Auteur/autrice : CH91
Les faits par Philip Roth

Fiche de Les faits
Titre : Les faits
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1988
Traduction : M. Waldberg
Editeur : Gallimard
Première page de Les faits
« Cher Zuckerman,
Autrefois, comme tu le sais, les faits n’ont rien été d’autre que des notes sur des carnets, ma manière à moi de me précipiter dans la fiction. Pour moi, comme pour la plupart des romanciers, tout événement de pure imagination trouve son origine là, dans les faits, dans le particulier et non dans le philosophique, l’idéologique ou l’abstrait. Reste qu’à ma surprise il semble que j’ai entrepris d’écrire un livre absolument rétrograde, en prenant pour matière ce que j’ai déjà imaginé et, pour ainsi dire, en le desséchant, de manière à rétablir mon expérience dans sa factualité originelle, antécédente à la fiction. Pourquoi donc ? Pour démontrer qu’il existe un écart significatif entre l’écrivain autobiographique qu’on m’imagine être et l’écrivain autobiographique que je suis en réalité ? Pour démontrer que les informations que j’ai tirées de ma vie ont été, dans la fiction, tronquées ? S’il ne s’agissait que de ça, je ne crois pas que je m’en serais donné la peine, étant donné qu’un lecteur réfléchi, s’intéressant assez à mon œuvre pour s’en soucier, serait capable de se représenter aussi bien les choses par lui-même. »
Extrait de : P. Roth. « Les faits. »
Le théâtre de sabbath par Philip Roth

Fiche de Le théâtre de sabbath
Titre : Le théâtre de sabbath
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1995
Traduction : L. Bitoun
Editeur : Gallimard
Première page de Le théâtre de sabbath
« Ou tu renonces à baiser toutes les autres, ou tout est fini entre nous.
C’était à devenir fou, c’était invraisemblable et totalement imprévisible, mais tel fut l’ultimatum qu’une femme de cinquante-deux ans adressa, en larmes, à son amant de soixante-quatre ans le jour anniversaire d’une liaison incroyablement débridée qui durait – et qu’ils avaient réussi, chose non moins incroyable, à garder secrète – depuis treize ans. Maintenant, avec le reflux des sécrétions hormonales, avec la prostate qui grossissait, avec sans doute pas plus de quelques petites années devant lui à pouvoir encore à peu près compter sur sa virilité – avec peut-être pas tant d’années que ça à vivre – là, au moment du commencement de la fin de tout, et sous peine de la perdre, il était mis en demeure de changer du tout au tout.
Elle, c’était Drenka Balich, la partenaire bien connue de l’aubergiste, dans la vie comme dans les affaires, que tout le monde appréciait pour sa gentillesse envers les clients ou la chaleur et la tendresse toute maternelle qu’elle ne réservait pas aux seuls enfants de passage et aux personnes âgées, mais qu’elle dispensait aussi aux jeunes filles de la région employées à l’auberge comme serveuses »
Extrait de : P. Roth. « Le Théâtre de Sabbath. »
Le grand roman américain par Philip Roth

Fiche de Le grand roman américain
Titre : Le grand roman américain
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1973
Traduction : S. Salade
Editeur : Gallimard
Première page de Le grand roman américain
« Appelez-moi Smitty. C’est ainsi qu’ils m’appelaient tous : les baseballeurs, les banquiers, ceux qui se baladent à cheval, les barytons, les barmans, les beaux salauds, les auteurs de best-sellers (sauf Hem qui m’avait baptisé Frederico), ceux qui se baladent à bicyclette, les broussards (Hem encore une fois l’exception), les bons au billard, les bons pasteurs, les blackboulés (y compris moi), les B.O.F., les blondes, les buveurs de sang, les sang-bleu, les bookmakers, les bolcheviks (parmi mes meilleurs amis, ne vous en déplaise, monsieur le Président !), les bombardiers, les cire-bottes et les lèche-bottes, les boss, les boxeurs, les brahmanes, les gros bonnets, les Britanniques (Sir Smitty depuis 36), les boudins, les blablateurs radiophoniques, les briseurs de mustangs, les brunes, les brummells des Barbades (missié Smitty), les bonzes bouddhistes de Birmanie, un certain Bulkington, les bouffeurs de taureau, les brasseurs d’idées, les comiques et les étoiles du burlesque, les Boshimans, les bohémiens, les bonnes. Et on n’en est qu’à la lettre B, les copains, et ce n’est qu’une des Vingt-Six Grandes ! »
Extrait de : P. Roth. « Le Grand Roman américain. »
Le complot contre l’Amérique par Philip Roth

Fiche de Le complot contre l’Amérique
Titre : Le complot contre l’Amérique
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2004
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de Le complot contre l’Amérique
« C’est la peur qui préside à ces Mémoires, une peur perpétuelle. Certes, il n’y a pas d’enfance sans terreurs, mais tout de même : aurais-je été aussi craintif si nous n’avions pas eu Lindbergh pour président, ou si je n’étais pas né dans une famille juive ?
Lorsqu’en juin 1940 survint le premier choc avec la convention républicaine de Philadelphie, qui se choisit
pour candidat à la présidence le héros américain et aviateur mondialement connu Charles A. Lindbergh, mon père avait trente-neuf ans. Agent d’assurances, il avait quitté l’école à la fin de la quatrième, et gagnait
un peu moins de cinquante dollars par semaine, de quoi assurer le quotidien sans trop de superflu. Ma mère,
n’ayant pu s’inscrire faute de moyens à l’école d’institutrices au sortir du lycée, avait fait du secrétariat quand elle vivait encore chez ses parents ; au plus noir de la Crise, elle nous avait épargné le sentiment de la
pauvreté, gérant la paie que mon père lui rapportait le vendredi soir avec la même efficacité qu’elle mettait
dans la tenue du ménage ; elle avait trente-six ans. »
Extrait de : P. Roth. « Le complot contre l’Amérique. »
La contrevie par Philip Roth

Fiche de La contrevie
Titre : La contrevie
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1986
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de La contrevie
« Depuis le jour où le médecin de famille, au cours d’un contrôle de routine, avait décelé une anomalie dans son électrocardiogramme, et où on l’avait envoyé aussitôt subir un sondage coronarien qui avait révélé l’étendue des dégâts, les médicaments étaient venus à bout du problème de Henry, et lui permettaient de travailler et de vivre sa vie de famille comme avant. Il ne se plaignait même pas des douleurs dans la poitrine ou des essoufflements que son médecin aurait attendus chez un patient atteint d’occlusion artérielle avancée. Asymptomatique jusqu’à l’examen qui avait révélé l’anomalie, il le resta au cours de l’année précédant sa décision de se faire opérer – asymptomatique à l’exception terrible de l’effet secondaire du médicament qui stabilisait son état et réduisait substantiellement les risques de crise cardiaque. »
Extrait de : P. Roth. « La contrevie. »
Goodbye, Columbus par Philip Roth

Fiche de Goodbye, Columbus
Titre : Goodbye, Columbus
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1962
Traduction : C. Zins
Editeur : Gallimard
Sommaire de Goodbye, Columbus :
- Goodbye, Columbus
- La conversion des juifs
- Défenseur de la foi
- Epstein
- L’habit ne fait pas le moine
- Eli le fanatique
Première page de Goodbye, Columbus
« La première fois que je vis Brenda, elle me demanda de tenir ses lunettes. Puis elle avança jusqu’à l’extrémité du plongeoir et jeta un regard brumeux dans la piscine ; celle-ci aurait pu être à sec que la myope Brenda ne s’en serait pas aperçue. Elle fit un magnifique plongeon ; quelques instants plus tard, elle regagnait le bord, la tête aux cheveux auburn coupés très court, tendue, très droite, comme une rose au bout d’une longue tige. Elle glissa jusqu’au bord, puis remonta près de moi : « Merci », dit-elle, les yeux humides – bien que l’eau de la piscine n’y fût pour rien. Elle tendit une main pour récupérer ses lunettes, mais elle ne les mit sur son nez qu’une fois le dos tourné. Je la regardai s’éloigner. Ses mains apparurent soudain derrière son dos. Elle attrapa le fond de son maillot de bain entre le pouce et l’index et en recouvrit les parties de son corps qui eussent normalement dû être cachées. Mon sang ne fit qu’un tour. »
Extrait de : P. Roth. « Goodbye, Colombus. »
Exit le fantôme par Philip Roth

Fiche de Exit le fantôme
Titre : Exit le fantôme (tome 4 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2007
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard
Première page de Exit le fantôme
« Je n’étais pas retourné à New York depuis onze ans. À part un bref séjour à Boston afin d’y subir l’ablation de la prostate pour cause de cancer, j’étais, au cours de ces onze années, à peine sorti de mon coin perdu dans les hauteurs des Berkshires et qui plus est, depuis le 11-Septembre, il y a trois ans, j’avais rarement lu un journal ou écouté les nouvelles. Sans ressentir la moindre impression de manque — rien d’autre, au début, qu’une sorte de sécheresse intérieure — j’avais cessé d’habiter non seulement le vaste
monde mais le moment présent. J’avais depuis longtemps tué en moi toute velléité d’y jouer un rôle actif, ou seulement de témoin.
Mais voilà que, mettant cap au sud, j’avais fait les deux cents kilomètres en voiture jusqu’à Manhattan pour aller voir à l’hôpital du Mont-Sinaï un urologue spécialiste d’une méthode destinée à venir en aide aux milliers d’hommes que l’opération de la prostate avait, comme moi, rendus incontinents. »
Extrait de : P. Roth. « Exit le fantôme – Trilogie américaine. »
La tache par Philip Roth

Fiche de La tache
Titre : La tache (tome 3 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2000
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de La tache
« À l’été 1998, mon voisin, Coleman Silk, retraité depuis deux ans, après une carrière à l’université d’Athena où il avait enseigné les lettres classiques pendant une vingtaine d’années puis occupé le poste de doyen les seize années suivantes, m’a confié qu’à l’âge de soixante et onze ans il vivait une liaison avec une femme de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre. Deux fois par semaine, elle faisait aussi le ménage à notre poste rurale, baraque de planches grises qu’on aurait bien vu abriter une famille de fermiers de l’Oklahoma contre les vents du Dust Bowl dans les années trente, et qui, en face de la station-service, à l’écart de tout, solitaire, fait flotter son drapeau américain à la jonction des deux routes délimitant le centre de cette petite ville à flanc de montagne. »
Extrait de : P. Roth. « La Tache – Trilogie américaine. »
J’ai épousé un communiste par Philip Roth

Fiche de J’ai épousé un communiste
Titre : J’ai épousé un communiste (tome 2 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1998
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de J’ai épousé un communiste
« Ira Ringold avait un frère aîné, Murray, qui fut mon premier professeur d’anglais au lycée, et ce fut par lui que je me liai d’amitié avec Ira. En 1946, Murray rentrait tout juste de l’armée, où il avait servi dans la 17e division aéroportée à la bataille des Ardennes ; en mars 1945, il avait fait le fameux saut par-dessus le Rhin qui marquait le commencement de la fin de la guerre en Europe. C’était à l’époque un type chauve, bourru, insolent, pas aussi grand qu’Ira mais charpenté et athlétique, dont nous sentions la présence au-dessus de nos têtes, dans un état d’éveil permanent. Ses manières, son attitude corporelle étaient d’un naturel parfait, il avait le verbe riche et presque menaçant à force d’intellect. Avec sa passion d’expliquer, de clarifier, de faire comprendre, il décortiquait le moindre sujet pour en faire ressortir les principaux éléments tout aussi méticuleusement qu’il nous proposait l’analyse logique des phrases au tableau. Son talent spécifique résidait dans sa faculté de théâtraliser la recherche, de déployer les sortilèges du conteur alors même qu’il se contentait d’analyser et de passer au crible, à haute voix, ce que nous lisions et écrivions. »
Extrait de : P. Roth. « J’ai épousé un communiste – Trilogie américaine. »
Pastorale américaine par Philip Roth

Fiche de Pastorale américaine
Titre : Pastorale américaine (tome 1 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1997
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de Pastorale américaine
« Le Suédois. Pendant la guerre, quand j’étais dans les petites classes, c’était un nom magique dans notre quartier de Newark, y compris pour les adultes dont les parents avaient grandi dans le vieux ghetto de Prince Street, et dont l’américanisation n’était pas parachevée au point qu’ils se pâment devant les prouesses d’un athlète de lycée. Magique le nom, magique le visage, véritable anomalie génétique. Parmi les rares Juifs au teint clair, dans notre lycée où les Juifs étaient majoritaires, personne ne possédait de près ni de loin le masque viking impassible et les mâchoires carrées de ce blond aux yeux bleus, né dans notre tribu sous l’identité de Seymour Irving Levov.
Le Suédois s’illustrait au football américain comme arrière, au basket-ball comme pivot, et au base-ball comme première base. Seule l’équipe de basket fut jamais d’un bon niveau : elle remporta deux fois le championnat de la ville du temps que Seymour en était le marqueur vedette. Mais, pourvu qu’il se distinguât, le destin de nos équipes sportives nous importait peu, à nous dont les parents, ayant le plus souvent eu la vie trop dure pour s’offrir des études, vénéraient par-dessus tout la réussite universitaire. »
Extrait de : P. Roth. « Pastorale américaine – Trilogie américaine. »