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Les guerriers de la nuit par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Les guerriers de la nuit

Titre : Les guerriers de la nuit
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 2011
Editeur : Flammarion

Première page de Les guerriers de la nuit

« LA NUIT ROUGE

La nuit est rousse, couleur de la pleine lune ouverte dans une étroite bande de ciel fuligineux, œil de cyclope à la sclérotique ensanglantée. L’homme se tient plaqué à la paroi du canyon dont il sent dans son dos les aspérités rocheuses lui entrer douloureusement dans les côtes. Il doit serrer les paupières, cligner des yeux à cause de la poussière soulevée par le vent qui balaye le défilé, criblant sa figure de grenailles infinitésimales.
L’homme sursaute, ses omoplates entrent un peu plus durement encore en contact avec la roche. Il a cru… mais non, ce n’est qu’une boule d’adobe qui roule en cahotant, charriée par la bourrasque. Ce vent moite ne cessera-t-il jamais ? Les rafales de sable rouge lui masquent toute visibilité au niveau du sol à guère plus de dix mètres. Comment, dans ce cas, faire face avec efficacité à l’approche de »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Les guerriers de la nuit. »

Les crocs de l’enfance par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Les crocs de l’enfance

Titre : Les crocs de l’enfance
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 1999
Editeur : Denoël

Sommaire de Les crocs de l’enfance

  • Le téléphone sonne
  • La neige
  • Un enfant solitaire
  • La nuit des petits couteaux
  • Apparition des monstres
  • Belle et sombre
  • Les crocs de l’enfance

Première page de Le téléphone sonne

« On frappait sur son crâne à coups de marteau.

Les coups s’enfonçaient dans son crâne, traversaient la voûte d’os de son crâne. Il se mit à crier de douleur. Il se redressa, porta les mains à son crâne, à ses tempes, pour se protéger des coups. Sa tête sonnait, sa tête résonnait. Il respira bruyamment, gémit. Ses mains se décollèrent en tremblant de la peau de son crâne, moite sous les cheveux emmêlés. Les coups faiblirent, s’estompèrent.

On ne le frappait pas. Aucun marteau ne s’acharnait sur sa tête. Qui l’aurait ainsi frappé, chez lui, en pleine nuit ? C’était seulement quelqu’un qui frappait à sa porte. Quelqu’un qui était derrière la porte, qui voulait entrer, et qui cognait sur le battant.

Il essaya de se laver de la boue qui lui emplissait le crâne. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Les crocs de l’enfance. »

Le visiteur de l’anti-monde par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le visiteur de l’anti-monde

Titre : Le visiteur de l’anti-monde
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Degliame

Première page de Le visiteur de l’anti-monde

« Un mirage pour des Mirage

Le P.C. opérationnel bourdonnait sagement. À sept mètres sous terre, il offrait son visage habituel des temps de paix, avec sa douzaine d’officiers de l’armée de l’air avachis devant les pupitres où s’alignaient les écrans de surveillance multicolores.

Sous le plafond cintré, quelques rampes fluorescentes grésillaient, maintenant la voûte de béton brut dans une pénombre léthargique. À l’inverse, la brillance vert émeraude des moniteurs vidéo, celle, bleu turquoise, des écrans numériques et la vive lueur rouge minium émanant des deux grands planisphères qui se faisaient face, déployaient au niveau du sol un arc-en-ciel de lumières. Pour qui aurait été amateur d’art contemporain, le PC offrait une ressemblance frappante avec une salle d’exposition réservée aux projections vidéo et aux structures lumineuses… »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le Visiteur de l’Anti-Monde. »

Le travail du furet par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le travail du furet

Titre : Le travail du furet
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 2015
Editeur : Gallimard

Première page de Le travail du furet

« Le panneau de propagande du ministère Pop proclamait :

CONDITIONS DE VIE SAINES
MORTALITÉ EN RECUL !

Au cours de la dernière décennie,
grâce aux efforts du ministère de la Population :

  • 5,8% de décès par cancers en moins
  • 9,1% de décès par maladies
    cardio-vasculaires en moins
  • 7,8% de décès par maladies virales en moins

Le baratin se poursuivait, grandiose, sur une dizaine d’autres lignes, mais je n’ai pas lu jusqu’au bout. J’étais bien content pour ceux qui n’étaient pas décédés de tout ça, mais pour l’instant ce n’était pas vraiment mon problème.

Mon problème était même plutôt inverse. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le Travail Du Furet. »

Le temps des grandes chasses par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le temps des grandes chasses

Titre : Le temps des grandes chasses
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 1973
Editeur : Bragelonne

Première page de Le temps des grandes chasses

« Les doigts fins et translucides de l’aurore se posèrent sur la joue et l’épaule de Réda qui dormait.

Roll, qui était le premier à avoir émergé du sommeil, regarda la chair brune de sa compagne prendre peu à peu consistance dans l’eau violette qui baignait la case. Il faisait frais sous le toit d’humus où poussaient les larges feuilles à croissance rapide de la plante argoune. À travers les branches mal jointes de la paroi, trois ongles de lumière rosée s’étaient étirés et jouaient sans méchanceté sur la peau de la jeune fille endormie, commençant à la tirer doucement de l’inconscience nocturne.

Bientôt, une flèche de lumière ricocha sur l’une de ses paupières. Réda plissa le nez, éternua. Un petit nuage de poussière dorée s’éleva paresseusement au-dessus d’elle, puis s’éteignit en atteignant la zone d’ombre. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le Temps des Grandes Chasses. »

Le temps cyclothymique par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le temps cyclothymique

Titre : Le temps cyclothymique
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le temps cyclothymique

« Le soleil se leva sur Syrtis major. C’était une petite boule d’un blanc étincelant qui était restée longtemps cachée derrière une chaîne de collines tassées au bout de la plaine, loin à l’est. Maintenant, sa lumière crue envahissait la capsule. Foster R. Springsten masqua les deux fenêtres carrées qui faisaient face à l’astre du jour. De l’autre côté de la cabine, la plaine s’étendait à l’infini, grise et ocre.

Le cosmonaute fit trois pas dans la cellule. Il n’aurait pu faire plus, tant l’espace était réduit à l’intérieur du module martien I want. Allongé dans son fauteuil, Ernest C. Mackenzie dormait encore. Le lieutenant-colonel Springsten contempla un moment, à travers la visière baissée du casque, le visage de son compagnon, qui respirait paisiblement dans son sommeil. Puis il le secoua par l’épaule. Le commandant Mackenzie sortit immédiatement du sommeil. Ses yeux bleus s’ouvrirent, il se leva, fit jouer la visière de son casque, stoppa son arrivée d’air individuelle.

— Tu m’apportes mon petit déjeuner ? grogna-t-il. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le temps cyclothymique. »

Le petit garçon qui voulait être mort par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le petit garçon qui voulait être mort

Titre : Le petit garçon qui voulait être mort
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 1999
Editeur : Les belles lettres

Sommaire de Le petit garçon qui voulait être mort

  • Le petit garçon qui voulait être mort
  • Regarde-le
  • Et si nous allions danser ?
  • Demain, je vais pousser
  • Mort aux vieux !
  • Qu’est-ce qui va encore arriver ?
  • Condamné
  • Une erreur au centre

Première page de Le petit garçon qui voulait être mort

« La dernière fois que le petit garçon vit sa grand-mère, il la vit morte.

Sa maman l’avait emmené, et son père. Son père lui avait dit : « Il faudra être sage, il ne faudra pas faire de bruit, il ne faudra pas la toucher. Elle dort, tu comprends ? »

Sa maman avait haussé les épaules, elle avait fait avec sa bouche ce bruit que le petit garçon n’aimait pas, elle avait regardé son mari avec ses yeux de colère. Elle avait dit : « Tu es stupide de lui parler ainsi. »

Le petit garçon n’avait pas compris pourquoi sa maman avait prétendu que son père était stupide. Mamie était couchée dans le grand lit à couverture violette et c’était vrai, elle dormait. Dans la chambre, où se trouvaient plusieurs personnes inconnues, flottait une odeur bizarre, un peu écœurante. Il sut plus tard que c’était de l’encens. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le Petit Garçon qui voulait être mort. »

Le parking mystérieux par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le parking mystérieux

Titre : Le parking mystérieux
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 1997
Editeur : Magnard

Première page de Le parking mystérieux

« La griffe dans le parking

FABIEN trouva la griffe dans le parking en revenant du collège. Il la vit au dernier moment. Il avait failli l’écraser sous sa semelle. Ou peut-être pas : la griffe était dure, si dure que, même s’il avait marché dessus de tout le poids de ses trente-neuf kilos tout mouillé, elle n’en aurait probablement pas souffert.

Il se pencha, cligna des paupières. La griffe était là, à plat sur le bitume, au bout de l’arrondi légèrement boueux de sa tennis gauche. Seulement… était-ce bien une griffe ? Le mot lui était venu spontanément à l’esprit mais, au bout de quelques secondes, il n’en était plus si sûr…

Parce que la griffe était énorme – de la taille d’un grand couteau recourbé. Elle était couleur vieille pierre ou alors couleur du vieil ivoire, celui d’une défense de ces éléphants qu’on voit à la télé, morts ou vivants. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le parking mystérieux. »

Le monde enfin par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le monde enfin

Titre : Le monde enfin
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 2006
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le monde enfin

« Il émergea du sommeil à la première sonnerie du téléphone. Il décrocha avant la seconde, pur réflexe. Mais il était déjà parfaitement réveillé. D’un coup d’œil, il s’assura que sa femme, qui reposait à son côté dans la pénombre, n’avait pas bougé. La respiration paisible le rassura. Il plaqua l’écouteur contre son oreille. Les chiffres verts du réveil digital posé sur la table de nuit indiquaient 5.00. Il sourit machinalement de cette exactitude. À l’intérieur de l’écouteur, une voix étouffée murmura une phrase, une seule, convenue d’avance depuis trois ans. Il n’eut pas à y répondre, raccrocha précautionneusement et, avec autant de précautions, s’assit. Les ressorts du lit n’avaient pas craqué.

Dans la lueur nocturne filtrant des volets à demi baissés, l’épaule nue d’Isabel luisait d’un éclat de satin. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le Monde enfin. »

Le météore de Sibérie par Jean-Pierre Andrevon

Fiche de Le météore de Sibérie

Titre : Le météore de Sibérie
Auteur : Jean-Pierre Andrevon
Date de parution : 2005
Editeur : ActuSF

Première page de Le météore de Sibérie

« L’explosion de la bombe au-dessus de sa tête rejette Liubia du sommeil à la manière d’un saumon arraché à l’eau par la déflagration d’une cartouche de dynamite.

Le sommeil de Luibia avait la température et la consistance d’un lac juste avant la première glaciation de la mi-septembre : tiède encore, calme et lourd, à peine brisé par les ridules régulières d’un petit vent catarrheux venu du fond de bronches en piètre état. La bombe est tombée au centre du lac, soulevant des tonnes et des tonnes d’eau noire dont la masse s’évase en maelström, projetant dans toutes les directions les échardes cisaillantes d’une mince couche de glace fracassée.

Images, sensations. L’eau qui se distend, se rétracte, tremble… ce n’est rien d’autre que la mauvaise graisse de Liubia qui se rétracte et tremble. »

Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le Météore de Sibérie. »