Catégorie : Livres
Entends la nuit par Catherine Dufour

Fiche de Entends la nuit
Titre : Entends la nuit
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2018
Editeur : L’Atalante
Première page de Entends la nuit
« Aujourd’hui, c’est l’automne. Il est 15 heures à l’horloge de la gare centrale d’Amsterdam. La porte du wagon se referme. Essoufflée, je colle mon front à la vitre tandis que le train démarre. Sur le quai, mes amis crient des choses que je n’entends plus. Dès que je les ai perdus de vue, je m’essuie les joues et vais me rouler en boule au fond d’un siège.
Quand le train entre en gare du Nord, la nuit finit de tomber. L’air froid sent le goudron, le chien malade et la cigarette. Bienvenue à Paris.
Au milieu d’un océan de visages, j’aperçois une petite femme aux traits tirés. Bon sang ! Ce qu’elle a vieilli. Elle m’a vue aussi et trotte vers moi avec un immense sourire. Nous nous embrassons à grands coups de joue, elle m’attrape le bras.
— Dépêche-toi ! Je suis garée n’importe comment, ma voiture va finir à la fourrière.
Je suis au bord de répondre : « Tu iras la chercher toute seule ! »
Quand je réalise avec désespoir qu’elle m’énerve déjà. Je me mords la langue juste à temps. »
Extrait de : C. Dufour. « Entends la nuit. »
Délires d’Orphée par Catherine Dufour

Fiche de Délires d’Orphée
Titre : Délires d’Orphée (Club Van Helsing)
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2007
Editeur : Baleine
Première page de Délires d’Orphée
« Le chasseur passa sa langue sur ses lèvres salées et avança un pied, doucement. Devant lui s’enfonçait un long couloir obscur, d’un noir liquoreux de vin cuit. Rien ne bougeait. Il faisait un froid d’otarie.
Le chasseur cligna plusieurs fois ses yeux brûlés par la sueur, et avança encore.
À cette heure-ci, Bedlam ressemblait à un cimetière après une tornade. Dans la pénombre infrarouge que percevaient les lunettes du chasseur, le vieil hôpital semblait plus lugubre encore qu’en plein jour. Un siècle plus tôt, ses murs épais résonnaient des hurlements des aliénés, et ils en gardaient le souvenir enroué et plaintif. Tout autour du chasseur, la pierre humide pleurait, par grandes taches sombres. Un récent incendie avait balafré le sol de coups de griffes et crevé les hautes fenêtres. Elles portaient des bandages de planches entre lesquels une lune froide passait des doigts blancs. À travers son masque, le chasseur sentait l’odeur de brûlé et celle, bien plus ancienne, du désespoir – un relent de pisse et de larmes. »
Extrait de : C. Dufour. « Délires d’Orphée (Club Van Helsing). »
Danse avec les lutins par Catherine Dufour
Fiche de Danse avec les lutins
Titre : Danse avec les lutins
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2019
Editeur : L’Atalante
Première page de Danse avec les lutins
« Longtemps, bien longtemps avant le Déluge, la Terre était habitée par la magie.
Fées des arbres et fées des neiges, fées marraines ou Carabosse, enchanteurs et sorciers quittaient volontiers leur monde magique pour venir s’encanailler sur la Terre. Ce qui n’allait pas toujours sans heurts puisqu’une fois sur Terre, il leur fallait cohabiter avec Dieu, Son armée d’anges et Sa cohorte de démons. Car Dieu, dans Son infinie Sagesse, contrôlait les deux. Pas Fou.
Les démons ne posaient guère de problème aux fées, étant plus occupés à griffonner des graffitis obscènes au bas des nuages qu’à gâcher les sortilèges féeriques. Mais les anges…
Ah ! Les anges.
Puis tout fut fini.
Puis tout recommença.
Un jour, la Terre devint laïque. Sur un coup de Tête, Dieu partit vivre Sa vie sur une comète vagabonde. Il emmena à sa suite Son petit personnel angélique et démoniaque. Au même moment, le monde magique claqua la porte, la ferma à double tour et cassa la clef dans la serrure. En une seconde, fées et magiciens, anges et démons disparurent sans retour. Ne restèrent sur Terre que peu de choses : un noyau de fer liquide, mille kilomètres d’écorce terrestre, une atmosphère riche en oxygène, un écosystème complet et, bien sûr, l’inévitable carton oublié dans la précipitation du départ : une poignée de fées des arbres, trois démons au moins, peut-être autant d’anges, hélas… et des hybrides. »
Extrait de : C. Dufour. « Danse avec les lutins. »
Au bal des absents par Catherine Dufour

Fiche de Au bal des absents
Titre : Au bal des absents
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2020
Editeur : Seuil
Première page de Au bal des absents
« Claude venait d’atteindre 40 ans. Après avoir longtemps travaillé comme opératrice de saisie sur Paris, elle avait papillonné dans un marché du travail défleuri par le numérique – en vain. Pôle emploi l’avait soutenue un moment, toujours en vain. Elle avait pourtant soigneusement suivi toutes les formations proposées, tous les ateliers, et même un séminaire de quatre jours, animé par une certaine madame Colombe Flenche-Rian et intitulé « Les principes du lobbying, du mentorat et de la cohérence cardiaque pour faire (re)décoller sa carrière ». Claude avait abouti au RSA. Le loyer de son studio d’Issy-les-Moulineaux était désormais hors de sa portée ; il fallait qu’elle s’en aille.
La destination lui importait peu. Les liens affectifs dont elle disposait étaient du genre à tolérer la distance : quelques anciennes collègues avec lesquelles elle échangeait des chats sur Facebook, et une nichée de cousins-cousines éparpillée autour de Vitry-le-François. Elle n’avait pas d’autres relations, et surtout pas sexuelles. De plus, suite à un épisode pénible, elle s’était fait ligaturer les trompes. Pour finir, elle était allergique aux poils de chat. Tout cela, bien qu’assez mélancolique, la laissait libre de toute attache. Du moins, elle tâchait de le voir comme ça. »
Extrait de : C. Dufour. « Au bal des absents. »
Ada ou la beauté des nombres par Catherine Dufour

Fiche de Ada ou la beauté des nombres
Titre : Ada ou la beauté des nombres
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2019
Editeur : Fayard
Première page de Ada ou la beauté des nombres
« En ce 2 janvier 1815, le très célèbre Lord Byron, poète débauché et ruiné, épouse à Seaham Hall, dans le nord de l’Angleterre, la très sage Annabella Milbanke. Il la surnomme la « princesse des parallélogrammes », à cause de son goût pour les mathématiques, assez rare chez les riches ladies. Un an plus tard, dans le bel appartement londonien des Byron-Milbanke, une petite fille vient au monde : Ada. Dans la pièce à côté, Lord Byron, ivre d’opium et de brandy, tire au pistolet sur le peu de mobilier que les huissiers lui ont laissé. Annabella prend son bébé et va se réfugier chez ses parents. Les deux époux ne se reverront jamais.
Vingt-cinq ans plus tard, Ada Byron, épouse King et comtesse Lovelace, déjà mère de trois enfants, se lance dans l’étude des mathématiques. Elle se hisse en trois ans à un niveau suffisant pour apprécier le travail d’un inventeur génial : Charles Babbage. Celui-ci vient de mettre au point un énorme calculateur automatique. Ada se penche sur ces rouages complexes lorsqu’une intuition lui vient : et si, au lieu de ne manier que des chiffres, cet engin traitait aussi des symboles ? Elle met son intuition au propre : ce sera la fameuse « Note G », le premier programme informatique au monde. »
Extrait de : C. Dufour. « Ada ou la beauté des nombres. »
L’ivresse des providers par Catherine Dufour
Fiche de L’ivresse des providers
Titre : L’ivresse des providers (Tome 2 sur 3 – Quand les Dieux buvaient)
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2001
Editeur : Nestiveqnen
Sommaire de L’ivresse des providers :
- La fée dans la basse souche
- Du rififi au Jockey club
- Et pour quelques molécules d’épinard
- Le Père Noël noir
- Le dernier dragon
- Literary virus
- Le blues de l’orang-outang garou
- Le feu dans les modules de drivers
Première page de La fée dans la basse souche
« Il est généralement admis qu’à une époque lointaine la Terre était plate.
Elle flottait dans les abîmes insondables de l’espace comme une pièce de monnaie lancée en l’air qui n’aurait jamais réussi à retomber côté pile, ni côté face, ni sur la tranche.
La probabilité pour une pièce de monnaie de réussir un coup pareil étant incroyablement faible, la Terre se voyait, par un retour tardif de la Logique, encombrée de créatures dont les probabilités d’exister relevaient du même ordre de grandeur : faunes, nymphes, chimères, elfes, lutins et farfadets.
S’y ajoutaient un grand choix de dieux, à peu près autant de diables, des bataillons de paladins flamboyants armés d’épées névropathes, des ribambelles de hautes tours ténébreuses auxquelles les règles les plus élémentaires de l’architecture et de la gravité déniaient tout droit à l’existence (et qui traversaient quand même les siècles dans un ricanement rebelle), et enfin des escadrons de trucs volants : tapis, anges, grenouilles, fées, gragons, cités dans les nuages et oiseaux à quatre yeux dont deux derrière la tête – il fallait bien ça pour la survie de l’espèce. »
Extrait de : C. Dufour. « L’ivresse des providers – Quand les Dieux buvaient. »
Blanche Neige et les lance-missiles par Catherine Dufour
Fiche de Blanche Neige et les lance-missiles
Titre : Blanche Neige et les lance-missiles (Tome 1 sur 3 – Quand les Dieux buvaient)
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2001
Editeur : Le livre de poche
Sommaire de Blanche Neige et les lance-missiles :
- Une omelette de cul d’ange
- Au commencement étaient les méthodes
- Psychopathologie traumatique du miroir magique
- Les grands alcooliques divins
- Une cure de pommes furieuses
- Le sexe des anges
- Le dernier paillasson avant la fin du monde
Première page de Une omelette de cul d’ange
« Les Uckler formaient un peuple industrieux, gai et généreux.
En général.
Ils se levaient tôt d’un air content, sifflaient en travaillant et avaient toujours un morceau de pain à donner à plus pauvre qu’eux – le quignon rassis de la veille bien sûr, car « généreux n’est pas neuneu » disait souvent la grosse Couette.
Pourvu cependant que le plus pauvre qu’eux soit le beau-fils de la sœur de la nièce de l’oncle du cousin. Ou le beau-père du frère du neveu de la tante par alliance. Ou quelque chose d’approchant. Car les Uckler avaient un défaut : quand ils voyaient un étranger, un vrai, qui échappait à toute généalogie même de la main gauche, ils le tuaient d’abord, ensuite ils ne se posaient aucune question.
Ce qui ne contribuait pas peu à préserver cet équilibre psychologique qui leur faisait au matin l’œil frais et l’air content.
Bref, c’était un sacré foutu ramassis de salauds. »
Extrait de : C. Dufour. « Quand les dieux buvaient – Blanche Neige et les lance-missiles. »
L’immortalité moins six minutes par Catherine Dufour
Fiche de L’immortalité moins six minutes
Titre : L’immortalité moins six minutes (Tome 0 sur 3 – Quand les Dieux buvaient)
Auteur : Catherine Dufour
Date de parution : 2007
Editeur : Nestiveqnen
Première page de L’immortalité moins six minutes
« Dans le ciel au-dessus de la Terre plate, le soleil se baignait. Il faisait la planche sur la brume matinale, et buvait la rosée du bout de ses innombrables pailles d’or.
Zoom.
Brillant comme le dos d’une anguille, un fleuve filait entre deux plaines vallonnées. On y voyait quelques prairies chargées de moutons et quelques champs cultivés, comme de petites pièces de coton vert tendre ou jaune paille cousues sur un épais tissu de forêts. Des aigrettes de fumée indiquaient ici un village nain, enfoui sous le chaume, là un village ogre, massif et fortifié.
Zoom.
Au bord de la grand’route qui traversait la région d’outre en outre, à deux kilomètres du dernier village nain avant le grand’pont sur le grand’fleuve, poussait un petit bosquet de noisetiers. Il était en fleurs et, parmi les chatons blancs, un couple d’oiseaux bleus échangeait des roucoulades.
À dix mètres de là, les deux pieds dans la gadoue, Pistou le nain aboyait des injures :
« J’en ai ras le bonnet, moi, des double-mètres !
Pistou piétinait la bouillasse devant le peu qui subsistait de sa charrette. »
Extrait de : C. Dufour. « L’immortalité moins six minutes – Quand les Dieux buvaient. »
Micro par Michael Crichton et Richard Preston

Fiche de Micro
Titre : Micro
Auteur : Michael Crichton et Richard Preston
Date de parution : 2011
Traduction : C. Bouchareine
Editeur : Robert Laffont
Première page de Micro
« Il suivait le Farrington Highway, à l’ouest de Pearl Harbor, et longeait les champs de canne à sucre d’un vert sombre sous le clair de lune. Cette partie d’Oahu, longtemps consacrée à l’agriculture, commençait à changer. Sur sa gauche, il aperçut les toits métalliques et plats du nouveau parc industriel de Kalikimaki, d’un éclat argenté sur le vert environnant. Mais Marcos Rodriguez savait que cet endroit n’avait de parc industriel que le nom : il comprenait surtout des entrepôts d’un loyer modique. Il s’y trouvait également un magasin d’accastillage, quelques ateliers mécaniques, un ferronnier. C’était à peu près tout… sans compter, bien sûr, la raison de sa visite ce soir : Nanigen MicroTechnologies, une nouvelle société venue du continent, installée dans un grand hangar, à l’extrémité du parc.
Rodriguez quitta l’autoroute et roula entre les bâtiments silencieux. Il était presque minuit ; le parc industriel était désert. Il se gara devant Nanigen. »
Extrait de : M. Crichton + R. Preston. « Micro. »
Eruption par Michael Crichton et James Patterson

Fiche de Eruption
Titre : Eruption
Auteur : Michael Crichton et James Patterson
Date de parution : 2024
Traduction : C. Gaillard-Paris, S. Guillot, R. Morin
Editeur : Robert Laffont
Première page de Eruption
« Rachel Sherrill, qui allait fêter ses trente ans quelques jours plus tard, était titulaire d’un master de Stanford en biologie de la conservation et une étoile montante dans son domaine, et se voyait toujours comme la plus intelligente de sa classe. De toutes les classes, d’ailleurs.
Mais ce jour-là, au Jardin botanique de Hilo, elle jouait le rôle de la prof remplaçante cool auprès d’un groupe d’élèves de CM2 venus du continent, des enfants agités et aux yeux grands ouverts.
Tôt ce matin même, le directeur général du Jardin botanique, Theo Nakamura, lui avait dit : « Voyons les choses en face, Rachel. Faire visiter les jardins à ces touristes miniatures te permettra de mettre ton immaturité à profit.
— Vous sous-entendez que je me comporte comme une enfant de dix ans ?
— Dans les bons jours », avait répondu Theo. »
Extrait de : M. Crichton + J. Patterson. « Eruption. »