Catégorie : Livres
Les vaisseaux de l’ouest par Paul Kearney

Fiche de Les vaisseaux de l’ouest
Titre : Les vaisseaux de l’ouest (tome 5 sur 5 – Les monarchies divines)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 2002
Traduction : M.-C. Elsen
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Les vaisseaux de l’ouest
« Richard Hawkwood se dégagea du caniveau où la foule l’avait projeté et se tailla violemment un passage au milieu du peuple en liesse, sans hésiter à marcher sur des pieds, à jouer des coudes et à fusiller d’un regard féroce tous ceux qui croisaient ses yeux.
Du bétail. Rien que du fichu bétail.
Il découvrit une espèce de petit havre de sérénité à l’abri d’une bâtisse de haute taille et y fit une halte pour reprendre souffle. Les ovations étaient assourdissantes et, agglutinés, les humbles habitants d’Abrusio ne sentaient pas vraiment la rose. Il essuya la sueur qui dégoulinait de ses paupières. Un rugissement monta de la foule, suivi du fracas de sabots sur la chaussée pavée. Une fanfare de trompettes et de bruits de bottes avançaient d’un pas cadencé. Hawkwood passa la main dans sa barbe. Par le sang de Dieu, il avait besoin de boire un bon coup ! »
Extrait de : P. Kearney. « Monarchies Divines – Les vaisseaux de l’ouest. »
Le second empire par Paul Kearney

Fiche de Le second empire
Titre : Le second empire (tome 4 sur 5 – Les monarchies divines)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 1999
Traduction : M.-C. Elsen
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Le second empire
« Le gouvernail de fortune tressautait sous leurs mains et leur blessait les côtes. Dents serrées, Hawkwood, comme les autres, le serra plus étroitement contre son torse endolori. Une débauche de rage impuissante enflammait son esprit et lui faisait lancer des malédictions contre le vent, le navire, l’océan lui-même, ainsi que le vaste monde indifférent qu’ils parcouraient à une allure folle.
Le vent baissa d’un point. Hawkwood le sentait, alourdi par une pluie glacée, percer son oreille droite. Il desserra la mâchoire, le temps de hurler un ordre par-dessus la furie des éléments déchaînés :
— Lofez ! Il tourne. Lof pour lof, nom de Dieu !
D’autres hommes apparurent sur le pont balayé par les paquets de mer. Ils sortirent en chancelant de leurs abris et traversèrent tant bien que mal la lisse de pavois en pente raide de la caraque. En haillons, ils avaient l’air pour certains d’avoir été jadis soldats, à en juger par les vestiges d’uniformes militaires qui claquaient encore autour de leur torse. Pris dans la tourmente de ces embruns épineux qui les transperçaient, ils étaient ruisselants, gauches et apathiques. Ils auraient été plus à leur place dans un lit de malade que sur le pont d’un navire ballotté par la tempête. »
Extrait de : P. Kearney. « Monarchies Divines – Le second empire. »
Les guerres de fer par Paul Kearney

Fiche de Les guerres de fer
Titre : Les guerres de fer (tome 3 sur 5 – Les monarchies divines)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 1996
Traduction : M.-C. Elsen
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Les guerres de fer
« Au paroxysme de son cauchemar fiévreux qui le faisait transpirer dans les ténèbres, il sentit la bête s’insinuer dans sa chambre et le surplomber. Pourtant, c’était impossible. Pas de si loin, il s’agissait sans doute…
Ô doux Seigneur des deux, Chef suprême de la terre, ne me quittez pas maintenant…
Prier, prier, prier. Et l’aspect dérisoire, de sa part, de cet acte : adresser des prières à Dieu, alors que son âme était noire comme l’encre et déjà vendue. Déjà égarée et promise aux flammes éternelles.
Doux Ramusio, ne m’abandonnez pas. Restez près de moi en cette heure de détresse.
Il pleurait. La chose était là. Il en avait la certitude. Elle l’épiait, aussi patiente qu’une statue. Il lui appartenait. Il était maudit.
Trempé de sueur, il ouvrit ses paupières collantes sur l’obscurité absolue de sa chambre. Des larmes avaient coulé le long de son cou pendant son sommeil et les fourrures épaisses recouvrant sa couche étaient sens dessus dessous. »
Extrait de : P. Kearney. « Monarchies Divines – Les guerres de fer. »
Les rois hérétiques par Paul Kearney

Fiche de Les rois hérétiques
Titre : Les rois hérétiques (tome 2 sur 5 – Les monarchies divines)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 1996
Traduction : M. Thirioux
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Les rois hérétiques
« Toujours, les hommes vont vers l’ouest. Cela a-t-il un rapport avec la course du soleil ? Il les attire comme la flamme d’un cierge attire des phalènes.
De nombreuses années, longues et pénibles, se sont écoulées, et pourtant je suis encore là : le dernier des fondateurs, mon corps ne m’appartenant presque plus, au final. J’ai vu quatre siècles du monde éveillé défiler progressivement, leur passage à peine marqué par les changements dans la terre où j’ai élu domicile. Les hommes changent, et ils aiment croire que le monde change avec eux. Ce n’est pas le cas ; il se contente de les tolérer et continue à suivre ses propres révolutions ésotériques.
Et pourtant il y a quelque chose dans l’air, tel un murmure d’hiver dans ce pays qui ne connaît pas de saisons. Je sens un changement s’amorcer. »
Extrait de : P. Kearney. « Monarchies Divines – Les rois hérétiques. »
Le voyage d’Hawkwood par Paul Kearney

Fiche de Le voyage d’Hawkwood
Titre : Le voyage d’Hawkwood (tome 1 sur 5 – Les monarchies divines)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 1995
Traduction : M. Thirioux
Editeur : Editions du Rocher
Première page de Le voyage d’Hawkwood
« Navire de la mort – il cabotait sous la brise du nord-ouest, les huniers immobiles, mais les vergues brassées pour affronter un vent perdu depuis trop longtemps en haute mer. L’équipage de la yole fut le premier à l’apercevoir, la veille de la Saint-Beynac. Il donnait lourdement de la gîte, en dépit de la houle légère, et les vestiges de ses voiles vibrèrent et s’agitèrent lorsque la brise fraîchit.
C’était une journée d’un bleu parfait, un ciel et un océan immenses qui se reflétaient même l’un sur l’autre. Quelques goélands voletaient, impatients, autour des filets remplis d’argent remorqués par l’équipage de la yole qui faisait des affaires en or, et un banc d’oyvips étincelants, anormalement nombreux, batifolait par bâbord – mauvais augure. À l’intérieur de chaque banc, disait-on, hurlait l’âme d’un noyé. Mais le vent était clément et le banc démesuré – perceptible telle une ombre gigantesque sous la coque du navire, scintillant de temps à autre lorsque le flanc lumineux d’un poisson se contorsionnait ; les pêcheurs étaient présents depuis le quart du matin, remplissant leurs filets avec la récompense incertaine de la mer, la ligne obscure de la côte hebrionienne n’étant que pure conjecture, au loin, bien au-delà de leurs épaules droites. »
Extrait de : P. Kearney. « Monarchies Divines – Le voyage d’Hawkwood. »
Le sceau de Ran par Paul Kearney

Fiche de Le sceau de Ran
Titre : Le sceau de Ran (tome 1 sur 3 – Les Mendiants des mers)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 2004
Traduction : M.-C. Elsen
Editeur : Le livre de poche
Première page de Le sceau de Ran
« — Bien sûr qu’il existait un Dieu autrefois. Un Père universel, créateur de toutes les choses et de toutes les races destinées à habiter la terre. Mais Il nous a quittés il y a fort longtemps, dégoûté par les caprices de Sa création et les appétits gratuits des êtres dont Il avait peuplé Son monde. Aujourd’hui nous sommes délaissés, des enfants abandonnés par leur père. De plus, quand Il s’en est allé, Dieu, pour nous punir, a emporté avec Lui tout espoir de vie après la mort. Par conséquent, ne nous attendent tous que les vers. Aucune justice pour les persécutés, aucune punition pour les méchants. Ainsi tourne notre monde, entraîné sur son axe par les rêves voraces des hommes.
— Mais il y a sans doute d’autres dieux, objecta Rol. Il y a Ussa, et son époux, Ran. Sans compter Gibniu de l’Enclume… »
Extrait de : P. Kearney. « Le sceau de Ran – Les Mendiants des mers. »
Corvus par Paul Kearney

Fiche de Corvus
Titre : Corvus (tome 2 sur 3 – Les Macht)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 2010
Traduction : J.-P. Pugi
Editeur : Orbit
Première page de Corvus
« Sitôt arrivé au sommet de la dernière éminence, il retrouva ses vieilles habitudes et s’arrêta pour baisser les yeux sur les ombres bleutées d’un crépuscule naissant. Appuyé sur sa lance, il soupira.
Devant lui, le sol s’écoulait en plis et dépressions de plus en plus obscurs pour aller se fondre dans le creux de la vallée où coulait un torrent. Il vit dans le lointain un éclair écarlate, un reflet des dernières lueurs du soleil renvoyé par le cours d’eau. Puis les montagnes qui le cernaient parurent se rapprocher, comme pour se pelotonner les unes contre les autres avant d’affronter la nuit, et la vallée disparut comme par enchantement. Cependant, au cœur de ces ténèbres paisibles, il discernait encore une lueur dorée à l’éclat régulier.
La hampe de sa lance craqua sous son poids. Les lanières de cuir de son havresac et de son bouclier meurtrissaient ses épaules. Une onde de chaleur passa près de lui ; les vestiges du jour. Il baissa les paupières quand ce souffle caressa son front couvert de sueur, puis il se détourna et se redressa. »
Extrait de : P. Kearney. « Corvus – Les Macht. »
10 000 au coeur de l’Empire par Paul Kearney

Fiche de 10 000 au coeur de l’Empire
Titre : 10 000 au coeur de l’Empire (tome 1 sur 3 – Les Macht)
Auteur : Paul Kearney
Date de parution : 2008
Traduction : J.-P. Pugi
Editeur : Orbit
Première page de 10 000 au coeur de l’Empire
« Rictus avait vu le jour en bord de mer, et c’était en bord de mer qu’il allait quitter ce monde.
Il s’était débarrassé de son bouclier et restait assis sur une touffe de marram jaunâtre, les orteils séparés par des andains de sable froid et gris alors que les festons d’écume de la marée montante l’éblouissaient comme de la neige.
Redresser la tête lui aurait permis de voir à l’ouest, sur les épaulements du Panjaeos, de la neige véritable. Dans les hauteurs où Gænion avait forgé le cœur des étoiles.
Ce lieu en valait un autre pour mourir.
Il sentait le sang couler de son flanc, une lente promesse qu’il considérait pleine d’ironie. Ce qui le fit sourire. Je sais, pensa-t-il. Je sais ces choses. Insister est superflu. Le fer de la lance d’un Burien s’était chargé de mettre les points sur les i. »
Extrait de : P. Kearney. « 10 000 au coeur de l’Empire – Les Macht. »
Quand on eut mangé le dernier chien par Justine Niogret

Fiche de Quand on eut mangé le dernier chien
Titre : Quand on eut mangé le dernier chien
Auteur : Justine Niogret
Date de parution : 2023
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Quand on eut mangé le dernier chien
« Hors de la tente, un des chiens se mit à hurler. On ne pouvait guère entendre son cri, mais on le ressentait, dans la chair : une vibration organique, vivante, au milieu des rugissements de vent si durs qu’ils en devenaient minéraux.
Mertz se mit à rire. Il était brun, petit, physique. Il avait une présence d’ourse au milieu de la tente et de la neige : une présence chaude, réelle. Dans ce désert de glace, il avait une matérialité non négligeable, quelque chose de posé, quelque chose qui existait malgré les centaines de kilomètres de banquise s’étendant autour de la petite tente.
Mertz se mit à rire, donc, et Ninnis rit à son tour, parce qu’il savait ce qui allait suivre. Ninnis était très jeune, comme seuls savent l’être les Anglais à vingt-cinq ans : encore blond d’enfance, délicat et tendre. On aurait dit une poupée de porcelaine et, si on lui avait retiré ses vêtements, on se serait attendu à voir, aux articulations de ses coudes et de ses genoux, de jolies cordelettes tenant les différentes parties de son corps en pâte de verre. »
Extrait de : J. Niogret. « Quand on eut mangé le dernier chien. »
Mordred par Justine Niogret

Fiche de Mordred
Titre : Mordred
Auteur : Justine Niogret
Date de parution : 2013
Editeur : Mnémos
Première page de Mordred
« — C’était le moment où l’on sale la chair crue, quelques nuits avant la Noël.
L’homme, costumé de rouge, se tenait accroupi au bord de l’estrade. Il portait un gant de fer tout empli de griffes froides et argentées et le tendait vers la foule. Personne ne se tourna vers lui. Les visages se fixaient sur les jongleurs des tréteaux d’en face, sur l’ours au crâne tondu qui passait dans les rangs, un petit enfant morveux sur le dos. Le masque de l’homme était celui d’une bête, velu, taillé dans un cuir patiné et de la poilure cramoisie. Il avait un nez noir et gros comme une noix. Il se racla la gorge, cracha de côté pour s’alléger la voix et continua plus fort :
— L’air était si froid que les étoiles étaient prises au ciel comme pièces d’argent dedans la glace.
Rien. »
Extrait de : J. Niogret. « Mordred. »