Catégorie : Livres

 

Le crime du syndicat par Hervé Jaouen

Fiche de Le crime du syndicat

Titre : Le crime du syndicat
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1984
Editeur : Denoël

Première page de Le crime du syndicat

« Le Flic verrouille les portes de sa voiture noire, fait trois pas, pose sur la bordure de la pelouse vert absinthe son vieux cartable en croûte, roule une cigarette de tabac bleu et se met à fredonner les paroles d’une chanson de Gainsbourg Dieu est un fumeur de havane je vois ses nuages gris, ce qui le plonge dans un ravissement amusé.

Il tète sa cigarette comme le vieil homme qu’il sera bientôt et, déjà, il se complaît à parler tout seul et à rire doucement de lui-même.

D’un pas tranquille, il se dirige vers l’immeuble moderne, construit à l’extérieur de la ville, qui abrite la direction et les services administratifs départementaux du Crédit régional de l’Ouest et du Centre.

Au centre de voies bitumées d’ocre rouge qui forment une croix celte, c’est un miroir vertical à quatre faces dans lequel filent les vols d’étourneaux, contre lequel se fracassent, par pleine lune, les canards sauvages, et que fuient les corneilles comme l’on évite les regards aveugles des gens qui portent des verres mercurisés.

Quelque part dans ce briquet nickelé, un apprenti sorcier a allumé, sur ordre supérieur, le feu de la guerre syndicale. »

Extrait de : H. Jaouen. « Le crime du syndicat. »

Le bon Docteur Cogan par Hervé Jaouen

Fiche de Le bon Docteur Cogan

Titre : Le bon Docteur Cogan
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2019
Editeur : Presses de la cité

Première page de Le bon Docteur Cogan

« Huelgoat, 2018.

Bien que mon rôle, ici, soit celui de simple copiste, je crois devoir livrer aux lecteurs quelques mots d’introduction au récit confié à mes bons soins de rédactrice par mon amie Yvonne Trédudon.

Je m’appelle Marie-Françoise Baraer et je viens de fêter mon soixante-quatorzième anniversaire. Je suis née à Huelgoat en 1944, rue Robinson, anciennement rue de l’Abattoir. J’ai une fille et trois petits-enfants. Ils vivent au Canada, nous communiquons par Skype. Il a bien fallu que je m’initie aux techniques nouvelles, et je concède volontiers que c’est absolument magique de les entendre et de les voir sur l’écran de mon ordinateur. Ils me pressent de traverser l’Atlantique, mais je ne suis pas une grande voyageuse. Je n’ai pris l’avion qu’une seule fois, avec mon mari, pour aller aux Baléares. Nous étions dans notre cinquantaine, nous avions voulu suivre la mode des vacances au soleil. La chaleur, l’agitation et au retour un vol retardé de neuf heures nous avaient guéris des voyages organisés. Nous habitions Quimper. Jean, mon mari, travaillait à la mairie, j’étais assistante sociale à la DDASS. Retraités à soixante ans, nous avions tout pour être heureux, même si nous ne voyions pas grandir nos petits-enfants autrement que sur un écran, sauf quand ils traversaient l’Atlantique, environ une fois tous les deux ans. »

Extrait de : H. Jaouen. « Le bon Docteur Cogan. »

La tentation du banquier par Hervé Jaouen

Fiche de La tentation du banquier

Titre : La tentation du banquier
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1998
Editeur : Denoël

Première page de La tentation du banquier

« Albert Ganne, banquier d’esprit et de profession, pénètre dans sa salle de bains à six heures vingt-neuf, se caresse le menton devant la glace, se gratte les poils de poitrine et, à six heures vingt-neuf et cinquante-cinq secondes, allume son transistor Radiola. Dès les premiers mots du journal de six heures trente, il coupe le poste d’un index rageur : deuil national annoncé. Et voilà. Grâce au décès de Georges Pompidou ses peigne-culs d’employés de banque vont se payer un jour de congé supplémentaire. Et se marreront. Si ça se pouvait qu’il en crève un par mois, de président, qu’ils se diront. Les fainéants. Tous des poux. Il fait couler de l’eau à quarante degrés dans le lavabo et retrousse sa lèvre supérieure pour apprécier la perfection de forme et de nuance de la canine en céramique qu’on vient de lui poser. Il ferme le robinet. Et la bouche. »

Extrait de : H. Jaouen. « La tentation du banquier. »

La mariée rouge par Hervé Jaouen

Fiche de La mariée rouge

Titre : La mariée rouge
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1983
Editeur : NEO

Première page de La mariée rouge

« Les photos s’étalaient, encore humides, sur le bureau de l’A. P. J. Cornou, de la Sûreté urbaine de Quimper. Il était midi, il attendait les inspecteurs principaux et l’inspecteur divisionnaire du S. R. P. J. de Rennes. La fatigue le rendait fébrile. Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Il sonna le planton.
— Appelez ma femme… Dites-lui que je ne rentrerai pas déjeuner…
Ce soir, il aurait la soupe à la grimace, comme disent les enfants.
Les photos s’étalaient, encore humides, sur le bureau de l’A. P. J. Cornou, et il en était sidéré, effaré, battu, rompu, vidé. Depuis le début de sa jeune carrière, il n’avait eu à traiter que des affaires mineures, désespérément simples et banales : vols de linge, sur les fils, aux frontières des H. L. M., vols dans les clapiers, vols de cyclomoteurs, vols à la tire, dans les voitures, aux abords des fêtes foraines… »

Extrait de : H. Jaouen. « La mariée rouge. »

La croix du sud par Hervé Jaouen

Fiche de La croix du sud

Titre : La croix du sud
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1988
Editeur : Syros

Première page de La croix du sud

« C’est dur, la vie, quand on a honte de ses parents…

Et c’est encore plus dur, la vie, quand on a honte d’avoir honte de ses parents…

Est-ce normal de s’appeler Stéphane, d’avoir douze ans, d’être un gentil garçon, d’être le premier de sa classe, d’aimer la lecture et le cinéma, le dessin et la musique classique, et de n’être jamais d’accord avec ses parents ?

Est-ce normal d’habiter la région parisienne et de préférer tenir un herbier (cueillir avec mille précautions des fleurs sauvages et les identifier au moyen du dictionnaire emprunté à la bibliothèque du collège) plutôt que de jouer au foot sur le parking de l’hypermarché ?

Est-ce normal d’aimer regarder les étoiles ?

Est-ce normal d’aimer reproduire à la gouache, sur un cahier de dessin, les illustrations de son bouquin de sciences naturelles ?

Assis par terre dans un coin de la cuisine, tassé sur lui-même, au bord de la nausée, Stéphane se pose ces questions. »

Extrait de : H. Jaouen. « La croix du sud. »

La chasse au merle par Hervé Jaouen

Fiche de La chasse au merle

Titre : La chasse au merle
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2002
Editeur : Editions de la Chapelle

Première page de La chasse au merle

« Un jeune avocat de mes amis venait de me faire lire le manuscrit d’un essai dont il était l’auteur et qui avait pour titre Le Rang social et la raison d’État.

Cet ouvrage, aussi ambitieux qu’intéressant, tendait à démontrer qu’en matière de crime et plus particulièrement dans la recherche du criminel encore appelé par euphémisme le « témoin principal », l’appareil d’État agit, dans la très grande majorité des cas, selon le rang social de l’individu suspecté.

Un rang social modeste entraînera l’accumulation de présomptions à l’encontre du suspect et forcera l’intime conviction du juge. À l’inverse, l’on aura tendance à rechercher la preuve de l’innocence dès lors qu’il s’agira d’un prévenu dont le rang social est élevé.

Autrement dit, dans le premier cas le rang social sera une sorte de preuve supplémentaire de culpabilité ; alors même que dans le second cas l’appareil d’État tissera autour du suspect un cocon de présomption d’innocence. Bien entendu, l’on trouvera des situations inverses qui seront les exceptions qui confirment la règle. »

Extrait de ; H. Jaouen. « La Chasse au merle. »

Gheritarish par Michel Robert

Fiche de Gheritarish

Titre : Gheritarish
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2009
Editeur : Mnémos

Première page de Gheritarish

« Agrippé à une grosse racine qui saillait au-dessus du sol, la dextre puissante de Gheritarish était la seule chose qui l’empêchait de basculer dans le vide.

L’à-pic béait sous lui, profond d’une centaine de mètres. Les bottes de daim du Loki cherchaient vainement un appui sur la paroi rocheuse, ne faisant que décoller des éclats de pierre qui s’en allaient nourrir le gouffre en ricochant.

Le combat qu’il venait de livrer, marqué par la défaite, l’avait épuisé. Ses forces déclinaient. Gheritarish était salement touché ; l’épaule gauche luxée, le nez cassé, les lèvres éclatées, le front entaillé, sa peau bleutée marbrée de coups et de griffures.

Seule sa volonté lui permettait encore de se raccrocher à cette racine qui représentait le salut.

Une forme immense se dressa au-dessus de lui. »

Extrait de : M. Robert. « Gheritarish, les terres de sang. »

Six petites gouttes de sang (partie 2) par Michel Robert

Fiche de Six petites gouttes de sang (partie 2)

Titre : Six petites gouttes de sang (partie 2) (tome 2 sur 2 – Largo Callahan)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2019
Editeur : I2N

Première page de Six petites gouttes de sang (partie 2)

« Largo et Rico étaient campés sur le seuil de la caverne, l’un à côté de l’autre, bras tendus, revolvers alignés, prêts à cracher leur sérénade de plomb.
Débouchant de la galerie rocheuse, leur poursuivant, ou plutôt leur poursuivante, surgit enfin face à eux, prête à venger la mort de sa progéniture.
C’était un saurien à écailles noires, avec des marbrures rouges et non blanches ou jaunes, deux cornes torsadées, comme celles d’un bouc, saillaient de son front, aussi épaisses que l’avant-bras de Rico. Gigantesque. Quinze mètres de long, deux fois large comme les monstres que les pistoleros avaient affrontés, une charpente d’au moins dix tonnes, et son crâne arrivait vingt centimètres plus haut que celui de Largo.
Le métis ne put s’empêcher de déglutir. Il raffermit sa prise sur ses .44.
La créature titanesque entra dans la grotte, se figea le temps de humer l’air ambiant. Elle repéra les deux pistoleros, ébranlant à nouveau ses larges pattes pour traverser la salle dans leur direction. »

Extrait de : M. Robert. « Six petites gouttes de sang – Largo Callahan. »

Six petites gouttes de sang (partie 1) par Michel Robert

Fiche de Six petites gouttes de sang (partie 1)

Titre : Six petites gouttes de sang (partie 1) (tome 1 sur 2 – Largo Callahan)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2019
Editeur : I2N

Première page de Six petites gouttes de sang (partie 1)

« — Putain de terre rouge, putain de soleil ! Et putains de Peaux-Rouges !
La balle émit un miaulement agressif avant de faire éclater un pan de rocher à quelques pas de lui. Épongeant son front empoissé de sueur, le lieutenant Kendall proféra un nouveau juron. La poussière lui piquait les yeux et la gorge.
— Putain de Nouveau-Mexique ! scanda-t-il encore. Putain de soleil ! Et putains d’Apaches !
Josh Kendall était un homme robuste, grisonnant, tutoyant la cinquantaine. Lui qui avait grandi dans les collines du verdoyant Montana n’avait jamais réussi à s’acclimater au climat aride de l’Arizona et du Nouveau-Mexique.
Il redressa son Remington calibre .44 d’ordonnance et tira deux balles rageuses sur le versant rocailleux en face de lui. Ces diables rouges n’étaient que des silhouettes à peine discernables qui surgissaient, tiraient et disparaissaient entre les rochers, tuniques blanches et bandeaux rouges, égrenant leurs cris de défi aigus, moqueurs et sinistres.
L’embuscade avait été perpétrée de main de maître, comme toujours avec les Apaches. Et les Tuniques bleues s’étaient jetés dans leur piège sans rien pouvoir y faire. »

Extrait de : M. Robert. « Largo Callahan – Six Petites Gouttes De Sang. »

Ruisseaux de sang par Michel Robert

Fiche de Ruisseaux de sang

Titre : Ruisseaux de sang (tome 9 sur 10 – L’agent des ombres)
Auteur : Michel Robert
Date de parution : 2016
Editeur : I2N

Première page de Ruisseaux de sang

« Yrénas la Blanche et Felleyran la Bleue, les Lunes Jumelles, faisaient miroiter la surface placide du lac Obéron. Surplombant ce dernier, tel un fanal étincelant de mille feux, se dressait le majestueux palais de Tygarde, berceau de la Lumière, baigné d’abondantes lueurs or et argent.

Çà et là, sur la rive, les vassales du palais scintillaient ou clignotaient avec plus ou moins d’intensité, petites lumières colorées des bourgades disséminées autour du lac.

C’était une soirée paisible, comme tant d’autres. L’air était doux, la température clémente.

Le hameau, quant à lui, se situait un peu à l’écart à l’ouest de l’île de la Source, sur une butte boisée, isolé des autres habitations entourant l’Obéron. Les modestes maisons de bois étaient plongées dans la pénombre. Seule l’une d’elles présentait de la lumière, visible à travers le rai de la porte d’entrée. »

Extrait de : M. Robert. « L’Agent des ombres – Ruisseaux de sang. »