Auteur/autrice : CH91
Les puissances de l’invisible par Tim Powers

Fiche de Les puissances de l’invisible
Titre : Les puissances de l’invisible
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 2001
Traduction : M. Charrier
Editeur : Denoël
Première page de Les puissances de l’invisible
« Les mains gluantes de sang sur le volant de la jeep, le jeune homme recula prudemment en un virage serré, quittant le sentier creusé d’ornières pour un carré de neige régulier qui brillait au bord du précipice dans le clair de lune intermittent. Au moment de passer la première, sa main gauche se figea sur le levier de vitesses. Il descendait la pente en marche arrière depuis une heure, très lentement, scrutant la piste obscure par-dessus son épaule, mais la masse indistincte du mont Ararat n’avait pas diminué. Elle éclipsait encore la moitié du ciel nocturne, alors qu’il éprouvait le besoin impérieux de s’en éloigner au plus vite.
Après avoir déplié ses doigts engourdis par le froid et jusqu’alors crispés sur la pomme du levier, il alluma les phares ; l’un des deux avait beau être hors d’usage, le flamboiement soudain lui donna le tournis. Ses yeux plissés parcoururent à travers le pare-brise cassé la paroi rocheuse de la gorge et les traces de pneus imprimées dans la boue, tandis qu’il tournait le volant pour regagner le chemin de berger. »
Extrait de : T. Powers. « Les puissances de l’invisible. »
Les pêcheurs du ciel par Tim Powers

Fiche de Les pêcheurs du ciel
Titre : Les pêcheurs du ciel
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1989
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu
Première page de Les pêcheurs du ciel
« Lorsque les cloches sonnèrent d’un bout à l’autre de la vallée pour annoncer matines, frère Thomas fit sauter le verrou rouillé de la porte de la plus haute tour du monastère. Il la franchit avec précaution et, posant le pied sur le toit, il avança en tâtonnant dans le noir jusqu’à atteindre le parapet roulant. Le vent froid qui soufflait le fit frissonner quand il écarta les pans de sa robe pour détacher les deux paquets qu’elle dissimulait.
Les voix solennelles des frères de St. Mérignac célébrant l’office nocturne lui parvenaient aux oreilles. Espérons qu’ils soient encore trop endormis pour remarquer mon absence, songea frère Thomas. Dieu sait que je n’ai jamais été particulièrement réveillé pour matines !
Il s’agenouilla pour dénouer ses ballots. Le premier contenait deux baguettes flexibles qui, une fois emboîtées, formaient une longue canne fuselée s’achevant par un solide pommeau. »
Extrait de : T. Powers. « Les pêcheurs du ciel. »
Les cieux découronnés par Tim Powers

Fiche de Les cieux découronnés
Titre : Les cieux découronnés
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1976
Traduction : E. Ménanteau
Editeur : J’ai lu
Première page de Les cieux découronnés
« Francisco de Goya Rovzar avait toujours été fasciné par l’agitation qui régnait devant le palais ducal. Une fois passée la grande voûte de pierre de la barbacane, on découvrait toute la misère du monde. Un cracheur de feu officiait sur le côté tandis qu’un prêtre encapuchonné, à la démarche claudicante, fendait la foule en jetant de l’eau bénite à la ronde. Devant la porte réservée aux magistrats, des femmes gémissantes brandissaient leurs requêtes en direction des juges qui s’en allaient déjeuner. Une bande d’enfants crasseux et en haillons se poursuivaient en piaillant dans les caniveaux. Des échoppes des bijoutiers et des marchands de saucisses s’élevaient des volutes de fumée…
Francisco franchit le portail à cheval. Le garde le reconnut et lui fit un petit signe avec sa fronde. Il le salua puis se retourna pour vérifier que son père était bien derrière lui. Tanguant sur sa selle, le vieil homme marmonnait, l’air renfrogné. Son cheval n’avançait plus. »
Extrait de : T. Powers. « Les cieux découronnés. »
Les chevaliers de la brune par Tim Powers

Fiche de Les chevaliers de la brune
Titre : Les chevaliers de la brune
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1979
Traduction : A. Mousnier-Lompré
Editeur : J’ai lu
Première page de Les chevaliers de la brune
« Avec un soin presque ridicule, le vieillard traversa la pièce illuminée de soleil, un pichet de bière à la main. Il s’arrêta près d’un homme plus âgé encore qui était allongé sur un lit à côté de la fenêtre, le dos soutenu par des oreillers.
— Tenez, sire, dit-il en versant le liquide sombre dans la chope de grès que le vieux roi avait prise sur la table de nuit.
Le roi porta la chope à ses lèvres et la respira.
— Ah ! soupira-t-il. Une splendide cuvée ! Même les vapeurs en sont revigorantes !
L’autre vieillard avait posé le pichet sur la table en repoussant un fer de lance rouillé qui traînait près de la coupe.
— Il en manque un peu, avoua-t-il. Il s’est faufilé ici le soir de Pâques et en a volé une chope.
Le roi avala une petite gorgée et ferma les yeux avec ravissement.
— Ah, voilà ce que j’appelle de la bière ! (Il rouvrit les yeux et jeta un regard à l’autre.) Eh bien, je ne crois pas que nous puissions lui en vouloir pour cette chope perdue, Aurélianus. Non, tout bien considéré, nous ne pouvons honnêtement pas lui en vouloir. »
Extrait de : T. Powers. « Les chevaliers de la brune. »
Le poids de son regards par Tim Powers

Fiche de Le poids de son regards
Titre : Le poids de son regards
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1989
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Bragelonne
Première page de Le poids de son regards
« Avant que le grain ne se lève, le lac Léman était si calme que les deux hommes qui parlaient à la proue du voilier avaient posé leurs verres sur les bancs de nage en toute quiétude.
De part et d’autre du bateau, le sillage traçait une ride sur un miroir ; à bâbord, il s’étirait dans le lointain, et à tribord, il dérivait lentement vers la grève et semblait, dans l’éclat de la fin du jour, escalader les vertes collines pour jouer tel un mirage sur la face escarpée, ponctuée de neige, de la Dent d’Oche.
Les marins, qui n’avaient pas eu à manœuvrer de plusieurs minutes, semblaient assoupis, et quand la conversation des deux voyageurs languit, la brise venue du rivage apporta la mélodie ténue des clochettes des vaches.
L’homme dans l’angle de la proue fixait du regard la rive est du lac. Bien qu’il n’eût que vingt-huit ans, ses cheveux bouclés, d’un roux sombre, se piquaient déjà de gris et sa peau très pâle se creusait de rides d’ironie autour des yeux et aux commissures des lèvres. »
Extrait de : T. Powers. « Le Poids de son regard. »
Le palais du déviant par Tim Powers

Fiche de Le palais du déviant
Titre : Le palais du déviant
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1985
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu
Première page de Le palais du déviant
« Modesto, tapi dans la benne rouillée du camion-bascule tout en haut du mur, se serra davantage dans son blouson, repoussa son chapeau en arrière et, plissant les yeux, regarda la ville tout autour de lui. À l’heure présente, il n’y avait guère de particuliers qu’il serait lucratif d’épier mais, rien que pour se maintenir en forme, le jeune garçon aimait bien observer de ce perchoir toutes les allées et venues. Au-dessous de lui, à gauche, se déployait le secteur de la Porte du Sud, moins animé qu’à l’ordinaire en raison de la récente averse, et, plus loin vers le sud-est – la direction qui était presque toujours sous le vent –, il apercevait les bicoques délabrées et les ruelles noires de boue de Dogtown au-dessus desquelles planait la nappe des fumées tourbillonnantes qui montaient des feux couvant perpétuellement dans les fosses
remplies d’immondices.
Modesto escalada à quatre pattes le toit de la cabine défoncée pour s’asseoir sur le capot et regarda vers le nord. Quand il se déplaça, le camion à l’échine brisée, aussi inébranlable que le mur de ciment qu’il chevauchait et dont les arêtes étaient usées par le temps, ne bougea pas d’un cheveu : personne, de mémoire d’homme, ne l’avait jamais vu ne fût-ce qu’osciller. »
Extrait de : T. Powers. « Le Palais du Déviant. »
Itinéraires nocturnes par Tim Powers

Fiche de Itinéraires nocturnes
Titre : Itinéraires nocturnes
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 2011
Traduction : J-P Pugi
Editeur : Denoël
Sommaire de Itinéraires nocturnes :
- Vers le bas de la colline
- Turbulences
- La Better Boy
- Par longs chemins
- Où ils se cachent
- Itinéraire
- Au tréfond de mon être
- Cinquante cents
- Pat Moore
- Les réparateur de bibles
- Une âme dans une bouteille
- L’heure de Babel
Première page de Vers le bas de la colline
« Je ne m’y étais pas rendu depuis 1961, mais je rétrogradai instinctivement pour négocier le virage, afin que la moto roule assez lentement pour pouvoir s’engager à angle droit sur la route de terre dès qu’elle m’apparaîtrait. Le chemin conduisant à la maison du vieux, un long sentier gravillonné creusé d’ornières, gravissait la colline en zigzaguant, et je devais corriger du pied mon assiette chaque fois que le pneu slick perdait toute adhérence. C’était un matin lumineux rafraîchi par la brise. Les arbres et les vallons brun-roux de Californie se mettaient mutuellement en valeur. Ce fut donc en sifflotant gaiement que je franchis la crête et arrêtai ma vieille Honda à côté d’un couple d’Harley-Davidson autrement impressionnantes. »
Extrait de : T. Powers. « Itinéraires nocturnes. »
A deux pas du néant par Tim Powers

Fiche de A deux pas du néant
Titre : A deux pas du néant
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 2006
Traduction : J-P Pugi
Editeur : Denoël
Première page de A deux pas du néant
« C’est en dansant sur ses amortisseurs que l’ambulance quitta l’aire de stationnement du centre hospitalier de la Miséricorde pour virer vers le sud dans Pine Street. Puis les meuglements de sa sirène montèrent se perdre dans un ciel sans nuages pendant que ses feux bleus et rouges se changeaient en simples points clignotants sous la vive clarté du soleil de midi. Arrivé à la hauteur d’East Lake Street, le véhicule prit à gauche pour éviter le plus gros des embouteillages qui congestionnaient les quartiers sud depuis qu’un habitant de ce secteur avait vu un ange apparaître sur son téléviseur, et que des centaines de dévots venaient chaque week-end en pèlerinage dans cette ville sainte.
Au niveau de l’Everett Memorial Highway, l’ambulance put repartir vers le nord et accélérer. Cinq minutes plus tard elle laissait l’agglomération derrière elle pour entamer l’ascension de l’étroite route goudronnée qui bénéficiait de la fraîcheur des pinèdes, et lorsque la chaussée s’incurva vers l’est les hauteurs enneigées du mont Shasta, dont le cratère du Shastina, émergèrent au-dessus de la limite supérieure de la végétation. »
Extrait de : T. Powers. « A deux pas du neant. »
Date d’expiration par Tim Powers

Fiche de Date d’expiration
Titre : Date d’expiration (tome 2 sur 3 – Trilogie du roi pêcheur)
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1995
Traduction : I. St. Martin
Editeur : J’ai lu
Première page de Date d’expiration
« De sa prime enfance, vers quatre ou cinq ans, il gardait le souvenir du salon toujours obscur comme une crypte, des rideaux tirés pour masquer les grandes baies vitrées ; et puis il y avait ces lourds meubles de bois sombre comme dans les églises, incrustés de feuilles, de raisins et de griffes.
Maintenant, les rideaux avaient disparu, si bien que, de son fauteuil, Kootie voyait la pelouse, plus ocre que verte dans la lumière de cette fin d’après-midi, où s’étiraient les ombres longues des sycomores. On avait également refait les peintures du living, en blanc ; et puis il n’y avait pour ainsi dire plus de meubles, à part des fauteuils de bois blanc et une table basse en verre.
Le manteau de la cheminée aussi avait été repeint en blanc, mais le vieux buste noir de Dante s’y trouvait toujours, ultime témoignage du goût de ses parents en matière d’ameublement, avant… Dante Ali Guéri, comme il croyait alors devoir l’appeler. »
Extrait de : T. Powers. « Date d’expiration – Trilogie du roi pêcheur. »
Poker d’âmes par Tim Powers

Fiche de Poker d’âmes
Titre : Poker d’âmes (tome 1 sur 3 – Trilogie du roi pêcheur)
Auteur : Tim Powers
Date de parution : 1992
Traduction : J-B Grasset, I Stoïanov
Editeur : J’ai lu
Première page de Poker d’âmes
« Une main crispée sur celle de son petit garçon, Georges Leon souleva le bord de son chapeau pour contempler les sombres nuées qui envahissaient le ciel en plein midi.
En cet instant, les automobilistes circulant sur l’autoroute de Boulder devaient voir la pluie composer des trombes erratiques entre les nuages lourds et l’immensité du désert. Sans doute l’eau avait-elle déjà inondé les deux voies de la 91, coupant l’hôtel Flamingo du reste de la ville. Et de l’autre côté de la Terre, sous les pieds de l’homme et de l’enfant, brillait la pleine lune.
La Lune et le Fou, pensa-t-il avec accablement. Mauvais tirage ! Mais je ne peux pas reculer…
Un chien aboyait à quelques rues de là, dans une ruelle ou sur un parking. Leon ne put s’empêcher de songer à celui qui poursuit le Fou sur la carte du jeu de tarot, puis à l’escorte canine d’Artémis, déesse de la lune dans la mythologie grecque. La Lune du tarot est d’ailleurs généralement représentée sur fond pluvieux. »
Extrait de : T. Powers. « Poker d’âmes – Trilogie du roi pêcheur. »