Catégorie : Livres

 

L’île perdue par Max Brooks

Fiche de L’île perdue

Titre : L’île perdue (Minecraft)
Auteur : Max Brooks
Date de parution : 2017
Traduction : P. Touboul
Editeur : Castelmore

Première page de L’île perdue

« Je me noie !
Je me réveillai sous l’eau, très loin sous l’eau, et ce fut la première chose qui me vint à l’esprit. Le froid. Les ténèbres. Où donc était la surface ? Je me débattis dans tous les sens, cherchant à remonter. Je tournai, virai, et finis par la voir : une lueur. Faible, pâle et lointaine.
Instinctivement, je me précipitai dans cette direction, et je remarquai vite que l’eau, autour de moi, s’éclaircissait. Ça devait être la surface, le soleil.
Mais comment le soleil pouvait-il être… carré ? J’étais forcément victime d’une hallucination. Peut-être une illusion provoquée par l’eau.
Peu importe ! Combien me reste-t-il d’air dans les poumons ? Je dois y arriver. Nage !
Mes poumons se gonflèrent et de petites bulles s’échappèrent entre mes lèvres, s’élevant devant moi vers la lumière, au loin. Je battis l’eau des bras et des jambes, comme un animal pris dans un filet. Maintenant, je le voyais : un plafond fait de reflets ondulants, qui se rapprochait à chacun de mes mouvements désespérés. Plus proche, mais encore si loin. Mon corps me faisait souffrir, mes poumons brûlaient. »

Extrait de : M. Brooks. « L’île perdue – Minecraft. »

Rhino par Dominique Douay

Fiche de Rhino

Titre : Rhino
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Rhino

« Hautes de cent mètres et plus, les portes de bronze s’écartèrent en silence, glissant sur leurs rails parfaitement huilés. Massée au pied de la colline, la foule retenait son souffle. L’air était frais ; le petit matin achevait de tisser ses écharpes de brume au hasard des bâtisses. Bientôt, le soleil se lèverait et il ferait grand jour.
— Les voilà ! cria quelqu’un.
Mais ce n’était qu’un voile de brouillard qui jouait avec l’ombre. D’ailleurs, les lourds vantaux n’étaient encore qu’à moitié ouverts.
Puis, couvrant la houle de murmures que cette exclamation avait fait naître, s’éleva un bourdonnement semblable à celui produit par des milliers et des milliers de ruches.
— Ils se réveillent !
Excitée, la foule se pressait contre la grille qui protégeait les flancs du tertre.
Le bourdonnement enfla encore. À présent, même les cris ne parvenaient plus à se faire entendre. »

Extrait de : D. Douay. « Rhino. »

Le principe de l’oeuf par Dominique Douay

Fiche de Le principe de l’oeuf

Titre : Le principe de l’oeuf
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1980
Editeur : Calmann-Lévy

Première page de Le principe de l’oeuf

« JE crois bien, souffla l’homme d’une voix sourde. Puis il se tut, mordilla sa lèvre inférieure d’un air préoccupé. À l’endroit où le tissu était en contact avec le cuir chevelu, une large bande d’humidité ceignait l’informe chapeau de toile censé le protéger du soleil. Ce porc n’en finira donc pas de transpirer, pensa vaguement Magloire. Placé un peu en retrait, il suivait avec une fascination teintée de dégoût le cours sinueux des gouttes de sueur qui prenaient naissance sur le front, s’amassaient ensuite le long des arcades sourcilières et des ailes du nez, se rejoignaient enfin à la pointe du menton où elles demeuraient un instant en attente, sans doute retenues par quelque poil oublié par la lame du rasoir. Transpire, mon vieux, transpire, ça te fera peut-être perdre quelques kilos de graisse.
« Cette fois, je crois bien que nous tenons le bon numéro », dit l’homme, plus fort. Il tourna un bref instant sa face congestionnée vers Magloire. « Vous voyez ? » Un signe du menton vers le petit écran gris sale sur lequel un minuscule point lumineux s’était matérialisé, animé de pulsations dans lesquelles Magloire, l’espace d’une seconde, crut reconnaître une sorte de respiration. »

Extrait de : D. Douay. « Le Principe de l’œuf. »

Le monde est un théâtre par Dominique Douay

Fiche de Le monde est un théâtre

Titre : Le monde est un théâtre
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1982
Editeur : Denoël

Sommaire de Le monde est un théâtre :

  • Pleins feux sur l’acteur
    • Voyez mes mains, voyez mon corps
    • La fin de l’hiver
  • Mise en valeur du décor
    • Le théâtre domestique
    • Appelez-moi…
  • Mise en valeur de la machinerie
    • La transformation
  • Prise en compte d’une mise en scène dynamique
    • Le jouet des événements
    • Dori et la suite
  • Cumul des propositions précédentes
    • Cochise d’AméNord Dix
  • Pour une a-théâtralité du monde
    • Le cours du temps
    • Chronique du dépotoir

Première page de Voyez mes mains, voyez mon corps

« Le Groupe s’était égaré. Depuis de nombreux jours déjà, les Dix ne consultaient plus que la boussole. La carte n’était plus d’aucune utilité, dans ce paysage uniformément constitué de montagnes en croupes et de vallons où seuls la plupart du temps de minuscules ruisseaux faisaient croire à la vie. Ils se dirigeaient vers l’ouest : vers l’endroit où la carte trop souvent pliée et dépliée était devenue illisible.
Passé le col, franchies les dernières hêtraies, ils parvinrent ce jour-là à un entablement rocheux surplombant de quelques centaines de mètres une autoroute. À cette distance, le double ruban de béton paraissait intact malgré les amas de tôles enchevêtrées qui le ponctuaient irrégulièrement. Plus loin, un autre ruban, gris celui-là… ou plutôt non : gris, or, rouge orangé, presque vert, toutes couleurs tour à tour mêlées ou sublimées selon l’angle formé par les rayons réfléchis du soleil.
« Une rivière ! » Puis, quelques secondes plus tard, le regard ayant suivi son tracé : « Un village ! Un pont !  »

Extrait de : D. Douay. « Le Monde est un théâtre. »

Persistance de la vision par John Varley

Fiche de Persistance de la vision

Titre : Persistance de la vision
Auteur : John Varley
Date de parution : 1978
Traduction : M. Deutsch
Editeur : Denoël

Sommaire de Persistance de la vision :

  • Dans le chaudron
  • Dansez, chantez
  • Trou de mémoire
  • Les yeux de la nuit

Première page de Dans le chaudron

« Il ne faut jamais rien acheter d’occasion dans les banques d’organes. Un bon conseil : si vous voulez faire un tour sur Vénus, attendez d’être arrivé sur Vénus pour vous équiper.

Je regrette de ne pas avoir attendu, mais, alors que je faisais du lèche-vitrines à Copratès quelques semaines avant mon départ en vacances, le hasard voulut que je tombe sur cette petite boutique et je me suis laissé persuader d’acheter un œil infra à un prix très avantageux. J’aurais dû commencer par me demander ce qu’un œil infra fabriquait sur Mars.

Réfléchissez un peu : sur Mars, personne ne met d’œil infra. Si l’on veut voir la nuit, il est beaucoup plus économique de se payer un nyctascope que l’on peut ôter quand le soleil se lève. Par conséquent, si cet œil avait échoué là, c’était qu’il avait été acheté à un touriste arrivant de Vénus. Et allez donc savoir depuis combien de temps il moisissait dans ce bocal quand le petit vieux à la langue si bien pendue m’a fait son boniment, soi-disant que cet œil avait appartenu à une adorable institutrice d’âge canonique qui n’avait jamais… Je vous fais grâce de la suite. »

Extrait de : J. Varley. « Persistance de la vision. »

Millénium par John Varley

Fiche de Millénium

Titre : Millénium
Auteur : John Varley
Date de parution : 1983
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Première page de Millénium

« Témoignage de Louise Baltimore.
 
Le DC-10 n’avait pas une chance. C’était un bon appareil, bien qu’à ce point dans le temps sa réputation fût encore entachée par les controverses résultant des incidents de Paris et Chicago. Mais quand vous perdez cette longueur d’aile, vous n’êtes plus un engin volant, vous êtes un pavé d’aluminium. Car c’est ainsi que le Dix descendit : tout droit, en vrille.

Mais le 747, comme je le disais à Wilbur Wright pas plus tard que l’autre jour, se classe, avec le DC-3 Gooney Bird et le Fokker-Aérospatiale HST, parmi les plus fiables tas de boulons jamais dessinés. Certes celui-ci était sorti de la collision en meilleur état que le DC-10 et il ne fait aucun doute qu’il était mortellement blessé. Mais l’imposant vieux cachalot parvint quand même à rétablir son assiette pour reprendre un vol horizontal et s’y maintenir. Qui sait ce qui aurait pu advenir s’il n’y avait pas eu cette montagne en travers de sa route ? 

L’intégrité structurelle de la cellule s’était remarquablement bien maintenue malgré l’impact sur le ventre suivi d’un roulé-boulé, manœuvre que personne chez Boeing n’avait envisagé d’intégrer dans les contraintes de construction. »

Extrait de : J. Varley. « Millénium. »

Les mannequins par John Varley

Fiche de Les mannequins

Titre : Les mannequins
Auteur : John Varley
Date de parution : 1980
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Sommaire de Les mannequins :

  • Bagatelle
  • L’effet des fondus
  • Barbie tuerie
  • Equinoxiale
  • Les mannequins
  • Beatnik Bayou
  • Adieu, Robinson Crusoé
  • Sucre d’orge et bébé noir
  • Pique-nique au clair de Terre

Première page de Bagatelle

« Il y avait une bombe sur la Leystrasse, niveau 45, juste devant la Boutike Bagatelle (Fleurs & Cadeaux) sur la promenade, à cent mètres environ de Prosperity Plaza.
« Je suis une bombe, disait la bombe aux passants. Je vais sauter dans quatre heures, cinq minutes et dix-sept secondes. Ma puissance équivaut à cinquante mille tonnes (anglaises) de trinitrotoluène. »
Un petit attroupement se forma.
« Je vais sauter dans quatre heures, quatre minutes et trente-sept secondes. »
Quelques badauds commencèrent à s’inquiéter à mesure que la bombe continuait de parler : le brusque souvenir de quelque affaire urgente les faisait se hâter de déguerpir — le plus souvent en direction des métros conduisant à King-City. Au bout du compte, les rames finirent par être bondées ce qui n’alla pas sans quelques bourrades et quelques bousculades. »

Extrait de : J. Varley. « Les mannequins. »

Champagne bleu par John Varley

Fiche de Champagne bleu

Titre : Champagne bleu
Auteur : John Varley
Date de parution : 1981
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Sommaire de Champagne bleu :

  • Frappez : entrée
  • Champagne bleu

Première page de Champagne bleu

« Megan Galloway se pointa dans la Bulle accompagnée d’une équipe de tournage de trois hommes. Avec son respirateur et son acolyte, elle était la femme nue la moins dénudée qu’on ait jamais vue de mémoire de maître-nageur.

« Je parie qu’elle trimbale encore plus de matos que le reste de son équipe, nota Glen.

— Ouais, mais ça se voit à peine, non ? »

Q.M. Cooper réfléchit à la chose tout en la regardant accepter la traditionnelle ampoule de champagne. « Ça serait pas un genre de record ? Une équipe de trois ?

— La Présidente brésilienne avait bien amené vingt-neuf personnes avec elle, observa Anna-Louise. Et le roi d’Angleterre vingt-cinq.

— Ouais, mais avec une seule caméra du réseau intégré.

— Alors, c’est ça la Gitane dorée », dit Leah.

Reniflement d’Anna-Louise : « Dis plutôt la Transistordue.  »

Extrait de : J. Varley. « Champagne bleu – Frappez : entrée. »

Frappez : entrée par John Varley

Fiche de Frappez : entrée

Titre : Frappez : entrée
Auteur : John Varley
Date de parution : 1984
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Sommaire de Frappez : entrée :

  • Frappez : entrée
  • Champagne bleu

Première page de Frappez : entrée

«  Ceci est un enregistrement. Vous êtes prié de ne pas raccrocher avant la… »

Je raccrochai le combiné si violemment qu’il alla s’écraser par terre. Puis je me relevai, trempé de sueur et tremblant de colère. Finalement, le téléphone se mit à produire la sempiternelle sonnerie « occupé » indiquant que l’appareil est décroché. Elle est vingt fois plus forte que tout ce que peut normalement produire un téléphone et je me suis toujours demandé pourquoi. Comme si le désastre annoncé était si terrible que ça : « Alerte ! Votre téléphone est décroché ! »

Les répondeurs téléphoniques sont un des tracas mineurs de la vie. Franchement : ça vous plaît, vous, de causer à une machine ? Mais ce qui venait de m’arriver était plus qu’une irritation mineure. Je venais d’être appelé par une composeuse automatique.

C’est un truc assez nouveau. Je reçois deux trois appels de la sorte chaque mois. La plupart proviennent de compagnies d’assurances. Elles vous débitent deux minutes de boniment puis un numéro à appeler au cas où vous seriez intéressé. »

Extrait de : J. Varley. « Champagne bleu – Frappez : entrée. »

Démon par John Varley

Fiche de Démon

Titre : Démon (Tome 3 sur 3 – Trilogie de Gaïa)
Auteur : John Varley
Date de parution : 1984
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard

Première page de Démon

« L’éclaireur de repérage fut le premier arrivé dans la vallée.
À l’instar de la plupart des créatures produites par les manipulations génétiques de Gaïa, l’éclaireur était dépourvu de sexe. Il n’avait ni bouche ni système digestif. Ce dont il était pourvu, c’était d’une paire d’yeux cinémascopes et d’un prodigieux sens de l’espace.
L’éclaireur survola la vallée dans le crépitement de ses rotors fuselés puis s’immobilisa pour pivoter lentement. Il aperçut un torrent qui coulait au pied de falaises hautes de vingt mètres. Au-dessus s’étendait un plateau de taille convenable et entouré d’arbres en nombre plus que suffisant pour les besoins de l’Équipe qui approchait. Il en éprouva une chaude satisfaction, tel un chaton devant une jatte de lait : c’était l’endroit idéal.
Il survola les arbres, les aspergeant d’une phéromone attractive. Cela fait, il effectua plusieurs passages au-dessus du plateau afin d’y lâcher des spores. Puis il alla s’installer à sa lisière, sentant déjà la lassitude le gagner. »

Extrait de : J. Varley. « Démon – Trilogie de Gaia. »