Catégorie : Livres
La ruche d’Hellstrom par Frank Herbert
Fiche de La ruche d’Hellstrom
Titre : La ruche d’Hellstrom
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 1973
Traduction : R. Latour
Editeur : J’ai lu
Première page de La ruche d’Hellstrom
« L’homme aux jumelles avançait en se tortillant sur le ventre parmi les herbes brunes chauffées par le soleil et peuplées d’insectes. Il n’aimait pas les insectes, mais il les ignorait pour atteindre son objectif, l’ombre des chênes qui couronnaient la crête, sans troubler l’ordonnance de la végétation qui le dissimulait ; tant pis si celle-ci faisait pleuvoir sur sa peau des petites bêtes rampantes ou collantes.
Sa figure étroite, basanée, à rides marquées, trahissait son âge – cinquante et un ans – que n’auraient révélé ni ses cheveux noirs huileux qui apparaissaient sous un panama kaki, ni ses gestes vifs et assurés.
Parvenu sur la crête, il respira plusieurs fois à fond tout en essuyant les verres de ses jumelles avec un mouchoir propre. Puis il écarta les herbes sèches, régla ses jumelles et les orienta vers la ferme qui occupait toute la vallée en contrebas. Son examen se trouva compliqué à la fois par la brume de chaleur d’un après-midi d’automne et par ses jumelles, des 10/60 de fabrication spéciale. »
Extrait de : F. Herbert. « La ruche d’Hellstrom. »
La mort blanche par Frank Herbert
Fiche de La mort blanche
Titre : La mort blanche
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 1982
Traduction : J. Polanis
Editeur : Le livre de poche
Première page de La mort blanche
« C’ÉTAIT une Ford anglaise ordinaire, un modèle économique de couleur grise, avec conduite à droite comme il est d’usage en Irlande. John Roe O’Neill se rappellerait par la suite le bras droit du conducteur en chandail brun, accoudé à la vitre ouverte dans la lumière que filtraient les nuages sur Dublin cet après-midi-là. Un noyau de souvenir cauchemardeux qui excluait tout le reste de la scène; il n’y avait que la voiture et ce bras.
Plusieurs autres témoins survivants décrivirent une déchirure dans l’aile avant gauche de la Ford, quelque peu froissée. La déchirure avait commencé à rouiller.
Dans son lit d’hôpital, une femme précisait : «Les bords de la tôle étaient déchiquetés, et je me suis dit que quelqu’un risquait de se couper en la frôlant. »
Extrait de : F. Herbert. « La mort blanche. »
La barrière de Santaroga par Frank Herbert
Fiche de La barrière de Santaroga
Titre : La barrière de Santaroga
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 1968
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : J.-C. Lattès
Première page de La barrière de Santaroga
« Le soleil déclinait lorsque la vieille camionnette Ford équipée en camping-car franchit le col pour amorcer la longue descente vers la Vallée de Santaroga. Une voie de dégagement en forme de croissant longeait la première courbe de l’autoroute. Gilbert Dasein engagea son camion sur le terre-plein gravillonné, l’arrêta devant une barrière blanche et considéra la vallée dont il devait dévoiler les secrets.
Dasein se souvint que deux hommes déjà avaient disparu à cause de ce projet. Des accidents. Des accidents naturels. Que se cachait-il donc là-bas dans cette cuvette d’ombre ponctuée de points de lumière ? Un accident l’attendait-il ?
Dasein avait mal dans le dos après cette longue route depuis Berkeley. Il stoppa le moteur, s’étira. Une odeur d’huile brûlée imprégnait la cabine. Les joints entre le châssis-cabine et la cellule du camping-car émettaient des craquements. »
Extrait de : F. Herbert. « La barriere Santaroga. »
L’homme de deux mondes par Frank Herbert et Brian Herbert
Fiche de L’homme de deux mondes
Titre : L’homme de deux mondes
Auteur : Frank Herbert et Brian Herbert
Date de parution : 1986
Traduction : G. Abadia
Editeur : Le livre de poche
Première page de L’homme de deux mondes
« Ryll ne ressentit aucune douleur en se réveillant. Il n’avait aucun souvenir de la collision. Son esprit cherchait avec difficulté à appréhender la réalité. Quelle était cette étrange surface qu’il sentait sous lui ?
Je suis sur le pont d’un Explorateur, se dit-il.
C’était une matière glissante, imbibée d’un liquide visqueux. Quelque chose qui imitait la gravité l’y retenait plaqué. Ses sens drènes suggéraient qu’il était pris dans un mouvement de rotation erratique, mais il n’y avait pas que cela. Les forces de gravitation d’une planète aussi, peut-être ; mais il n’arrivait pas à comprendre pourquoi il reprenait conscience de cette manière-là, les yeux tournés sur leur pivot vers les ténèbres intérieures. »
Extrait de: F. et B. Herbert « L’Homme de deux mondes. »
High-opp par Frank Herbert
Fiche de High-opp
Titre : High-opp
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 2012
Traduction : P. Dusoulier
Editeur : Robert Laffont
Première page de High-opp
« Les gens qui passaient devant la porte de son bureau en détournant les yeux finirent par le tirer de sa paralysie. Daniel Movius serra les poings et se leva d’un bond de son fauteuil pour jeter un coup d’œil par la fenêtre, d’où l’on voyait le fleuve dans la lumière matinale.
Au loin, sur les flancs des Collines du Conseil, se dressaient les stalagmites effilées des appartements High-Opps, dominant l’immense tapis crasseux et enfumé des usines et des Terriers.
Retourner là-dedans ? Bande de salopards… Un bruit de pas. Movius se retourna brusquement.
Un homme passa dans le couloir devant la porte en examinant le mur opposé. Movius frémit de rage. Sephus ! Foutu fils de Sep ! Une femme le suivit. Bista ! J’aimerais mieux coucher avec un putois !
Hier encore, elle essayait de l’aguicher en se penchant vers lui par-dessus son bureau pour montrer »
Extrait de : F. Herbert. « High-Opp. »
Et l’homme créa un dieu par Frank Herbert
Fiche de Et l’homme créa un dieu
Titre : Et l’homme créa un dieu
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 1972
Traduction : M. et J. Lederer
Editeur : Presses Pocket
Première page de Et l’homme créa un dieu
« Aussi loin que remontaient ses souvenirs, Lewis Orne avait toujours été hanté par un rêve singulier et répétitif. Et jamais il n’avait pu s’endormir sans se demander si la réalité si tangible de ce rêve n’allait pas submerger son esprit.
Le rêve commençait toujours en musique avec un incroyable chœur de pacotille ; une farce céleste aux accents sirupeux. Sur le plan visuel, des silhouettes vaporeuses issues de la musique augmentaient l’effet initial. Et, pour couronner le tout, une voix dominait ce tableau ridicule et proférait des déclarations troublantes :
— Les dieux sont fabriqués, pas engendrés ! ou bien :
— Prétendre être neutre est une autre façon de dire que l’on accepte la nécessité de la guerre.
À le regarder, il ne serait venu à l’idée de personne que Lewis Orne pouvait être tourmenté par un tel rêve. C’était un être humain trapu dont la formidable musculature révélait la forte pesanteur de sa planète d’origine : Chargon de Gemma. Son visage, avec ses mâchoires proéminentes, rappelait celui d’un bouledogue et son regard fixe mettait souvent les gens mal à l’aise. »
Extrait de : F. Herbert. « Et l’homme créa un Dieu. »
Champ mental par Frank Herbert
Fiche de Champ mental
Titre : Champ mental
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 1987
Traduction : C. Fargeot
Editeur : Pocket
Sommaire de Champ mental
- Essayez de vous souvenir
- Meurtre vital
- Champ mental
- Martingale
- Chiens perdus
- Le comité du tout
- Selon les règles
Première page d’Essayez de vous souvenir
« TOUS les cerveaux du globe capables de comprendre le problème se concentraient sur le vaisseau spatial et l’ultimatum lancé par ses occupants. Parler ou mourir ! claironnaient les gros titres des journaux.
Le taux de suicide, déjà élevé, grimpait encore. Les cultes religieux fleurissaient. L’ouvrage d’un auteur de science-fiction, « Ce Que le Vaisseau Inter-Galactique Fatal Signifie pour Vous ! », battait tous les records de vente jamais connus. Et cette frénésie durait depuis sept mois.
Le vaisseau avait cinglé dans un ciel d’un gris métallique, au-dessus de l’Oregon. Sa forme évoquait une paramécie hideusement agrandie, et ses bords ondoyaient comme un tapis volant de la mythologie. Ses cinq occupants à peau verte, à l’allure de grenouille, avaient envoyé un exemplaire de l’ultimatum à chacun des cinq grands gouvernements. »
Extrait de : F. Herbert. « Champ mental. »
Chronique des rivages de l’ouest – l’intégrale par Ursula Le Guin
Fiche de Chronique des rivages de l’ouest – l’intégrale
Titre : Chronique des rivages de l’ouest – l’intégrale
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 2010
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante
Sommaire de Chronique des rivages de l’ouest – l’intégrale
- Dons
- Voix
- Pouvoirs
Première page de Dons
« Il avait dû se perdre pour arriver chez nous et je crains que les cuillers d’argent qu’il nous vola n’aient pas suffi à le sauver une fois qu’il eut gagné les hauts domaines. Pourtant, l’égaré, le fugitif, finit par devenir notre guide.
C’est Gry qui l’avait appelé le fugitif, et ce dès son arrivée. Elle était sûre qu’il avait commis un crime terrible, un meurtre ou une trahison, et qu’il tentait d’échapper à la vengeance. Quelle autre raison aurait conduit un habitant des Basses-Terres parmi nous ?
— L’ignorance, avançai-je. Il ne sait rien de nous. Nous ne lui faisons pas peur.
— À l’entendre, on l’aurait averti, en bas, de ne pas monter chez les sorciers.
— Mais il ne sait rien des dons. Ce ne sont que des mots, pour lui. Des légendes, des mensonges…
Nous avions sûrement tous les deux raison. À l’évidence, Emmon fuyait, ne fût-ce que pour échapper à une réputation méritée de voleur, ou alors par lassitude. Aussi agité, intrépide, curieux et inconséquent qu’un chiot, il ne »
Extrait de : U. Le Guin. « Intégrale – Chronique des rivages de l’Ouest. »
Unlocking the air par Ursula Le Guin
Fiche d’Unlocking the air
Titre : Unlocking the air
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 1996
Traduction : E. Devos, H. Hémon
Editeur : ActuSF
Sommaire d’Unlocking the air
- Quatre heures et demie
- Les maisons du professeur
- Ruby sur la 67
- Limberlost
- Créatures de mon esprit
- Tenir ses positions
- Les cuillères de la cave
- Dimanche d’été à Seatown
- Saison sèche
- Ether, ou
- La clef des airs
- Une épouse enfant
- Grimper jusqu’à la lune
- La grande fille à son papa
- Anciens
- La femme sage
- Le braconnier
Première page de Quatre heures et demie
« UNE NOUVELLE VIE
Stephen rougit. C’était un homme au teint clair, aux cheveux de plus en plus rares au sommet du crâne et qui arborait désormais des joues rose vif. Il enlaça Ann d’un bras tandis qu’elle lui embrassait la joue.
« Je suis heureux de te voir, ma chérie, dit-il en s’écartant, regardant derrière elle avec un sourire un peu désespéré. Ella est sortie il n’y a même pas dix minutes. Elle devait apporter des papiers chez Bill Hoby. Ne t’en va pas avant son retour, elle serait triste de ne pas t’avoir vue.
— Bien sûr, répondit Ann. Ma mère va bien, elle a eu la grippe, mais elle n’a pas été aussi durement touchée que d’autres. Et ici, ça va ?
— Oh, oui ! Tu veux du café ? Du cola ? Entre donc. »
Il s’écarta pour la laisser passer, puis la suivit au travers du salon rempli de meubles pâles jusqu’à la cuisine où des stores vénitiens en métal jaune décomposaient les rayons du soleil et les guidaient vers le comptoir. »
Extrait de : U. Le Guin. « Unlocking The Air. »
Les voltigeurs de Gy par Ursula Le Guin
Fiche de Les voltigeurs de Gy
Titre : Les voltigeurs de Gy
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 2021
Traduction : P.-P. Durastanti, A.-J. Descombey, M. Demuth
Editeur : ActuSF
Sommaire de Les voltigeurs de Gy
- Les voltigeurs de Gy
- Première rencontre avec les Gorgonides
- Le sommeil de Newton
- L’ascension de la face nord
- La première pierre
- Le Kerastion
- La construction
Première page de Les voltigeurs de Gy
« Les gens de Gy ressemblent beaucoup à ceux de notre plan, à ceci près qu’ils ont des plumes au lieu de poils. Le duvet presque invisible des nourrissons devient la douce brosse beige tachetée des enfants ; puis, à l’adolescence, surgit la coiffe de plumes. Les hommes arborent en général une collerette sur la nuque, de plus petites plumes sur la tête, et de grandes crêtes érectiles. Leur ramage est brun ou noir, rayé et ponctué de bronze, de rouge, de vert ou de bleu. Les plumes des femmes tombent en cascade le long de leur dos, jusqu’à effleurer le sol en longues traînes diaphanes et bouclées, telles des queues d’autruche aux vives couleurs – pourpre, écarlate, coralline, turquoise et or. Les Gyr, mâles comme femelles, ont du duvet sur la région pubienne et les aisselles, ainsi souvent qu’un plumage court et fin sur tout le corps. Les plus chamarrés d’entre eux constituent un régal pour les yeux quand ils vont nus, mais font aussi le délice des poux et des lentes.
La mue est un processus continu, et non pas saisonnier. Peu à peu, les plumes tombées cessent de repousser avec l’âge, si bien que la pelade affecte beaucoup d’hommes et de femmes passé quarante »
Extrait de : U. Le Guin. « Les voltigeurs de Gy. »