Catégorie : Livres

 

Le complot contre l’Amérique par Philip Roth

Fiche de Le complot contre l’Amérique

Titre : Le complot contre l’Amérique
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2004
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de Le complot contre l’Amérique

« C’est la peur qui préside à ces Mémoires, une peur perpétuelle. Certes, il n’y a pas d’enfance sans terreurs, mais tout de même : aurais-je été aussi craintif si nous n’avions pas eu Lindbergh pour président, ou si je n’étais pas né dans une famille juive ?

Lorsqu’en juin 1940 survint le premier choc avec la convention républicaine de Philadelphie, qui se choisit
pour candidat à la présidence le héros américain et aviateur mondialement connu Charles A. Lindbergh, mon père avait trente-neuf ans. Agent d’assurances, il avait quitté l’école à la fin de la quatrième, et gagnait
un peu moins de cinquante dollars par semaine, de quoi assurer le quotidien sans trop de superflu. Ma mère,
n’ayant pu s’inscrire faute de moyens à l’école d’institutrices au sortir du lycée, avait fait du secrétariat quand elle vivait encore chez ses parents ; au plus noir de la Crise, elle nous avait épargné le sentiment de la
pauvreté, gérant la paie que mon père lui rapportait le vendredi soir avec la même efficacité qu’elle mettait
dans la tenue du ménage ; elle avait trente-six ans. »

Extrait de : P. Roth. « Le complot contre l’Amérique. »

La contrevie par Philip Roth

Fiche de La contrevie

Titre : La contrevie
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1986
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de La contrevie

« Depuis le jour où le médecin de famille, au cours d’un contrôle de routine, avait décelé une anomalie dans son électrocardiogramme, et où on l’avait envoyé aussitôt subir un sondage coronarien qui avait révélé l’étendue des dégâts, les médicaments étaient venus à bout du problème de Henry, et lui permettaient de travailler et de vivre sa vie de famille comme avant. Il ne se plaignait même pas des douleurs dans la poitrine ou des essoufflements que son médecin aurait attendus chez un patient atteint d’occlusion artérielle avancée. Asymptomatique jusqu’à l’examen qui avait révélé l’anomalie, il le resta au cours de l’année précédant sa décision de se faire opérer – asymptomatique à l’exception terrible de l’effet secondaire du médicament qui stabilisait son état et réduisait substantiellement les risques de crise cardiaque. »

Extrait de : P. Roth. « La contrevie. »

Goodbye, Columbus par Philip Roth

Fiche de Goodbye, Columbus

Titre : Goodbye, Columbus
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1962
Traduction : C. Zins
Editeur : Gallimard

Sommaire de Goodbye, Columbus :

  • Goodbye, Columbus
  • La conversion des juifs
  • Défenseur de la foi
  • Epstein
  • L’habit ne fait pas le moine
  • Eli le fanatique

Première page de Goodbye, Columbus

« La première fois que je vis Brenda, elle me demanda de tenir ses lunettes. Puis elle avança jusqu’à l’extrémité du plongeoir et jeta un regard brumeux dans la piscine ; celle-ci aurait pu être à sec que la myope Brenda ne s’en serait pas aperçue. Elle fit un magnifique plongeon ; quelques instants plus tard, elle regagnait le bord, la tête aux cheveux auburn coupés très court, tendue, très droite, comme une rose au bout d’une longue tige. Elle glissa jusqu’au bord, puis remonta près de moi : « Merci », dit-elle, les yeux humides – bien que l’eau de la piscine n’y fût pour rien. Elle tendit une main pour récupérer ses lunettes, mais elle ne les mit sur son nez qu’une fois le dos tourné. Je la regardai s’éloigner. Ses mains apparurent soudain derrière son dos. Elle attrapa le fond de son maillot de bain entre le pouce et l’index et en recouvrit les parties de son corps qui eussent normalement dû être cachées. Mon sang ne fit qu’un tour. »

Extrait de : P. Roth. « Goodbye, Colombus. »

Exit le fantôme par Philip Roth

Fiche de Exit le fantôme

Titre : Exit le fantôme (tome 4 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2007
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard

Première page de Exit le fantôme

« Je n’étais pas retourné à New York depuis onze ans. À part un bref séjour à Boston afin d’y subir l’ablation de la prostate pour cause de cancer, j’étais, au cours de ces onze années, à peine sorti de mon coin perdu dans les hauteurs des Berkshires et qui plus est, depuis le 11-Septembre, il y a trois ans, j’avais rarement lu un journal ou écouté les nouvelles. Sans ressentir la moindre impression de manque — rien d’autre, au début, qu’une sorte de sécheresse intérieure — j’avais cessé d’habiter non seulement le vaste
monde mais le moment présent. J’avais depuis longtemps tué en moi toute velléité d’y jouer un rôle actif, ou seulement de témoin.

Mais voilà que, mettant cap au sud, j’avais fait les deux cents kilomètres en voiture jusqu’à Manhattan pour aller voir à l’hôpital du Mont-Sinaï un urologue spécialiste d’une méthode destinée à venir en aide aux milliers d’hommes que l’opération de la prostate avait, comme moi, rendus incontinents. »

Extrait de : P. Roth. « Exit le fantôme – Trilogie américaine. »

La tache par Philip Roth

Fiche de La tache

Titre : La tache (tome 3 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2000
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de La tache

« À l’été 1998, mon voisin, Coleman Silk, retraité depuis deux ans, après une carrière à l’université d’Athena où il avait enseigné les lettres classiques pendant une vingtaine d’années puis occupé le poste de doyen les seize années suivantes, m’a confié qu’à l’âge de soixante et onze ans il vivait une liaison avec une femme de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre. Deux fois par semaine, elle faisait aussi le ménage à notre poste rurale, baraque de planches grises qu’on aurait bien vu abriter une famille de fermiers de l’Oklahoma contre les vents du Dust Bowl dans les années trente, et qui, en face de la station-service, à l’écart de tout, solitaire, fait flotter son drapeau américain à la jonction des deux routes délimitant le centre de cette petite ville à flanc de montagne. »

Extrait de : P. Roth. « La Tache – Trilogie américaine. »

J’ai épousé un communiste par Philip Roth

Fiche de J’ai épousé un communiste

Titre : J’ai épousé un communiste (tome 2 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1998
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de J’ai épousé un communiste

« Ira Ringold avait un frère aîné, Murray, qui fut mon premier professeur d’anglais au lycée, et ce fut par lui que je me liai d’amitié avec Ira. En 1946, Murray rentrait tout juste de l’armée, où il avait servi dans la 17e division aéroportée à la bataille des Ardennes ; en mars 1945, il avait fait le fameux saut par-dessus le Rhin qui marquait le commencement de la fin de la guerre en Europe. C’était à l’époque un type chauve, bourru, insolent, pas aussi grand qu’Ira mais charpenté et athlétique, dont nous sentions la présence au-dessus de nos têtes, dans un état d’éveil permanent. Ses manières, son attitude corporelle étaient d’un naturel parfait, il avait le verbe riche et presque menaçant à force d’intellect. Avec sa passion d’expliquer, de clarifier, de faire comprendre, il décortiquait le moindre sujet pour en faire ressortir les principaux éléments tout aussi méticuleusement qu’il nous proposait l’analyse logique des phrases au tableau. Son talent spécifique résidait dans sa faculté de théâtraliser la recherche, de déployer les sortilèges du conteur alors même qu’il se contentait d’analyser et de passer au crible, à haute voix, ce que nous lisions et écrivions. »

Extrait de : P. Roth. « J’ai épousé un communiste – Trilogie américaine. »

Pastorale américaine par Philip Roth

Fiche de Pastorale américaine

Titre : Pastorale américaine (tome 1 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1997
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de Pastorale américaine

« Le Suédois. Pendant la guerre, quand j’étais dans les petites classes, c’était un nom magique dans notre quartier de Newark, y compris pour les adultes dont les parents avaient grandi dans le vieux ghetto de Prince Street, et dont l’américanisation n’était pas parachevée au point qu’ils se pâment devant les prouesses d’un athlète de lycée. Magique le nom, magique le visage, véritable anomalie génétique. Parmi les rares Juifs au teint clair, dans notre lycée où les Juifs étaient majoritaires, personne ne possédait de près ni de loin le masque viking impassible et les mâchoires carrées de ce blond aux yeux bleus, né dans notre tribu sous l’identité de Seymour Irving Levov.

Le Suédois s’illustrait au football américain comme arrière, au basket-ball comme pivot, et au base-ball comme première base. Seule l’équipe de basket fut jamais d’un bon niveau : elle remporta deux fois le championnat de la ville du temps que Seymour en était le marqueur vedette. Mais, pourvu qu’il se distinguât, le destin de nos équipes sportives nous importait peu, à nous dont les parents, ayant le plus souvent eu la vie trop dure pour s’offrir des études, vénéraient par-dessus tout la réussite universitaire. »

Extrait de : P. Roth. « Pastorale américaine – Trilogie américaine. »

Des contes populaires par Erckmann-Chatrian

Fiche de Des contes populaires

Titre : Des contes populaires
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1857-1867
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Sommaire de Des contes populaires :

  • Le rêve d’Aloïus
  • L’oeil invisible ou l’auberge des trois pendus
  • La comète
  • Le citoyen Schneider
  • Le requiem du corbeau
  • Le juif polonais
  • Les bohémiens d’Alsace sous la révolution
  • Messire Tempus
  • Le chant de la tonne
  • Le coquillage de l’oncle Bernard
  • La tresse noire

Première page de Le rêve d’Aloïus

« Vous saurez que saint Aloïus est mon patron, et quand c’est la Saint-Aloïus, je passe toute la journée avec mes camarades Fritz, Niclausse et Ludwig au Lion-d’Or. Nous causons de choses réjouissantes : de la pluie, du beau temps, des filles à marier, du bonheur d’être garçon, et cætera, et cætera. Nous buvons du vin blanc, et le soir nous rentrons honnêtement chez nous, en louant le Seigneur de ses grâces innombrables.
À la fête de chacun cela recommence, et, de cette façon, au lieu d’avoir une seule fête, nous en avons cinq ou six. Mais cela ne plaît pas à tout le monde ; les femmes font le sabbat quand on rentre après onze heures.
Moi, je ne peux pas me plaindre, je n’ai que ma grand’mère Anne ; elle est un peu sourde, et quand elle dort, on volerait la maison, le jardin et le verger, qu’elle ne remuerait pas plus qu’une souche. C’est bien bon ; mais quelquefois aussi c’est bien mauvais. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Des contes populaires. »

Contes fantastiques par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes fantastiques

Titre : Contes fantastiques
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 2012
Editeur : Omnibus

Sommaire de Contes fantastiques :

  • Histoires et contes fantastiques
    • La malédiction
    • Vin rouge et vin blanc
    • Rembrandt
    • Fantaisie
  • Science et génie
    • Le münster
    • Le statuaire
    • La vision
    • Science !… O science !…
    • Le Liebenstein
    • Elle
    • Le bras de pierre
    • Amour d’artiste
    • La tombe !
    • L’univers pétrifié !
    • Le mariage de granit
  • L’illustre docteur Mathéus
    • L’illustre docteur Mathéus
    • Le requiem du corbeau
    • L’oeil invisible ou l’auberge des trois-pendus
    • La tresse noire
    • Messire Tempus
    • Le chant de la tonne
  • Contes de la montagne
    • Hugues-le-Loup
    • Une nuit dans les bois
    • Le violon du pendu
    • Le combat d’ours
    • L’héritage de l’oncle Christian
    • Le tisserand de la Steinbach
    • Le bouc d’Israël
    • Pourquoi Hunebourg ne fut pas rendu
  • Contes fantastiques
    • La lunette de Hans Schnaps
    • Gretchen
    • Entre deux vins
    • Le rêve de mon cousin Elof
    • Les fiancés de Grinderwald
    • Le hibou de la synagogue
    • La montre du doyen
    • Les trois âmes
    • Hans Storkus
    • L’esquisse mystérieuse
    • Crispinus ou l’histoire interrompue
    • L’oreille de la chouette
    • L’araignée crabe
  • Contes des bords du Rhin
    • Mon illustre ami Selsam
    • Myrtille
    • Le cabaliste Hans Weinland
    • Le talion
    • La reine des abeilles
    • Le trésor du vieux seigneur
    • Le blanc et le noir
    • La pêche miraculeuse
    • La voleuse d’enfants
    • Les bohémiens
    • Le citoyen Schneider
  • Contes populaires
    • Le rêve d’Aloïus
    • La comète
    • Les bohémiens sous la Révolution
    • Le coquillage de l’oncle Bernard
  • Contes vosgiens
    • Annette et Jean-Claude
    • Le récit du père Jérôme
    • Le trompette des hussards bleus
    • Le vieux tailleur
  • Varia
    • Les papiers de madame Jeannette
    • Les orateurs de mon village
    • Une veillée au village
    • Le pâté de lapin
    • La vision de M. Nicolas Poirier
    • Les trois amoureux de la grand-mère
    • Loïs

Confidences d’un joueur de clarinette par Erckmann-Chatrian

Fiche de Confidences d’un joueur de clarinette

Titre : Confidences d’un joueur de clarinette
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibebook

Première page de Confidences d’un joueur de clarinette

« Lorsque mon oncle Stavolo acheta son quinzième arpent de vigne, à la succession du vieux Hans Aden Fischer, en l’an de grâce 1840, et qu’il le paya comptant mille écus entre les mains du notaire Bischof, tout le village d’Eckerswir en fut émerveillé. Plusieurs proposèrent de le mettre dans les honneurs, de le nommer bourgmestre ou conseiller municipal ; d’autres, plus judicieux, dirent que la place de dégustateur-juré serait plutôt son affaire, attendu qu’il n’y avait pas de plus fin connaisseur en vins que l’oncle Stavolo ; mais il ne tenait pas à ces choses, et répondit modestement :

— Laissez-moi tranquille avec votre place de bourgmestre et de conseiller municipal. Dieu merci, je suis délivré de toute espèce d’ennuis pour mon propre compte ; est-ce que j’irai maintenant, à cinquante-trois ans, m’en donner pour la commune ? Non, non, ôtez-vous cela de l’esprit. La place de dégustateur-juré me conviendrait mieux, car il est toujours agréable de boire un bon verre de vin qui ne vous coûte rien ; mais, grâce au ciel, mes caves sont assez bien fournies en « rikevir », en « kütterlé », en « drahenfetz » de toutes qualités, pour n’avoir pas besoin d’aller marauder à droite et à gauche, et mettre le nez dans le crû de mes voisins. Savez-vous ce que je vais faire maintenant ? Je n’ai pas l’idée de me croiser les bras sur le dos, vous pouvez le croire. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Confidences d’un joueur de clarinette. »