêmement rapides et les romans qui privilégient l’action à la réflexion ;
- les récits consacrés aux sociétés, aux cultures et aux rapports humains vous intéressent peu ;
- vous préférez les longues sagas dont l’intrigue principale avance continuellement d’un tome au suivant.
Cela ne signifie évidemment pas que vous n’aimerez pas Ursula K. Le Guin. Mais il vaut mieux savoir à quoi s’attendre.
Chez Le Guin, l’imaginaire est rarement une simple toile de fond.
La magie, les voyages interstellaires, les sociétés extraterrestres ou les mondes imaginaires sont surtout des moyens d’interroger notre propre réalité.
C’est probablement la caractéristique la plus importante à garder en tête avant de choisir votre premier livre.
Alors, par où commencer ?
Si cette approche vous attire, il ne reste plus qu’à choisir votre porte d’entrée.
Fantasy ? Le Sorcier de Terremer.
Science-fiction ? La Main gauche de la nuit.
Réflexion politique et sociale ? Les Dépossédés.
Roman indépendant ? Lavinia.
Texte court ? Ceux qui partent d’Omelas.
Quel que soit votre choix, vous découvrirez une autrice qui n’utilise jamais l’imaginaire uniquement pour nous faire voyager ailleurs.
Elle l’utilise pour nous faire regarder notre propre monde autrement.
En résumé
Il n’est pas nécessaire de connaître toute l’œuvre d’Ursula K. Le Guin pour commencer à la lire.
Au contraire, mieux vaut choisir une porte d’entrée qui correspond à vos goûts.
Si vous aimez la fantasy, partez pour Terremer avec Le Sorcier de Terremer.
Si vous préférez la science-fiction, découvrez l’Ekumen avec La Main gauche de la nuit.
Si les questions politiques et sociales vous attirent davantage, Les Dépossédés constitue un choix particulièrement pertinent.
Et si vous préférez découvrir une autrice à travers des œuvres indépendantes, Lavinia ou ses nouvelles peuvent parfaitement convenir.
Une fois cette première lecture terminée, vous pourrez alors vous aventurer plus loin dans son œuvre et découvrir les autres cycles, les recueils et les romans qui ont fait d’Ursula K. Le Guin l’une des grandes figures de la littérature de l’imaginaire.
Conclusion
Commencer Ursula K. Le Guin ne consiste donc pas à trouver un hypothétique premier livre obligatoire.
Il s’agit plutôt de trouver le bon premier livre pour vous.
Le Sorcier de Terremer si vous voulez de la fantasy.
La Main gauche de la nuit si vous voulez de la science-fiction.
Les Dépossédés si vous êtes attiré par les idées politiques et sociales.
Et ensuite, laissez-vous guider par votre curiosité.
Car c’est probablement l’une des meilleures façons de découvrir Le Guin : en passant d’un monde à l’autre, d’une société à l’autre et d’une idée à l’autre, jusqu’à comprendre que derrière toute cette diversité se trouve finalement une même volonté.
Utiliser l’imaginaire pour nous faire regarder autrement le monde dans lequel nous vivons.
Tromperie par Philip Roth

Fiche de Tromperie
Titre : Tromperie
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1990
Traduction : M. Rambaud
Editeur : Gallimard
Première page de Tromperie
« JE VAIS les mettre par écrit. Commence, toi.
– Quel nom lui donne-t-on ?
– Je ne sais pas. Quel nom allons-nous lui donner ?
– Questionnaire sur le Rêve de s’Enfuir Ensemble.
– Questionnaire sur le Rêve des Amants de s’Enfuir Ensemble.
– Questionnaire sur le Rêve des Amants Entre Deux Ages de s’Enfuir Ensemble.
– Tu n’es pas entre deux âges.
– Bien sûr que si.
– Je trouve que tu fais jeune.
– Oui ? Eh bien, il faudra sûrement en faire mention dans le questionnaire. Obligation pour les deux participants de répondre à tout.
– Commence.
– Quelle est la première chose qui en moi te porterait sur les nerfs ?
– Quand tu es dans un de tes mauvais jours, qu’est-ce que ça donne ? »
Extrait de : P. Roth. « Tromperie. »
Quand elle était gentille par Philip Roth

Fiche de Quand elle était gentille
Titre : Quand elle était gentille
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1966
Traduction : J. Rosenthal
Editeur : Gallimard
Première page de Quand elle était gentille
« Ne pas être riche, ne pas être célèbre, ne pas être puissant, ne pas même être heureux, mais être civilisé ; c’était le rêve de sa vie. Ce qu’étaient les qualités d’une pareille existence il n’aurait pu l’expliquer quand il avait quitté la maison ou plutôt la cabane de son père, dans les bois au nord de l’État ; son projet était de faire tout le voyage jusqu’à Chicago pour le découvrir. Il savait parfaitement ce qu’il ne voulait pas : c’était vivre comme un sauvage. Son père était un homme farouche et ignorant, qui avait été trappeur, puis bûcheron et, à la fin de sa vie, gardien dans les mines de fer. Sa mère était une femme qui trimait dur, avec un caractère d’esclave, incapable de concevoir qu’elle aurait envie d’autre chose que de ce qu’elle avait déjà ; ou alors, si elle n’était vraiment pas comme elle en avait l’air, elle avait le sentiment qu’il n’était pas prudent de parler de ses désirs devant son mari. »
Extrait de : P. Roth. « Quand Elle Était Gentille. »
Patrimoine par Philip Roth

Fiche de Patrimoine
Titre : Patrimoine
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1991
Traduction : M. Akar, M. Rambaud
Editeur : Gallimard
Première page de Patrimoine
« Mon père qui, au seuil de sa quatre-vingt-sixième année, n’y voyait pratiquement plus de l’œil droit, mais par ailleurs jouissait d’une santé phénoménale pour un homme de son âge, fut alors frappé par ce que le médecin de Floride diagnostiqua, à tort, comme la maladie de Bell, une infection virale entraînant la paralysie, généralement temporaire, de l’un des côtés du visage.
La paralysie se manifesta, sans le moindre signe avant-coureur, le lendemain de son arrivée par l’avion du New Jersey à West Palm Beach, où il était venu passer les mois d’hiver dans un meublé qu’il partageait avec une comptable à la retraite de soixante-dix ans, Lilian Beloff, Lilian qui, à Elizabeth, habitait au-dessus de chez lui et avec laquelle, un an après la mort de ma mère, survenue en 1981, il avait noué des relations sentimentales. »
Extrait de : P. Roth. « Patrimoine. »
Parlons travail par Philip Roth

Fiche de Parlons travail
Titre : Parlons travail
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2001
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de Parlons travail
« Primo Levi (1986)
Le vendredi de septembre 1986 où je suis arrivé à Turin pour reprendre une conversation engagée avec Primo Levi un après-midi à Londres, au printemps précédent, je lui ai demandé de me faire visiter l’usine de peinture qui l’avait d’abord employé comme chercheur, puis comme directeur, jusqu’à sa retraite. La société compte cinquante employés en tout, essentiellement des chimistes qui travaillent dans les laboratoires et des ouvriers qualifiés dans l’atelier proprement dit. Les machines de production, la rangée de cuves de stockage, les labos eux-mêmes, le produit fini dans ses conteneurs aussi grands qu’un homme, prêts à être expédiés, l’appareil de recyclage qui purifie les déchets, tout cela tient sur deux hectares, deux hectares et demi, à une dizaine de kilomètres de Turin. Le bruit des machines qui dessèchent la résine, qui mélangent les vernis et qui pompent les polluants n’atteint jamais un niveau de décibels alarmant, et l’odeur âcre qui règne dans la cour – Levi m’a dit qu’elle avait collé à ses vêtements deux ans après sa retraite – n’est nullement répugnante ; la décharge de trente mètres de long, pleine à ras bord d’une boue noire provenant des résidus de la dépollution, n’offre pas un spectacle insupportable. »
Extrait de : P. Roth. « Parlons travail. »
Ma vie d’homme par Philip Roth

Fiche de Ma vie d’homme
Titre : Ma vie d’homme
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1970
Traduction : G. Magnane
Editeur : Gallimard
Première page de Ma vie d’homme
« Tout d’abord, l’éducation protégée et choyée au-dessus du magasin de chaussures de son père, à Camden. Pendant dix-sept ans, le rival adoré de ce marchand de godasses acharné et à la tête près du bonnet (c’est tout, aimait-il à dire, un modeste marchand de godasses, mais attends un peu et tu verras), un homme qui lui donnait à lire Dale Carnegie pour rabattre son orgueil de jeune garçon et qui, par son propre exemple, encourageait et fortifiait cet orgueil. « Continue à avoir cette arrogance avec les gens. Natie, et tu finiras ermite, détesté de tous, honni du monde entier. » En attendant, dans son magasin du rez-de-chaussée, Polonius ne manifestait que du mépris à l’égard de tout employé dont l’ambition était moins féroce que la sienne. Mr. Z. – comme on l’appelait au magasin, et comme l’appelait aussi son jeune fils à la maison quand il se sentait en verve –, Mr. Z. espérait, exigeait que son vendeur et son employé de la réserve eussent, au soir de chaque jour ouvrable, une migraine aussi phénoménale que la sienne. »
Extrait de : P. Roth. « Ma Vie d’Homme. »