Catégorie : Livres
Frank Merriwell à la Maison Blanche par Ward Moore

Fiche de Frank Merriwell à la Maison Blanche
Titre : Frank Merriwell à la Maison Blanche
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1973
Traduction : A. Duffaud, D. Bellec
Editeur : Le passager clandestin
Première page de Frank Merriwell à la Maison Blanche
« Il était une fois un magnat politique amoureux de la fille d’un savant fou. Stevenson Woolsey n’avait pas de brioche, ne mâchait pas de cigare (en fait il ne fumait pas du tout), ne portait jamais de complet rayé ou de lunettes, ne donnait jamais de claques dans le dos et n’embrassait jamais les bébés. Il avait passé son diplôme avec mention à l’université de Western Reserve, avait lu deux fois Finnegans Wake entièrement et en avait compris une partie. À trente-deux ans, il était commanditaire d’un certain nombre de sociétés qui étaient les fournisseurs réguliers de la ville et du comté en marchandises et en services. C’était la roue motrice incontestée du club Horace Greeley de la cinquième conscription. Sur les neuf conseillers de la ville, quatre lui devaient leur élection et le maire était son allié politique. Il avait fourni au shérif les voix qui lui manquaient pour être élu, et deux des superviseurs du comté (ainsi que les trois membres du conseil législatif) consultaient Steve avant de voter les lois importantes. Il avait ce genre de beauté qui n’attire pas l’attention, et il ne parlait jamais en public à cause d’un léger bégaiement. »
Extrait de : W. Moore. « Frank Merriwell à la Maison Blanche. »
Encore un peu de verdure par Ward Moore

Fiche de Encore un peu de verdure
Titre : Encore un peu de verdure
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1947
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël
Première page de Encore un peu de verdure
« J’ai toujours su qu’un jour ou l’autre j’écrirais un livre. Une œuvre qui m’aiderait à supporter les ennuis quotidiens. Mais nul ne sait ce qui l’attend au tournant du chemin et, au cours des vingt dernières années, il s’est passé tant d’événements extraordinaires que le roman délassant et agréable dont je rêvais paraîtrait aujourd’hui dépassé par la réalité. Je préfère donc relater ce qu’il m’est arrivé personnellement.
Tout a commencé par un mot.
— Herbe. Graminée. Graminacée. Les herbes.
Ces mots n’éveillaient en moi que de vagues visions de parcs publics parsemés de bancs à l’usage des oisifs.
J’avais entrepris de bonne foi, et non pour la première fois, au cours de ma carrière de représentant de commerce, de répondre à une annonce, prêt à me soumettre à l’interrogatoire serré d’un chef des ventes des plus qualifiés. »
Extrait de : W. Moore. « Encore un peu de verdure. »
Autant en emporte le temps par Ward Moore

Fiche de Autant en emporte le temps
Titre : Autant en emporte le temps
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1955
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël
Première page de Autant en emporte le temps
« Bien que j’écrive ceci en l’an 1877, je ne suis né en réalité qu’en 1921. Ni les dates ni les temps des verbes ne sont inexacts… Je m’explique.
Je suis né, comme je viens de le dire, en 1921, mais ce n’est qu’au début des années 1930, alors que j’avais environ dix ans, que j’ai commencé à comprendre dans quel monde misérable et spolié je vivais. Ce fut peut-être le portrait à la mine de plomb de Granpa Hodgins, qui trônait au-dessus de la cheminée, qui m’aida à en prendre conscience.
C’est en souvenir de Granpa Hodgins que je fus baptisé peut-être un peu solennellement Hodgins McCormick Backmaker car mon Granpa était un vétéran de la guerre d’indépendance du Sud. Comme tant de jeunes de sa génération, il avait endossé l’uniforme bleu mal coupé pour répondre à l’appel de M. Lincoln, cet homme obstiné et malavisé, selon les uns, ce martyr selon les autres. Question de perspective selon le point de vue offert par l’une ou l’autre de mes deux vies. »
Extrait de : W. Moore. « Autant en emporte le temps. »
Munich par Robert Harris

Fiche de Munich
Titre : Munich
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2018
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Munich
« Le mardi 27 septembre 1938, peu avant treize heures, M. Hugh Legat, des services diplomatiques de Sa Majesté, fut conduit à sa table près de l’une des hautes fenêtres du restaurant du Ritz de Londres, commanda une demi-bouteille de Dom Pérignon 1921 qu’il ne pouvait pas se permettre, replia son exemplaire du Times à la page dix-sept et se remit à lire pour la troisième fois le discours qu’avait prononcé la veille au soir Adolf Hitler au Sportpalast de Berlin.
LE DISCOURS DE HERR HITLER
DERNIER AVERTISSEMENT À PRAGUE
LA PAIX OU LA GUERRE ?
Legat jetait de temps en temps un regard en direction de l’entrée, à l’autre bout de la salle. Peut-être était-ce son imagination, mais il avait l’impression que les convives, et même les serveurs qui allaient et venaient sur la moquette entre les sièges tapissés de vieux rose, manquaient étonnamment d’entrain. »
Extrait de : R. Harris. « Munich. »
Des hommes de guerre par Robert Harris

Fiche de Des hommes de guerre
Titre : Des hommes de guerre
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2024
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond
Première page de Des hommes de guerre
« Au début du mois de juillet 1914, un jeudi, en fin de matinée, une jeune femme brune, la chevelure encore humide, quitta la rive de la Serpentine, dans Hyde Park, et marcha à longues enjambées jusqu’à Marylebone en passant par Oxford Street. Elle tenait d’une main sa capeline de lin écru et de l’autre une serviette éponge bleu marine contenant un maillot de bain trempé et une paire de bas en soie.
Bien qu’elle n’ait de toute évidence pas une minute à perdre, elle se refusait à courir. D’une part, il y avait foule sur les trottoirs et la température était déjà trop élevée. De plus, elle n’avait jamais aimé donner le sentiment du moindre effort. Ce qui ne l’empêchait pas d’avancer d’un pas vif, la tête haute, le corps long et fin, avec une telle détermination que la plupart des passants s’écartaient spontanément sur son passage.
Un peu après midi, elle s’engagea enfin dans l’élégante rue georgienne où ses parents demeuraient lorsqu’ils étaient à Londres. Le facteur, qui venait d’apporter le courrier de midi, se tenait sur le perron, devant la belle façade symétrique en stuc blanc, et fouillait dans sa sacoche. »
Extrait de : R. Harris. « Des hommes de guerre. »
Les régicides par Robert Harris

Fiche de Les régicides
Titre : Les régicides
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2022
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond
Première page de Les régicides
« Si vous aviez, par un jour de l’été 1660, franchi les quatre miles qui séparaient Boston de Cambridge, dans le Massachusetts, vous seriez sans doute passé devant la maison des Gookin : c’était la toute première après avoir traversé le fleuve Charles. Elle se dressait à quelques pas de la route, dans les marais, à l’extrémité sud de la petite colonie, non loin du ruisseau et à mi-chemin entre le fleuve et l’université de Harvard. Fière demeure en bois d’un étage, disposant d’une parcelle clôturée et d’un grenier sous son toit pointu, duquel l’on avait une vue dégagée sur le Charles. Cette année-là, les colons faisaient construire leur premier pont sur ce fleuve et d’imposants trains de rondins étaient transportés dans la vase jusqu’à l’embarcadère où accostait le bac. Dans la chaleur somnolente de ce milieu d’été, l’on entendait, jusque chez les Gookin, le fracas des marteaux et des scies, les cris des charpentiers.
En cette journée du mardi 27 juillet 1660, la porte de la maison des Gookin avait été laissée grande ouverte et une pancarte fixée au chambranle ; y était inscrit en lettres enfantines le mot Bienvenue. Un étudiant de passage avait annoncé l’accostage, entre Boston et Charlestown, d’un navire en provenance de Londres, la Prudent Mary. Le maître des lieux, Daniel Gookin, était sans doute au nombre des passagers, de retour auprès des siens après une absence de deux ans. »
Extrait de : R. Harris. « Les Régicides. »
V2 par Robert Harris

Fiche de V2
Titre : V2
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2020
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond
Première page de V2
« Par un samedi matin de la fin novembre 1944, trois missiles balistiques de quinze mètres de long sommeillaient dans leur berceau de métal au cœur d’un hangar ferroviaire de Scheveningen, station balnéaire de la côte néerlandaise. Reliés à leurs instruments de contrôle, surveillés par des techniciens revêtus de l’informe combinaison d’épais coton gris de l’armée allemande, ils ressemblaient aux patients choyés d’une clinique privée.
Le sixième hiver de la guerre était d’une incontestable sévérité. Faisant fi des semelles les plus épaisses, le froid semblait naître du sol en béton puis se répandre dans les chairs des humains pour les pénétrer jusqu’à l’os. Un des opérateurs s’écarta de son établi et tapa des pieds, dans une vaine tentative pour les dégourdir. C’était le seul qui ne soit pas en combinaison. Sa mise trahissait le civil : costume bleu marine à la coupe d’avant-guerre, rangée de stylos dans la poche de poitrine, vieille cravate écossaise. Un témoin extérieur l’aurait pris pour un prof de maths, ou un jeune chargé de cours d’une faculté scientifique. Puis il aurait remarqué la ligne de cambouis autour de ses ongles rongés et se serait ravisé : Non, bien sûr, c’est un ingénieur. »
Extrait de : R. Harris. « V2. »
Pompéi par Robert Harris

Fiche de Pompéi
Titre : Pompéi
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2003
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : France Loisirs
Première page de Pompéi
« Ils quittèrent l’aqueduc deux heures avant l’aube, gravissant au clair de lune les monts qui dominaient le port : six hommes en file indienne, l’ingénieur ouvrant la marche. Il avait lui-même tiré ses hommes du lit − ils avaient tous les membres raides, le visage maussade et les yeux troubles − et il les entendait à présent se plaindre de lui derrière son dos, leurs voix portant davantage qu’ils ne se l’imaginaient dans l’air doux et tranquille.
— Tout ça pour rien, marmonna quelqu’un.
— Les gosses ne devraient pas quitter leurs livres, renchérit un autre.
Il allongea le pas.
Ils peuvent toujours parler, pensa-t-il.
Il sentait déjà monter la chaleur du matin, promettant une nouvelle journée sans pluie. Il était plus jeune que la plupart de ses ouvriers, et plus petit qu’aucun d’entre eux : silhouette compacte et musclée aux cheveux bruns coupés en brosse. »
Extrait de : R. Harris. « Pompéi. »
L’indice de la peur par Robert Harris

Fiche de L’indice de la peur
Titre : L’indice de la peur
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2011
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de L’indice de la peur
« Le docteur Alexander Hoffmann était installé au coin du feu, dans son bureau de Genève. Un cigare à demi consumé éteint dans le cendrier près de lui, une lampe d’architecte abaissée juste au-dessus de son épaule, il feuilletait une première édition de L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux de Charles Darwin. La comtoise de l’entrée sonnait minuit, mais Hoffmann ne l’entendait pas. Il ne remarquait pas non plus que le feu était presque éteint. Toute sa formidable capacité d’attention était concentrée sur le livre.
Il savait que l’ouvrage avait été publié en 1872, à Londres, chez John Murray & Cie, et qu’il avait été imprimé à sept mille exemplaires en deux tirages. Il savait aussi que le second tirage contenait une faute d’impression – « htat » – page 208. Comme l’exemplaire qu’il tenait entre les mains ne présentait pas cette coquille, il en déduisait qu’il devait s’agir d’un premier tirage et qu’il avait donc beaucoup plus de valeur. Il le retourna pour en examiner le dos. C’était bien la reliure originale en toile verte et lettres dorées, à peine usée en haut et en bas. »
Extrait de : R. Harris. « L’indice de la peur. »
Le second sommeil par Robert Harris

Fiche de Le second sommeil
Titre : Le second sommeil
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2021
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Belfond
Première page de Le second sommeil
« Tard dans l’après-midi du mardi 9 avril de l’an 1468 de Notre Seigneur Ressuscité, un voyageur solitaire traversait à cheval la lande sauvage de cette région très ancienne du sud-ouest de l’Angleterre connue depuis les Saxons sous le nom de Wessex. Si ce jeune homme affichait une expression soucieuse, accordons-lui qu’il avait une bonne raison pour cela. Il n’avait pas croisé âme qui vive depuis plus d’une heure, la nuit allait tomber, et, s’il était surpris dehors après le couvre-feu, il risquait une nuit en prison.
Dans le bourg d’Axford, il avait demandé son chemin à une bande de rustres qui buvaient devant une auberge, sous l’enseigne peinte figurant un cygne. Ils avaient échangé quelques rires en entendant son accent étrange, parodié son voussoiement et ses délicatesses de langage et lui avaient assuré que, pour arriver à destination, il lui suffirait de suivre le soleil couchant. Mais il commençait à soupçonner qu’il avait fait l’objet d’une de ces farces locales. En effet, à peine avait-il dépassé les hauts murs de la prison, où les corps pourrissants de trois condamnés pendaient aux fourches patibulaires, franchi la rivière et gagné la rase campagne, que de gros nuages s’étaient précipités à l’ouest, occultant le soleil couchant. Il y avait longtemps que la haute flèche de l’église d’Axford avait disparu sous l’horizon. Devant lui, la route sinuait et s’enfonçait entre les crêtes inhabitées couvertes de bois sombres et les étendues de bruyères sauvages barbouillées de traînées d’ajoncs jaunes, puis s’évanouissait dans l’obscurité. »
Extrait de : R. Harris. « Le Second Sommeil. »