Catégorie : Livres

 

Bonder super-tueur par André Caroff

Fiche de Bonder super-tueur

Titre : Bonder super-tueur (Tome 23 sur 42 – Bonder)
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir

Première page de Bonder super-tueur

« Après un mois de juillet froid et pluvieux, quelques coups de vent responsables de chutes de cheminées, Vienne rissolait maintenant sous la canicule de cette seconde quinzaine d’août.
Nul ne savait qui avait choisi le restaurant, ni le salon particulier, mais tous y étaient à l’aise. Ils étaient arrivés un par un, chemise blanche et costume sobre, chaussures noires et attaché-case, plus hommes d’affaires que nature. La langue choisie était l’anglais. 
On en était au café-alcool. Deux ventilateurs ronronnaient doucement, mais la sueur brillait sur le crâne lisse du président de séance. Peut-être Allemand, ou Russe, c’était très difficile à deviner car son anglais était pur.
Les autres, une douzaine, six de chaque côté de la table rectangulaire, arrivaient manifestement de tous les coins du globe. Ici, le racisme n’avait pas cours. Le Blanc, blond au yeux bleus, était assis entre le Noir et le Jaune, l’un crépu, l’autre en brosse… Devant chaque participant, une plaquette portant un numéro. Le chauve qui présidait s’appelait numéro 3. Il dit, d’une voix destinée à ne pas franchir les cloisons :

– La séance est ouverte. »

Extrait de : A. Caroff. « Bonder super-tueur. »

Bonder plombe le pigeon par André Caroff

Fiche de Bonder plombe le pigeon

Titre : Bonder plombe le pigeon (Tome 15 sur 42 – Bonder)
Auteur : André Caroff
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir

Première page de Bonder plombe le pigeon

« Depuis quelques années, plus précisément depuis qu’il avait acheté son bungalow non loin de la Savannah, Georges Simek affichait une mine soucieuse qu’il n’abandonnait que très rarement. Cela lui allait d’ailleurs assez mal car, comme beaucoup de ses collègues, il avait l’air plutôt farfelu. En outre, il était encore trop jeune pour se noyer dans les soucis, si bien qu’il donnait l’impression de se prendre trop au sérieux.
En fait, Simek était un être faible. Il se sentait écrasé par un fardeau que d’autres supportaient allègrement. Fils unique, il avait de surcroît une fâcheuse tendance à la solitude morale, à la non-communication, et vivait replié sur lui-même comme un ver dans son cocon. Pourtant, il le savait, Ella ne demandait qu’à partager ses ennuis…
Ce soir-là, il quitta l’usine à l’heure habituelle et s’installa au volant de sa Chevrolet. Une voiture qui demandait d’urgence une remplaçante car ayant de fort loin dépassé le cap fatidique des cent mille kilomètres. »

Extrait de : A. Caroff. « Bonder plombe le pigeon. »

Virus amok par Christopher Stork

Fiche de Virus amok

Titre : Virus amok
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de Virus amok

« Une centaine d’hommes en uniforme de toile kaki se tenaient dans la longue cour de béton, alignés par rangées de dix, la crosse de leur fusil posée sur le sol. Raides comme des piquets, le visage totalement dénué d’expression, le regard mort, ils étaient figés dans une immobilité de statue.
Le silence était absolu, à peine troublé par le ronronnement de la caméra que l’opérateur de télévision promenait lentement devant lui. Puis il s’immobilisa, prit quelques gros plans de certaines têtes qui paraissaient taillées dans la pierre et, d’un geste du pouce, fit signe à la fois au preneur de son qui se trouvait à côté de lui sur la plate-forme d’un petit mirador dominant la cour de plusieurs mètres, et au sous-officier dressé non loin de là. Ce dernier avança d’un pas et, de toute la force de ses poumons, hurla :
— Go !
À l’instant même, un mugissement monta de la cour. Le preneur de son eut une grimace et, d’un coup de pouce, abaissa le bouton qui commandait son micro. Rivé à l’œilleton de son appareil, l’opérateur vit les statues habillées de toile kaki s’animer brusquement. »

Extrait de : C. Stork. « Virus Amok. »

Vatican 2000 par Christopher Stork

Fiche de Vatican 2000

Titre : Vatican 2000
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Vatican 2000

« L’église Saint-Clément est l’une des plus anciennes et des plus curieuses églises de Rome. Elle comporte deux nefs superposées dont la deuxième est souterraine. Plus bas encore, on trouve un sanctuaire de Mithra édifié sur l’emplacement de constructions romaines qui datent du IIe siècle avant notre ère.

Dans le fond du sanctuaire se dresse l’autel des sacrifices, une large dalle de porphyre légèrement en pente et entourée sur trois côtés d’une profonde rigole où coulait le sang des victimes – le plus souvent des taureaux mais quelquefois des hommes – offertes au dieu perse dont le culte faillit un instant supplanter le christianisme.

Cette partie du sanctuaire attire peu de monde. Elle est mal éclairée et la dalle n’offre, en soi, que peu d’intérêt, sauf pour ceux qui prendraient plaisir à évoquer les lugubres cérémonies dont elle a été le théâtre. Les touristes – du temps où il y avait des touristes à Rome – ne s’attardaient donc guère auprès d’elle et, depuis, le sanctuaire a été fermé et laissé dans le plus complet abandon. »

Extrait de : C. Stork. « Vatican 2000. »

Une si jolie petite planète par Christopher Stork

Fiche de Une si jolie petite planète

Titre : Une si jolie petite planète
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Une si jolie petite planète

« L’énorme Cadillac en carbure de tungstène fonçait sur le ruban d’asphalte vitrifié qui conduisait au cosmodrome dont les phares étaient déjà visibles à l’horizon.
— Nous y serons dans cinq minutes, annonça l’homme assis derrière le volant.
D’un geste nerveux, il redressa la casquette de chauffeur de maître qui avait tendance à glisser de son crâne et contrastait singulièrement avec le reste de son costume : blouson de cuir, jean délavé et boots à semelles de crêpe. Son voisin eut une exclamation agacée :
— Bon sang, Nat ! Laisse cette casquette tranquille et conduis à deux mains ! Tu vas finir par nous envoyer dans le décor !
Puis, sans attendre la réponse, il se tourna vers le siège arrière et examina avec attention ceux qui l’occupaient : un colosse aux cheveux carotte qui mâchonnait son chewing-gum avec une placidité bovine ; une jeune femme blonde dont les traits devaient être fort gracieux à l’ordinaire mais étaient à présent défigurés par la peur »

Extrait de : C. Stork. « Une si jolie petite planète. »

Un peu… beaucoup… à la folie par Christopher Stork

Fiche de Un peu… beaucoup… à la folie

Titre : Un peu… beaucoup… à la folie
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Un peu… beaucoup… à la folie

« Je sais pourquoi je suis ici. Mais je n’accepte pas d’y être. J’ai manqué à certaines règles et c’est la raison pour laquelle je suis interné. Mais ces règles auxquelles j’ai manqué m’ont paru tout à coup si stupides, si monstrueuses que je n’arrive pas à me sentir coupable de les avoir transgressées.

Le Dr Pelletier m’a conseillé de tenir ce journal pour essayer, m’a-t-il dit, de remonter jusqu’à la source du mal dont je souffre. Je pense que j’aurais tenu ce journal de toute façon, non pour soigner un « mal » auquel je ne crois pas mais pour revivre les heures merveilleuses que j’ai connues il n’y a pas si longtemps. Et puis pour m’occuper. Car l’ennui ici est terrible. Les livres que l’on m’offre à lire n’ont aucun intérêt pour moi. Et mes études – que le Dr Pelletier m’a proposé de poursuivre – me donnent la nausée.

Être sociologue, vraiment, dans cette société autoritaire, coercitive, collaborer à cette immense entreprise de démolition de tout ce qui a été le plus cher au cœur des hommes depuis le commencement des temps ? Jamais ! »

Extrait de : C. Stork. « Un peu … Beaucoup … A La folie. »

Tout le pouvoir aux étoiles par Christopher Stork

Fiche de Tout le pouvoir aux étoiles

Titre : Tout le pouvoir aux étoiles
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de Tout le pouvoir aux étoiles

« La Pyramide se dressait non loin de la ville et à proximité du fleuve, en un endroit qui avait été désigné par les ordinateurs et les Mages. Ils en avaient aussi déterminé la hauteur : 440,72 mètres, exactement le triple de la pyramide de Chéops dans son état primitif.

L’énorme édifice était entièrement recouvert de plaques de porphyre poli qui, lorsqu’elles étaient frappées par les rayons du soleil levant, lui donnaient l’apparence d’une masse colossale de métal en fusion. Ce phénomène lui avait valu, dans la ville et les régions environnantes, le sobriquet de « haut fourneau ». Les Mages laissaient dire, certains que cette appellation n’était pas irrespectueuse, au contraire.

La Pyramide comportait cent cinquante étages, de dimensions très différentes selon l’usage que l’on en faisait. Les trente étages supérieurs étaient entièrement occupés par l’observatoire dont le télescope géant avait une lentille de 976 centimètres, près du double de celle du Mont Palomar. »

Extrait de : C. Stork. « Tout le pouvoir aux étoiles. »

Terre des femmes par Christopher Stork

Fiche de Terre des femmes

Titre : Terre des femmes
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de Terre des femmes

« Je…

Un point à préciser tout de suite : sur la planète de la nébuleuse d’Andromède dont « je » viens, le « je » n’existe pas, ni le « nous » ni aucun des autres pronoms personnels. Tout
simplement parce que la notion même de « personne » ou d’« individu » y est inconcevable. Il faudrait, pour vous faire comprendre, la remplacer par celle d’une « Structure » ou d’un « Ensemble », au sens mathématique, dont la composition associative comporte un élément neutre unique… mais vous vous rendez compte où cela nous entraîne !

J’emploierai donc votre « je » dans cette histoire, d’autant plus que, pour accomplir la mission dont j’ai été chargé, il a bien fallu que je me dissocie de ma Structure et que je prenne l’apparence extérieure d’un homme ou, selon les cas, d’une femme. Je pourrais, certes, avoir bien d’autres sexes encore. Car les gens d’Andromède ne se contentent pas, en effet, comme vous, de deux sexes, prétendument complémentaires mais, en réalité, le plus souvent antagonistes. »

Extrait de : C. Stork. « Terre des femmes. »

Terra-park par Christopher Stork

Fiche de Terra-park

Titre : Terra-park
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Terra-park

« Je… Que ce prénom est d’un usage difficile ! Comme d’ailleurs cette langue à laquelle il va bien falloir pourtant que nous nous faisions puisque l’ordre est venu et la date fixée : dans un virem – c’est-à-dire à peu près dans un mois – nous partons pour la planète Deganib à laquelle nous donnerons désormais – du moins je donnerai – son nom « humain » de Terre.

Il va de soi que nous avons reçu cet ordre avec le respect qui lui est dû : il émane des Stations Transcendantales (comment traduire plus exactement le concept de Vaarz Hardami ?) et il récompense (honore ? sanctionne ?) l’activité de notre groupe au cours des récentes décennies. Nous n’en avons pas moins conscience des problèmes considérables que pose un tel voyage, ne fût-ce qu’au niveau de sa préparation.

Car il ne s’agit pas seulement de nous perfectionner dans les quatre ou cinq langues les plus employées sur la Terre. Nous allons devoir assimiler en profondeur des notions aussi singulières, aussi antinaturelles – pour ne pas dire aussi saugrenues – que, par exemple, celle du « Je ». Comment un groupe aussi consubstantiellement lié que le nôtre pourra-t-il arriver à concevoir que les éléments qui le composent doivent se comporter – du moins en apparence – comme si chacun d’entre eux était autonome ? Comment parviendrais-je jamais non seulement à écrire « je » mais à me sentir « je » ? »

Extrait de : C. Stork. « Terra-Park. »

Psys contre psys par Christopher Stork

Fiche de Psys contre psys

Titre : Psys contre psys
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Psys contre psys

« Pietro Rocca quitta le canot automobile qui le ramenait du Lido et prit pied sur le quai de la piazzeta avec une impression de soulagement extraordinaire. Ouf ! C’en était fini du Festival du Cinéma et des heures interminables qu’il avait dû passer dans la grande salle du Palais à regarder quatre ou cinq films par jour. Le palmarès venait d’être proclamé, salué par l’habituel mélange d’ovations frénétiques et de huées furieuses, Rocca avait dicté, par téléphone, un dernier article à la fois acide et désabusé et, maintenant, il se sentait en vacances, libre de parcourir Venise en tous sens, Venise qu’il connaissait par cœur mais qu’il retrouvait chaque année avec le même émerveillement.

Le journaliste obliqua à gauche, avec l’intention d’aller boire un verre de grappa à la terrasse du Florian, et s’immobilisa, stupéfait. À cette heure et en cette saison, la place Saint-Marc était toujours noire de monde. Mais Rocca ne l’avait jamais vue ainsi, envahie par une foule énorme, compacte et curieusement silencieuse. Même les orchestres rivaux du Florian et du Quadri s’étaient tus. Toutes les têtes étaient levées vers le ciel d’un bleu profond piqueté d’or que striaient les rayons verticaux d’une batterie de projecteurs. »

Extrait de : C. Stork. « Psys contre psys. »