Catégorie : Livres

 

Le gardien du verger par Cormac McCarthy

Fiche de Le gardien du verger

Titre : Le gardien du verger
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1965
Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer
Editeur : Editions de l’Olivier

Première page de Le gardien du verger

« L’arbre était à terre et tronçonné, les rondins épars sur l’herbe. Se tenait là un homme trapu avec trois doigts enveloppés d’un bandage sale maintenu par une attelle. Il y avait à ses côtés un Noir et un jeune homme, tous trois rassemblés autour du pied de l’arbre. Le type trapu posa la scie et lui et le Noir empoignèrent le piquet de clôture et bandèrent leurs muscles en ahanant et en soufflant jusqu’à ce qu’ils aient réussi à retourner la bille. L’homme se baissa, s’appuyant sur un genou, et examina l’entaille. On ferait mieux d’attaquer de ce côté-ci, dit-il. Le Noir ramassa la scie de travers et lui et l’homme se remirent à scier. Ils continuèrent un moment et l’homme dit : Tiens-la. Nom de Dieu, voilà que ça recommence. Ils s’arrêtèrent et retirèrent la lame de l’entaille et regardèrent à l’intérieur de l’arbre. Oh là là, dit le Noir. Y a plus de doute maintenant, pas vrai ?Le jeune homme s’approcha pour regarder. Ici, dit l’homme, regarde ici sur le côté. Tu vois ? Il regardait. Ici jusqu’en haut ? Ouais, dit l’homme. »

Extrait de : C. McCarthy. « Le gardien du verger. »

La route par Cormac McCarthy

Fiche de La route

Titre : La route
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 2006
Traduction : F. Hirsch
Editeur : Points

Première page de La route

« Quand il se réveillait dans les bois dans l’obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l’enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie. A chaque précieuse respiration sa main se soulevait et retombait doucement. Il repoussa la bâche en plastique et se souleva dans les vêtements et les couvertures empuantis et regarda vers l’est en quête d’une lumière mais il n’y en avait pas. Dans le rêve dont il venait de s’éveiller il errait dans une caverne où l’enfant le guidait par la main. La lueur de leur lanterne miroitait sur les parois de calcite mouillées. Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d’une bête de granit. De profondes cannelures de Pierre où l’eau tombait goutte à goutte et chantait. Marquant dans le silence les minutes de la terre et ses heures et ses jours et les années sans s’interrompre jamais. »

Extrait de : C. McCarthy. « La Route. »

Des villes dans la plaine par Cormac McCarthy

Fiche de Des villes dans la plaine

Titre : Des villes dans la plaine (Tome 3 sur 3 – La trilogie des confins)
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1998
Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer
Editeur : Points

Première page de Des villes dans la plaine

« ILS ÉTAIENT DEBOUT dans l’entrée et tapaient des pieds pour chasser l’eau de leurs bottes et agitaient leurs chapeaux et essuyaient leurs visages trempés d’eau. Dehors dans la rue les rouges et les verts criards des enseignes au néon dérivaient et moutonnaient sous la pluie cinglant les flaques et la pluie dansait sur les toits d’acier des voitures garées le long des trottoirs.
Nom d’un chien, pour un peu je me noyais, dit Billy. Il secouait son chapeau dégoulinant. Où il est passé, le cow-boy des Amériques ?
Il est déjà entré.
Allons-y. Il va se garder pour lui toutes les belles grosses.
Les putains assises sur les canapés miteux dans leurs déshabillés miteux levèrent la tête. Le local était pratiquement vide. »

Extrait de : C. McCarthy. « Des villes dans la plaine – La trilogie des confins. »

Le grand passage par Cormac McCarthy

Fiche de Le grand passage

Titre : Le grand passage (Tome 2 sur 3 – La trilogie des confins)
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1994
Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer
Editeur : Points

Première page de Le grand passage

« QUAND ILS ARRIVÈRENT AU SUD après avoir quitté Grant County Boyd n’était guère qu’un nouveau-né et le comté récemment constitué baptisé Hidalgo était lui-même à peine plus âgé que l’enfant. Au pays qu’ils avaient laissé gisaient les ossements d’une sœur et les ossements d’une grand-mère maternelle. Le nouveau pays était riche et sauvage. On pouvait aller à cheval jusqu’au Mexique sans rencontrer une seule clôture en travers du chemin. Il transportait Boyd devant lui dans l’arçon de sa selle et lui décrivait le paysage qu’ils traversaient et lui annonçait les noms des animaux et des oiseaux à la fois en espagnol et en anglais. Dans la nouvelle maison ils couchaient dans la chambre contiguë à la cuisine et la nuit quand il restait éveillé il écoutait son frère respirer dans l’obscurité et il lui racontait tout bas pendant qu’il dormait les projets qu’il avait faits pour eux et la vie qu’ils mèneraient. »

Extrait de : C. McCarthy. « Le grand passage – La trilogie des confins. »

De si jolis chevaux par Cormac McCarthy

Fiche de De si jolis chevaux

Titre : De si jolis chevaux (Tome 1 sur 3 – La trilogie des confins)
Auteur : Cormac McCarthy
Date de parution : 1992
Traduction : F. Hirsch, P. Schaeffer
Editeur : Points

Première page de De si jolis chevaux

« LA FLAMME du cierge et l’image de la flamme du cierge captives dans le trumeau vacillèrent puis se relevèrent quand il entra dans le vestibule et de nouveau quand il referma la porte. Il retira son chapeau et s’avança lentement. Les lames du parquet craquaient sous ses bottes. Vêtu de son costume noir il se dressait dans la glace sombre parmi les si pâles lys penchés dans leur vase de cristal à la taille effilée. Il faisait froid dans le couloir où passaient à reculons les portraits d’ancêtres dont il n’avait qu’une vague idée et tous étaient sous verre et vaguement éclairés au-dessus de l’étroit lambris. Il baissa les yeux sur les restes du cierge fondu. Il pressa l’empreinte de son pouce dans la mare de cire tiède sur le chêne verni. Il finit par regarder le visage si creux parmi les plis du drap funéraire, les traits si tirés, la moustache jaunie, les paupières minces comme du papier. Ça ce n’était pas le sommeil. Ce n’était pas le sommeil. »

Extrait de : C. McCarthy. « De si jolis chevaux – La trilogie des confins. »

La maison à mi-chemin par Robert Silverberg

Fiche de La maison à mi-chemin

Titre : La maison à mi-chemin (nouvelle)
Auteur : Robert Silverberg
Date de parution : 1967
Traduction : P. Alpérine
Editeur : Opta / Galaxie

Sommaire de La maison à mi-chemin

  • Les fleurs pourpres de Clifford D. Simak
  • Mercenaire par Charles van de Vet
  • La maison à mi-chemin par Robert Silverberg

Premières pages de La maison à mi-chemin

« Plus tard, Alfieri se rendit compte que l’on devait sacrifier sa vie si l’on voulait s’en procurer une de rechange. Pour le moment son unique préoccupation était de survivre et cela ne lui laissait guère le temps de philosopher.
Il était l’uomo dal fuoco in bocca, l’homme ayant du feu dans la bouche. Un cancer lui rongeait la gorge. Le voxophone lui permettait de parler ; mais un feu dévorant n’allait pas tarder à le brûler entièrement jusqu’à la moelle et il n’y aurait plus de Franco Alfieri. C’était dur de s’y résigner. Aussi se rendit-il au Transfert pour demander de l’aide.
Il avait l’argent nécessaire. Or, c’était la principale clé qui ouvrait cette grande porte donnant accès aux planètes. Il fallait même beaucoup d’argent. Ceux qui dirigeaient le Transfert ne le faisaient pas par charité pure. Rien que la consommation du courant s’élevait à trois millions de kilowatts à chaque propulsion du Transfert. »

Extrait de : R. Silverberg. « La maison à mi-chemin. »

Un été pour mourir par Lois Lowry

Fiche de Un été pour mourir

Titre : Un été pour mourir
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1977
Traduction : J. La Gravière
Editeur : Editions Duculot

Première page de Un été pour mourir

« Cette ligne partageant notre chambre en deux, c’est Molly qui l’a tracée, à la craie. Un gros bâton de craie blanche datant de l’époque où nous vivions en ville et jouions à la marelle sur les trottoirs, quand nous étions toutes deux plus jeunes. Ce morceau de craie traînait depuis longtemps, parmi des bouts de ficelle et des épingles à cheveux tordues, dans une petite coupe en terre cuite que j’avais fabriquée l’année précédente à l’école, au cours de poterie.

Molly pêcha cette craie dans la coupe et traça une ligne au milieu du tapis. Si le tapis avait été plus poilu, elle n’y serait jamais arrivée, mais c’était un vieux tapis usé et aplati provenant de la salle à manger de notre autre maison et la craie y laissa une ligne blanche bien visible. Je regardais faire ma sœur avec étonnement : cela ne lui ressemblait pas de se fâcher ainsi. »

Extrait de : L Lowry. « Un été pour mourir. »

Passeuse de rêves par Lois Lowry

Fiche de Passeuse de rêves

Titre : Passeuse de rêves
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2006
Traduction : F. Pressmann
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Passeuse de rêves

« Au loin, une chouette lançait ses hululements lugubres. Quelque part, plus près, on entendit battre des ailes, puis glapir un lapereau que des serres aiguisées entraînaient vers sa perte. Surpris, un raton laveur en train de fourrager leva ses yeux brillants. Deux cerfs traversèrent une prairie côte à côte. Un fin nuage passa devant la lune.

*
*     *

Dans la petite maison, le duo progressait à pas furtifs. Elles travaillaient la nuit, une fois que la parole humaine s’était tue, que les pensées s’étaient apaisées, que même la respiration et les battements de cœur avaient ralenti leur course. Dehors, la campagne vibrait de sa vie nocturne, mais dans la petite maison tout était calme et plongé dans l’obscurité.

Elles avançaient sur la pointe des pieds. La femme et son chien, profondément endormis, n’avaient pas conscience de leur présence même si, de temps à autre, le chien, couché sur une litière de copeaux de cèdre au pied du lit à baldaquin de la femme, remuait les pattes comme à la poursuite d’un lapin. »

Extrait de : L. Lowry. « La passeuse de rêves. »

Le garçon qui se taisait par Lois Lowry

Fiche de Le garçon qui se taisait

Titre : Le garçon qui se taisait
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 2003
Traduction : D. Kugler
Editeur : L’école des loisirs

Première page de Le garçon qui se taisait

« Je suis maintenant une très vieille femme. Mes arrière-petits-enfants – qui m’appellent Docky, le surnom que me donnèrent, il y a des années, mes plus jeunes patients – me demandent de leur raconter des histoires, et j’invente pour eux des contes où il est question de cochons qui parlent et portent un ruban rose autour de leur queue en tire-bouchon, ou de singes en costume qui se promènent avec une canne. Je suis aussi douée pour inventer des sottises que j’étais habile autrefois pour opérer mes malades.

Si je commençais à leur raconter l’histoire que je vais relater ici, leurs parents me feraient les gros yeux, Non, diraient leurs regards. Pas question.

Autrement dit : elle est trop triste. Trop compliquée. Et c’est de l’histoire ancienne.

Alors, quand ils viennent me voir – le petit Austin qui porte le même prénom que son arrière-grand-père ; les jumeaux, Sam et Zoé ; Lily la petite Chinoise adoptée aux yeux rieurs ; et la très sérieuse Katharine, qui a hérité de mon prénom mais refuse tous les diminutifs, que ce soit Katy comme on m’appelait autrefois ou Kate, mon petit nom d’aujourd’hui – quand ils viennent me réclamer une histoire, je ne leur raconte jamais celle-ci. »

Extrait de : L. Lowry. « Le Garçon qui se taisait. »

La longue quête de Nathalie par Lois Lowry

Fiche de La longue quête de Nathalie

Titre : La longue quête de Nathalie
Auteur : Lois Lowry
Date de parution : 1978
Traduction : D. Mols
Editeur : Editions Duculot

Première page de La longue quête de Nathalie

« — Si on reçoit une grosse lettre, c’est qu’on est accepté. Si la lettre est mince, c’est fichu.
C’est Becky Margeson qui avait parlé. Personne ne l’écoutait vraiment : elle n’avait fait que redire une phrase que toutes connaissaient déjà par cœur et qui appartenait au folklore qui se répétait chaque année dans les classes terminales des écoles. Au printemps, à l’époque où se décidaient les admissions et les non-admissions dans les différentes facultés universitaires. L’histoire de la lettre était d’ailleurs un mythe, qui avait été démenti deux ans auparavant : le président du comité des élèves avait été accepté dans une des universités les plus cotées des États-Unis, mais, comme la lettre qui le lui annonçait n’était pas épaisse, il l’avait jetée avec dépit, sans même l’ouvrir, et ce n’est qu’une semaine plus tard que sa mère, en vidant sa corbeille à papiers, était tombée sur la lettre si mince et cependant porteuse d’une bonne nouvelle. »

Extrait de : L. Lowry. « La longue quête de Nathalie. »