Catégorie : Livres
Jack Faust par Michael Swanwick

Fiche de Jack Faust
Titre : Jack Faust
Auteur : Michael Swanwick
Date de parution : 1997
Traduction : JP Pugi
Editeur : Payot
Première page de Jack Faust
« Au début de ce siècle, Wittenberg était un microcosme, une ville fortifiée dont les six mille âmes doublaient pendant l’année universitaire, une île coupée du reste du monde par ses douves et par l’Elbe, indifférente à tout ce qui se situait au-delà de ses remparts, aussi inique, dévote et surpeuplée que partout ailleurs sur la Terre et aussi avariée qu’un fruit blet. Toutes les croyances étaient irrationnelles. Artisans et ouvriers respectaient des rituels non parce qu’ils étaient convaincus de leur efficacité, mais parce qu’ils leur avaient été enseignés par leurs aînés, qui les tenaient eux-mêmes de leurs aînés, perpétuant une transmission ininterrompue du savoir qui durait depuis l’Antiquité. On fermait les mines aux filons épuisés pour laisser aux gisements d’or et de diamant le temps de se reconstituer. La croyance populaire voulait qu’on pût inséminer des juments sans étalon, qu’il suffisait pour cela d’orienter leur croupe vers un vent d’ouest régulier. Rien de nouveau n’avait été découvert aussi loin que remontaient les souvenirs des hommes et tout restait à comprendre. »
Extrait de : M. Swanwick. « Jack Faust. »
La machine de Lord Kelvin par James Paul Blaylock

Fiche de La machine de Lord Kelvin
Titre : La machine de Lord Kelvin (tome 2 sur 8 – Langdon St. Ives)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1992
Traduction : S. Salvetti
Editeur : Bragelonne
Première page de La machine de Lord Kelvin
« La pluie tombait depuis des heures et la route du Nord n’était plus qu’un ruban de boue dans les ténèbres. La berline rebondissait et tanguait d’un bord à l’autre de la chaussée, cependant Langdon St. Ives répugnait à ralentir l’allure. Il tenait les rênes d’une main ferme et scrutait la nuit par-dessous le rebord de son chapeau qui dégoulinait d’eau. Ils étaient à deux miles de Crick, où ils pourraient trouver des chevaux frais – si cela s’avérait encore d’utilité une fois là-bas.
Les nuages masquaient la lune, et la nuit était terriblement noire. St. Ives essayait de percer l’obscurité, cherchant du regard l’attelage qui filait devant eux. Ils avaient une chance de rejoindre celui-ci avant d’atteindre Crick, et s’ils y parvenaient, ils n’auraient alors plus besoin de chevaux de rechange ; un cercueil suffirait.
Son esprit vagabonda, il se savait épuisé, et seules la haine et la peur l’animaient désormais. Il s’efforça de concentrer son attention sur la route. Faisant passer les rênes dans sa main gauche, il essuya la pluie de son visage et secoua la tête pour essayer de s’éclaircir les idées. Il se sentait tout de même vaseux, comme drogué. Il ferma les yeux avec force, remuant de nouveau la tête, et manqua de tomber de son siège quand un vertige soudain s’empara de lui. Que lui arrivait-il donc ? Était-il souffrant ? Il envisagea un instant de passer la main à Hasbro, son valet. N’aurait-il pas mieux fait de jeter l’éponge pour cette nuit, et d’essayer de prendre un peu de repos dans la voiture ? »
Extrait de : JP Blaylock. « La Machine de Lord Kelvin. »
Homunculus par James Paul Blaylock

Fiche de Homunculus
Titre : Homunculus (tome 1 sur 8 – Langdon St. Ives)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1986
Traduction : JP Pugi
Editeur : J’ai lu
Première page de Homunculus
« Au-dessus du St. George’s Channel des nuages aussi denses que de la laine cardée s’incurvaient en un arc qui partait de Cardigan Bay, surplombait Strumble Head et Milford Haven et dissimulait le ciel à l’aplomb de Swansea et de Cardiff. Au-delà de Bristol ils se raréfiaient et s’éparpillaient, chassés le long d’une avenue céleste qui s’éloignait vers les silhouettes des Cotswold Hills et les sources de la Tamise puis se prolongeait au levant jusqu’à Oxford, Maidenhead et Londres. Les étoiles papillotaient et s’éteignaient au-dessus d’une nouvelle lune argentée qu’on pouvait comparer à la voile pansue d’un galion noir drossé au vent de petites îles stellaires par les marées sidérales.
Une silhouette ovale suivait le sillage de l’astre des nuits. Après l’avoir emportée sur l’Atlantique puis repoussée au sud depuis l’Islande, un vent capricieux la ramenait vers le Grand Londres. »
Extrait de : JP Blaylock. « Homunculus – Langdon St. Ives. »
Reliques de la nuit par James Paul Blaylock

Fiche de Reliques de la nuit
Titre : Reliques de la nuit (tome 1 sur 3 – Ghosts)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1994
Traduction : G. Abadia
Editeur : Bragelonne
Première page de Reliques de la nuit
« Encore une nuit de vent, anormalement chaude pour cette fin novembre, chargée de senteurs d’armoise et de poussière. Rêves d’automne agités. Nuit hantée par les craquements délibérément lents de la carcasse de la vieille maison, par le ferraillement des portes secouées dans leurs cadres, par le susurrement du vent sous l’avant-toit et son ululement dans la cheminée. Les branches des arbres se tordent, se raclent dans le noir. Les feuilles sèches carambolent contre les moustiquaires des portes et cavalcadent sur l’allée dallée.
La pleine lune veille sur la crête comme un fanal en haut d’un mur noir. Des ombres lunaires dentelées oscillent sur le sol de la cuisine. Peter Travers glisse une allumette contre le manchon d’une lanterne murale à gaz et la flamme surgit en sifflant, transformant les ombres en pâles et fugitifs ectoplasmes. Il verse une mesure de café moulu et de l’eau dans le percolateur posé sur la cuisinière et allume le gaz.
Adossé à la tablette, il regarde par la fenêtre en attendant que le café soit prêt. Derrière les chênes et les sycomores, le versant de la colline brille sous la lune d’ivoire. Des tortillons de poussière s’élèvent de la terre desséchée, spiralant parmi l’armoise et le sumac tels des spectres hésitants. Les premiers effluves de café du percolateur se répandent dans l’air de la cuisine, masquant l’odeur du désert apportée par le vent. »
Extrait de : JP Blaylock. « Reliques de la nuit. »
Le géant de pierre par James Paul Blaylock

Fiche de Le géant de pierre
Titre : Le géant de pierre (tome 3 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1989
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages
Première page de Le géant de pierre
« Le brouillard n’est pas rare sur l’Oriel. Octobre venu, lorsque les nuits se font froides et humides, il se lève sur le fleuve et rampe jusqu’à terre où il se faufile le long du pré communal, dépasse le Moulin de la Veuve et, insinuant ses volutes entre les maisons isolées un peu à l’écart du village, remonte la Grand-Rue. La Taverne Stover, le Palais des corporations et la halle disparaissent sous ce linceul gris, et les bruits nocturnes que sont les pas du voyageur tardif, le hululement de la chouette, le bruissement des branches dans la brise, n’en paraissent que plus sonores et plus inquiétants.
Toute personne sensée est au lit en un moment pareil, bien sûr… fenêtres fermées et rideaux tirés, tandis que les dernières braises se consument dans le foyer. Ce brouillard qui vient du fleuve a quelque chose de pesant et d’étrange, comme s’il était le produit d’un sort, et non un effet naturel du climat. C’est là le genre de phénomène qu’on se plaît à rencontrer dans un livre, quand on a près de soi un verre de bière au gingembre ou de porto et que le feu mourant et le tic-tac de l’horloge sur le manteau de la cheminée sont là pour rappeler qu’il va bientôt falloir aller se coucher. »
Extrait de : JP Blaylock. « Le géant de pierre – Contes de l’Oriel. »
Le nain qui disparaissait par James Paul Blaylock

Fiche de Le nain qui disparaissait
Titre : Le nain qui disparaissait (tome 2 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1983
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages
Première page de Le nain qui disparaissait
« Le mois de mai s’achevait, et le temps se réchauffait à Havreville. Enfin sorti de ses quartiers d’hiver – un auvent de bardeaux qui empêchait la pluie d’en ternir les cuivres et d’en gripper les mécanismes – l’énorme kaléidoscope trônait sur un lit de mousse surgi à la fin de l’an passé, à l’endroit précis où le vaisseau aérien de M. Twickenham s’était posé. Même le professeur Wurzle s’était avoué incapable de trouver un motif à la pousse de cet étrange végétal d’un vert glauque. Mais les mille fleurs minuscules qui le recouvraient composaient un arc-en-ciel de couleurs pastel si merveilleux que le pourquoi et le comment de la chose importaient peu, au fond.
Gilroy Bastable avait engagé un assistant jardinier pour entretenir le carré de verdure. Mais le temps était si clément, la vue des fleurs si reposante, le cadre si idyllique, que le nouvel employé municipal n’avait eu de cesse, trois jours durant, de s’endormir au beau milieu du parterre ; le maire devait payer un jeune garçon pour aller, toutes les demi-heures à peu près, secouer l’homme et le tirer du sommeil. »
Extrait de : JP Blaylock. « Le nain qui disparaissait – Contes de l’Oriel. »
Le vaisseau elfique par James Paul Blaylock

Fiche de Le vaisseau elfique
Titre : Le vaisseau elfique (tome 1 sur 3 – Contes de l’Oriel)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1982
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages
Première page de Le vaisseau elfique
« À l’été succédait l’automne, comme il se doit. Le mois d’octobre était arrivé, accompagné d’un bon peu de pluie. Et la pluie, au fond, ce n’est pas si désagréable – enfin, pour qui n’est pas dehors. Telles des oies, écharpes vaporeuses et deux azurés avaient migré vers le sud quelques semaines plus tôt et fait place à des bancs de nuages au gris tumultueux.
Un grondement sourd, qui tenait autant du braillement d’un géant que du craquement d’un rocher tombé au bas d’une gorge, s’entendait au loin dans la vallée. Du village, il semblait que l’Oriel se jetât dans la mer juste entre les versants herbus des montagnes, mais seule la distance créait pareil mirage. Le fleuve, aussi vaste que le ciel, par ici, avait eu des lustres pour grignoter ces murs de pierre et, même si cela ne se voyait pas depuis Havreville, la vallée s’évasait en de vertes collines qui moutonnaient jusqu’au lointain rivage côtier.
Les feuilles tombaient donc sous les assauts de la bise et, de celles qui s’accrochaient aux branches, bien peu gardaient la couleur émeraude de la belle saison. »
Extrait de : JP Blaylock. « Le Vaisseau Elfique – Contes de l’Oriel. »
Sonne le glas de la Terre par James Paul Blaylock

Fiche de Sonne le glas de la Terre
Titre : Sonne le glas de la Terre (tome 3 sur 3 – Christian)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1995
Traduction : B. Legrand
Editeur : Denoël
Première page de Sonne le glas de la Terre
« Une nuit humide d’hiver. Presque deux heures du matin et l’esprit de Noël hante le vent de l’océan, soupire à travers les faux sucres d’orge en forme de cannes étincelantes, suspendus aux réverbères sur Chapman Avenue, à travers les côtes du Père Noël illuminé au loin sur Plaza, le long des ruelles vides obscurcies d’ombres sournoises, inquiétantes. Des gouttes de pluie tombent en oblique sur les globes de verre brumeux des lampes, et de lourds nuages brisés errent, masquant le visage de la lune. Pendant un bref moment, les tuiles de terre cuite de l’église St. Anthony luisent sous la lumière lunaire. Les maisons du centre-ville émergent de l’ombre : bungalows de planches aux porches obscurs et aux parterres couverts de feuilles, arbres tordus qui soulèvent les trottoirs, sombres maisons, parsemées de rares lampes extérieures et, de-ci de-là, de quelques guirlandes de Noël laissées allumées pour toute la nuit. »
Extrait de : JP Blaylock. « Sonne le glas de la Terre. »
Le dernier denier par James Paul Blaylock

Fiche de Le dernier denier
Titre : Le dernier denier (tome 1 sur 3 – Christian)
Auteur : James Paul Blaylock
Date de parution : 1988
Traduction : J-P Pugi
Editeur : J’ai lu
Première page de Le dernier denier
« Il avait pris un sherrut, un taxi derviche tourneur qui se ruait sur la route menant des hauteurs de Jérusalem à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Le conducteur était un fou. Pennyman était ballotté et secoué en tous sens, tandis que la Mercedes-Benz d’un autre âge négociait les virages à une vitesse ahurissante et franchissait d’un bond les dos-d’âne de la chaussée. Il sentait dans sa poche la chaleur d’une bourse de cuir contenant quelques pièces en argent. Derrière lui, le jour décroissait et le soleil couchant blanchissait la vieille ville de Jérusalem. Devant, les ombres des hauteurs de Tel-Aviv s’étiraient sur un paysage méditerranéen sans relief qu’il reconnaissait à peine. Il y avait si longtemps…
Il s’était déjà rendu à cet aéroport, à l’époque où il portait encore le nom de Lod. Avant cela, bien des années plus tôt, il avait embarqué pour Chypre dans le port d’Haïra, à bord d’un chalutier. Il emportait alors une autre de ces pièces – la troisième qu’il avait en sa possession. »
Extrait de : J-P Blaylock. « Le dernier denier. »
Jonathan Strange et Mr Norrell par Susanna Clarke

Fiche de Jonathan Strange et Mr Norrell
Titre : Jonathan Strange et Mr Norrell
Auteur : Susanna Clarke
Date de parution : 2004
Traduction : I. D. Philippe
Editeur : Robert Laffont
Première page de Jonathan Strange et Mr Norrell
« Automne
1806-janvier 1807
VOILÀ QUELQUES ANNÉES, dans la bonne ville d’York, il existait une société de magiciens. Ces messieurs se réunissaient le troisième mercredi du mois et échangeaient de longues et ennuyeuses communications sur l’histoire de la magie anglaise.
C’étaient des « gentlemen magiciens », ce qui signifie que leur magie n’avait jamais nui à personne – ni fait aucun bien. En réalité, il faut l’avouer, aucun de ces magiciens n’avait jamais jeté le plus petit sort, ni par sa vertu magique fait trembler une feuille sur un arbre, modifié la trajectoire d’un seul atome de poussière ou touché à un cheveu de la tête de quiconque. Cependant, en dépit de cette unique menue réserve, ils étaient réputés pour compter parmi les gentlemen les plus sages et les plus magiques du Yorkshire. »
Extrait de : S. Clarke. « Jonathan Strange et Mr Norrell. »