Catégorie : Livres

 

Le moineau de Dieu par Mary Doria Russell

Fiche de Le moineau de Dieu

Titre : Le moineau de Dieu
Auteur : Mary Doria Russell
Date de parution : 1996
Traduction : B. Vierne
Editeur : France Loisirs

Première page de Le moineau de Dieu

« Rétrospectivement, la chose était prévisible. Tout, dans l’histoire de la Compagnie de Jésus, montrait qu’elle alliait le savoir-faire au sens de l’efficacité, le goût de l’exploration à celui de la recherche. Au cours de ce que les Européens se plaisaient à appeler l’âge des Grandes Découvertes, les prêtres jésuites n’étaient jamais arrivés plus d’un an ou deux après ceux qui avaient noué les premiers rapports avec des peuples jusque-là inconnus ; ils étaient même, bien souvent, à l’avant-garde des explorateurs.
Il fallut des années aux Nations unies pour parvenir à une décision que la Compagnie de Jésus prit en dix jours. À NewYork, les diplomates multiplièrent les débats acharnés, ponctués d’innombrables suspensions et ajournements, afin de savoir s’il fallait consacrer des ressources humaines à une éventuelle prise de contact avec le monde que l’on connaîtrait ensuite sous le nom de Rakhat, alors qu’il y avait sur terre tant de besoins pressants, et pourquoi. »

Extrait de : M.D Russell. « Le Moineau de Dieu. »

Voyage au pays de la quatrième dimension par Gaston de Pawlowski

Fiche de Voyage au pays de la quatrième dimension

Titre : Voyage au pays de la quatrième dimension
Auteur : Gaston de Pawlowski
Date de parution : 1912
Editeur : Denoël

Première page de Voyage au pays de la quatrième dimension

« Toute chose imaginée existe.
L’affirmation ne se conçoit pas sans la négation.

Il me paraît évident, contrairement au préjugé courant, que toute chose imaginée existe par cela seul qu’elle est imaginée, et que cette existence est autrement réelle que celle des prétendues réalités. Une réalisation matérielle n’est qu’une mort partielle, une cristallisation caricaturale de l’Idée. L’Idée, par contre, est lourde de possibilités infinies et sa certitude vient tout justement de ce fait qu’elle émane de la seule certitude vivante que nous ayons au monde : notre pensée. Pour en prendre un exemple facile, combien chétive paraît la réalisation de l’avion à côté de ce pressentiment général qui obsède l’humanité depuis ses premiers âges : la libération des forces de gravitation, la lévitation due peut-être à notre seule volonté ? Dans un domaine plus abstrait, la négation et le renversement de toutes les lois naturelles admises ne sont-ils pas aussi indispensables à l’existence même de ces lois que le flux l’est au reflux, l’ombre à la lumière, l’aspiration à la respiration, le mensonge à la vérité ?

Sans la mort, la Vie n’aurait pas plus de sens chez l’homme que chez les pierres ; sans ce que l’on appelle Mal, ce que l’on appelle Bien n’existerait pas plus chez nous que dans les phénomènes naturels, toute pensée ou toute chose, comme sens ou comme position, ne pouvant exister que relativement à une autre et en opposition avec elle. »

Extrait de : G. de Pawlowski. « Voyage au pays de la quatrième dimension. »

L’arbre par Hubert Mingarelli

Fiche de L’arbre

Titre : L’arbre
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 1996
Editeur : Seuil

Première page de L’arbre

« Vicente m’attendait au bord de la route. Il s’épaulait à la Ford et tenait son carnet de commandes en visière.
Quand je lui ai dit que nous ne prenions pas de vin aujourd’hui, il a jeté les bons de commande dans la cabine et m’a demandé pour l’amour du ciel comment il pouvait s’en tirer si nous ne lui achetions du vin qu’une semaine sur deux. Je lui ai répondu que je n’y pouvais rien et il m’a dit que j’avais raison. Nous tombions toujours d’accord sur ce point-là.
On est restés un moment silencieux. Puis j’ai sorti la pierre de ma poche et je la lui ai tendue. Il l’a fait passer d’une main dans l’autre pour estimer son poids. Ensuite seulement il a commencé à l’examiner.
Il l’approchait de ses yeux. Il la tournait dans la main. Il prenait son temps. Je mesurais la longueur de son silence. Je n’étais pas pressé qu’il finisse, car plus il durait, plus ma pierre prenait de la valeur. Je ne me souvenais pas des noms qu’il donnait à mes pierres, mais du temps qu’il avait mis à les examiner. Cette fois il m’a dit qu’il s’agissait d’anthracite. Je lui ai demandé si c’était rare. Il m’a dévisagé puis s’est lancé dans un nouvel examen, et j’ai ajouté le temps de ce silence au premier. Et au vu du total des deux j’ai été de son avis quand il a dit que ça l’était probablement.
Il m’a rendu la pierre, il a ouvert la portière de la Ford et m’a fait signe de venir. Je me suis approché et je l’ai vu, il dormait sur le siège. »

Extrait de : H. Mingarelli. « L’arbre. »

La terre invisible par Hubert Mingarelli

Fiche de La terre invisible

Titre : La terre invisible
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 2019
Editeur : Buchet Chastel

Première page de La terre invisible

« Allemagne, juillet 1945

Depuis presque deux semaines de ce mois de juillet brûlant j’attendais à Dinslaken, au bord du Rhin, je n’arrivais pas à m’en aller. Pourtant je pensais avoir tout photographié. Tous les jours le soleil était blanc et les nuits n’apportaient aucune fraîcheur. On étouffait le jour et la nuit. Je ne savais pas pourquoi je restais ici, passant le plus clair de mon temps à l’hôtel, n’ayant bientôt plus d’argent. Le matin je descendais voir le fleuve et le soir j’allais m’asseoir sur le banc de la Dürenstrasse. Je fermais les yeux, attendant qu’il fasse un peu moins chaud pour rentrer.

J’entendais marcher, il surgit derrière le banc comme un fantôme en portant un carton de bières. Il resta un moment assis à côté de moi, on but ensuite, on se parla et il se releva. Il avait les jambes écartées et la bouche grande ouverte comme s’il mangeait l’air. Il écrivait pour un journal hollandais. Derrière lui, le soleil tombait sur une montagne de briques rouges qu’on avait par endroits commencé à trier et empiler. Il me demanda : « Et toi ? » Je sortis mon appareil de la poche et il dit : « D’accord. » Le soleil m’éblouissait et lui maintenant dansait sur ses jambes. Je ne savais pas où il avait trouvé toutes ces bières. »

Extrait de : H. Mingarelli. « La Terre invisible. »

Vie de sable par Hubert Mingarelli

Fiche de Vie de sable

Titre : Vie de sable
Auteur : Hubert Mingarelli
Date de parution : 1998
Editeur : Seuil

Première page de Vie de sable

« Il y avait eu du vent cette nuit-là, il avait déjà soufflé sur des centaines de kilomètres avant de s’engouffrer dans cette vallée et de soulever le sable tout le long de la rivière.
Il s’appelait Emilio et venait de découvrir la mine antipersonnelle qui affleurait sur la berge.
Ce qui l’inquiétait surtout, c’était le soleil. Il n’arrivait pas à se représenter l’effet de la chaleur du soleil sur le bout de métal. Et il y en aurait un, sans aucun doute, se disait-il. Peut-être infime et il ne le verrait pas. Peut-être beaucoup plus. Et alors si le rectangle de métal se déformait suffisamment pour appuyer sur le détonateur, la mine exploserait.
Il regarda vers les crêtes.
Le soleil apparaîtrait dans un quart d’heure, tout au plus. Pour le moment, le ciel était bleu foncé.
Il regarda plus près de lui.
Derrière le lit de la rivière, il vit des arbres morts pris dans des buissons. Il irait s’allonger là-bas juste avant que le soleil se lève. Il y attendrait l’effet de la chaleur sur le métal, puis reviendrait ici. »

Extrait de : H. Mingarelli. « Vie de sable. »

Thomas par Dominique Douay

Fiche de Thomas

Titre : Thomas
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1975
Editeur : Editions Armada

Première page de Thomas

« Phase 1 – observation

— Un homme, on dirait, suppute Alduce en plissant les yeux.

— Une femme, peut-être, suggère Thomas avec un espoir non déguisé.

Les mains enfouies dans les poches de son pantalon informe, il caresse sa verge qu’il sent durcir sous l’étoffe râpeuse.

— Ta gueule.

Alduce lui expédie une bourrade au jugé, le regard toujours fixé sur la silhouette – une silhouette, vraiment ? Non, son imagination lui joue encore un tour. Un point noir, tout au plus ; un point d’ombre mobile posé sur l’extrême bord de la coupelle. Mais à supposer que ce point soit l’amorce d’une silhouette et non une illusion d’optique due par exemple à la réverbération dont l’intensité croît au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre de la coupelle, il faut alors admettre que cette silhouette paraît s’approcher des observateurs. »

Extrait de : D. Douay. « Thomas. »

Deux vertiges par Dominique Douay

Fiche de Deux vertiges

Titre : Deux vertiges (et autres malaises)
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 2023
Editeur : Les moutons électriques

Sommaire de Deux vertiges :

  • La vie comme une course de chars à voile
  • Car les temps changent
  • Cochise d’AméNord Dix
  • La fin de l’hiver
  • Froide est ta peau, Sytia. Morne mon désir
  • Thomas
  • Le rêve amoureux

Strates par Dominique Douay

Fiche de Strates

Titre : Strates
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1978
Editeur : Denoël

Première page de Strates

« Rémi se dressa d’un bond, la bouche béante sur un cri qui refusait de sortir. Les paupières toujours closes, il tâtonna quelques secondes à la tête de sa couche, trouva enfin le minuscule interrupteur. Le pressa.
« Tu t’appelles Rémi Marsaut », fit une voix, la sienne, quoique à ce moment il n’en fût pas très sûr. « Tu as trente-deux ans, souviens-toi : trente-deux ans. Nous sommes en dix-neuf cent quatre-vingt-dix… »
« Dix-neuf cent quatre-vingt-dix, haleta-t-il. Dix-neuf cent quatre-vingt-dix ! »
« Tu t’appelles Rémi Marsaut, reprit sa voix après un court instant de silence. Tu as… » L’homme arrêta le défilement de la bande sans fin d’un nouveau coup de pouce.
— … trente-deux ans, poursuivit-il à mi-voix. Quelque part dans le tréfonds de son esprit, des ombres s’insurgèrent contre cette affirmation, mais Rémi était cette fois trop réveillé pour se laisser abuser. D’ailleurs, deuxième obstacle dressé contre les illusions malignes, un grand miroir volontairement placé à cet endroit lui renvoyait son image, de plus en plus nette à mesure que la lumière se faisait plus vive. Paupières lourdes, yeux rouges, visage fatigué, sali par une barbe têtue et irrégulière. Trente-deux ans… »

Extrait de : D. Douay. « Strates. »

Ethan d’Athos par Lois McMaster Bujold

Fiche de Ethan d’Athos

Titre : Ethan d’Athos (Tome 8 sur 20 – Saga Vorkosigan)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 1986
Traduction : G. Blattmann
Editeur : J’ai lu

Première page de Ethan d’Athos

« La naissance s’annonçait bien. Les longs doigts d’Ethan dégagèrent en douceur la minuscule canule de son clamp.

— Solution hormonale C, ordonna-t-il au médtech qui l’assistait.

— Tout de suite, docteur Urquhart.

Ethan pressa l’hypovapo contre la membrane circulaire de la canule afin d’administrer la dose. Le placenta se resserrait comme il faut, se contractant dans la matrice qui l’avait porté depuis neuf mois. C’était le moment…

D’un geste précis, il ouvrit le couvercle du caisson et, avec son vibroscalpel, trancha la couche spongieuse des microscopiques tubes d’échanges que le médtech écarta aussitôt à l’aide de clamps. Seules quelques gouttelettes jaunes effleurèrent les mains gantées d’Ethan qui maniait le scalpel avec tant de délicatesse que le sac amniotique sous l’enchevêtrement des tubes n’était même pas abîmé. Une petite forme rose gigotait à l’intérieur.

— Plus que quelques secondes de patience, lui dit-il en souriant. »

Extrait de : L. McMaster Bujold. « Ethan d’Athos – Saga Vorkosigan. »

Cetaganda par Lois McMaster Bujold

Fiche de Cetaganda

Titre : Cetaganda (Tome 7 sur 20 – Saga Vorkosigan)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 1996
Traduction : B. Emerich, A. Ramani
Editeur : J’ai lu

Première page de Cetaganda

« — À propos, « La diplomatie, c’est la guerre, poursuivie par la voix des autres », ou bien l’inverse ? demanda
Ivan. « La guerre, c’est la diplo… »

— « La diplomatie, c’est la guerre poursuivie par d’autres voies », psalmodia Miles. Chou En-Lai, xxe siècle,
Terre.

— Qui es-tu ? Les archives galactiques ambulantes ?

— Moi non, mais le commodore Tung, si. Il collectionne les vieux dictons chinois et m’oblige à les apprendre par cœur.

— Et le vieux Chou, était-il un diplomate ou un guerrier ?

Le lieutenant Miles Vorkosigan réfléchit avant de répondre :

— Un diplomate, je crois.

Les courroies du siège retinrent Miles à l’instant de la mise à feu des réacteurs d’altitude. La capsule privée dans laquelle Ivan et lui étaient assis l’un en face de l’autre effectua en douceur son entrée dans une solitude éblouissante. Les deux sièges faisaient la longueur du petit fuselage. Miles tendit le cou par-dessus l’épaule du pilote et jeta un coup d’œil à la planète qui tournait en contrebas. »

Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cetaganda – Saga Vorkosigan. »