Catégorie : Livres
Baron Cimetière par Morgane Caussarieu

Fiche de Baron Cimetière
Titre : Baron Cimetière
Auteur : Morgane Caussarieu
Date de parution : 2026
Editeur : Actes Sud
Première page de Baron Cimetière
« Derrière la vitre, le bayou défilait.
Des cyprès chauves et maigrelets saillaient des flots verdâtres recouverts d’une épaisse couche de végétation aquatique. On aurait dit les mâts de quelques vaisseaux fantômes engloutis dans des temps reculés.
Dans la cage, le jeune raton laveur s’agitait, nerveux. Il avait été attrapé dans une maison, en train de chaparder. Acheté ensuite une bouchée de pain.
Le bokor se gara à l’ombre d’un saule et souleva délicatement la cage, pour ne pas déséquilibrer l’animal. Il baissa la tête, regarda à travers le grillage, et rencontra les adorables billes noires fichées dans le duvet, le fixant avec douceur.
Il hésita un instant, imagina renoncer, garder le raton laveur. On pouvait les domestiquer quand on les adoptait avant l’âge adulte.
Mais les festivités du Mardi gras avaient commencé. Le garçon, Mickaël Lafourche, était déjà là, le temps pressait. Le bokor devait s’assurer du concours des gamins. Ce gros rongeur allait les appâter. »
Extrait de : M. Caussarieu. « Baron cimetière. »
Nous sommes les chasseurs par Jérémy Fel

Fiche de Nous sommes les chasseurs
Titre : Nous sommes les chasseurs
Auteur : Jérémy Fel
Date de parution : 2021
Editeur : Rivages
Première page de Nous sommes les chasseurs
« Leurs voix me font ouvrir les yeux, et à regret quitter ce rêve dans lequel je me promenais le long de la grève avec Renata, ma tendre amie d’enfance.
J’avais profité de la quiétude de ce milieu d’après-midi pour m’assoupir dans le jardin, à l’ombre des arbres de feu que Clemente y a plantés il y a huit ans. Au-dessus de moi piaillent des Conures dont j’entrevois parfois les petits corps verts et rouges frétiller entre les branches. Dans mon dos vrombissent les machines à linge qui tournent dans la remise et ont si parfaitement rythmé mon sommeil.
La voix dominante est plus rauque que celle de Leonel, mon voisin. C’est ce qui m’a alertée en premier lieu. Tendant l’oreille, je distingue mieux les deux autres, plus discrètes. Ce sont les voix, je le sais d’instinct, d’agents de la police politique.
Je pose mon livre dans l’herbe où traînent mes lunettes de soleil et me lève, sachant pourtant qu’il vaudrait mieux rester étendue sur la chaise longue, à faire semblant de dormir en attendant que l’orage passe.
Car il passe toujours, du moins si on ne voit pas, n’entend pas, ne parle pas. »
Extrait de : J. Fel. « Nous sommes les chasseurs. »
Malgré toute ma rage par Jérémy Fel

Fiche de Malgré toute ma rage
Titre : Malgré toute ma rage
Auteur : Jérémy Fel
Date de parution : 2023
Editeur : Rivages
Première page de Malgré toute ma rage
« J’irradie au cœur d’une grosse bulle sombre.
Le monde qui bruisse et s’étire à l’extérieur de la cave est comme en attente, ne nous concerne plus, un monde où cette salope étendue à mes pieds n’aura bientôt plus aucune place.
Effacée par mon unique volonté.
Seul son cadavre rentrera en France.
Le pouvoir que j’ai entre les mains me brûle déjà les doigts, ce pouvoir qui jusqu’à présent n’était que fantasme. Légèrement ivre, je savoure, encore sous l’influence d’une colère à peine apaisée, chaque seconde de cet instant de grâce.
Je garde la lampe torche braquée sur son visage déformé par les coups pour mieux déceler ce qui se joue de façon éphémère dans ses grands yeux de poupée. Seule sa respiration, sourde, saccadée, indique qu’elle est encore vivante. Son souffle, de plus en plus faible, paraît lui aussi gorgé de sang. »
Extrait de : J. Fel. « Malgré toute ma rage. »
Brocéliande par Jérémy Fel

Fiche de Brocéliande
Titre : Brocéliande
Auteur : Jérémy Fel
Date de parution : 2024
Editeur : Michel Lafon
Première page de Brocéliande
« En ce matin du 1er novembre 2004, le sous-bois de la forêt de Brocéliande est encore, par endroits, envahi de fines nappes de brume. Le soleil d’automne se lève à peine au-dessus de la canopée. Ce monde dans le monde, où des relents de magie stagnent encore au détour d’un chemin ou au travers d’un buisson, source de milliers d’histoires qu’on se raconte de génération en génération au coin du feu, à nouveau s’éveille.
Étendue sur un grand tapis de mousse, des brindilles entremêlées dans ses longs cheveux noirs, Fanny est profondément endormie alors qu’autour d’elle les arbres de la forêt bruissent sous un léger vent matinal.
La jeune femme ouvre les yeux et balaye les lieux du regard, ne comprenant pas ce qu’elle fait là, seule, au cœur de ce vaste morceau de nature encore figée par la froidure de la nuit. De plus en plus inquiète, elle se redresse, attentive à tous les bruits qui percent aux alentours, principalement des piaillements d’oiseaux qu’elle peine à distinguer dans la végétation clairsemée. »
Extrait de : J. Fel. « Brocéliande. »
Survivantes par Cédric Sire

Fiche de Survivantes
Titre : Survivantes
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2024
Editeur : Michel Lafon
Première page de Survivantes
« Kate a mis du temps à accepter qui elle est.
Au début, elle était une proie, elle agissait comme une proie, comme toutes les autres. N’était-elle pas du « sexe faible » ? Un être fragile, forcément. Blonde, mince, plutôt jolie de l’avis général. Une victime désignée pour tous les porcs, tous les forceurs ayant besoin de se rassurer sur leur virilité. Parce qu’elle était femme, justement, elle a toujours soutenu que la vie est plus précieuse que tout. Que la tolérance doit s’imposer pour sauver le monde. C’est la raison qui l’a poussée à vouloir être psychologue, dès son adolescence. Tout ce qu’elle souhaitait, c’était aider les autres, leur permettre de surmonter leurs traumatismes par la parole et l’acceptation de leurs propres fantômes.
Au début, oui…
Avant. »
Extrait de : C. Sire. « Survivantes. »
Deux et demi par Alec Covin

Fiche de Deux et demi
Titre : Deux et demi ou le roman du diable
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2008
Editeur : Plon
Première page de Deux et demi
« Il y eut un précédent et même plusieurs.
Mais jamais personne n’en sut rien. C’était dans l’ordre des choses, l’ordre que la Villa Marguerite et son maître réussissaient toujours à imposer, et cela quels que fussent les événements en cause, leur gravité.
Il y eut deux nuits, notamment.
La plus récente vit un certain Jairo Carelli, dessinateur de grand talent, gémir des heures entières dans cette Villa Marguerite où il vivait seul depuis trois mois déjà.
Une heure auparavant, ce même Jairo Carelli venait de finir la partie graphique de sa nouvelle bande dessinée, puis il avait regagné sa chambre appelée la « chambre bleue », où il dormait (essayait de dormir) depuis son installation à la Villa. »
Extrait de : A. Covin. « Deux et demie ou le roman du diable. »
Le général Enfer par Alec Covin

Fiche de Le général Enfer
Titre : Le général Enfer (tome 3 sur 3 – La trilogie des loups)
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2011
Editeur : Plon
Première page de Le général Enfer
« C’est une nuit pluvieuse de février mais, pour désagréable que soit le temps, il ne fait pas particulièrement froid. D’ailleurs, tout le monde vous le dira : ici, en Louisiane, les hivers ne sont jamais bien rigoureux.
Sous cette pluie battante, pluie lourde et noire, une petite ville du nord de l’État. L’horloge de sa mairie marque un peu plus de trois heures et, comme toutes les petites villes tranquilles qui se respectent, celle-ci dort depuis longtemps. Ses rues, taillées au cordeau, sont aussi désertes qu’elles sont bien éclairées avec leurs sages rangées de lampadaires nimbés de pluie.
Cette ville endormie, certains d’entre vous la reconnaissent peut-être malgré le mauvais temps et la nuit, car oui, c’est bien elle, c’est Tusitala. Cinq années ont passé depuis que nous l’avons quittée, si cruellement frappée d’effroi et affligée de deuils. »
Extrait de : A. Covin. « Le général Enfer – La trilogie des loups. »
Etats primitifs par Alec Covin

Fiche de Etats primitifs
Titre : Etats primitifs (tome 2 sur 3 – La trilogie des loups)
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2006
Editeur : Plon
Première page de Etats primitifs
« Le vieux jardinier noir regardait les mains de l’homme blanc. Ce dernier portait des gants plutôt classe pour un simple plombier, mais le jardinier en avait vu d’autres. Des flics avec des queues de cheval, des pompiers homosexuels…
— Vous voulez que je vous montre ? demanda-t-il, posant son sécateur sur l’escabeau près de lui car il était en train de tailler les rosiers du parc.
— Ne vous dérangez pas, mon vieux. Je trouverai bien tout seul.
Le jardinier n’aimait pas qu’on lui donne du « mon vieux ». Son patron, lui au moins, le respectait. Il fixa ses petits yeux boursouflés sur l’énergumène et le détailla tandis que ce dernier se penchait à l’intérieur de la fourgonnette Chevrolet pour attraper son matériel. C’était un jeune type mal rasé, plutôt beau gosse de sa personne. Il portait une combinaison orange avec, au dos, le nom de la boîte (Matheson & Fils) et son logo (un siphon bleu clair au milieu d’un cercle jaune). Débarrassé de ses taches de graisse, c’était le costume idéal pour la grande parade annuelle de Macy’s sur Broadway. »
Extrait de : A. Covin. « La trilogie des Loups – Etats primitifs. »
Les loups de Fenryder par Alec Covin

Fiche de Les loups de Fenryder
Titre : Les loups de Fenryder (tome 1 sur 3 – La trilogie des loups)
Auteur : Alec Covin
Date de parution : 2005
Editeur : Plon
Première page de Les loups de Fenryder
« Vers seize heures, comme à son habitude, elle s’était carrée dans son rocking-chair sur la petite véranda qui flanquait son mobile home, et l’enfant était venu s’asseoir sur ses genoux après avoir avalé le goûter qu’elle lui avait préparé : deux tartines de beurre de cacahouète Skippy accompagnées d’un verre de lait.
— Non, Doug, tu sais pas ce que c’est qu’la peur.
La voix empâtée par l’alcool, elle l’appelait Douglas bien que ce ne fût pas son nom, en souvenir d’un de ses amants qui l’avait embrassée au plus profond de la bouche avant de vider les lieux pour toujours.
— Je sais ce que c’est, Mamie ! Je sais ce que c’est, dit l’enfant du haut de ses neuf ans.
Rose Holder émit un petit rire de poitrine qui ébranla tout son corps que les années et le bourbon avaient rendu obèse. Ses yeux bouffis se plissèrent, ravinant davantage le haut de ses joues, et ses paupières fripées sombrèrent sous un amoncellement de plis de chair flasque et violette. »
Extrait de : A. Covin. « La trilogie des Loups – Les Loups de Fenryder. »
Vertèbres par Morgane Caussarieu

Fiche de Vertèbres
Titre : Vertèbres
Auteur : Morgane Caussarieu
Date de parution : 2021
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Vertèbres
« Ils dérivent dans la tiédeur épaisse. Identiques.
Ils entendent le sang qui s’écoule, et cette palpitation sourde, ce rythme si puissant. Ce tambour.
Ils s’attirent. Parfois ils se frôlent à peine, parfois ils se touchent. Chair contre chair. Des protubérances
qui ne sont pas encore des doigts et qui pourtant cherchent à se saisir.
Toi et moi. Moi et toi.
Ils sont l’un contre l’autre, maintenant. Ils se collent. Ils se collent sans se voir. Transparents et
molasses. Ils se collent de toutes leurs minuscules forces. Ils s’aiment.
Ne me quitte jamais.
Toi et moi. Moi et toi.
Ils commencent à se souder. L’un à l’autre. À s’imbriquer. À se distordre.
On ne les séparera plus. Membres entremêlés. Peau qui se mêle à la peau.
Ça y est.
Ils sont Un. Un seul être mais deux têtes, quatre bras, quatre jambes.
Ils poussent, ils poussent ensemble. Ils s’imitent.
Puis finalement ils se gênent. Pas assez d’espace.
L’un freine l’autre.
Les voilà devenus opposants. Ils luttent. Ils luttent pour gagner le droit de croître.
Moi, Moi, Moi.
Pas toi
L’un cède. Il y en a toujours un qui cède. »
Extrait de : M. Caussarieu. « Vertèbres. »