Auteur/autrice : CH91
Sur des mers plus ignorées… par Tim Powers

Fiche de Sur des mers plus ignorées…
Titre : Sur des mers plus ignorées…
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1987
Traduction : F-M Watkins
Editeur : J’ai lu
Première page de Sur des mers plus ignorées…
« Bien que le vent du soir eût glacé son dos pendant la traversée, il n’avait pas encore commencé sa course nocturne parmi les lianes et les palmiers de l’île ; il allait bientôt disperser l’air humide laissé par la journée. Le visage de Benjamin Hurwood luisait de sueur avant même que l’homme noir ne l’eût fait pénétrer de quelques pas dans la jungle. Il soupesa la lourde machette qu’il tenait dans sa main gauche – unique – et scruta avec inquiétude les ténèbres qui se pressaient contre la végétation illuminée par la torche, tout autour et au-dessus d’eux. Les histoires de cannibales et de serpents géants qu’il avait entendu raconter devenaient trop plausibles et il était difficile, en dépit d’incidents récents, de se fier à la collection de queues de bœuf, de petits sachets de toile et d’amulettes accrochés à la ceinture de son compagnon. Dans cette forêt vierge, ce n’était pas un réconfort de les considérer comme des gardes, des arrêts et des drogues au lieu de fétiches – pas plus qu’il n’était rassurant de se dire que l’homme était un bocor plutôt qu’un sorcier ou un chaman. »
Extrait de : T. Powers. « Sur des mers plus ignorées. »
Parmi les tombes par Tim Powers

Fiche de Parmi les tombes
Titre : Parmi les tombes
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 2012
Traduction : M. Le Dain
Editeur : Bragelonne
Première page de Parmi les tombes
« La base feutrée du fou d’ivoire atterrit sur le marbre de l’échiquier avec un bruit étouffé.
— Échec, dit la fille.
Le visage du vieil homme qui lui faisait face était plongé dans l’ombre – on avait tiré les rideaux des fenêtres donnant sur la rue, et le lustre, déséquilibré par son manchon économiseur de gaz, pendait de guingois. Tout ce qu’elle pouvait voir sous la visière de sa casquette noire, c’était l’éclat de ses lunettes aux foyers épais tournées vers les pièces du jeu.
Tous deux détestaient perdre.
— Et mat en… deux coups, constata-t-il.
Il se carra dans son fauteuil et l’observa en clignant longuement des yeux. Avec un soupir, elle écarta les mains. »
Extrait de : T. Powers. « Parmi les tombes. »
Les voies d’Anubis par Tim Powers

Fiche de Les voies d’Anubis
Titre : Les voies d’Anubis
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1983
Traduction : G. Lebec
Editeur : J’ai lu
Première page de Les voies d’Anubis
« Lorsque la BMW prit le virage et que, tout de suite après mais en souplesse, le chauffeur l’immobilisa d’un coup de frein, Brendan Doyle se plia sur la banquette arrière et posa son regard sur le terrain vague ceint d’une clôture devant lequel ils étaient arrivés. De hauts lampadaires le baignaient d’une lumière crue et l’on percevait à proximité le bruit de lourdes machines à l’œuvre.
— Pourquoi nous arrêtons-nous ici ? demanda-t-il sans trop d’espoir.
Le chauffeur bondit prestement de la voiture pour ouvrir la portière à Doyle. La nuit était assez fraîche.
— Mr Darrow est ici, expliqua-t-il. Laissez, je vais la prendre, ajouta-t-il en saisissant la valise de Doyle.
Celui-ci n’avait pas desserré les lèvres durant les dix minutes qu’avait duré le trajet depuis l’aéroport d’Heathrow mais à présent sa nervosité triomphait de sa réticence à reconnaître à quel point il ignorait presque tout de sa situation.
— J’ai… euh… j’ai cru saisir dans ce que m’ont dit les deux personnes qui sont entrées en contact avec moi à Fullerton, en Californie, que ce travail a quelque chose à voir avec Samuel Taylor Coleridge, fit-il timidement alors qu’ils s’acheminaient vers le portail ménagé dans le grillage. Savez-vous précisément… de quoi il s’agit ? »
Extrait de : T. Powers. « Les Voies D’Anubis. »
Les puissances de l’invisible par Tim Powers

Fiche de Les puissances de l’invisible
Titre : Les puissances de l’invisible
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 2001
Traduction : M. Charrier
Editeur : Denoël
Première page de Les puissances de l’invisible
« Les mains gluantes de sang sur le volant de la jeep, le jeune homme recula prudemment en un virage serré, quittant le sentier creusé d’ornières pour un carré de neige régulier qui brillait au bord du précipice dans le clair de lune intermittent. Au moment de passer la première, sa main gauche se figea sur le levier de vitesses. Il descendait la pente en marche arrière depuis une heure, très lentement, scrutant la piste obscure par-dessus son épaule, mais la masse indistincte du mont Ararat n’avait pas diminué. Elle éclipsait encore la moitié du ciel nocturne, alors qu’il éprouvait le besoin impérieux de s’en éloigner au plus vite.
Après avoir déplié ses doigts engourdis par le froid et jusqu’alors crispés sur la pomme du levier, il alluma les phares ; l’un des deux avait beau être hors d’usage, le flamboiement soudain lui donna le tournis. Ses yeux plissés parcoururent à travers le pare-brise cassé la paroi rocheuse de la gorge et les traces de pneus imprimées dans la boue, tandis qu’il tournait le volant pour regagner le chemin de berger. »
Extrait de : T. Powers. « Les puissances de l’invisible. »
Les pêcheurs du ciel par Tim Powers

Fiche de Les pêcheurs du ciel
Titre : Les pêcheurs du ciel
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1989
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu
Première page de Les pêcheurs du ciel
« Lorsque les cloches sonnèrent d’un bout à l’autre de la vallée pour annoncer matines, frère Thomas fit sauter le verrou rouillé de la porte de la plus haute tour du monastère. Il la franchit avec précaution et, posant le pied sur le toit, il avança en tâtonnant dans le noir jusqu’à atteindre le parapet roulant. Le vent froid qui soufflait le fit frissonner quand il écarta les pans de sa robe pour détacher les deux paquets qu’elle dissimulait.
Les voix solennelles des frères de St. Mérignac célébrant l’office nocturne lui parvenaient aux oreilles. Espérons qu’ils soient encore trop endormis pour remarquer mon absence, songea frère Thomas. Dieu sait que je n’ai jamais été particulièrement réveillé pour matines !
Il s’agenouilla pour dénouer ses ballots. Le premier contenait deux baguettes flexibles qui, une fois emboîtées, formaient une longue canne fuselée s’achevant par un solide pommeau. »
Extrait de : T. Powers. « Les pêcheurs du ciel. »
Les cieux découronnés par Tim Powers

Fiche de Les cieux découronnés
Titre : Les cieux découronnés
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1976
Traduction : E. Ménanteau
Editeur : J’ai lu
Première page de Les cieux découronnés
« Francisco de Goya Rovzar avait toujours été fasciné par l’agitation qui régnait devant le palais ducal. Une fois passée la grande voûte de pierre de la barbacane, on découvrait toute la misère du monde. Un cracheur de feu officiait sur le côté tandis qu’un prêtre encapuchonné, à la démarche claudicante, fendait la foule en jetant de l’eau bénite à la ronde. Devant la porte réservée aux magistrats, des femmes gémissantes brandissaient leurs requêtes en direction des juges qui s’en allaient déjeuner. Une bande d’enfants crasseux et en haillons se poursuivaient en piaillant dans les caniveaux. Des échoppes des bijoutiers et des marchands de saucisses s’élevaient des volutes de fumée…
Francisco franchit le portail à cheval. Le garde le reconnut et lui fit un petit signe avec sa fronde. Il le salua puis se retourna pour vérifier que son père était bien derrière lui. Tanguant sur sa selle, le vieil homme marmonnait, l’air renfrogné. Son cheval n’avançait plus. »
Extrait de : T. Powers. « Les cieux découronnés. »
Les chevaliers de la brune par Tim Powers

Fiche de Les chevaliers de la brune
Titre : Les chevaliers de la brune
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1979
Traduction : A. Mousnier-Lompré
Editeur : J’ai lu
Première page de Les chevaliers de la brune
« Avec un soin presque ridicule, le vieillard traversa la pièce illuminée de soleil, un pichet de bière à la main. Il s’arrêta près d’un homme plus âgé encore qui était allongé sur un lit à côté de la fenêtre, le dos soutenu par des oreillers.
— Tenez, sire, dit-il en versant le liquide sombre dans la chope de grès que le vieux roi avait prise sur la table de nuit.
Le roi porta la chope à ses lèvres et la respira.
— Ah ! soupira-t-il. Une splendide cuvée ! Même les vapeurs en sont revigorantes !
L’autre vieillard avait posé le pichet sur la table en repoussant un fer de lance rouillé qui traînait près de la coupe.
— Il en manque un peu, avoua-t-il. Il s’est faufilé ici le soir de Pâques et en a volé une chope.
Le roi avala une petite gorgée et ferma les yeux avec ravissement.
— Ah, voilà ce que j’appelle de la bière ! (Il rouvrit les yeux et jeta un regard à l’autre.) Eh bien, je ne crois pas que nous puissions lui en vouloir pour cette chope perdue, Aurélianus. Non, tout bien considéré, nous ne pouvons honnêtement pas lui en vouloir. »
Extrait de : T. Powers. « Les chevaliers de la brune. »
Le poids de son regards par Tim Powers

Fiche de Le poids de son regards
Titre : Le poids de son regards
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1989
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Bragelonne
Première page de Le poids de son regards
« Avant que le grain ne se lève, le lac Léman était si calme que les deux hommes qui parlaient à la proue du voilier avaient posé leurs verres sur les bancs de nage en toute quiétude.
De part et d’autre du bateau, le sillage traçait une ride sur un miroir ; à bâbord, il s’étirait dans le lointain, et à tribord, il dérivait lentement vers la grève et semblait, dans l’éclat de la fin du jour, escalader les vertes collines pour jouer tel un mirage sur la face escarpée, ponctuée de neige, de la Dent d’Oche.
Les marins, qui n’avaient pas eu à manœuvrer de plusieurs minutes, semblaient assoupis, et quand la conversation des deux voyageurs languit, la brise venue du rivage apporta la mélodie ténue des clochettes des vaches.
L’homme dans l’angle de la proue fixait du regard la rive est du lac. Bien qu’il n’eût que vingt-huit ans, ses cheveux bouclés, d’un roux sombre, se piquaient déjà de gris et sa peau très pâle se creusait de rides d’ironie autour des yeux et aux commissures des lèvres. »
Extrait de : T. Powers. « Le Poids de son regard. »
Le palais du déviant par Tim Powers

Fiche de Le palais du déviant
Titre : Le palais du déviant
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1985
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu
Première page de Le palais du déviant
« Modesto, tapi dans la benne rouillée du camion-bascule tout en haut du mur, se serra davantage dans son blouson, repoussa son chapeau en arrière et, plissant les yeux, regarda la ville tout autour de lui. À l’heure présente, il n’y avait guère de particuliers qu’il serait lucratif d’épier mais, rien que pour se maintenir en forme, le jeune garçon aimait bien observer de ce perchoir toutes les allées et venues. Au-dessous de lui, à gauche, se déployait le secteur de la Porte du Sud, moins animé qu’à l’ordinaire en raison de la récente averse, et, plus loin vers le sud-est – la direction qui était presque toujours sous le vent –, il apercevait les bicoques délabrées et les ruelles noires de boue de Dogtown au-dessus desquelles planait la nappe des fumées tourbillonnantes qui montaient des feux couvant perpétuellement dans les fosses
remplies d’immondices.
Modesto escalada à quatre pattes le toit de la cabine défoncée pour s’asseoir sur le capot et regarda vers le nord. Quand il se déplaça, le camion à l’échine brisée, aussi inébranlable que le mur de ciment qu’il chevauchait et dont les arêtes étaient usées par le temps, ne bougea pas d’un cheveu : personne, de mémoire d’homme, ne l’avait jamais vu ne fût-ce qu’osciller. »
Extrait de : T. Powers. « Le Palais du Déviant. »
Itinéraires nocturnes par Tim Powers

Fiche de Itinéraires nocturnes
Titre : Itinéraires nocturnes
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 2011
Traduction : J-P Pugi
Editeur : Denoël
Sommaire de Itinéraires nocturnes :
- Vers le bas de la colline
- Turbulences
- La Better Boy
- Par longs chemins
- Où ils se cachent
- Itinéraire
- Au tréfond de mon être
- Cinquante cents
- Pat Moore
- Les réparateur de bibles
- Une âme dans une bouteille
- L’heure de Babel
Première page de Vers le bas de la colline
« Je ne m’y étais pas rendu depuis 1961, mais je rétrogradai instinctivement pour négocier le virage, afin que la moto roule assez lentement pour pouvoir s’engager à angle droit sur la route de terre dès qu’elle m’apparaîtrait. Le chemin conduisant à la maison du vieux, un long sentier gravillonné creusé d’ornières, gravissait la colline en zigzaguant, et je devais corriger du pied mon assiette chaque fois que le pneu slick perdait toute adhérence. C’était un matin lumineux rafraîchi par la brise. Les arbres et les vallons brun-roux de Californie se mettaient mutuellement en valeur. Ce fut donc en sifflotant gaiement que je franchis la crête et arrêtai ma vieille Honda à côté d’un couple d’Harley-Davidson autrement impressionnantes. »
Extrait de : T. Powers. « Itinéraires nocturnes. »