Catégorie : Livres
La horde infâme par Paul Béra

Fiche de La horde infâme
Titre : La horde infâme
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de La horde infâme
« Ce matin, j’ai reçu un merveilleux cadeau : un rétrokaléidoscope. Voilà des années que j’enviais les possesseurs de cet instrument qui, comme son nom l’indique, permet d’observer les scintillements du Passé.
Mon salaire d’enseignant ne me permettant pas d’en acquérir un (bien sûr, si je me privais un peu… mais comment se priver dans notre civilisation actuelle ?) et mes travaux littéraires (j’écris des romans S.-F.) n’étant pas pris au sérieux au point qu’un Cénacle pontifiant m’en offrît un, eh bien, je m’en passais.
C’est sur l’initiative de Vané que mes vœux furent comblés. Vané, c’est mon élève préférée. Une magnifique blonde aux yeux noirs. Mais le sort est injuste : elle a dix-huit ans à peine, j’en ai cinquante… »
Extrait de : P. Béra. « La horde infâme. »
L’ongle de l’inconnu par Paul Béra

Fiche de L’ongle de l’inconnu
Titre : L’ongle de l’inconnu
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’ongle de l’inconnu
« Moi, Olivier, ingénieur en électronique, je n’avais jamais assisté à une séance au palais Bourbon ! Vous rendez-vous compte ? Nous votons pour élire les Représentants de la Nation, après quoi, une fois qu’ils sont élus, nous nous désintéressons de ce qu’ils font, sauf quand un scandale immobilier éclate.
Quelle bizarre conception de la démocratie ! Somme toute, nous donnons un mandat en blanc à un homme dont nous ignorons à peu près tout et puis hop ! nous rentrons chez nous pour nous livrer à des occupations beaucoup plus importantes : réparer un robinet qui fuit ou coller de nouveaux timbres dans notre collection.
J’ignore ce qui m’a poussé à dire ce jour-là à Gloria :
— On y va.
— Où ça ?
— A la Chambre. »
Extrait de : P. Béra. « L’Ongle de l’inconnu. »
L’ombre du tueur par Paul Béra

Fiche de L’ombre du tueur
Titre : L’ombre du tueur
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’ombre du tueur
« J’ai compris que le Tueur était sur nos traces quand j’ai entendu les clameurs de souffrance et d’agonie au fond de la vallée, à nos pieds. Rol était allé chercher de l’eau à la source, deux ou trois cents pas plus bas.
Le soleil caressait les rochers. Une main invisible parut serrer ma gorge : est-ce qu’il aurait le courage de ne pas se précipiter vers le village, de laisser massacrer nos compagnons ?
S’il descendait, le Tueur l’abattrait, comme les autres, et je serais condamnée à errer seule dans la montagne…
Seule… La montagne… À cette idée, ma respiration devenait courte. Je regardais, un peu hébétée, ce spectacle que je voyais depuis des mois, depuis que j’avais décidé de vivre avec Rol, c’est-à-dire, suivant la Loi, de quitter le village.
Dans celui-ci, j’étais restée depuis ma naissance. Rol et moi, nous aurions pu, comme les autres couples, nous établir non loin de là, mais dans la vallée. Cette dernière offrait avec générosité les poissons de son torrent, les légumes de sa terre arable, les fruits de ses arbres et de ses buissons. »
Extrait de : P. Béra. « L’ombre du tueur. »
Jar-qui-tue par Paul Béra
Fiche de Jar-qui-tue
Titre : Jar-qui-tue
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1978
Editeur : Fleuve noir
Première page de Jar-qui-tue
« Jarah appuya ses mains moites à la paroi rocheuse et, lentement, se glissa vers l’entrée de la caverne. Dans les ténèbres épouvantables, il ne distinguait pas l’ennemi. Mais, à l’âcre senteur fauve, aux rauquements qui résonnaient sous la voûte, il devinait la présence de l’ours gris.
La bête avait senti l’homme. Elle quittait l’étroit couloir rocheux que, malheureusement, ils avaient négligé d’explorer la veille et, se dandinant, humant les senteurs chaudes, elle avançait sans hâte vers sa proie.
Frissonnant, Jarah se baissa et ses mains ouvertes frôlèrent le sol. Les armes n’étaient plus là ! Rama et Larvi, ses fidèles compagnons, les avaient rassemblées au centre de la caverne.
Aux frôlements qu’il percevait dans la nuit, il imagina les deux hommes, couchés sur le sol, entre la bête et le rocher, tendant les bras, quêtant éperdument les haches introuvables. Et d’ailleurs, dans la nuit, comment combattre ? »
Extrait de : P. Béra. « Jar-Qui-Tue. »
Comme un liseron par Paul Béra

Fiche de Comme un liseron
Titre : Comme un liseron
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir
Première page de Comme un liseron
« Pourquoi tous ces mystères alors que nous venions de passer une merveilleuse nuit d’amour ? Certes, j’étais très jeune, mais j’avais imaginé notre existence d’une façon si différente !
*
Je nous voyais, abandonnant le Clan, comme le font les nouveaux époux, rôdant de-ci de-là afin de nous accoutumer à l’isolement du couple désigné pour créer un nouveau clan. Car nous avions été désignés. Par qui ? Je l’ignorais, et je suppose que nul ne le savait.
Jamais je n’avais pu deviner qui dirigeait le Clan. Parfois, il semblait que c’étaient les vieux. Mais parfois aussi Joss élevait la voix, et les vieux baissaient la tête. Or Joss n’avait pas encore vingt-cinq ans !
Il était advenu que d’autres, de son âge, eussent tenté de briser la volonté d’un Ancien. Je me souvenais en particulier de la querelle qui avait opposé Kari, un des amis de Joss, à Mat aux cheveux blancs.
C’était au sujet d’un cerf que le Clan avait pourchassé pendant une journée entière avant de réussir à l’abattre dans la caverne où il s’était réfugié. »
Extrait de : P. Béra. « Comme un Liseron. »
Changez de bocal par Paul Béra

Fiche de Changez de bocal
Titre : Changez de bocal
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Changez de bocal
« Je me demande encore comment j’ai pu sortir de mon bocal. Hasard ? Impulsion due aux puissances surnaturelles ? Je ne sais. Peut-être le comportement de Sylvie y fut-il pour quelque chose.
Car je croyais aimer Sylvie. Comme un dingue. Et elle en profitait. C’est curieux : dans la vie, nombreux sont les couples chez lesquels l’un profite de l’autre, sans aucune réciprocité.
Par exemple, Sylvie. Depuis deux ans que nous nous connaissions, elle n’avait cessé de m’imposer sa loi. A moi, un jeune gars sans préjugés, qui ne croit à rien, ni à Dieu, ni au diable, ni à la société, ni à la fraternité… etc.
Bien qu’au fond, si je ne crois à rien de tout ça, c’est parce que je suis bourré de préjugés, dus non à mon ascendance mais à mon éducation. Un jour, je m’en souviens, j’ai dit à un ami qui se flattait de ne suivre aucun principe :
— Si fait.
— Comment ça ?
— Tu poses en principe que tu n’en as pas. »
Extrait de : P. Béra. « Changez De Bocal. »
Ceux d’ailleurs par Paul Béra

Fiche de Ceux d’ailleurs
Titre : Ceux d’ailleurs
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ceux d’ailleurs
« Les premières feuilles mortes voltigeaient au soleil d’octobre. À travers les parois transparentes de la Bulle, je les regardais sans les voir, attristé et soucieux.
Depuis quelques heures, je le savais, Martha allait mourir. Et il n’y avait rien à faire. On ne rallume pas une lampe quand le réservoir est vide. Martha avait presque cent six ans… Moi, cent huit.
Je n’avais même pas appelé un médecin. Je savais trop bien ce qu’il allait dire : des phrases de consolation, en me frappant paternellement dans le dos. Paternel, un gars de soixante ans à peine !
Normalement, j’aurais dû disparaître avant Martha. Les femmes, sur notre monde de techniciens, vivent en général plus longtemps que les hommes. Pour notre couple, c’était le contraire. Martha allait mourir, et je pouvais vivre encore pendant quelques années… Vivre seul, avec le souvenir.
Je précise que, grâce aux progrès de notre chirurgie et de notre médecine, nos corps restaient robustes et sains jusqu’à l’heure dernière. Chez nous, on ne meurt que d’accident ou de vieillesse.
— Approche-toi un peu plus, souffla Martha.
Et, rêveuse :
La plus belle fin… comme dans les romans d’autrefois… ma main dans ta tienne… »
Extrait de : P. Béra. « Ceux d’Ailleurs. »
Bulles d’univers par Paul Béra

Fiche de Bulles d’univers
Titre : Bulles d’univers
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir
Première page de Bulles d’univers
« J’étais assis à la terrasse du Coliséum (un nom bizarre qui vient, dit-on, de milliers d’années en arrière). Je ne connaissais pas cet établissement. À mon dernier séjour sur Planète Mère, il n’existait pas. Il est vrai que pendant deux ans (déjà !) j’avais caboté de terre en terre dans la zone d’Altaïr, et je n’étais revenu que depuis la veille.
Un garçon, qui m’apportait une consommation, me dit avec indifférence :
— Pa’don, monsieu.
Cette affectation de ne pas prononcer les « r » me hérissait le poil. Ça non plus, ça n’existait pas quand j’étais parti. Le matin même, Arr… non ! A’’abat, un ami de toujours, m’avait expliqué ça avec complaisance : une nouvelle mode avait frappé la planète. Depuis près d’un an, les « gens distingués » ne prononçaient que le moins possible la lettre « r ». On avait connu une mode semblable quelque mille ans plus tôt, prétendait Aabat. Ça faisait très chic, très aristocratique… pardon ! A’istoc’atik. Moi, je veux bien. »
Extrait de : P. Béra. « Bulles d’Univers. »
Espace interdit par Paul Béra

Fiche de Espace interdit
Titre : Espace interdit (Tome 4 sur 4 – Robi le robot)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir
Première page de Espace interdit
« Quand Robi reprit conscience, il était dans un astronef. Pendant une fraction de seconde, son esprit erra encore sur le monde qu’il venait de quitter, sur cette terre qu’il avait débarrassée d’une créature qui se nourrissait de la souffrance humaine.
D’instinct – bien que robot, il avait une apparence et des réactions d’homme – il commença par vérifier si ses vêtements l’avaient suivi lors de sa réintégration. Avec satisfaction, il constata qu’il était vêtu. Il lui était déjà advenu de surgir tout nu sur une place publique, ce qui était assez désagréable.
Puis il regarda autour de lui.
C’était un petit astronef de tourisme, à peine long d’une vingtaine de mètres, large de quatre à cinq. A l’avant, un humain était assis au poste de pilotage. Ses cheveux étaient très longs et tombaient sur ses épaules. A sa carrure, à son attitude, Robi jugea qu’il devait avoir la cinquantaine. »
Extrait de : P. Béra. « Robi le robot – Espace interdit. »
Terres d’arriérés par Paul Béra

Fiche de Terres d’arriérés
Titre : Terres d’arriérés (Tome 3 sur 4 – Robi le robot)
Auteur : Paul Béra
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir
Première page de Terres d’arriérés
« Ce n’était pas possible ! Non, ce n’était pas possible ! Quelques minutes encore, et Karim deviendrait folle… Folle de souffrance. Atroce. Il savait bien que c’était la distraction favorite des Maîtres. Et, comme tous, il avait affecté de n’en rien savoir tant que l’horrible châtiment s’était appliqué à d’autres qu’aux siens. Cette fois…
— Karim !
Cramponné aux barreaux de sa cage, il avait hurlé, non pas crié, mais hurlé comme un loup…, comme un chien. Et il savait que Karim l’entendait, bien qu’ils fussent très loin l’un de l’autre. En fait, il avait, comme elle, l’impression visuelle et auditive qu’ils étaient tout près, lui dans sa cage de fauve, elle dans la boule grillagée. C’était l’un des secrets des Maîtres : ils pouvaient vous donner la sensation physique que vous étiez à proximité d’un être ou d’un objet. »
Extrait de : P. Béra. « Robi le robot – Terre d’arriérés. »