Auteur/autrice : CH91

 

Memory par Lois McMaster Bujold

Fiche de Memory

Titre : Memory (Tome 13 sur 20 – Saga Vorkosigan)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 1996
Traduction : G. Blattmann
Editeur : J’ai lu

Première page de Memory

« Les yeux fermés, Miles reprenait lentement conscience. Son cerveau semblait couver les braises de quelque rêve ardent dont il ne gardait que des impressions fumeuses. Un moment, il avait eu l’angoissante conviction d’être de nouveau mort. Jusqu’à ce qu’il retrouve assez de lucidité pour raisonner.

Ses sens s’efforcèrent de dresser l’inventaire de la situation. Il était en apesanteur, son mètre quarante étalé sur une couchette, attaché par des sangles plutôt lâches et enveloppé dans une fine couverture médicale. Blessé ? À priori, il n’avait rien de cassé. Il était vêtu de la combinaison légère qu’il portait sous son armure. L’odeur indéfinissable d’un air sans cesse refiltré, sec et frais, lui chatouillait les narines. Discrètement, il glissa un bras hors de la sangle et effleura son visage nu. Pas d’électrodes, pas de tube dans le nez ni ailleurs – pas de sang. Où sont passés mes armes, mon armure, mon casque ?

La mission de sauvetage avait pourtant marché comme sur des roulettes. Le capitaine Quinn et lui, accompagnés de leur escadron, après s’être engouffrés dans le vaisseau des pirates, avaient libéré le lieutenant Vorberg, courrier de la SécImp barrayarane, encore vivant bien qu’assommé de sédatifs. »

Extrait de : L. McMaster Bujold. « Memory – Saga Vorkosigan. »

La danse du miroir par Lois McMaster Bujold

Fiche de La danse du miroir

Titre : La danse du miroir (Tome 12 sur 20 – Saga Vorkosigan)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 1994
Traduction : P. Benita
Editeur : J’ai lu

Première page de La danse du miroir

« La rangée de cabines de comconsoles au fond du hall de la plus grande station orbitale de transfert commercial d’Escobar possédait des portes-miroirs. Chacune était divisée en sections diagonales par des rais de lumière multicolores. Celui qui avait imaginé ça avait de drôles de goûts en matière de décor. Les sections de miroir étaient délibérément mal alignées, offrant ainsi des reflets fragmentés. Le petit homme en uniforme militaire gris et blanc grimaça devant son image éclatée.

L’image lui rendit sa grimace en dix exemplaires. L’uniforme sans insigne d’officier mercenaire – veste à poches plaquées, pantalon large glissé aux chevilles sous les bottes – était correct jusqu’au moindre détail. Il examina le corps sous l’uniforme : celui d’un nain à la colonne vertébrale tordue, au cou trop court, à la tête trop grosse. Une tête qui aurait pu passer pour normale sans cette taille ridicule. Ses cheveux sombres étaient soigneusement peignés. Sous les épais sourcils noirs, les yeux gris s’étrécirent. Le corps, lui aussi, était correct jusqu’au moindre détail. Il le haïssait. »

Extrait de : L. McMaster Bujold. « La danse du miroir – Saga Vorkosigan. »

Un clone encombrant par Lois McMaster Bujold

Fiche de Un clone encombrant

Titre : Un clone encombrant (Tome 11 sur 20 – Saga Vorkosigan)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 1989
Traduction : P. Benita
Editeur : J’ai lu

Première page de Un clone encombrant

« Sa navette de combat était tapie, immobile et silencieuse, sur la plate-forme de réparation. Aux yeux de Miles, elle avait un petit air malveillant, avec sa coque de métal et de plastifibre couverte de balafres, de coups et de brûlures. Neuve, elle avait pourtant paru si fière, si brillante et si efficace. À présent… les épreuves qu’elle avait traversées semblaient avoir affecté sa personnalité. Elle était comme traumatisée, psychotique. Et cela, après quelques mois d’existence seulement.

Miles se massa le visage d’un geste las et soupira. Si une psychose traînait par ici, ce n’était pas la machine qui en souffrait… mais celui qui l’observait. Il enleva son pied botté du banc et se redressa, du
moins autant que son dos tordu le lui permettait. Le commandant Quinn, attentive à ses moindres mouvements, se porta immédiatement derrière lui.

Miles boitilla le long du fuselage et s’arrêta devant un sas.

— Voilà ce qui m’ennuie le plus.

D’un geste, il invita l’ingénieur de la Kaymer à approcher. »

Extrait de : L. McMaster Bujold. « Un clone encombrant – Saga Vorkosigan. »

Cosmos par Carl Sagan

Fiche de Cosmos

Titre : Cosmos
Auteur : Carl Sagan
Date de parution : 1980
Traduction : D. Peters, M.H Dumas
Editeur : Marabout

Première page de Cosmos

« Le Cosmos est tout ce qui est, a toujours été ou sera jamais. Il suffit de se le représenter un instant pour qu’une émotion s’empare de nous – un picotement le long de la colonne vertébrale, la voix qui se casse, la sensation vague, comme dans un souvenir, d’une chute vertigineuse. Nous avons conscience d’aborder le plus grand des mystères.

La taille et l’âge du Cosmos dépassent l’entendement de l’homme. Perdue quelque part entre l’immensité et l’éternité, telle est notre planète-mère. À l’échelle cosmique, les préoccupations humaines paraissent généralement insignifiantes, pour ne pas dire totalement dénuées d’importance. Et pourtant notre espèce est jeune, curieuse, courageuse et pleine de promesses. Au cours des quelques derniers millénaires, nous avons fait les découvertes les plus surprenantes et les plus inattendues sur le Cosmos et sur la place que nous y occupons. Ces recherches grisantes nous rappellent que l’être humain a évolué pour se questionner, que comprendre est une joie et connaître une condition nécessaire à la survie. »

Extrait de : C. Sagan. « Cosmos. »

Contact par Carl Sagan

Fiche de Contact

Titre : Contact
Auteur : Carl Sagan
Date de parution : 1985
Traduction : W.O Desmond
Editeur :

Première page de Contact

« Impossible que la chose fût artificielle, selon les normes humaines : elle avait la taille d’un monde. Mais sa forme était tellement étrange et circonvolutée, si manifestement destinée à quelque fin complexe qu’elle ne pouvait être que l’expression d’un concept. Dérivant en orbite polaire autour de la grande étoile blanc-bleu, elle ressemblait à une sorte d’immense polyèdre imparfait sous une carapace faite de millions d’arapèdes coniques. Chacun des cônes était tourné vers un point précis du ciel. Pas une constellation qui ne fût surveillée. Le monde polyédrique remplissait son énigmatique fonction depuis des millénaires. Il était très patient. Il avait les moyens d’attendre éternellement.

Quand on l’extirpa, elle ne poussa pas un cri. Son petit front était tout ridé, puis ses yeux s’ouvrirent, de plus en plus grands. Elle regarda les lumières brillantes, les silhouettes habillées de blanc et de vert et la femme gisant sur la table, au-dessous d’elle. Des sons familiers l’envahirent. Pour un nouveau-né, elle avait une étrange expression sur le visage. De l’étonnement, peut-être. »

Extrait de : C. Sagan. « Contact. »

Le moineau de Dieu par Mary Doria Russell

Fiche de Le moineau de Dieu

Titre : Le moineau de Dieu
Auteur : Mary Doria Russell
Date de parution : 1996
Traduction : B. Vierne
Editeur : France Loisirs

Première page de Le moineau de Dieu

« Rétrospectivement, la chose était prévisible. Tout, dans l’histoire de la Compagnie de Jésus, montrait qu’elle alliait le savoir-faire au sens de l’efficacité, le goût de l’exploration à celui de la recherche. Au cours de ce que les Européens se plaisaient à appeler l’âge des Grandes Découvertes, les prêtres jésuites n’étaient jamais arrivés plus d’un an ou deux après ceux qui avaient noué les premiers rapports avec des peuples jusque-là inconnus ; ils étaient même, bien souvent, à l’avant-garde des explorateurs.
Il fallut des années aux Nations unies pour parvenir à une décision que la Compagnie de Jésus prit en dix jours. À NewYork, les diplomates multiplièrent les débats acharnés, ponctués d’innombrables suspensions et ajournements, afin de savoir s’il fallait consacrer des ressources humaines à une éventuelle prise de contact avec le monde que l’on connaîtrait ensuite sous le nom de Rakhat, alors qu’il y avait sur terre tant de besoins pressants, et pourquoi. »

Extrait de : M.D Russell. « Le Moineau de Dieu. »

Voyage au pays de la quatrième dimension par Gaston de Pawlowski

Fiche de Voyage au pays de la quatrième dimension

Titre : Voyage au pays de la quatrième dimension
Auteur : Gaston de Pawlowski
Date de parution : 1912
Editeur : Denoël

Première page de Voyage au pays de la quatrième dimension

« Toute chose imaginée existe.
L’affirmation ne se conçoit pas sans la négation.

Il me paraît évident, contrairement au préjugé courant, que toute chose imaginée existe par cela seul qu’elle est imaginée, et que cette existence est autrement réelle que celle des prétendues réalités. Une réalisation matérielle n’est qu’une mort partielle, une cristallisation caricaturale de l’Idée. L’Idée, par contre, est lourde de possibilités infinies et sa certitude vient tout justement de ce fait qu’elle émane de la seule certitude vivante que nous ayons au monde : notre pensée. Pour en prendre un exemple facile, combien chétive paraît la réalisation de l’avion à côté de ce pressentiment général qui obsède l’humanité depuis ses premiers âges : la libération des forces de gravitation, la lévitation due peut-être à notre seule volonté ? Dans un domaine plus abstrait, la négation et le renversement de toutes les lois naturelles admises ne sont-ils pas aussi indispensables à l’existence même de ces lois que le flux l’est au reflux, l’ombre à la lumière, l’aspiration à la respiration, le mensonge à la vérité ?

Sans la mort, la Vie n’aurait pas plus de sens chez l’homme que chez les pierres ; sans ce que l’on appelle Mal, ce que l’on appelle Bien n’existerait pas plus chez nous que dans les phénomènes naturels, toute pensée ou toute chose, comme sens ou comme position, ne pouvant exister que relativement à une autre et en opposition avec elle. »

Extrait de : G. de Pawlowski. « Voyage au pays de la quatrième dimension. »

L’arbre par Hubert Mingarelli

Fiche de L’arbre

Titre : L’arbre
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 1996
Editeur : Seuil

Première page de L’arbre

« Vicente m’attendait au bord de la route. Il s’épaulait à la Ford et tenait son carnet de commandes en visière.
Quand je lui ai dit que nous ne prenions pas de vin aujourd’hui, il a jeté les bons de commande dans la cabine et m’a demandé pour l’amour du ciel comment il pouvait s’en tirer si nous ne lui achetions du vin qu’une semaine sur deux. Je lui ai répondu que je n’y pouvais rien et il m’a dit que j’avais raison. Nous tombions toujours d’accord sur ce point-là.
On est restés un moment silencieux. Puis j’ai sorti la pierre de ma poche et je la lui ai tendue. Il l’a fait passer d’une main dans l’autre pour estimer son poids. Ensuite seulement il a commencé à l’examiner.
Il l’approchait de ses yeux. Il la tournait dans la main. Il prenait son temps. Je mesurais la longueur de son silence. Je n’étais pas pressé qu’il finisse, car plus il durait, plus ma pierre prenait de la valeur. Je ne me souvenais pas des noms qu’il donnait à mes pierres, mais du temps qu’il avait mis à les examiner. Cette fois il m’a dit qu’il s’agissait d’anthracite. Je lui ai demandé si c’était rare. Il m’a dévisagé puis s’est lancé dans un nouvel examen, et j’ai ajouté le temps de ce silence au premier. Et au vu du total des deux j’ai été de son avis quand il a dit que ça l’était probablement.
Il m’a rendu la pierre, il a ouvert la portière de la Ford et m’a fait signe de venir. Je me suis approché et je l’ai vu, il dormait sur le siège. »

Extrait de : H. Mingarelli. « L’arbre. »

La terre invisible par Hubert Mingarelli

Fiche de La terre invisible

Titre : La terre invisible
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 2019
Editeur : Buchet Chastel

Première page de La terre invisible

« Allemagne, juillet 1945

Depuis presque deux semaines de ce mois de juillet brûlant j’attendais à Dinslaken, au bord du Rhin, je n’arrivais pas à m’en aller. Pourtant je pensais avoir tout photographié. Tous les jours le soleil était blanc et les nuits n’apportaient aucune fraîcheur. On étouffait le jour et la nuit. Je ne savais pas pourquoi je restais ici, passant le plus clair de mon temps à l’hôtel, n’ayant bientôt plus d’argent. Le matin je descendais voir le fleuve et le soir j’allais m’asseoir sur le banc de la Dürenstrasse. Je fermais les yeux, attendant qu’il fasse un peu moins chaud pour rentrer.

J’entendais marcher, il surgit derrière le banc comme un fantôme en portant un carton de bières. Il resta un moment assis à côté de moi, on but ensuite, on se parla et il se releva. Il avait les jambes écartées et la bouche grande ouverte comme s’il mangeait l’air. Il écrivait pour un journal hollandais. Derrière lui, le soleil tombait sur une montagne de briques rouges qu’on avait par endroits commencé à trier et empiler. Il me demanda : « Et toi ? » Je sortis mon appareil de la poche et il dit : « D’accord. » Le soleil m’éblouissait et lui maintenant dansait sur ses jambes. Je ne savais pas où il avait trouvé toutes ces bières. »

Extrait de : H. Mingarelli. « La Terre invisible. »

Vie de sable par Hubert Mingarelli

Fiche de Vie de sable

Titre : Vie de sable
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 1998
Editeur : Seuil

Première page de Vie de sable

« Il y avait eu du vent cette nuit-là, il avait déjà soufflé sur des centaines de kilomètres avant de s’engouffrer dans cette vallée et de soulever le sable tout le long de la rivière.
Il s’appelait Emilio et venait de découvrir la mine antipersonnelle qui affleurait sur la berge.
Ce qui l’inquiétait surtout, c’était le soleil. Il n’arrivait pas à se représenter l’effet de la chaleur du soleil sur le bout de métal. Et il y en aurait un, sans aucun doute, se disait-il. Peut-être infime et il ne le verrait pas. Peut-être beaucoup plus. Et alors si le rectangle de métal se déformait suffisamment pour appuyer sur le détonateur, la mine exploserait.
Il regarda vers les crêtes.
Le soleil apparaîtrait dans un quart d’heure, tout au plus. Pour le moment, le ciel était bleu foncé.
Il regarda plus près de lui.
Derrière le lit de la rivière, il vit des arbres morts pris dans des buissons. Il irait s’allonger là-bas juste avant que le soleil se lève. Il y attendrait l’effet de la chaleur sur le métal, puis reviendrait ici. »

Extrait de : H. Mingarelli. « Vie de sable. »