Auteur/autrice : CH91

 

Vers la révolution par Philip Goy

Fiche de Vers la révolution

Titre : Vers la révolution
Auteur : Philip Goy
Date de parution : 1977
Editeur : Denoël

Sommaire de Vers la révolution :

  • Larzac
  • Un but dans l’existence
  • Jeunesse
  • Camés !
  • Vers la révolution

Première page de Larzac

« — Retenez vos chiens !
— Retenez vos hommes !
Le véhicule vert-de-gris fonce droit sur le bétail qui s’éparpille en bêlant. Deux chiens lancés à pleine course tentent des bonds fantastiques pour passer dans l’échancrure des portes et attaquer les soldats hilares.
Debout à côté du conducteur, imperturbable malgré les cahots du terrain inégal, le képi cylindrique comme vissé sur le front, l’officier accomplit son devoir sans passion ni faiblesse.
— Mademoiselle, vous êtes dans la zone interdite.
— Salaud ! Et comment je fais pour récupérer mes brebis ?
Pour toute réponse l’officier fait un geste au conducteur qui embraye en direction du retour.
— Salaud ! Ordure !
L’œil bleu du chef passe en revue ses hommes avec satisfaction. Leur joie lui fait plaisir. Ce sont des esprits simples. Les mener sans faiblesse, certes, mais ne pas leur refuser un amusement légitime et qui exalte leur esprit de corps.
— Salaud… Espèce de pédé !
Le cri de la fille a couvert le bruit du moteur. Aucun doute. Les hommes soudain silencieux ont les yeux fixés sur leur chef. »

Extrait de : P. Goy. « Vers la révolution. »

Le père éternel par Philip Goy

Fiche de Le père éternel

Titre : Le père éternel
Auteur : Philip Goy
Date de parution : 1974
Editeur : Denoël

Première page de Le père éternel

« La nuit tombait, Éroville commençait vraiment à respirer. Dès 2 heures du matin, on pourrait entendre haleter la ville entière. Avant l’aube, elle pousserait des cris et sombrerait brutalement dans un sommeil long comme le jour.
Dans le crépuscule, des formes humaines et animales apparaissaient, se cherchaient, se flairaient. Un fantastique carnaval se formait dans les rues illuminées de soleils pulsants aux couleurs changeantes. Une musique, d’abord discrète, s’élançait avec de plus en plus d’ampleur à l’assaut des oreilles, son rythme entraînant tous les corps. Un parfum délicieux se répandait dans l’atmosphère chaude, grisant les esprits et rendant les gosiers avides de Silènol, la boisson verte spéciale qui coulait à toutes les fontaines. Le sol, encore dur, allait bientôt devenir élastique et de plus en plus moelleux, puis visqueux et odorant, parcouru par de petites secousses à sa surface bleue, coordonnées avec de légères stimulations électriques en certaines zones de couleur orange. »

Extrait de : P. Goy. « Le Père éternel. »

Georges Lebas

Présentation de Georges Lebas :

Venu au monde le douze janvier de l’an 1862 dans le fier port de Dieppe, au sein même de l’hôtel de la Gendarmerie où résidait son brave père, le jeune Georges Lebas fit ses humanités au collège Jehan-Ango. Esprit curieux de tout, taquinant la muse dès sa vingt-deuxième année, il embrassa avec ferveur la carrière du journalisme à Rouen avant de s’en revenir sur sa terre natale pour acquérir, en 1889, la feuille locale L’Impartial ainsi que son imprimerie. Figure incontournable de la vie dieppoise, édile dévoué, officier de l’Instruction publique et chevalier de la Légion d’honneur, il fut tout à la fois l’historien scrupuleux de sa cité, le président des « Amys du Vieux Dieppe » et l’heureux créateur du musée municipal qu’il installa avec goût dans l’antique château surplombant la Manche.

Pourtant, derrière la respectable façade de ce notable de la Troisième République – qui signa parfois ses nombreux ouvrages du pseudonyme de « Jean Mirval » – se dissimulait un conteur à l’imagination fertile, capable des plus vertigineuses conjectures. Il convient ici d’insister tout particulièrement sur son incursion majeure et saisissante dans le domaine du merveilleux scientifique : son admirable roman d’anticipation intitulé L’Heure perdue, livré en feuilleton aux lecteurs de la revue Le Correspondant durant l’été de l’an 1929.

Dans cette œuvre d’une remarquable tenue littéraire, qui n’est point sans évoquer les grandes fresques cataclysmiques d’un Rosny aîné ou l’angoisse sourde de la Présence de la mort de Charles-Ferdinand Ramuz, l’auteur met en scène une paisible bourgade normande soudainement frappée de stupeur. Seul un astronome amateur du nom de Vidal pressent l’effroyable vérité avant de défaillir à son oculaire : au cœur de la nuit, dans un fracas épouvantable, une force magnétique d’une puissance inouïe cloue au sol tous les objets métalliques, figeant net les horloges, les montres et les mécaniques, et interrompant toute communication télégraphique.

Le postulat conjectural développé par Georges Lebas glace le sang : frôlée par un astre errant, une planète vagabonde surgie de l’abîme, notre vieille Terre a été violemment arrachée à son orbite séculaire ! Dérivant désormais dans le vide intersidéral, loin des feux bienfaisants du Soleil, le globe subit d’affreux bouleversements climatiques, passant d’une chaleur étouffante au froid le plus glacial et mortel. En véritable homme de terrain habitué aux affaires publiques, l’auteur excelle à décrire, à l’échelle de ce microcosme provincial, la sidération des foules, les mouvements de panique et les efforts désespérés des édiles qui, épaulés par le savant astronome, tentent d’organiser la survie de leurs concitoyens face à l’inéluctable agonie du monde.

Après une existence bien remplie, vouée au bien commun, aux archives poussiéreuses et aux belles-lettres, Georges Lebas s’est éteint dans sa chère ville de Dieppe au mois de février 1934, laissant le souvenir d’un parfait honnête homme qui sut, le temps d’un récit visionnaire, confronter la quiétude du terroir normand à l’effroi des espaces infinis.

Livres de Georges Lebas :

L’heure perdue (1929)

Pour en savoir plus sur Georges Lebas :

La page Wikipédia sur G. Lebas
La page Noosfere sur G. Lebas
La page isfdb de G. Lebas

Giuseppe Lipparini

Présentation de Giuseppe Lipparini :

Venu au monde le deux septembre de l’an 1877 dans l’illustre et savante cité de Bologne, Giuseppe Lipparini fut le digne élève des maîtres Giosuè Carducci et Enrico Panzacchi. Tour à tour poète d’obédience néoclassique, critique littéraire redouté, journaliste prolifique pour le Resto del Carlino ou le Corriere della Sera – dissimulant parfois sa plume sous les pseudonymes malicieux de « Calandrino » ou « Peppino il Superuomo » –, il occupa également avec une grande distinction la chaire d’histoire de l’art à l’Académie des beaux-arts de sa ville natale.

Toutefois, il convient d’insister tout particulièrement sur son incursion magistrale dans les terres de l’imaginaire : son remarquable roman intitulé Le Maître du temps (Il signore del tempo). D’abord livré en feuilleton dès 1902 avant d’être assemblé en volume en 1904, puis traduit dans notre belle langue dès l’année 1909 par les soins de Madame Félicie Roussille au sein de la revue Les Annales politiques et littéraires, cet ouvrage fait figure de véritable pierre angulaire de la proto-science-fiction italienne.

Dans ce récit d’une audace folle, qui n’est point sans rappeler les spéculations de notre Camille Flammarion, Monsieur Lipparini met en scène le professeur Antonio Schwarz, un astronome d’outre-Rhin qui dévoile à la communauté savante une découverte prodigieuse : le « chronoscope » (ou procédé photographique temporel). Grâce à la captation de mystérieux rayons, cet appareil permet d’impressionner sur des plaques sensibles les événements du passé et de scruter les siècles révolus. Mais hélas ! comme bien souvent lorsque l’homme s’aventure à défier les lois immuables de la nature et de la chronologie, cette invention mirifique déchaîne les passions les plus funestes, mêlant intrigues sentimentales, jalousies académiques et drames policiers, jusqu’à conduire le savant à une inéluctable tragédie.

Après une existence entièrement vouée au culte des belles-lettres, à la défense de la langue latine et à l’enseignement, Giuseppe Lipparini s’est éteint dans sa chère ville de Bologne le cinq mars de l’an 1951, laissant à la postérité le souvenir d’un humaniste complet qui sut, le temps d’un livre visionnaire, ouvrir une fascinante lucarne sur les abîmes de l’espace-temps.

Livres de Giuseppe Lipparini :

Le maître du temps (1909)

Pour en savoir plus sur Giuseppe Lipparini :

La page Wikipédia sur G. Lipparini
La page Noosfere sur G. Lipparini
La page isfdb de G. Lipparini

Le prisonnier de l’eau par Philippe Ébly

Fiche de Le prisonnier de l’eau

Titre : Le prisonnier de l’eau (tome 20 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 2007
Editeur : Temps Impossible

Première page de Le prisonnier de l’eau

« Le professeur Auvernaux fît entrer ses quatre visiteurs dans l’appartement et leur montra l’entrée du salon. En même temps, il s’excusa en quelques mots.
«C’est gentil à vous d’être venus si vite, dit-il. Mais j’ai encore un coup de téléphone à donner. Ça me prendra deux ou trois minutes, pas plus. Asseyez-vous, et regardez ceci… »
Les quatre adolescents paraissaient très à l’aise. Ce n’était pas la première fois qu’ils venaient dans cet appartement du square Adanson. L’un d’eux — Serge — répondit pour ses compagnons.
«Merci, professeur. Nous ne sommes pas pressés. Pas du tout. »
Auvernaux disparut alors dans la pièce voisine, et on l’entendit décrocher le téléphone. « Ceci » était une longue bande de papier, large d’une dizaine de centimètres et perforée sur les bords. Elle se trouvait sur une table basse, et était maintenue bien à plat par deux presse-papiers. Un long trait rouge courait d un bout à l’autre, sans interruption. »

Extrait de : P. Ebly. « Les conquérants de l’impossible – Le prisonnier de l’eau. »

Mission sans retour par Philippe Ébly

Fiche de Mission sans retour

Titre : Mission sans retour (tome 19 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1996
Editeur : Hachette

Première page de Mission sans retour

« Serge commençait à sentir la soif et l’ennui. Donner un bon coup de main quand il le fallait, d’accord — mais trop, c’était trop. Il écarta, d’un doigt, ses cheveux blonds qui lui tombaient sur le front, tout en se tournant vers Xolotl.
« On va souffler deux minutes ! décida-t-il. Tu veux un jus d’orange, ou autre chose ? Il y a sûrement ce qu’il faut, au frigo. »
L’autre accepta, d’un signe de tête, et s’assit sur un vieux coffre de marin. L’air devenait irrespirable avec toute cette poussière.
« … ’range ! » répondit-il à mi-voix.
Il resta tranquillement assis sur le coffre, pendant que Serge dévalait l’escalier pour aller chercher les deux jus de fruits. Lattente fut longue, mais il en fallait bien davantage pour impatienter Xolotl — seize ans, un authentique Indien de la Sierra Madre, calme et paisible, jamais pressé d’agir ou de parler. Pourtant, Serge crut devoir s’excuser en remontant avec les boissons. »

Extrait de : P Ebly. « Mission sans retour – Les conquérants de l’impossible. »

L’ordinateur qui semait le désordre par Philippe Ébly

Fiche de L’ordinateur qui semait le désordre

Titre : L’ordinateur qui semait le désordre (tome 18 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1988
Editeur : Hachette

Première page de L’ordinateur qui semait le désordre

«  Minute ! dit le professeur Auvernaux. Quand on entreprend quelque chose, il faut toujours le faire sérieusement. Si vous voulez vous intéresser à notre expérience, il faut d’abord bien la comprendre. Et pour cela, il faut que je vous explique ce qu’est un xion.
— Un… quoi ? demanda Serge.
— Un x-i-o-n. Le mot est assez récent, et il est normal que vous ne l’ayez jamais entendu. Un xion, c’est ce qu’on appelle une particule élémentaire.
— Quelque chose comme l’électron ? »
Le garçon qui venait de parler ainsi était mince et souple, avec des cheveux d’un blond très clair et le teint bronzé de ceux qui vivent beaucoup au grand air. Il connaissait le professeur Auvernaux depuis longtemps, et n’hésitait jamais à poser une question.
« Oui. Ou comme le positon et le neutron. Si vous voulez comprendre ce que sont ces particules, essayez de penser à une bille minuscule. Assez petite pour être invisible à l’œil nu. »

Extrait de ; P. Ebly. « L’ordinateur qui semait le désordre – Les conquérants de l’impossible. »

Les parias de l’an 2187 par Philippe Ébly

Fiche de Les parias de l’an 2187

Titre : Les parias de l’an 2187 (tome 17 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1986
Editeur : Hachette

Première page de Les parias de l’an 2187

«  Non ! grommela Thibaut. Ça ne va pas. On perd son temps. Il n’y a pas un chat, par ici. »Le garçon qui venait de parler ainsi pouvait avoir dix-sept ans. Il avait des cheveux noirs mal peignés, de grands yeux noirs et l’air énergique. Au premier coup d’œil, on le devinait robuste et sûr de lui. Il haussa les épaules et conclut, d’un ton décidé :« Rien à faire ! Il faut descendre. »Ils étaient quatre adolescents — trois garçons et une fille — qui suivaient un sentier à flanc de montagne, quelque part dans les monts d’Auvergne. Il avait plu pendant une partie de la matinée et, au-dessous d’eux, les vallées se noyaient encore dans la brume. L’endroit semblait désert, peuplé seulement d’arbustes et de pierres moussues. Un des autres garçons s’assit sur un rocher, et dit à mi-voix :« Ça fait déjà longtemps qu’on trotte ainsi… Est-ce qu’on ne pourrait pas s’arrêter quelque part ? »
Celui-là s’appelait Xolotl, et c’était un authentique Indien de la Sierra Madre. Il avait parlé d’une voix tranquille, sans colère et sans impatience, mais on voyait qu’il était fatigué. »

Extrait de : P. Ebly. « Les parias de l’an 2187 – Les conquérants de l’impossible. »

2159 – La fin des temps troublés par Philippe Ébly

Fiche de 2159 – La fin des temps troublés

Titre : 2159 – La fin des temps troublés (tome 16 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1985
Editeur : Hachette

Première page de 2159 – La fin des temps troublés

« L’Ère Industrielle (de 1860 à 2067)
Chacun sait que, sur la Terre, l’industrie a commencé à se développer vraiment aux environs de 1860. Pendant les deux cents années qui ont suivi, les hommes ont toujours construit de nouvelles usines, mis en œuvre de nouveaux moyens de transport, et augmenté le confort de chacun. Tout cela consommait, bien entendu, de l’énergie, toujours plus d’énergie.
On a d’abord brûlé du charbon. Puis, ayant appris à distiller le pétrole, on a brûlé du gas-oil, du mazout, de l’essence et du kérosène. Toujours davantage, car on avait besoin, chaque année, de plus d’énergie. Et chaque fois qu’on alimentait ainsi un moteur ou un brûleur, on produisait un peu de dioxyde de carbone – ce gaz que les chimistes, dans leur jargon, appellent du CO² »
Au début de l’Ere Industrielle, les arbres et les plantes ont réussi à absorber tout le CO² : que l’homme fabriquait ainsi. Ensuite, avec les années, on a brûlé toujours plus de houille, plus d’essence, et plus de kérosène. Les forêts, les prairies et les jardins n‘ont plus suffi à transformer tout le dioxyde de carbone. »

Extrait de : P. Ebly. « La fin des temps troublés – Les conquérants de l’impossible. »

La grande peur de l’an 2117 par Philippe Ébly

Fiche de La grande peur de l’an 2117

Titre : La grande peur de l’an 2117 (tome 15 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1983
Editeur : Hachette

Première page de La grande peur de l’an 2117

« LE LABORATOIRE était très calme. On n’entendait rien d’autre que le ronronnement d’une pompe à vide – quelque part sous une table. C’était un bruit régulier, très doux, trop léger pour déranger l’homme qui travaillait en face des grandes fenêtres, penché sur un microscope.
Puis quelqu’un frappa à la porte – deux coups rapprochés, bien nets – et l’homme cria, sans lever les yeux :
« Entrez ! »
La porte s’ouvrit à demi, et un garçon – de dix-sept ans se glissa dans la pièce. Il était mince et souple, avec des cheveux d’un blond très clair, et le teint bronzé de ceux qui vivent beaucoup au grand air. Tout de suite, il dit :
« Bonjour, monsieur Clermont. »
L’homme leva la tête, un peu surpris de voir que son visiteur était seul. »

Extrait de : P. Ebly. « La grande peur de l’an 2117 – Les conquérants de l’impossible. »