Auteur/autrice : CH91
L’évadé de l’an II par Philippe Ébly

Fiche de L’évadé de l’an II
Titre : L’évadé de l’an II (tome 4 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1973
Editeur : Hachette
Première page de L’évadé de l’an II
« C’était à Paris. Un soir de juillet, chaud et sec.
Trois garçons de seize ou dix-sept ans venaient de sortir du métro, à la porte Dauphine, et ils cherchaient à s’orienter. L’un d’eux demanda : « Alors, Serge ? Tu t’y retrouves ? »
Celui à qui s’adressait cette question était plutôt mince, mais d’apparence solide, avec des cheveux très blonds, décolorés par le soleil.
« Tout va bien, répondit-il. Nous sommes à l’entrée de l’avenue Foch, et du bon côté. On nous attend à sept heures. Nous serons là juste à temps. »
Les trois garçons marchèrent en silence pendant une ou deux minutes. Puis celui qui avait parlé le premier dit encore :
« Pourquoi veut-elle nous voir ? »
Ce garçon était un peu plus petit que Serge, mais très robuste. Il avait des cheveux noirs en bataille, de grands yeux noirs, un visage énergique et résolu. Serge laissa passer quelques secondes et répondit :
« Je ne sais pas, Thibaut. Je ne sais rien de plus que toi. »
Thibaut haussa les épaules. »
Extrait de : P. Ébly. « L’évadé de l’an II – Les conquérants de l’impossible. »
L’éclair qui effaçait tout par Philippe Ébly

Fiche de L’éclair qui effaçait tout
Titre : L’éclair qui effaçait tout (tome 3 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1972
Editeur : Hachette
Première page de L’éclair qui effaçait tout
« LES cinq garçons s’étaient arrêtés devant l’inscription.
« Tomba di Nerone, lut le plus jeune, qui paraissait avoir à peu près quatorze ans. Ça veut dire : tombeau de Néron.
— Merci, Marc, on sait lire, dit un autre. Et on avait compris. Merci tout de même. »
Le garçon qui venait de parler pouvait avoir seize ans, et c’était le frère du premier. La ressemblance sautait aux yeux. Ils avaient la même forme de visage, les mêmes cheveux châtains et les mêmes yeux gris ardoise.
« Ce que je disais, c’était pour rendre service », dit Marc.
Son frère sortit une carte de sa poche et la déplia. »
Extrait de : P. Ébly. « L’éclair qui effaçait tout – Les conquérants de l’impossible. »
Celui qui revenait de loin par Philippe Ébly

Fiche de Celui qui revenait de loin
Titre : Celui qui revenait de loin (tome 2 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1972
Editeur : Hachette
Première page de Celui qui revenait de loin
« Le soir tombait.
Thibaut remontait la vallée, de toute la vitesse dont son cheval était capable. Quand il se retournait pour essayer de voir ses poursuivants, il était aveuglé par le flamboiement du soleil couchant. Les trois hommes étaient-ils toujours derrière lui ?… C’était le troisième jour de sa fuite. Pendant les deux nuits précédentes, il avait pu se cacher et dormir quelques heures. Ce soir, il lui fallait encore trouver, à tout prix, un endroit sûr pour y passer la nuit.
Un paysan, assis au bord de la rivière, leva la tête et le suivit des yeux. Thibaut lui jeta un coup d’œil rapide, se demandant s’il pouvait se fier à lui. Quelque chose lui disait que l’homme n’était pas sûr, et il ne s’arrêta pas. Il se savait facile à reconnaître, et son cheval ne passait jamais inaperçu. Ce paysan ne le trahirait sans doute pas volontairement, mais Thibaut devinait que ses poursuivants sauraient le mettre en confiance. Il imaginait facilement ce qu’ils pourraient lui dire… »
Extrait de : P. Ébly. « Celui qui revenait de loin – Les conquérants de l’impossible. »
Destination Uruapan par Philippe Ébly

Fiche de Destination Uruapan
Titre : Destination Uruapan (tome 1 sur 20 – Les conquérants de l’impossible)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1971
Editeur : Hachette
Première page de Destination Uruapan
« L’avion se posa, roula jusqu’au bout de la piste et vint se placer devant le bâtiment de l’aéroport. Une dizaine de passagers descendaient à Champaign. Parmi eux, Serge paraissait le moins pressé. Il sortit le dernier et suivit les autres sans la moindre hâte. Il devait attendre le premier avion pour Chicago, et il avait un peu plus de deux heures à patienter. Il savait que Champaign n’offrait aucun intérêt touristique et il préférait perdre ces deux heures à l’aéroport plutôt que de se promener au hasard dans des rues quelconques. Après tout, Champaign n’était qu’une ville moyenne de l’Illinois, pareille à cent autres villes américaines.
Serge montra son billet d’avion à un employé qui ne parlait pas le français. L’homme prononça une phrase qui était probablement aimable, mais certainement incompréhensible pour Serge, dont les connaissances en anglais étaient fort rudimentaires. Le geste qui ponctuait cette phrase était cependant très clair et Serge comprit qu’on lui indiquait une salle d’attente. Il remercia et s’y rendit. Autant aller là qu’ailleurs. Il était un peu moins de dix heures du matin. »
Extrait de : P. Ébly. « Destination Uruapan – Les conquérants de l’impossible. »
Les grands auteurs français de science-fiction : de la SF moderne aux voix contemporaines
La science-fiction française ne s’est pas arrêtée aux classiques de l’après-guerre. À partir des années 1970, puis au cours des décennies suivantes, de nouveaux écrivains ont exploré d’autres territoires : sociétés autoritaires, crises écologiques, transformations du vivant, intelligences artificielles, univers extraterrestres et futurs profondément différents du nôtre.
Certains ont privilégié les grandes fresques et les civilisations imaginaires. D’autres ont fait de la science-fiction un outil de critique sociale, une expérience littéraire ou une manière de questionner notre rapport au monde. La frontière avec le fantastique, la fantasy et le polar s’est également révélée particulièrement féconde.
Après notre premier article consacré aux pionniers et aux classiques, voici vingt auteurs qui permettent de découvrir cette science-fiction française moderne et contemporaine. Là encore, il ne s’agit pas d’établir un classement, mais de proposer un parcours parmi des œuvres et des imaginaires très différents.
1. Serge Brussolo : des univers inquiétants et imprévisibles
Serge Brussolo occupe une place à part dans les littératures de l’imaginaire. Son œuvre traverse la science-fiction, le fantastique, le thriller et l’horreur, avec une imagination qui semble toujours chercher à prendre le lecteur à contre-pied.
Ses récits mettent souvent en scène des environnements oppressants, des sociétés détraquées et des situations qui échappent progressivement à toute logique familière. Chez Brussolo, les idées ne servent pas uniquement à bâtir un décor futuriste : elles deviennent des sources de malaise, de tension et de surprises narratives.
Cette liberté fait de lui un auteur intéressant pour les lecteurs qui aiment les univers étranges et les histoires difficiles à prévoir. Il ne cherche pas toujours à expliquer chaque mécanisme, préférant parfois laisser le lecteur découvrir les règles d’un monde au fil du récit.
Par où commencer ? Ce qui mordait le ciel… est une piste à explorer pour découvrir son imaginaire de science-fiction. Ses œuvres plus proches du fantastique peuvent également séduire les lecteurs qui apprécient les atmosphères inquiétantes.
2. Pierre Bordage : les grandes fresques humanistes
Pierre Bordage est l’un des noms majeurs de la science-fiction française moderne. Il s’est imposé avec des récits de grande ampleur, dans lesquels les destins individuels s’inscrivent dans des bouleversements politiques, spirituels et civilisationnels.
Ses romans s’intéressent souvent aux croyances, aux rapports de pouvoir, à la violence et à la capacité des êtres humains à dépasser leurs divisions. Même lorsque l’intrigue se déroule dans un univers lointain, les questions abordées restent profondément humaines.
Bordage sait également construire des univers qui donnent envie de poursuivre la lecture sur plusieurs volumes. Il conviendra particulièrement à ceux qui aiment les récits amples, les personnages qui évoluent au fil des épreuves et les aventures qui associent action et réflexion.
Par où commencer ? Les Guerriers du silence est une excellente porte d’entrée dans son œuvre, notamment pour les amateurs de grandes fresques spatiales. Wang permet de découvrir une autre facette de son imaginaire, tournée vers les frontières, les inégalités et les tensions politiques.
3. Ayerdhal : la liberté face aux systèmes de pouvoir
Sous le nom d’Ayerdhal, Marc Soulier a développé une œuvre de science-fiction attentive aux questions politiques et sociales. Ses récits interrogent la liberté individuelle, les mécanismes de domination et la possibilité de transformer des sociétés qui semblent verrouillées.
Son approche ne se limite pas à dénoncer les injustices. Elle s’intéresse aussi aux moyens de résister, aux contradictions des mouvements de contestation et aux conséquences des choix collectifs. Les personnages doivent souvent composer avec des systèmes complexes, dans lesquels les intentions les plus nobles peuvent elles-mêmes conduire à des impasses.
Ayerdhal est donc un auteur à découvrir si vous aimez la science-fiction qui confronte ses idées à des situations concrètes et à des personnages engagés.
Par où commencer ? Parleur ou les Chroniques d’un rêve enclavé explore les rapports entre pouvoir, liberté et utopie. Demain, une oasis constitue une autre piste pour découvrir une science-fiction préoccupée par les crises et les choix de société.
4. Joël Houssin : une science-fiction sombre et urbaine
Joël Houssin s’inscrit dans une tradition de science-fiction française plus sombre, parfois proche du polar et du roman noir. Son imaginaire s’intéresse aux sociétés dégradées, à la violence et aux conséquences humaines des environnements hostiles.
Cette orientation donne à ses récits une tonalité différente des grandes aventures spatiales. Le futur n’y est pas nécessairement synonyme de progrès : il peut prolonger ou amplifier les tensions déjà présentes dans le monde contemporain.
Houssin témoigne ainsi de la diversité de la SF française, capable de s’emparer des codes du roman noir pour construire des visions inquiétantes de l’avenir. Il intéressera les lecteurs qui préfèrent les ambiances dures, les sociétés en crise et les personnages confrontés à des choix difficiles.
Par où commencer ? Le plus utile est de parcourir sa bibliographie de science-fiction et d’anticipation pour choisir un roman correspondant à votre goût pour les univers urbains, les dystopies et les récits sombres.
5. Roland C. Wagner : l’uchronie, l’humour et les futurs possibles
Roland C. Wagner a développé une œuvre particulièrement originale, mêlant science-fiction, humour, réflexion politique et jeux avec l’histoire. Son écriture peut sembler légère, mais elle aborde des questions sérieuses sur les sociétés, les idéologies et les manières dont les individus interprètent le monde.
L’un de ses terrains de prédilection est l’uchronie : l’imagination d’une histoire différente de celle que nous connaissons. Il s’intéresse aussi aux réalités alternatives et aux transformations de la conscience collective. Son œuvre montre que la science-fiction peut faire réfléchir sans renoncer au plaisir du jeu et de l’ironie.
Wagner est particulièrement recommandé aux lecteurs qui aiment les récits inventifs, les références culturelles et les univers dans lesquels l’humour accompagne une véritable réflexion sur le présent.
Par où commencer ? La série des Futurs Mystères de Paris constitue une porte d’entrée emblématique dans son univers. Le Chant du cosmos permet également de découvrir son goût pour les idées originales et les trajectoires inattendues.
6. Jean-Pierre Hubert : la science-fiction comme terrain d’expérimentation
Jean-Pierre Hubert est un auteur français de science-fiction qui a également exploré le polar et l’horreur. Son œuvre s’inscrit dans une période où plusieurs écrivains cherchent à sortir des structures trop prévisibles du récit d’anticipation.
Ses romans et ses nouvelles abordent des situations qui peuvent déplacer les repères du lecteur, que ce soit par leurs hypothèses, leur construction ou leurs univers. Cette recherche d’originalité s’accorde avec une période de la SF française marquée par le désir d’expérimenter et de renouveler les formes du genre.
Hubert mérite l’attention des lecteurs qui souhaitent aller au-delà des titres les plus célèbres et découvrir des auteurs récompensés, mais parfois moins présents dans les panoramas généralistes.
Par où commencer ? Le Champ du rêveur et Sa majesté des clones sont deux titres à rechercher pour découvrir différentes facettes de son travail.
7. Jean-Pierre Vernay : une voix expérimentale de la SF française
Jean-Pierre Vernay a participé au groupe Limite, qui souhaitait renouveler la science-fiction française, notamment sur le plan formel. Cette démarche témoigne d’une volonté de repousser les conventions du genre et de faire de l’écriture elle-même un terrain d’exploration.
Son œuvre se situe à la croisée de plusieurs préoccupations : les mondes imaginaires, les transformations de la société et les possibilités offertes par une narration moins conventionnelle. Il constitue un exemple intéressant de la diversité des démarches apparues dans la SF française à la fin du XXe siècle.
Vernay s’adresse avant tout aux lecteurs curieux de découvrir une science-fiction qui ne cherche pas toujours à reproduire les modèles les plus familiers.
Par où commencer ? Le Sang des mondes est un titre à retenir. Pour approfondir sa démarche, ses autres romans et ses nouvelles permettent de mieux comprendre sa place dans l’expérimentation littéraire de cette période.
8. Jean-Pierre Fontana : des mondes à explorer
Jean-Pierre Fontana fait partie de ces auteurs dont le parcours permet d’élargir la vision que l’on peut avoir de la science-fiction française. Son œuvre comprend des récits qui explorent des univers imaginaires et les possibilités narratives offertes par les rencontres, les voyages et les transformations du monde.
Il est intéressant de le replacer dans l’histoire d’un genre qui ne s’est jamais limité à quelques grandes signatures. Revues, collections spécialisées, anthologies et romans ont constitué un réseau de publications grâce auquel des auteurs aux sensibilités différentes ont pu développer leurs idées.
Par où commencer ? Les lecteurs peuvent explorer ses romans et ses nouvelles disponibles dans la bibliothèque de Mais-Encore.fr, puis choisir selon leur intérêt pour l’anticipation et les univers imaginaires. Une sélection de textes courts peut également être un bon moyen d’aborder une œuvre moins connue.
9. Jean-Claude Dunyach : la rigueur scientifique au service de l’imaginaire
Jean-Claude Dunyach est une figure importante de la science-fiction française, notamment pour son travail sur les nouvelles. Son parcours scientifique nourrit une œuvre dans laquelle les idées spéculatives s’accompagnent souvent d’une attention particulière aux personnages et à leurs émotions.
Ses textes ne se limitent pas à imaginer des technologies ou des phénomènes extraordinaires. Ils explorent également ce que ces changements font aux individus : leurs relations, leurs souvenirs, leurs aspirations et leur manière de comprendre le monde.
Dunyach conviendra aux lecteurs qui apprécient les récits où la science-fiction se concentre sur une idée forte, développée avec précision, plutôt que sur l’accumulation d’événements spectaculaires.
Par où commencer ? Étoiles mortes est un titre à retenir pour découvrir son univers. Étoiles mourantes, écrit avec Ayerdhal, permet de retrouver deux sensibilités réunies autour d’une même histoire de science-fiction.
10. Dominique Douay : les futurs politiques et les réalités déformées
Dominique Douay appartient à la génération d’écrivains qui ont donné à la SF française des années 1970 une tonalité souvent critique et expérimentale. Ses textes interrogent les systèmes politiques, les comportements collectifs et les contradictions de la société.
Plutôt que de présenter le futur comme une simple extension du présent, il s’en sert pour déplacer les repères et faire apparaître des mécanismes que nous ne remarquons pas toujours dans notre quotidien. L’étrangeté devient un moyen d’examiner les rapports de pouvoir et les formes d’organisation humaine.
Son œuvre intéressera les lecteurs qui aiment une science-fiction intellectuelle, qui ne sépare pas les hypothèses imaginaires des questions sociales.
Par où commencer ? L’Échiquier de la création est un bon titre à rechercher. La Vie comme une course de chars à voile permet également d’explorer son goût pour les situations insolites et les récits qui dérangent nos habitudes de pensée.
11. Serge Lehman : la mémoire et les mythologies de la science-fiction
Serge Lehman occupe une place singulière dans la science-fiction française contemporaine. Écrivain et scénariste, il s’intéresse aux imaginaires collectifs, à l’histoire du genre et à la façon dont les récits populaires façonnent notre représentation du monde.
Son travail fait dialoguer la science-fiction avec d’autres formes de culture, notamment la bande dessinée et les mythologies modernes. Il explore aussi la place de la France dans l’histoire de l’imaginaire scientifique, un sujet qui permet de relire les anciens récits sous un angle nouveau.
Lehman est particulièrement intéressant pour les lecteurs qui aiment les œuvres à plusieurs niveaux de lecture : une intrigue accessible, mais aussi des références et des réflexions sur la manière dont se construisent les mythes.
Par où commencer ? Aucune étoile aussi lointaine est une porte d’entrée dans sa science-fiction romanesque. Pour découvrir son travail sur les mythologies et les héros de l’imaginaire, La Brigade chimérique, réalisée avec Fabrice Colin et le dessinateur Gess, est également incontournable.
12. Laurent Genefort : des civilisations et des mondes extraterrestres
Laurent Genefort est l’un des auteurs contemporains les plus prolifiques de la science-fiction française. Il s’est illustré par la création de mondes complexes, de civilisations étrangères et d’environnements qui donnent à l’exploration une place centrale.
Son imaginaire couvre plusieurs formes de science-fiction : space opera, récits de contact, futurs politiques et histoires centrées sur des sociétés radicalement différentes de la nôtre. Il accorde une attention particulière à la façon dont les espèces, les cultures et les milieux façonnent les comportements.
Pour les lecteurs qui aiment se perdre dans des univers denses, avec des règles propres et des perspectives qui dépassent le cadre humain, Genefort constitue un choix naturel.
Par où commencer ? Lum’en propose une approche originale de la colonisation et de la relation entre les humains et un monde vivant. Points chauds explore les conséquences de contacts extraterrestres dans un contexte proche du nôtre.
13. Alain Damasio : les sociétés de contrôle et les formes nouvelles du récit
Alain Damasio est connu pour une science-fiction qui interroge les mécanismes de contrôle, la surveillance et les possibilités de résistance. Ses livres associent réflexion politique, recherche stylistique et attention aux formes de vie collective.
Dans ses univers, les systèmes de pouvoir ne reposent pas seulement sur la contrainte physique. Ils agissent également sur les comportements, les perceptions, les communications et la manière dont les individus se représentent leur liberté. Cette dimension donne à ses récits une résonance particulière avec les préoccupations contemporaines.
Damasio se distingue aussi par son travail sur la langue. Le rythme, les voix et les choix de narration contribuent pleinement à l’expérience de lecture. Il s’adresse aux lecteurs qui aiment être autant stimulés par l’écriture que par les idées.
Par où commencer ? La Zone du Dehors explore une société de contrôle et les possibilités de la contestation. Les Furtifs propose une autre vision, centrée sur la surveillance, les technologies et les formes de vie insaisissables.
14. Jean-Marc Ligny : l’écologie au cœur des futurs possibles
Jean-Marc Ligny a consacré une partie importante de son œuvre aux conséquences des crises écologiques et aux transformations de nos sociétés. Ses romans imaginent des futurs dans lesquels les choix collectifs d’aujourd’hui ont profondément modifié les conditions de vie.
La catastrophe environnementale n’est pas seulement un décor spectaculaire. Elle affecte les rapports sociaux, l’économie, les migrations et les possibilités de survie. Ligny s’intéresse à la façon dont les individus réagissent à ces bouleversements, entre adaptation, résistance et recherche de solutions.
Cette approche fait de son œuvre une piste particulièrement pertinente pour les lecteurs qui cherchent une science-fiction attentive aux enjeux climatiques et aux futurs de notre civilisation.
Par où commencer ? Aqua imagine un monde dans lequel l’accès à l’eau devient un enjeu majeur. C’est un bon choix pour découvrir sa manière d’articuler anticipation, questions écologiques et conflits politiques.
15. Claude Ecken : les futurs crédibles et les questions de société
Claude Ecken est un auteur français de science-fiction qui s’intéresse aux conséquences humaines des transformations scientifiques et sociales. Ses récits explorent des situations spéculatives en restant attentifs à leurs effets sur la vie quotidienne, les relations et les choix individuels.
Cette sensibilité donne à son œuvre une dimension souvent réaliste : les idées de science-fiction ne sont pas isolées du monde, mais intégrées à des sociétés dans lesquelles les personnages doivent continuer à vivre, travailler, aimer ou lutter.
Ecken constitue une piste intéressante pour les lecteurs qui apprécient une SF attentive à la cohérence des situations et aux conséquences concrètes des évolutions imaginées.
Par où commencer ? Le Monde tous droits réservés est un titre à rechercher pour découvrir sa manière d’interroger les rapports entre société, culture et pouvoir. Ses nouvelles constituent également une bonne porte d’entrée dans son univers.
16. Joëlle Wintrebert : les identités et les transformations du monde
Joëlle Wintrebert est une voix importante de la science-fiction française, notamment par son intérêt pour les questions d’identité, de société et de transformation des rapports humains.
Ses récits utilisent les possibilités de l’imaginaire pour déplacer les normes et examiner les conséquences de choix collectifs ou technologiques. La science-fiction devient alors un laboratoire : en modifiant les conditions de vie, elle permet de voir autrement les structures qui nous paraissent naturelles.
Wintrebert mérite une place dans ce panorama parce qu’elle illustre une SF qui ne repose pas uniquement sur les machines ou les voyages spatiaux, mais aussi sur les êtres humains et les sociétés qu’ils construisent.
Par où commencer ? Les Olympiades truquées est un titre à découvrir. Pour approfondir son univers, ses romans et ses nouvelles permettent d’explorer plus largement ses préoccupations sociales et politiques.
17. Catherine Dufour : satire, humour et imaginaire contemporain
Catherine Dufour occupe une place originale dans les littératures de l’imaginaire françaises. Son écriture peut mêler satire, humour, réflexion politique et visions du futur, sans renoncer à une réelle exigence littéraire.
Elle s’intéresse aux contradictions de nos sociétés, à la consommation, aux technologies et aux rapports de pouvoir. Son regard peut être mordant, mais l’humour ne constitue pas une fin en soi : il permet de mettre à distance les évidences et de révéler les absurdités d’un système.
Dufour est une romancière à découvrir pour celles et ceux qui souhaitent une science-fiction moins conventionnelle, capable de passer de l’ironie à des réflexions plus sombres sur l’avenir.
Par où commencer ? Le Goût de l’immortalité est un roman important pour découvrir sa science-fiction et ses interrogations sur le temps, la mémoire et les transformations de l’humanité.
18. Sylvie Lainé : la nouvelle comme rencontre avec l’altérité
Sylvie Lainé s’est particulièrement illustrée dans l’art de la nouvelle de science-fiction. Ses textes sont souvent courts, mais ils ouvrent des perspectives considérables sur les relations entre humains, les formes d’intelligence et les manières de comprendre ce qui nous est étranger.
Plutôt que de construire systématiquement de vastes univers, elle se concentre sur une situation, une rencontre ou une idée dont les implications se révèlent progressivement. Cette économie de moyens peut donner à ses récits une grande force émotionnelle.
Elle représente une voie importante de la science-fiction française : celle d’une littérature qui explore l’altérité et la communication sans avoir besoin de multiplier les batailles spatiales ou les descriptions technologiques.
Par où commencer ? L’Opéra de Shaya est un excellent titre à rechercher pour découvrir son œuvre. Ses recueils de nouvelles permettent ensuite de prolonger cette découverte et de mesurer la diversité de ses approches.
19. Fabrice Colin : entre science-fiction, fantasy et imaginaires modernes
Fabrice Colin est un écrivain dont l’œuvre traverse plusieurs domaines des littératures de l’imaginaire. Il explore aussi bien la science-fiction que la fantasy et d’autres formes de fiction spéculative, avec un intérêt marqué pour les récits qui jouent sur la perception du réel.
Son parcours illustre la porosité des genres contemporains. Un auteur peut reprendre les codes de la science-fiction, les mêler à d’autres influences et construire une œuvre qui ne se laisse pas enfermer dans une catégorie unique.
Colin intéressera donc les lecteurs qui aiment les histoires inventives, les univers qui se dérobent et les récits qui interrogent la frontière entre ce que nous croyons réel et ce que nous imaginons.
Par où commencer ? Dreamericana est un titre à explorer pour découvrir son imaginaire et son goût pour les réalités instables. Son travail avec Serge Lehman sur La Brigade chimérique constitue une autre piste pour les amateurs de mythologies modernes.
20. Sabrina Calvo : une science-fiction expérimentale et atypique
Sabrina Calvo développe une œuvre singulière à la croisée de la science-fiction, de la fantasy et des formes littéraires expérimentales. Ses livres peuvent mêler les imaginaires technologiques, les transformations sociales et une écriture qui ne cherche pas toujours à suivre les conventions narratives les plus classiques.
Son approche invite à considérer la science-fiction comme un espace de liberté formelle. Les univers imaginés ne sont pas seulement des décors pour une intrigue : ils permettent d’explorer d’autres façons de penser le langage, l’identité et les relations entre les individus et leur environnement.
Calvo conviendra particulièrement aux lecteurs qui souhaitent sortir des modèles les plus connus et découvrir des œuvres contemporaines qui prennent des risques, tant sur le fond que sur la forme.
Par où commencer ? Toxoplasma est un titre à rechercher pour découvrir son univers, son rapport aux transformations de la société et sa manière d’aborder les futurs possibles.
Conclusion : une science-fiction française toujours en mouvement
Des univers inquiétants de Serge Brussolo aux grandes fresques de Pierre Bordage, des futurs politiques d’Ayerdhal aux mondes extraterrestres de Laurent Genefort, la science-fiction française moderne et contemporaine se caractérise par une grande diversité d’approches.
Certains auteurs imaginent des civilisations lointaines et des aventures spatiales. D’autres se concentrent sur les crises écologiques, la surveillance, les inégalités ou les transformations de l’identité. D’autres encore expérimentent avec la langue et la structure du récit, montrant que la science-fiction peut être un terrain de recherche littéraire autant qu’un genre de spéculation.
Cette richesse prolonge l’héritage des pionniers et des classiques présentés dans notre premier article. Les interrogations de Jules Verne sur les progrès techniques, les visions de Barjavel sur les catastrophes et les questions soulevées par Rosny aîné sur l’altérité trouvent de nouveaux échos dans les œuvres d’aujourd’hui.
Il ne faut donc pas opposer les classiques aux auteurs contemporains : les uns et les autres participent à une même histoire, qui évolue avec les préoccupations de chaque époque. Lire la science-fiction française, c’est découvrir des visions du futur, mais aussi comprendre comment chaque génération imagine ses espoirs, ses peurs et ses possibilités.
Pour poursuivre votre exploration, retrouvez notre premier article, consacré aux grands auteurs français de science-fiction, des pionniers aux classiques, ainsi que notre sélection des 20 meilleurs romans de science-fiction français. Vous pourrez ainsi passer des écrivains aux œuvres et choisir les livres qui vous donneront envie d’aller plus loin.
Philip Goy
Présentation de Philip Goy :
Venu au monde le sept novembre de l’an 1941 dans la commune de Charvieu, Philippe Goy mène de front une brillante carrière de physicien émérite au sein de notre vénérable Centre national de la recherche scientifique et une passion assidue pour l’art photographique, qu’il exerce sous son véritable patronyme. Cependant, c’est sous le malicieux pseudo-pseudonyme de « Philip Goy » que ce savant s’en vient charmer et troubler les amateurs d’anticipation et de récits conjecturaux.
Dès le milieu de la décennie qui nous occupe, ce polygraphe virtuose a su s’imposer comme une plume majeure de la science-fiction à la française, brossant des univers d’une rigueur scientifique remarquable, toujours teintés d’une poésie savante. Il convient de saluer tout particulièrement son ouvrage Le père éternel, paru en 1974 aux prestigieuses éditions Denoël. Mais c’est incontestablement avec Le livre/machine, publié l’année suivante dans la célèbre collection « Présence du futur », qu’il a conquis la gloire. Cette œuvre avant-gardiste fut d’ailleurs couronnée du Grand Prix de l’Imaginaire du meilleur roman francophone en 1976, une distinction amplement méritée !
Insistons sur cette fibre spéculative qui ne cesse d’irriguer sa prose : l’auteur excelle tout autant dans le format plus bref de la nouvelle. Sa fameuse contribution Retour à la Terre, définitif, insérée dans la non moins célèbre anthologie de son confrère Jean-Pierre Andrevon, lui a d’ailleurs valu d’être honoré par le prix de la meilleure nouvelle lors de la convention de Limoges en 1977. Mentionnons également le recueil Vers la révolution paru en cette même année, dans lequel Philip Goy démontre une maestria narrative qui n’appartient qu’aux plus grands romanciers de l’imaginaire.
Livres de Philip Goy :
Le père éternel (1974)
Vers la révolution (1977)
Pour en savoir plus sur Philip Goy :
La page Wikipédia sur P. Goy
La page Noosfere sur P. Goy
La page isfdb de P. Goy
Philippe Ébly

Présentation de Philippe Ébly :
Venu au monde le vingt-neuf juillet de l’an 1920 dans la belle cité de Liège, sous le patronyme de Jacques Gouzou, cet homme d’une grande distinction s’est d’abord illustré dans l’industrie métallurgique avant de céder à l’appel des lettres. C’est sous le pseudonyme de Philippe Ébly – judicieusement emprunté à un paisible village de la province belge de Luxembourg – qu’il s’est imposé comme l’un des plus grands pourvoyeurs de récits d’anticipation et de merveilleux scientifique.
Publié au sein de la célèbre collection de la Bibliothèque verte par les éditions Hachette dès l’aube de notre décennie 1970, Philippe Ébly a su, avec une virtuosité narrative remarquable, acclimater la science-fiction aux attentes de la jeunesse. Comment ne point évoquer sa série maîtresse, Les Conquérants de l’impossible, inaugurée en 1971 avec l’ouvrage Destination Uruapan ? Les jeunes lecteurs se passionnent sans réserve pour les pérégrinations temporelles et les vertiges spatiaux du jeune Serge, bientôt rejoint par le vaillant Xolotl et l’intrépide Thibaut, jeune duc de l’an de grâce 1187.
Cet infatigable conteur ne s’est point arrêté en si bon chemin. Sa plume féconde a également enfanté le cycle des Évadés du temps, dont la parution débuta en 1977, ainsi que la série des Patrouilleurs de l’an 4003, élargissant sans cesse les horizons d’une génération avide de découvertes. Avec un style toujours limpide, dénué de toute vulgarité, et un sens inné du suspense, il aura initié d’innombrables collégiens aux paradoxes temporels et aux mystères des univers parallèles. Philippe Ébly s’éteindra bien plus tard, au mois de mars 2014, laissant en héritage une œuvre des plus foisonnantes.
Livres de Philippe Ébly :
Les conquérants de l’impossible :
- Destination Uruapan (1971)
- Celui qui revenait de loin (1972)
- L’éclair qui effaçait tout (1972)
- L’évadé de l’an II (1973)
- Pour sauver le diamant noir (1973)
- … et les martiens invitèrent les hommes (1974)
- Le navire qui remontait le temps (1974)
- La ville qui n’existait pas (1975)
- La voûte invisible (1976)
- L’île surgie de la mer (1977)
- Le robot qui vivait sa vie (1978)
- S.O.S Léonard de Vinci (1979)
- Le naufragé des étoiles (1980)
- Le matin des dinosaures (1982)
- La grande peur de l’an 2117 (1983)
- 2159 – La fin des temps troublés (1985)
- Les parias de l’an 2187 (1986)
- L’ordinateur qui semait le désordre (1988)
- Mission sans retour (1996)
- Le prisonnier de l’eau (2007)
Les évadés du temps :
- Les trois portes (1977)
- Le voyageur de l’au-delà (1978)
- Volontaires pour l’inconnu (1980)
- Un frère au fond des siècles (1981)
- Chasse au tigre en Corrèze (1983)
- Le monstre aux deux têtes
- Descente au pays sans nom (1985)
- Objectif : Nulle part
- Les dix jours impossibles (1988)
Les patrouilleurs de l’an 4003 :
- La forêt des castors (1984)
- Au pouvoir des corsaires (1984)
- La vallée des cyclopes (1984)
- L’enlèvement du dieu blanc (1985)
- Les marais de la mort (1986)
Pour en savoir plus sur Philippe Ébly :
La page Wikipédia sur P. Ébly
La page Noosfere sur P. Ébly
La page isfdb de P. Ébly
Skeleton coast par Laurent Whale

Fiche de Skeleton coast
Titre : Skeleton coast
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2021
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Skeleton coast
« De nos jours,
Atlantique sud, latitude : 23° 26’ 12,555’’ S, longitude : 10° 44’ 39,59’’ E.
Le Morning Star, battant pavillon de la Sierra Leone, roulait dans les embruns au passage du tropique du Capricorne. Après le crépuscule, la houle avait forci. Puis l’orage s’était déclenché, par assauts successifs, jusqu’à enfler à la taille d’un monde.
Cramponné à la barre, le capitaine Barke Gerhardus vérifiait pour la troisième fois l’instrumentation. L’écran vert du radar ne renvoyait qu’une étendue vide, la côte avait disparu. D’un œil, il contrôla le GPS. Après avoir inspiré profondément l’air chargé de nicotine et d’huile, il réduisit la puissance de la machine principale. Immédiatement, les vibrations diminuèrent, ainsi que l’intensité de l’éclairage. Le Sud-Africain ne
serait pas fâché de quitter cette barcasse. »
Extrait de : L. Whale. « Skeleton Coast. »
Les pilleurs d’âmes par Laurent Whale

Fiche de Les pilleurs d’âmes
Titre : Les pilleurs d’âmes
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2010
Editeur : Ad Astra Editions
Première page de Les pilleurs d’âmes
« Avant… ou peut-être ailleurs.
S’il est un bruit terrifiant, un bruit qui brise les nerfs des plus aguerris, c’est bien celui d’un abordage. Peu d’astros y ont survécu pour en parler. En fait, la mémoire collective se perpétue par la geste des frères de la course et par les récits hallucinés de rares otages rendus hébétés à leur monotonie.
Oui, c’est bien là le craquement le plus extraordinaire. Quand les membrures d’acier cohérent gémissent sous la pression, vous sentez la douleur jusque dans vos propres côtes. Comme si le monstre, à l’extérieur, bord à bord avec votre navire, vous écrasait directement le flanc. Vous suffoquez ; vous avez froid, du froid de l’espace qui vous attend là, juste à l’extérieur de cette porte de sas sur le point d’exploser. Si vous êtes de la stellaire, vos mains glissent dans vos gants de scaphandre. Cette arme est-elle chargée ? Se rendre ou résister ? Dans les hurlements de sirène, la cohue et les éclairages d’alerte, votre cerveau bouillonne.
Vous êtes vide et courez au hasard. Un autre claquement ; une déflagration. Votre visière s’est immédiatement fermée et la dépression vous fait perdre l’équilibre, le temps qu’une écoutille se referme. Maintenant c’est le silence. Brutal, glacé. Sans y penser vous titubez en position debout, à l’instant même où la pesanteur artificielle s’annule ! »
Extrait de : L. Whale. « Les Pilleurs d’Âmes. »