Catégorie : Livres

 

Blanche et l’oeil du grand khan par Hervé Jubert

Fiche de Blanche et l’oeil du grand khan

Titre : Blanche et l’oeil du grand khan (Tome 2 sur 3 – Blanche)
Auteur : Hervé Jubert
Date de parution : 2006
Editeur : Albin Michel

Première page de Blanche et l’oeil du grand khan

« La verrière montrait une nuit sans lune. Les cris, les couleurs et les odeurs composaient une fresque perceptible par fragments. Ici, des êtres humains s’apostrophaient violemment. Là, des amis de la ténèbre se cachaient. Ailleurs, des animaux étaient emprisonnés, comme elle, dans des rêves en osier avec des nœuds de paille pour serrures.

– Les Halles, murmura Marie, reconnaissant l’endroit.

Tous les acteurs étaient réunis pour jouer la comédie du ventre de Paris. Les forts avec leurs chapeaux enduits de blanc d’Espagne et leurs colletins en velours d’Utrecht. Les vendeuses en robes et fichus. Les vagabonds en habits d’arlequin. Les îlotiers que leurs capotes transformaient en triangles pendulaires.

Un agent de la maréchaussée la remarqua. Marie se glissa dans un escalier qui menait au sous-sol d’un des pavillons. Ne pas me faire arrêter, pensait-elle. Tout sauf le Dépôt. Cela faisait pourtant belle lurette qu’on ne l’y avait jetée. »

Extrait de : H. Jubert. « Blanche et l’oeil du grand khan. »

Blanche ou la triple contrainte de l’enfer par Hervé Jubert

Fiche de Blanche ou la triple contrainte de l’enfer

Titre : Blanche ou la triple contrainte de l’enfer (Tome 1 sur 3 – Blanche)
Auteur : Hervé Jubert
Date de parution : 2005
Editeur : Albin Michel

Première page de Blanche ou la triple contrainte de l’enfer

« L’homme fut surpris par l’orage alors que deux lieues de bois profonds l’entouraient de toutes parts. La pluie se mit à tomber dru en même temps que le premier éclair qu’il situa du côté de Joinville. Il était trop tard pour faire demi-tour. Et ç’aurait été trop bête, si près du but. Il rabattit le capuchon de sa cape sur sa tête, en serra le nœud, raffermit sa prise sur son bâton de marche et siffla entre ses dents pour appeler le lynx.

L’animal sauta d’un arbre tout proche à ses pieds. Son poil fauve se dressait sous l’effet de l’électricité qui saturait l’atmosphère. Son museau barbouillé de sang indiquait qu’un rongeur inoffensif venait de croiser sa route.

– Au vieux chêne, enjoignit l’homme. Et par le chemin le plus court.

Le lynx ouvrait la marche avec assurance. Iouri le suivait, courbant l’échine à chaque éclair. Heureusement, de grandes zones du bois de Vincennes avaient été arasées et abandonnées aux buissons et à la friche. Un bosquet dessinait une barre plus noire que le ciel droit devant eux. Il suffisait de le traverser pour atteindre le vieux chêne, au bord du lac des Minimes, au cœur de cette forêt où les égorgeurs des barrières hésitaient à se rendre. »

Extrait de : H. Jubert. « Blanche ou la triple contrainte de l’enfer. »

La nuit des égrégores par Hervé Jubert

Fiche de La nuit des égrégores

Titre : La nuit des égrégores (Tome 3 sur 3 – Beauregard)
Auteur : Hervé Jubert
Date de parution : 2016
Editeur : Gallimard

Première page de La nuit des égrégores

« Nous sommes en juin de l’an de grâce 18**, six mois après les funestes événements qui ont ensanglanté la cité de New London.
Le Barde, fer de lance de la contestation féerique, s’est enfui, nanti d’un phylactère qui pourra, le moment venu et le temps d’une respiration, lui permettre de contrôler Obéron III.
Puck erre dans les couches supérieures de l’atmosphère à bord du Léviathan, navire fantôme.
John Dee, le psychomancien de la reine Victoria, est mort.
Jeanne, l’assistante de Beauregard, n’a pas survécu aux Parques. Son compagnon, Henry Jekyll, ancien second de Dee, a gagné Gotham puis Arkham. Là, grâce à la magie du Nouveau Monde, il espère ressusciter sa bien-aimée.
Quant à Beauregard, il se trouve à Byzance lorsque cette histoire commence.
Le monde est un théâtre sur la scène duquel se joue le Grand Jeu. Une partie décisive vient de débuter. »

Extrait de : H. Jubert. « La nuit des égrégores – Beauregard. »

Le tournoi des ombres par Hervé Jubert

Fiche de Le tournoi des ombres

Titre : Le tournoi des ombres (Tome 2 sur 3 – Beauregard)
Auteur : Hervé Jubert
Date de parution : 2013
Editeur : Gallimard

Première page de Le tournoi des ombres

« La dépouille du centaure gisait au centre de la cour fermée sur trois côtés. Aux fenêtres, aux balcons et sur les marches du perron se tenaient les invités de Titania et d’Obéron, troisième du nom. Dans un silence respectueux, ils attendaient le signal de la curée. La peau de la chimère avait été arrachée jusqu’à la tête qu’elle recouvrait comme une nappe sanglante.
L’ingénieur-mage, en retrait, scrutait la foule fascinée et horrifiée. Ce centaure était une bête sauvage. Il ne possédait pas plus de jugeote qu’un cerf dix-cors. Mais il incarnait aussi la noblesse dont les hommes s’étaient défaits. Le centaure avait été acculé au carrefour du Puits-du-Roi, dans la Forêt sacrée, et achevé de trois coups de fusil par l’empereur en personne.
Dire que ses ancêtres enseignaient autrefois aux héros de la mythologie comment monter les dieux les uns contre les autres, tromper le Sphinx et se défier des sirènes… »

Extrait de : H. Jubert. « Le tournoi des ombres – Beauregard. »

Magies secrètes par Hervé Jubert

Fiche de Magies secrètes

Titre : Magies secrètes (Tome 1 sur 3 – Beauregard)
Auteur : Hervé Jubert
Date de parution : 2012
Editeur : Le pré aux clercs

Première page de Magies secrètes

« Par un soir d’hiver, un jeune homme élégant et d’une tournure distinguée descendait le perron du Café de Sequana. Une belle de nuit l’étudiait depuis l’autre côté de l’Artère. Celui qu’elle observait était plus grand que la moyenne. Il portait des chaussures guêtrées, un pantalon gris à rayures ivoire, un gilet canari brodé d’or et un carrick noir dont il ferma les trois collets, ce qui lui donna l’apparence d’un chevalier en armure. Il déplia son chapeau mécanique dans un clac sonore et se le planta sur le crâne.
Il avait le visage brun, presque mulâtre. Son nez cassé avait été mal réparé. Ses tempes, ornées prématurément de mèches blanches, contrastaient avec son air juvénile.
La belle de nuit qui le détaillait à vingt mètres de distance s’intéressa enfin à son regard. Elle était trop loin pour se prononcer sur la couleur des yeux, mais leur étrangeté ne lui échappa pas.
L’homme repéra celle qui l’épiait. Un omnibus l’occulta et révéla, après son passage, un morceau de trottoir vide. « Mince ! » se dit la belle. De quelque pays qu’il vînt, dans cette réalité ou dans une autre, elle aurait offert ses charmes à celui-là pour rien. »

Extrait de : H. Jubert. « Magies secrètes – Beauregard. »

Bastards épisode 2 par Ayerdhal

Fiche de Bastards épisode 2

Titre : Bastards épisode 2
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2014
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Bastards épisode 2

« Il y a un âge où on se sent immortel. Cela ne concerne pas tout le monde mais, quand on a fait ses armes dans une banlieue de Bogotá, quand on a migré à 16 ans vers le mirage états-unien en traversant toutes les frontières, quand on vit depuis trois ans dans la clandestinité à New York, on ne craint pas la mort, seulement le contrôle un peu trop tatillon qui se conclurait par une expulsion. Même avec un faux permis de conduire, même avec l’appui de la communauté, même avec la garantie d’un flic.

C’est qu’il ne le connaît pas, ce flic. Il ignore jusqu’à son nom. C’est Tommy qui lui sert d’intermédiaire. D’ailleurs Tommy non plus n’a pas de nom. Certains l’appellent Lucky Tommy, d’autres Tommy the Butt, mais le flic avec lequel il deale dans la bagnole de celui-ci doit être le seul à connaître son nom de naissance.

Tommy lui a promis qu’il rencontrerait le flic, mais c’était il y a six mois et l’adolescent colombien n’a jamais vu que les feux arrière de sa voiture. Comme cette nuit : dans le noir, à cinquante mètres. Pas moyen de distinguer l’intérieur, encore moins de voir le visage du flic dans le rétroviseur côté conducteur : il n’allume jamais l’éclairage intérieur. Prudent, méfiant ou paranoïaque, en tout cas invisible. »

Extrait de : Ayerdhal. « Bastards – Episode 02. »

Bastards par Ayerdhal

Fiche de Bastards

Titre : Bastards
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2014
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Bastards

« Bien qu’elles se diluent dans notre amnésie collective, les personnes âgées n’ont pas toujours été des personnes âgées.

Avant que la succession des ans ne les courbe, les plisse, les fripe, les ralentisse, avant que le fil des saisons ne leur entaille les chairs, le souffle et la mémoire, avant qu’elles ne soient plus aux yeux du monde que des vieillards friables à demi transparents, elles ont traversé des âges que beaucoup d’entre nous ne connaîtront pas, construit des existences que nous sommes incapables de soupçonner, riches d’expériences dont nous ne savons rien.

Qui peut dire de quoi s’est constituée la vie de cette vieille qui escalade littéralement la bouche de métro, une jambe hésitante après l’autre, une main tout en os crochetée à la rampe au bout d’un bras qui peine à la tracter, l’autre qui serre les anses d’un cabas passées à une épaule qu’on devine décharnée ? Qui peut dire de quoi cette vie se constitue encore ? Qui peut même donner un âge à ses rides, au bleu vitreux de son regard presque opaque, aux pommettes qui saillent sous la peau trop fine de son visage jauni, à ses lèvres qui ne forment plus qu’un trait mal soudé ? Plus de 80 ans, c’est sûr, mais combien d’années avant ou après le siècle ? »

Extrait de : Ayerdhal. « Bastards. »

Balade choreïale par Ayerdhal

Fiche de Balade choreïale

Titre : Balade choreïale
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1994
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Balade choreïale

« Ils attendaient les Yoomans.
Le Garim, Shashem, La Tenaya, Niqitiq, Axagese et tous les Chorês, du moins tous ceux que la sagesse avait illuminés, les Faiseurs d’Espoirs, les Traceurs de Rêves et les Rassembleurs, ils avaient reconnu l’Appel de Grâce, troqué leurs garennes contre les pérégrines et ils étaient venus, depuis leurs bouts de monde, accueillir les Nobles Donneurs. Et Nerbrume avait l’honneur de les recevoir dans sa Choreïa, eux, ses pairs, et les ambassadeurs yoomans.
Nerbrume était fière. Oh, pas seulement d’être l’hôtesse de la Grande Rencontre ! Nerbrume était fière d’avoir été l’instigatrice et l’organisatrice de tout ce qui constituait cet événement. Elle, seule, et le Garth-Yooman, mais Garth était un Noble Donneur et son investissement était dans l’ordre des choses. Il était descendu des étoiles, un jour, avec toutes ses compagnes et tous ses compagnons, et ils avaient commencé à offrir, jusqu’à la vie, parfois.
Nerbrume avait reçu ce don, comme des milliers d’autres, quand, après avoir dévasté la moitié du continent, la mal-mort s’était abattue sur sa Choreïa, emportant tous ceux qu’elle frôlait d’une agonie définitive. »

Extrait de : Ayerdhal. « Balade choreïale. »

Le choix du Ksin par Ayerdhal

Fiche de Le choix du Ksin

Titre : Le choix du Ksin (Tome 3 sur 3 – Mytale)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le choix du Ksin

« D’après mon esprit guerrier pour autant que j’en possède, s’il existe un lieu stratégique sur cette planète brute, c’est Alpha Point, sur le détroit qui sépare la mer Scalène de la mer Foliale : il permet de contrôler à moindres frais la région la plus clémente du plus gros continent (maintenant que nous ne possédons plus rien de civilisé, et particulièrement en matière de transports). Il ne faut donc pas s’étonner que les Ultras y aient bâti leur forteresse, ni qu’ils nous laissent l’usage, probablement momentané, du reste de Mytale. Déjà, ils se font appeler « evres » et, déjà, Alpha Point est devenu « La Citadelle » : le temps se gâte pour les libertés en tout genre que l’Impérium déserteur nous a « abandonnées » si « spontanément » !

Et moi, je traîne mes amis de côte en côte vers je ne sais quoi qui soit aussi loin que possible de ce potentat scientiste, et aussi stratégique. Et moi aussi, dans ces lignes et dans notre triste réalité, je commence à jouer à la guerre. Hier, par exemple, j’étais particulièrement en veine de bêtise militaire. J’ai décidé qu’à défaut de « base », nous pouvions contrôler Mytale par le mouvement, par le nomadisme, et les mers, à coups de catamarans et d’individualisme, puis j’ai inventé une arme : moi ! »

Extrait de : Ayerdhal. « Le choix du Ksin – Mytale. »

Honneur de chasse par Ayerdhal

Fiche de Honneur de chasse

Titre : Honneur de chasse (Tome 2 sur 3 – Mytale)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Honneur de chasse

« Mytale est une planète une fois et demie plus volumineuse que Thalie et, compte tenu de l’absence de technologie, toutes les distances y paraissent démesurées, à tel point que nombre de récits semblent peu crédibles au jour des voyages effectués. Il faut examiner très finement les conditions topographiques, météorologiques et hydrographiques pour prendre conscience des formidables réseaux de communication développés par les evres et, inévitablement, les il les.

Ainsi Sal-la Danid, capitale du Haut Sa-Bann, se trouve à plus de dix mille kilomètres de Tann-Tori, capitale de Saraz, fief de l’acen-ser continental, et son lorpal effectue plusieurs fois par an le trajet dans des délais que nous ne pouvons expliquer que par deux phénomènes naturels : le fleuve Sa-Bann, dont certains bras au débit impressionnant permettent à un bon rameur de couvrir la distance en quatre semaines, voire moins s’il est prêt à affronter les pires courants ou s’il se fait relayer pendant son sommeil, et le norois, vent de nord-nord-ouest permanent durant onze mois, qui pousse les plus lents voiliers à plus de dix
nœuds vers le sud sur toute la côte est de Saraz. »

Extrait de : Ayerdhal. « Honneur de chasse – Mytale. »