Catégorie : Livres
Les prisonniers de Zandra par William Rotsler
Fiche de Les prisonniers de Zandra
Titre : Les prisonniers de Zandra
Auteur : William Rotsler
Date de parution : 1978
Traduction : R. Lathière
Editeur : Opta
Première page de Les prisonniers de Zandra
« IL est dangereux.
Mace Wilde jouait des coudes pour avancer dans le couloir central de l’avion, et la femme assise près du hublot se répéta : Oui, très dangereux.
L’homme – grand, brun, vareuse d’officier – promenait automatiquement un regard à droite et à gauche en bousculant plus ou moins les touristes et brasseurs d’affaires massés devant le bar. Il aperçut donc la femme blonde – une beauté – et cette vue interrompit le cours habituel de la reconnaissance qu’il effectuait malgré lui.
Leurs yeux se rencontrèrent ; et, tels des étrangers pris à s’observer, chacun affecta d’ignorer l’autre. Mais ce n’était plus le cas. L’homme – un capitaine – s’effaça pour laisser le passage à une hôtesse, et ce fut Eve Clayton qui mit fin à l’affrontement : détournant la tête, elle scruta les nuages dont les traînées mettaient du blanc sur l’immensité de l’Atlantique qu’on apercevait beaucoup plus bas – et cependant elle sentit se poser sur elle le regard de l’officier quand il frôla son fauteuil.
Le galonné avait quelque chose d’insolite, quelque élément devant lequel Eve se sentait à la fois perplexe et piquée au jeu. Bien qu’ayant l’air on ne peut plus détendu, calme, presque « en vacances », il faisait naître l’idée d’un danger, l’idée »
Extrait de : W. Rostler. « Les prisonniers de Zandra. »
Les aires du réel par Gordon Eklund
Fiche de Les aires du réel
Titre : Les aires du réel
Auteur : Gordon Eklund
Date de parution : 1974
Traduction : G. Lebec
Editeur : Opta
Première page de Les aires du réel
« Au cœur de la foule ondoyante de ce Quatre Juillet, jour de fête nationale, pris dans cette gangue de sueur et d’inertie, Timothy O’Mara, paradoxalement, était conscient de cette vérité unique et incontestable : il était un homme mort. À vingt-trois ans, et bien qu’en pleine possession de ses moyens – parfaitement apte à se mouvoir, respirer, parler, sourire – il n’en était pas moins mort. Aussi mort que peut l’être une vieille charogne pourrissante au fond d’une fosse. Un homme mort. Et il le savait.
Cette foule qui l’entourait, O’Mara la haïssait. Il était à ce point comprimé qu’il lui était tout juste possible de reporter le poids de son corps d’une jambe sur l’autre, assez souvent pour épargner à la plante de ses pieds des cloques au contact de la chaussée brûlante, à travers les semelles fissurées de ses chaussures usées. Il lui fallait littéralement se bagarrer avec la foule pour obtenir le simple privilège de dégager une main afin d’essuyer la sueur qui lui dégoulinait du front, des lèvres et du menton. Quant à sa chemise, elle lui collait aux épaules. Bien que ce fût une journée particulièrement chaude, il portait une lourde veste d’hiver à col de fourrure, »
Extrait de : G. Eklund. « Les aires du réel. »
Le silence de l’aube par Gordon Eklund
Fiche de Le silence de l’aube
Titre : Le silence de l’aube
Auteur : Gordon Eklund
Date de parution : 1971
Traduction : M. Barrière
Editeur : Le Masque
Première page de Le silence de l’aube
« J’étais assis. Devant moi, la peinture murale dardait ses couleurs, des couleurs de sang et de mort : rouges ruisselants, gris désespérés, noirs destructeurs. La scène représentait l’assassinat d’un chef d’État – peu importe son nom. Vous qui étudiez l’Histoire, vous souvenez-vous de cette époque terrible ? Ils les ont tous tués : ils ont commencé par un des Kennedy et continué par toute une série d’autres, parmi lesquels encore quelques membres de la famille Kennedy, pour faire bonne mesure ; pour finir, lorsqu’ils n’ont plus eu de cible intéressante, ce fut le tour du vieux cordonnier de Brooklyn, Jacob Winestreet Kennedy.
Sur la peinture on pouvait voir, anonyme, un petit homme à l’œil sombre, tenant à la main le traditionnel revolver. C’était inévitable, surtout ici, sous ce ciel cruel et sinistre. Le Mark était un bastion Répu- »
Extrait de : G. Eklund. « Le silence de l’aube. »
La rivière du crépuscule par Gordon Eklund
Fiche de La rivière du crépuscule
Titre : La rivière du crépuscule
Auteur : Gordon Eklund
Date de parution : 1979
Traduction : C. Jayat
Editeur : Presses de la cité
Première page de La rivière du crépuscule
« LA FILLE DU SORCIER
TAPI derrière un buisson rouge-sang, Sam l’Affreux, le musicien, fouilla du regard l’ombre qui envahissait les rives de la Grande Rivière et sourit devant le spectacle qui s’offrait à ses yeux.
— Vois-tu ce que je vois ? demanda-t-il dans un souffle à Cazie, un cobra femelle de six pieds de long, confortablement lové autour de son cou épais. N’est-ce pas la plus jolie chose qu’il t’ait jamais été donné de contempler ?
Il parlait de la fille. Nue, de l’eau jusqu’aux genoux, elle baignait son corps mince, ravissant, dans la rivière. Sam respira bruyamment. Son âme d’artiste s’embrasait au contact de la beauté, quelle qu’elle fût. Cazie manifesta son émotion en remuant doucement. Sam lui caressa le cou, juste au-dessous de la mâchoire inférieure, là où des lignes claires »
Extrait de : G. Eklund. « La rivière du crépuscule. »
Une rose pour l’Ecclésiaste par Roger Zelazny
Fiche d’Une rose pour l’Ecclésiaste
Titre : Une rose pour l’Ecclésiaste
Auteur : Roger Zelazny
Date de parution : 1967
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu
Sommaire d’Une rose pour l’Ecclésiaste :
- Les furies
- Le coeur funéraire
- Les portes de son visage, les lampes de sa bouche
- Une rose pour l’Ecclésiaste
Première page de Les furies
« Il arrive quelquefois que la nature, comme prise de remords, jette en aumône un os à ronger à ceux qu’elle mutile, à ses laissés-pour-compte. Souvent sous forme d’un talent, en général inutile, ou de cette malédiction : l’intelligence.
À quatre ans, Sandor Sandor était capable de réciter intégralement la liste des cent quarante-neuf mondes habités de la galaxie. À cinq ans, il pouvait nommer les principaux continents de chaque planète et en tracer sommairement les contours à la craie sur des globes muets. À sept ans, il connaissait toutes les provinces, tous les États, tous les pays et toutes les grandes villes de tous les continents des cent quarante-neuf mondes habités de la galaxie. Il passait le plus clair de ses journées plongé dans des ouvrages de landographie, d’histoire et de landologie, il lisait des guides touristiques, étudiait cartes et enregistrements à l’usage des voyageurs. On eût dit qu’il avait une caméra derrière les yeux car, quand il atteignit l’âge de dix ans, il n’y avait pas dans la galaxie une seule cité dont on lançait le nom au hasard sur laquelle il n’eût pas quelque lumière. »
Extrait de : R. Zelazny. « Une rose pour l’ecclésiaste. »
Un pont de cendres par Roger Zelazny
Fiche d’Un pont de cendres
Titre : Un pont de cendres
Auteur : Roger Zelazny
Date de parution : 1976
Traduction : B. Martin
Editeur : Pocket
Première page d’Un pont de cendres
« Je…
Le jour était le…
Le…
Vu l’homme, il est…
L’homme se déplace à travers bois. Avec lui une bande d’autres, tous des chasseurs. Ils portent des peaux de bêtes. Ils ont des bâtons pointus, durcis au feu. Le mien a une pointe de pierre, décorée de lignes tracées avec la pointe du couteau de silex pendu à la lanière de cuir autour de… sa taille. Il y a des feuilles dans ses cheveux et un objet brillant qui pend à un lacet autour de son cou. C’est une chose de puissance qu’il a apportée de la terre des esprits sous la mer. Il conduit les hommes à la chasse, père du père aux cheveux aile-de-corbeau d’eux tous. Ses yeux sombres décrivent le trajet de la bête. En silence, narines dilatées, les autres marchent dans ses pas. L’air se charge parfois d’une faible odeur de sel et de varech, des côtes pas trop lointaines de la grande eau, notre mère à tous. Il lève la main et les hommes s’arrêtent.
Il fait encore un geste et tous se déploient de part et d’autre de lui, accroupis en un arc, les pointes en avant. Et, de nouveau, ils font halte. »
Extrait de : R. Zelazny. « Un pont de cendres. »
Toi l’immortel par Roger Zelazny
Fiche de Toi l’immortel
Titre : Toi l’immortel
Auteur : Roger Zelazny
Date de parution : 1966
Traduction : M. Perrin
Editeur : Gallimard
Première page de Toi l’immortel
« Tu es un kallikanzaros », affirma-t-elle tout à coup.
Je me retournai sur le côté gauche et confiai mon sourire à l’obscurité environnante.
— Oui, mais j’ai laissé mes sabots et mes cornes au Bureau.
— Tu vois, tu connais la légende !
— Écoute-moi bien : mon nom est Nomikos.
J’étendis la main vers elle et trouvai son corps.
— Pars-tu pour détruire le monde cette fois-ci ?
Je l’attirai vers moi et répondis en riant :
— Je vais y penser sérieusement, et ma foi si c’est ainsi que la Terre doit s’effondrer…
— Sais-tu que les enfants nés le jour de Noël ont du sang kallikanzaros dans les veines, dit-elle, et tu m’as confié un jour que ton anniversaire…
— Bon, d’accord ! »
Extrait de : R. Zelazny. « Toi l’immortel. »
Terre mouvante par Roger Zelazny
Fiche de Terre mouvante
Titre : Terre mouvante
Auteur : Roger Zelazny
Date de parution : 1981
Traduction : J. Bailhache
Editeur : Pocket
Première page de Terre mouvante
« LES sept hommes portaient des menottes attachées à des chaînes, et chaque chaîne était fixée à part sur la pierre suintante des murs de la haute salle. Seule l’éclairait faiblement une lampe à pétrole logée dans une petite niche du fond, à droite de l’entrée. Des chaînes et entraves inemployées pendaient çà et là. Le plancher malpropre était jonché de paille, l’air chargé d’odeurs fortes. Chacun des hommes était barbu, déguenillé. Leurs visages pâles étaient creusés de rides. Ils avaient les yeux fixés sur l’entrée.
Devant eux des formes dansaient ou fulguraient dans l’air, traversant l’épaisseur des murs quitte à réapparaître ailleurs. Formes abstraites ou imitant des objets naturels – fleurs, serpents, oiseaux, feuilles – le plus souvent avec une fidélité touchant à la parodie. Un tourbillon vert pâle s’éleva puis expira au fond de la salle, déversant au sol une horde d’insectes. Ce fut le signal d’une mêlée entre de petites bêtes avides de les consommer. Un rire caverneux résonna quelque part derrière l’entrée, »
Extrait de : R. Zelazny. « Terre mouvante. »
Seigneur de lumière par Roger Zelazny
Fiche de Seigneur de lumière
Titre : Seigneur de lumière
Auteur : Roger Zelazny
Date de parution : 1967
Traduction : C. Saunier
Editeur : Denoël
Première page de Seigneur de lumière
« Ses disciples l’appelaient Mahasamatman et disaient qu’il était un dieu. Il préférait cependant supprimer Maha-et-atman de son nom et se faire appeler Sam. Il ne prétendit jamais être un dieu, mais n’affirma jamais le contraire. Les circonstances étant ce qu’elles étaient, admettre l’un ou l’autre n’eût été d’aucun profit, à la différence du silence.
Il était donc entouré de mystère.
C’était en la saison des pluies…
La grande saison humide était bien avancée…
Ce fut en ces jours de pluie que s’élevèrent leurs prières, mais non pas en égrenant les nœuds de la corde, ou en faisant tourner les moulins. Elles s’élevèrent de la grande machine à prières, dans le monastère de Ratri, déesse de la Nuit.
Les prières à haute fréquence étaient dirigées vers les cieux, traversaient l’atmosphère, atteignaient le nuage doré, appelé le Pont des Dieux, qui entoure le monde, apparaît la nuit comme un arc-en-ciel de bronze ; le soleil rouge y devient orange à midi. »
Extrait de : R. Zelazny. « Seigneur de lumière. »
Royaumes d’ombre et de lumière par Roger Zelazny
Fiche de Royaumes d’ombre et de lumière
Titre : Royaumes d’ombre et de lumière
Auteur : Roger Zelazny
Date de parution : 1969
Traduction : M. Claudel
Editeur : Denoël
Première page de Royaumes d’ombre et de lumière
« L’homme, au Soir de sa Millième Année, parcourt la Maison des Morts. S’il vous était loisible d’embrasser du regard l’immense salle dans laquelle il déambule, vous ne pourriez rien y percevoir. Il fait bien trop sombre pour que les yeux servent à quelque chose.
Présentement, à cette heure obscure, nous nous contenterons de le nommer : « l’homme ».
À cela il y a deux raisons :
Tout d’abord, il répond à la description générale et généralement acceptée d’un être du type humain, inaltéré, mâle, marchant en position verticale, ayant des pouces opposés et présentant toutes les caractéristiques typiques de la profession ; ensuite, parce que son nom lui a été retiré.
Il n’y a aucune raison d’être plus explicite à ce stade du récit.
Dans sa main droite, l’homme serre le sceptre de son Maître, grâce auquel il se guide à travers l’obscurité. Le sceptre l’entraîne d’un côté, puis de l’autre. Il lui brûle la main, les doigts, le pouce opposé quand son pied s’écarte d’un pas du chemin prescrit. »
Extrait de : R. Zelazny. « Royaumes d’ombre et de lumière. »