Auteur/autrice : CH91

 

Homunculus par James Paul Blaylock

Fiche de Homunculus

Titre : Homunculus (tome 1 sur 8 – Langdon St. Ives)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1986
Traduction : JP Pugi
Editeur : J’ai lu

Première page de Homunculus

« Au-dessus du St. George’s Channel des nuages aussi denses que de la laine cardée s’incurvaient en un arc qui partait de Cardigan Bay, surplombait Strumble Head et Milford Haven et dissimulait le ciel à l’aplomb de Swansea et de Cardiff. Au-delà de Bristol ils se raréfiaient et s’éparpillaient, chassés le long d’une avenue céleste qui s’éloignait vers les silhouettes des Cotswold Hills et les sources de la Tamise puis se prolongeait au levant jusqu’à Oxford, Maidenhead et Londres. Les étoiles papillotaient et s’éteignaient au-dessus d’une nouvelle lune argentée qu’on pouvait comparer à la voile pansue d’un galion noir drossé au vent de petites îles stellaires par les marées sidérales.
Une silhouette ovale suivait le sillage de l’astre des nuits. Après l’avoir emportée sur l’Atlantique puis repoussée au sud depuis l’Islande, un vent capricieux la ramenait vers le Grand Londres. »

Extrait de : JP Blaylock. « Homunculus – Langdon St. Ives. »

Reliques de la nuit par James Paul Blaylock

Fiche de Reliques de la nuit

Titre : Reliques de la nuit (tome 1 sur 3 – Ghosts)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1994
Traduction : G. Abadia
Editeur : Bragelonne

Première page de Reliques de la nuit

« Encore une nuit de vent, anormalement chaude pour cette fin novembre, chargée de senteurs d’armoise et de poussière. Rêves d’automne agités. Nuit hantée par les craquements délibérément lents de la carcasse de la vieille maison, par le ferraillement des portes secouées dans leurs cadres, par le susurrement du vent sous l’avant-toit et son ululement dans la cheminée. Les branches des arbres se tordent, se raclent dans le noir. Les feuilles sèches carambolent contre les moustiquaires des portes et cavalcadent sur l’allée dallée.

La pleine lune veille sur la crête comme un fanal en haut d’un mur noir. Des ombres lunaires dentelées oscillent sur le sol de la cuisine. Peter Travers glisse une allumette contre le manchon d’une lanterne murale à gaz et la flamme surgit en sifflant, transformant les ombres en pâles et fugitifs ectoplasmes. Il verse une mesure de café moulu et de l’eau dans le percolateur posé sur la cuisinière et allume le gaz.

Adossé à la tablette, il regarde par la fenêtre en attendant que le café soit prêt. Derrière les chênes et les sycomores, le versant de la colline brille sous la lune d’ivoire. Des tortillons de poussière s’élèvent de la terre desséchée, spiralant parmi l’armoise et le sumac tels des spectres hésitants. Les premiers effluves de café du percolateur se répandent dans l’air de la cuisine, masquant l’odeur du désert apportée par le vent. »

Extrait de : JP Blaylock. « Reliques de la nuit. »

Le géant de pierre par James Paul Blaylock

Fiche de Le géant de pierre

Titre : Le géant de pierre (tome 3 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1989
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages

Première page de Le géant de pierre

« Le brouillard n’est pas rare sur l’Oriel. Octobre venu, lorsque les nuits se font froides et humides, il se lève sur le fleuve et rampe jusqu’à terre où il se faufile le long du pré communal, dépasse le Moulin de la Veuve et, insinuant ses volutes entre les maisons isolées un peu à l’écart du village, remonte la Grand-Rue. La Taverne Stover, le Palais des corporations et la halle disparaissent sous ce linceul gris, et les bruits nocturnes que sont les pas du voyageur tardif, le hululement de la chouette, le bruissement des branches dans la brise, n’en paraissent que plus sonores et plus inquiétants.

Toute personne sensée est au lit en un moment pareil, bien sûr… fenêtres fermées et rideaux tirés, tandis que les dernières braises se consument dans le foyer. Ce brouillard qui vient du fleuve a quelque chose de pesant et d’étrange, comme s’il était le produit d’un sort, et non un effet naturel du climat. C’est là le genre de phénomène qu’on se plaît à rencontrer dans un livre, quand on a près de soi un verre de bière au gingembre ou de porto et que le feu mourant et le tic-tac de l’horloge sur le manteau de la cheminée sont là pour rappeler qu’il va bientôt falloir aller se coucher. »

Extrait de : JP Blaylock. « Le géant de pierre – Contes de l’Oriel. »

Le nain qui disparaissait par James Paul Blaylock

Fiche de Le nain qui disparaissait

Titre : Le nain qui disparaissait (tome 2 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1983
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages

Première page de Le nain qui disparaissait

« Le mois de mai s’achevait, et le temps se réchauffait à Havreville. Enfin sorti de ses quartiers d’hiver – un auvent de bardeaux qui empêchait la pluie d’en ternir les cuivres et d’en gripper les mécanismes – l’énorme kaléidoscope trônait sur un lit de mousse surgi à la fin de l’an passé, à l’endroit précis où le vaisseau aérien de M. Twickenham s’était posé. Même le professeur Wurzle s’était avoué incapable de trouver un motif à la pousse de cet étrange végétal d’un vert glauque. Mais les mille fleurs minuscules qui le recouvraient composaient un arc-en-ciel de couleurs pastel si merveilleux que le pourquoi et le comment de la chose importaient peu, au fond.

Gilroy Bastable avait engagé un assistant jardinier pour entretenir le carré de verdure. Mais le temps était si clément, la vue des fleurs si reposante, le cadre si idyllique, que le nouvel employé municipal n’avait eu de cesse, trois jours durant, de s’endormir au beau milieu du parterre ; le maire devait payer un jeune garçon pour aller, toutes les demi-heures à peu près, secouer l’homme et le tirer du sommeil. »

Extrait de : JP Blaylock. « Le nain qui disparaissait – Contes de l’Oriel. »

Le vaisseau elfique par James Paul Blaylock

Fiche de Le vaisseau elfique

Titre : Le vaisseau elfique (tome 1 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1982
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages

Première page de Le vaisseau elfique

« À l’été succédait l’automne, comme il se doit. Le mois d’octobre était arrivé, accompagné d’un bon peu de pluie. Et la pluie, au fond, ce n’est pas si désagréable – enfin, pour qui n’est pas dehors. Telles des oies, écharpes vaporeuses et deux azurés avaient migré vers le sud quelques semaines plus tôt et fait place à des bancs de nuages au gris tumultueux.

Un grondement sourd, qui tenait autant du braillement d’un géant que du craquement d’un rocher tombé au bas d’une gorge, s’entendait au loin dans la vallée. Du village, il semblait que l’Oriel se jetât dans la mer juste entre les versants herbus des montagnes, mais seule la distance créait pareil mirage. Le fleuve, aussi vaste que le ciel, par ici, avait eu des lustres pour grignoter ces murs de pierre et, même si cela ne se voyait pas depuis Havreville, la vallée s’évasait en de vertes collines qui moutonnaient jusqu’au lointain rivage côtier.

Les feuilles tombaient donc sous les assauts de la bise et, de celles qui s’accrochaient aux branches, bien peu gardaient la couleur émeraude de la belle saison. »

Extrait de : JP Blaylock. « Le Vaisseau Elfique – Contes de l’Oriel. »

Sonne le glas de la Terre par James Paul Blaylock

Fiche de Sonne le glas de la Terre

Titre : Sonne le glas de la Terre (tome 3 sur 3 – Christian)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1995
Traduction : B. Legrand
Editeur : Denoël

Première page de Sonne le glas de la Terre

« Une nuit humide d’hiver. Presque deux heures du matin et l’esprit de Noël hante le vent de l’océan, soupire à travers les faux sucres d’orge en forme de cannes étincelantes, suspendus aux réverbères sur Chapman Avenue, à travers les côtes du Père Noël illuminé au loin sur Plaza, le long des ruelles vides obscurcies d’ombres sournoises, inquiétantes. Des gouttes de pluie tombent en oblique sur les globes de verre brumeux des lampes, et de lourds nuages brisés errent, masquant le visage de la lune. Pendant un bref moment, les tuiles de terre cuite de l’église St. Anthony luisent sous la lumière lunaire. Les maisons du centre-ville émergent de l’ombre : bungalows de planches aux porches obscurs et aux parterres couverts de feuilles, arbres tordus qui soulèvent les trottoirs, sombres maisons, parsemées de rares lampes extérieures et, de-ci de-là, de quelques guirlandes de Noël laissées allumées pour toute la nuit. »

Extrait de : JP Blaylock. « Sonne le glas de la Terre. »

Le dernier denier par James Paul Blaylock

Fiche de Le dernier denier

Titre : Le dernier denier (tome 1 sur 3 – Christian)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1988
Traduction : J-P Pugi
Editeur : J’ai lu

Première page de Le dernier denier

« Il avait pris un sherrut, un taxi derviche tourneur qui se ruait sur la route menant des hauteurs de Jérusalem à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Le conducteur était un fou. Pennyman était ballotté et secoué en tous sens, tandis que la Mercedes-Benz d’un autre âge négociait les virages à une vitesse ahurissante et franchissait d’un bond les dos-d’âne de la chaussée. Il sentait dans sa poche la chaleur d’une bourse de cuir contenant quelques pièces en argent. Derrière lui, le jour décroissait et le soleil couchant blanchissait la vieille ville de Jérusalem. Devant, les ombres des hauteurs de Tel-Aviv s’étiraient sur un paysage méditerranéen sans relief qu’il reconnaissait à peine. Il y avait si longtemps…

Il s’était déjà rendu à cet aéroport, à l’époque où il portait encore le nom de Lod. Avant cela, bien des années plus tôt, il avait embarqué pour Chypre dans le port d’Haïra, à bord d’un chalutier. Il emportait alors une autre de ces pièces – la troisième qu’il avait en sa possession. »

Extrait de : J-P Blaylock. « Le dernier denier. »

Michael Swanwick

Présentation de Michael Swanwick :

Michael Swanwick est né le 18 novembre 1950 dans la noble cité de Philadelphie, il s’est imposé au fil des ans comme l’une des plumes les plus érudites et les plus imprévisibles de la littérature d’anticipation et du merveilleux. L’on trouve chez ce brillant homme de lettres une volonté farouche de ne jamais se laisser enfermer dans un genre précis. Bien au contraire, il se plaît à abolir les frontières entre la rigueur scientifique de la science-fiction et l’onirisme de la fantasy.

Parmi ses hauts faits d’armes, il convient de saluer l’obtention des plus grands prix littéraires américains pour des ouvrages d’une richesse inouïe, à l’instar de Stations des profondeurs (Stations of the Tide). Mais Michael Swanwick s’est également illustré par une relecture féroce et grinçante des contes de fées traditionnels, notamment avec La Fille du dragon de fer, où le monde féerique se voit percuté par une ère industrielle sombre et mécanique, bien éloignée des naïvetés habituelles du genre.

Toutefois, je m’en voudrais cruellement de ne point évoquer devant vous son magistral Jack Faust. Dans cet ouvrage d’une intelligence diabolique, paru à l’aube des années 2000, le romancier s’empare du célèbre mythe germanique popularisé par Goethe. L’astuce de M. Swanwick y est prodigieuse : le bon docteur Johann Faust ne signe point de pacte avec une entité démoniaque traditionnelle, mais reçoit de Méphistophélès — qui se présente comme un être venu des étoiles ou d’une autre dimension — les connaissances scientifiques et technologiques de notre modernité. Dès lors, l’Europe de la Renaissance se trouve précipitée, avec plusieurs siècles d’avance, dans une révolution industrielle aussi fascinante que dévastatrice. C’est là un tour de force narratif qui invite à une profonde réflexion sur la nature du progrès.

Michael Swanwick est également un nouvelliste de grand talent, dont les textes courts, ciselés comme de précieuses mécaniques, témoignent d’une maîtrise absolue de l’art du récit.

C’est une œuvre d’une grande exigence intellectuelle, parfois vertigineuse, mais dont la lecture procure des joies incomparables à l’esprit curieux.

Livres de Michael Swanwick :

Jack Faust (1997)
Le baiser du masque (1985)
Les fleurs du vide (1987)
Stations des profondeurs (1991)

Pour en savoir plus sur Michael Swanwick :

La page Wikipédia sur M. Swanwick
La page Noosfere sur M. Swanwick
La page isfdb de M. Swanwick

James Paul Blaylock

Présentation de James Paul Blaylock :

Né le 20 septembre 1950 à Long Beach, sous le chaud soleil de la Californie, James Paul Blaylock appartient à cette brillante confrérie de jeunes écrivains de la côte Ouest américaine. Ami intime de Tim Powers et de K. W. Jeter, il fit lui aussi ses humanités littéraires sous l’œil bienveillant et tutélaire de l’illustre Philip K. Dick.

Si je dois vous résumer l’apport capital de James Paul Blaylock aux lettres de l’imaginaire, il convient de le désigner, aux côtés de ses deux compères susnommés, comme l’un des pères fondateurs de cette fameuse esthétique rétrofuturiste que les Anglo-Saxons ont affublée du curieux vocable de « steampunk ». Bien qu’Américain jusqu’au bout des ongles, James Paul Blaylock possède en effet un talent inouï pour restituer l’atmosphère nimbée de brouillard du Londres victorien, y ajoutant une dose de loufoquerie toute britannique.

C’est dans ce décor qu’il a campé les savoureuses aventures de son héros récurrent, le savant et explorateur Langdon St. Ives, membre de l’improbable Société Trismégiste. Des ouvrages tels que Homunculus (qui lui valut d’ailleurs le prix littéraire portant le nom de son mentor, M. Dick) ou La Machine de lord Kelvin sont de pures merveilles de fantaisie. L’on s’y délecte d’intrigues abracadabrantes où s’entrecroisent dirigeables, savants fous, inventions extravagantes et sombres complots, le tout narré avec une ironie mordante et un sens du burlesque tout à fait réjouissant.

James Paul Blaylock ne s’est point limité aux brumes londoniennes, puisqu’il a également signé des romans de pure féerie, à l’instar du facétieux Vaisseau elfe (The Elfin Ship), ou encore des récits fantastiques dont l’action se déroule dans la Californie de notre temps, toujours avec cette même tendresse pour les personnages excentriques et les mystères dissimulés sous la banalité du quotidien.

Livres de James Paul Blaylock :

Christian :

Contes de l’Oriel :

Ghosts :

Langdon St Ives :

Pour en savoir plus sur James Paul Blaylock :

La page Wikipédia sur J. P. Blaylock
La page Noosfere sur J. P. Blaylock
La page isfdb de J. P. Blaylock

Jonathan Strange et Mr Norrell par Susanna Clarke

Fiche de Jonathan Strange et Mr Norrell

Titre : Jonathan Strange et Mr Norrell
Auteur : Susanna Clarke
Date de parution : 2004
Traduction : I. D. Philippe
Editeur : Robert Laffont

Première page de Jonathan Strange et Mr Norrell

« Automne
1806-janvier 1807

VOILÀ QUELQUES ANNÉES, dans la bonne ville d’York, il existait une société de magiciens. Ces messieurs se réunissaient le troisième mercredi du mois et échangeaient de longues et ennuyeuses communications sur l’histoire de la magie anglaise.

C’étaient des « gentlemen magiciens », ce qui signifie que leur magie n’avait jamais nui à personne – ni fait aucun bien. En réalité, il faut l’avouer, aucun de ces magiciens n’avait jamais jeté le plus petit sort, ni par sa vertu magique fait trembler une feuille sur un arbre, modifié la trajectoire d’un seul atome de poussière ou touché à un cheveu de la tête de quiconque. Cependant, en dépit de cette unique menue réserve, ils étaient réputés pour compter parmi les gentlemen les plus sages et les plus magiques du Yorkshire. »

Extrait de : S. Clarke. « Jonathan Strange et Mr Norrell. »