Auteur/autrice : CH91

 

Guerrier des lunes par Michel Robert

Fiche de Guerrier des lunes

Titre : Guerrier des lunes (tome 6 sur 10 – L’agent des ombres)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2011
Editeur : Fleuve noir

Première page de Guerrier des lunes

« Le guerrier n’avait plus que vingt-sept secondes à vivre.
La poignée de son grand tulwar sanglé entre ses larges épaules, il allait et venait d’un pas tranquille sur le chemin de ronde ceinturant la propriété. La lune laiteuse fièrement campée dans le ciel étoilé prodiguait un clair-obscur un peu opaque. La nuit était douce, l’air agité d’un vent moite qui caressait les gonfalons noirs et rouges plantés le long des créneaux. Le garde huma les fragrances des magnolias avant de pousser un soupir d’aise, sentiment qu’il éprouvait, peut-être, parce qu’il était doté d’une âme romantique.
La peau olivâtre, le nez busqué, de fines moustaches huilées encadrant sa bouche au pli marqué, il portait l’uniforme habituel des combattants afghullis : cotte de mailles noire, pantalon bouffant, bottes de cuir rouge à larges revers.
Il venait de prendre sa garde et ne serait pas remplacé avant trois bonnes heures. Cela ne le dérangeait pas. Au contraire, il aimait sa tâche, il aimait veiller dans la nuit calme. Une nuit tout aussi agréable que les précédentes, se dit-il, sans se douter qu’une présence l’épiait, tapie dans une flaque d’ombre. »

Extrait de : M. Robert. « Guerrier des Lunes – L’agent des ombres. »

Belle de mort par Michel Robert

Fiche de Belle de mort

Titre : Belle de mort (tome 5 sur 10 – L’agent des ombres)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2007
Editeur : Pocket

Première page de Belle de mort

« Des ahanements virils qui se réverbéraient sur la roche humide, les ombres environnantes repoussées par la lumière des torches, le son brutal de l’acier qui viole la terre. Un groupe d’hommes musclés et transpirants, quatre dans la petite grotte, frappant de leurs pioches le sol en un point précis.

Un cinquième se tenait en retrait, les mains sur les hanches, les encourageant de quelques claquements de langue.

Bien découplé, celui qui dirigeait avait un profil d’oiseau de proie, des traits anguleux plutôt distingués. Une cicatrice étoilée barrait le coin de sa joue gauche. Par-dessus son habit de cuir gris clair, le chevalier Siméus de Nilfær portait une ample houppelande de cotonnade azurée d’où pointait le pommeau ornementé d’argent d’une épée longue. Siméus était tête nue, ses cheveux presque ras, tandis que ses spadassins arboraient un béret mauve à bande bleue assorti à leur tenue de cuir. »

Extrait de : M. Robert. « Belle de Mort – L’agent des ombres. »

Hors-destin par Michel Robert

Fiche de Hors-destin

Titre : Hors-destin (tome 4 sur 10 – L’agent des ombres)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2007
Editeur : Pocket

Première page de Hors-destin

« Le portail que venaient d’emprunter Cellendhyll et les siens les recracha sur un promontoire composé de granit et de caillasse d’un jaune pisseux.

Omniprésent, le soleil était un globe jaune pâle, planté dans un ciel au bleu tirant sur le vert, exempt de tout nuage. Le plateau s’étalait, à l’est et à l’ouest, sur plusieurs kilomètres de roche et d’arbres résineux. Au nord de leur position, une pente douce descendait sur un entrelacs de collines se déversant encore plus bas sur ce qui semblait être une immense vallée. Cette vallée se perdait dans un linceul de brume épaisse et l’on n’aurait su dire de quel environnement elle était composée.

Le cri d’un busard se réverbéra sur la roche. S’il avait été superstitieux, l’Adhan aurait vu là un mauvais présage. »

Extrait de : M. Robert. « Hors-Destin – L’agent des ombres. »

Sang-Pitié par Michel Robert

Fiche de Sang-Pitié

Titre : Sang-Pitié (tome 3 sur 10 – L’agent des ombres)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2006
Editeur : Pocket

Première page de Sang-Pitié

« Le téléporteur qui reliait le Plan Primaire à celui de la Lumière déposa Hégel, cardinal de l’Orage, au milieu d’une esplanade pavée, cernée de colonnades, surveillée par une double escouade de chevaliers en armure d’argent poli. Devant cette place, se dressait Tygarde, le palais impérial, fièrement érigé au centre de l’Île de la Source, le cœur du pouvoir impérial.

Surmontant l’enceinte extérieure, pas moins de sept tours effilées de cristalune azuré crevaient le ciel de leur majesté. De l’autre côté des épais remparts s’étalait une verdoyante vallée aux flancs couronnés de fleurs odoriférantes, de pommiers, de cerisiers et de pêchers chargés de fruits juteux, investie d’accortes et insouciantes bergères, de maisonnettes aux parois laquées de couleur vives. Hachée de petits rus étincelants, ladite vallée s’écoulait doucettement jusqu’à l’onde vert limpide du lac Obéron qui lui faisait écrin. L’endroit semblait béni par une grâce, une quiétude toutes particulières. »

Extrait de : M. Robert. « Sang-Pitié – L’agent des ombres. »

Coeur de Loki par Michel Robert

Fiche de Coeur de Loki

Titre : Coeur de Loki (tome 2 sur 10 – L’agent des ombres)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2005
Editeur : Pocket

Première page de Coeur de Loki

« Cellendhyll de Cortavar reçut un violent revers du coude en travers de la bouche, une frappe du tranchant de la main sur le côté du crâne, ses jambes furent sèchement balayées et il s’effondra lourdement sur le sol. Le souffle coupé, les tempes battantes, les lèvres éclatées.

L’affrontement avait lieu dans l’Arène, la salle d’entraînement des Maraudeurs-Fantômes, située dans la forteresse d’Eodh, sur le plan-maître du Chaos. Taillée dans la pierre, la pièce était pourtant grande, avec un haut plafond en voûte, de larges piliers, sans autre décoration que les râteliers d’armes qui couvraient les murs, les appareils de musculation et les tapis d’exercice qui jonchaient le sol.

Il n’y avait aucun spectateur pour assister à la déchéance de Cellendhyll et aucun ami pour le soutenir. Juste Yvain, le maître-instructeur des Maraudeurs. »

Extrait de : M. Robert. « Coeur de Loki – L’agent des ombres. »

L’ange du chaos par Michel Robert

Fiche de L’ange du chaos

Titre : L’ange du chaos (tome 1 sur 10 – L’agent des ombres)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2004
Editeur : Pocket

Première page de L’ange du chaos

« L’entrevue se déroula sur un Plan abandonné des puissances, à mi-chemin des Ténèbres et du Chaos, au milieu d’une modeste vallée de la région de Bénarius. Cette rencontre, le marquis Leprín, Légat du royaume des Ténèbres, l’avait très minutieusement préparée. Il ne pouvait ni ne voulait commettre le moindre impair.

La sérénité bucolique des lieux convenait à merveille au projet du Légat. Le chant enjoué des oiseaux-lyres, la brise légère, les trois soleils rouges dardant leurs rayons pour offrir une chaleur presque engourdissante, l’encens allumé dans des coupoles de quartz diffusant une fragrance subtile, tout avait été étudié pour créer une atmosphère de paix et de détente sinon de confiance. »

Extrait de : M. Robert. « L’agent des ombres – L’ange du chaos. »

Revanche de sang par Michel Robert

Fiche de Revanche de sang

Titre : Revanche de sang (tome 2 sur 2 – La fille des clans)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2014
Editeur : I2N

Première page de Revanche de sang

« — Hein, quoi, qui ? répondit Malken d’une voix étouffée.
Son cœur battait la chamade. Ses pensées s’entrechoquaient.
— Reprends-toi, ma fille ! la tança Minuit. Que t’arrive-t-il ?
— C’est que… je ne m’attendais pas à ça. Je dois tuer lequel de ces hommes ?
— Le plus vieux des deux, bien sûr, celui avec les cheveux blancs.
— Qui est-il ?
— Que t’importe ? T’ai-je donné la permission de poser des questions ? Tu dois exécuter la mission, sans chercher à en savoir plus.
— Ma dame, vous avez raison. Et l’identité de cet homme, je m’en moque totalement. Cependant, si vous voulez la réussite de cette mission, j’ai besoin d’avoir une idée de ce qu’il est afin de savoir à qui je m’attaque. Je veux dire, est-ce un soldat ? Est-il un combattant ? Un bon combattant ? Est-il un gradé, susceptible d’être escorté lors de ses déplacements ? Maîtrise-t-il les Arts Étranges ? Analyser, décider, frapper, ce credo, c’est vous qui me l’avez enseigné et je ne fais que l’appliquer.
— Hum. Tu marques un point, ma fille. Et ton souci de préparation est frappé au coin du bon sens. Tu auras tes réponses en temps voulu. »

Extrait de : M. Robert. « Revanche de sang – La fille des clans. »

Balafrée par Michel Robert

Fiche de Balafrée

Titre : Balafrée (tome 1 sur 2 – La fille des clans)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2010
Editeur : I2N

Première page de Balafrée

« Malken courait. À perdre haleine. Mobilisant toutes ses réserves d’énergie.

Elle sortit de la lisière des arbres, s’engagea dans une prairie de coquelicots, de tulipes et d’astilbes bleutés. Frêle silhouette au milieu des fleurs colorées, elle traversa le plus vite possible. Un nouveau bois l’attendait ; charmes, chênes rouges, bouleaux. Trop clairsemé à son goût, mais c’était toujours mieux que la prairie.

La jeune fille ne profitait pas de la beauté printanière qui l’entourait, ces terres vallonnées, ces bois aux verts éclatants entrecoupés du pourpre profond des prunus, de fougères bleutées, riches de fragrances vivifiantes – résine, humus et chèvrefeuille –, ces herbages tapissés de petites fleurs aux couleurs chaudes, abreuvés de cours d’eau, le tout surmonté de ce ciel cobalt vide de tout nuage.

Malken courait. Pour sa survie. Pour sa liberté.

Cette fois, elle était partie au nord, la direction la plus évidente pour une fuite. Elle avait volontairement laissé une trace repérable jusqu’au pont, balisant son avancée de fausses pistes – de petits morceaux de sa robe qu’elle accrochait à la végétation. Elle avait ensuite remonté la route qui pointait au nord-ouest pour la quitter peu après, sautant dans la rivière qu’elle avait redescendue vers le sud-est, avant d’en sortir, directement sur une rive rocheuse, sur laquelle ses pas n’avaient laissé aucune trace. »

Extrait de : M. Robert. « Balafrée – La fille des clans. »

Ambrose Bierce

Présentation de Ambrose Bierce :

Né en 1842 dans une bourgade de l’Ohio au sein d’une fratrie des plus nombreuses, Ambrose Bierce fut, avant que d’être un maître de l’étrange, un homme d’action. Il s’engagea, dans la fleur de l’âge, au sein des troupes de l’Union lors de la terrible guerre de Sécession. Il prit part aux batailles les plus effroyables du conflit, telles celles de Shiloh ou de Chickamauga. L’horreur des charniers et l’absurdité sanglante des carnages auxquels il assista, couronnées par une fort grave blessure à la tête lors du siège de Kennesaw Mountain, forgèrent en lui un pessimisme insondable. Son âme en demeura meurtrie à jamais, lui inspirant une vision de la condition humaine dénuée de la moindre illusion.

Rendu à la vie civile, il se fixa sous les cieux cléments de San Francisco où il entama une carrière de plumitif et de chroniqueur. Il s’y imposa rapidement comme un pamphlétaire d’une redoutable férocité. Son esprit caustique, sa verve impitoyable et son intransigeance morale lui valurent d’ailleurs le sobriquet fort à propos de Bitter Bierce (Bierce l’Amer). L’on redoutait sa plume dans toute la baie de Californie, tant il excellait à disséquer les hypocrisies de ses contemporains avec la précision clinique d’un chirurgien.

Toutefois, c’est par son œuvre de fiction que Ambrose Bierce a conquis l’immortalité littéraire. Héritier spirituel de l’illustre Edgar Allan Poe, il fut un nouvelliste d’un noir génie. Ses récits macabres et cruels, compilés dans des recueils tels que Au cœur de la vie, mettent en scène des destins broyés par une mécanique implacable, où la mort se plaît à tromper les vivants. Comment, en effet, ne pas frissonner à la lecture du célèbre conte Ce qu’il se passa sur le pont de Owl Creek ? Par-delà son talent pour le fantastique, il convient de saluer bien bas son magistral Dictionnaire du Diable, un lexique d’aphorismes d’un cynisme étincelant, où l’humour noir le dispute à la lucidité la plus glaçante.

La fin de son existence, véritable sommet de théâtralité romanesque, acheva de sceller son mythe. À l’automne 1913, alors qu’il avait allègrement franchi le cap des soixante-dix printemps, le vieil écrivain, las de ses semblables, fit ses malles et chevaucha vers le sud pour observer les tumultes de la révolution mexicaine, rejoignant les armées de Pancho Villa. Il s’évapora purement et simplement dans les brumes de l’Histoire au tournant de l’année 1914, ne laissant derrière lui qu’un insondable mystère et un silence définitif, épitaphe rêvée pour ce grand contempteur du genre humain.

Livres de Ambrose Bierce :

Traductions de Mais-Encore.fr :

A la dérive (1874)
Contes noirs (1991)
De telles choses sont-elles possibles ? (1994)
Epigrammes (1911)
Fables fantastiques (1995)
Histoires macabres et flegmatiques de la Guerre de Sécession (2020)
L’étranger (1909)
La fille du bourreau (1986)
Le club des parenticides (2007)
Le dictionnaire du diable (1906)
Le Maître de Moxon (1910)
Les fables de Zambri (2013)
Morts violentes (1957)
Un diagnostic de la mort (1901)

Pour en savoir plus sur Ambrose Bierce :

La page Wikipédia sur A. Bierce
La page Noosfere sur A. Bierce
La page isfdb de A. Bierce

L’oisif surmené par Hervé Jaouen

Fiche de L’oisif surmené

Titre : L’oisif surmené
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1995
Editeur : Seuil

Première page de L’oisif surmené

« C’est au septième art que je dois d’être venu au monde.

Habilleuse de cinéma, maman avait été embauchée pour coudre, retoucher et mettre à sécher les vêtements de la vedette féminine d’une nouvelle version d’Un homme et une femme, grand film d’amour des années soixante tourné à Deauville, par temps de pluie. Le scénario, extrêmement dépouillé, ne pouvait que plaire aux Américains acheteurs des droits du re-tournage. Un homme, une femme et un chien courent sur une plage, s’éloignent, se rapprochent, s’éloignent, se rapprochent, s’éloignent, se rapprochent, et ainsi de suite pendant quatre-vingt-dix minutes. Le dialogue et les jappements du chien, m’a dit maman plus tard, sont couverts par une scie, ou rengaine, un mot chanté et répété sans cesse, « chabadabada, chabadabada, chabadabada », et qui signifierait, dans une langue que je ne connais pas, « aime-moi, mon cœur bat pour toi ».

Venu à Deauville vérifier que son argent était utilisé à bon escient, le producteur, un Texan, est tombé amoureux de maman. Ou l’inverse. Ou les deux. Toujours est-il qu’ils ont fait chabadabada. Voilà comment j’ai été conçu en Normandie. »

Extrait de : H. Jaouen. « L’Oisif surmené. »