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Le dernier dimanche de M. le Chancelier Hitler par J.-P. Andrevon

Fiche de Le dernier dimanche de M. le Chancelier Hitler
Titre : Le dernier dimanche de M. le Chancelier Hitler
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 1995
Editeur : Après la Lune
Première page de Le dernier dimanche de M. le Chancelier Hitler
« — Attention, ça va être à nous…
Les doigts tendus l’ont touché sur le haut du bras. Il sursaute. Mais c’est plutôt une réaction d’agacement. Il déteste qu’on le touche, il ne supporte pas, surtout les inconnus.
Sa main droite se lève avec peine, vient masser le biceps à l’endroit où les doigts étrangers l’ont effleuré. Et puis pourquoi ce clown a-t-il dit « Ça va être à nous ? » C’est un manque de tact incroyable. Un manque de respect. Il aurait dû dire : Ça va être à vous. Mais le manque de tact, le manque de respect, le manque de déférence, il connaît.
Il tente de fixer dans les yeux le grand type qui se penche sur lui. Comment s’appelle-t-il, déjà ? Voilà qu’il ne se souvient plus. Et la silhouette qui le surplombe n’est qu’une ombre qui ondule, soulignée d’un liseré strident, la lumière des projecteurs. Il fait chaud, ici. Bien trop chaud. Il est en sueur et pourtant, à l’intérieur, très loin au-dedans de lui, il tremble de froid. Il voudrait chasser ce froid, plus éprouvant, plus terrible que la chaleur. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler. »
La trace des rêves par J.-P. Andrevon

Fiche de La trace des rêves
Titre : La trace des rêves
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 1988
Editeur : J’ai lu
Première page de La trace des rêves
« L’insecte volait dans la chaleur.
Son vol produisait un léger bourdonnement, ses ailes n’étaient qu’un seul battement éparpillant la coulée d’acier du ciel. Parfois l’insecte interrompait sa course hasardeuse pour se poser sur la plate-forme lancéolée d’une feuille. Son poids infime ne la faisait même pas plier. L’insecte, de sa trompe, parcourait les sillons nervurés de la feuille, en quête d’un fragment de nourriture assimilable. Le plus souvent il ne trouvait pas, alors il replongeait vers les hauteurs.
Sa vie n’était faite que de deux pulsions fondamentales : se nourrir, se reproduire. L’insecte était une machine, au ressort indéfiniment remonté. Cette programmation primaire trouvait sans grand mal à s’exercer. Ici ou là, dans la nervure d’une feuille, contre l’écorce d’un tronc, il y avait toujours des parcelles de protéines en décomposition, provenant d’un autre insecte. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « La trace des rêves. »
La nuit des bêtes par J.-P. Andrevon

Fiche de La nuit des bêtes
Titre : La nuit des bêtes et autres histoires fantastiques d’animaux
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 1997
Editeur : Le livre de poche
Sommaire de La nuit des bêtes
- La nuit des bêtes
- La porte au fond de l’armoire
- Sébastien qui voulait avoir un cheval
- Un paysage d’octobre
Première page de La nuit des bêtes
« L’alerte atomique fut déclenchée un 19 septembre, à cinq heures de l’après-midi.
Une alerte atomique, ça voulait dire que des fusées atomiques avaient été lancées quelque part sur la planète, et qu’elles allaient bientôt retomber autre part sur la planète, mais on ne savait pas où.
Elles allaient retomber sur la tête de millions de gens innocents et elles exploseraient dans une lumière si vive que le soleil à côté paraîtrait une allumette qui flambe… Elles exploseraient avec un bruit si gigantesque qu’une pile d’assiettes se brisant dans la cuvette de l’évier semblerait un soupir en comparaison… Elles exploseraient avec une chaleur si forte que tout brûlerait, tout fondrait, comme neige au soleil !
Là où les bombes tomberaient, tout le monde mourrait.
C’est pour prévenir les gens, pour qu’ils aient le temps de se mettre à l’abri et aient une petite chance de ne pas mourir, que l’alerte avait été déclenchée dans tous les pays du monde, dans toutes les villes de France. Et, parmi celles-ci, dans la ville où habitait Clo. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « La nuit des Bêtes. »
La maison qui glissait par J.-P. Andrevon

Fiche de La maison qui glissait
Titre : La maison qui glissait
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 2010
Editeur : Bélial
Première page de La maison qui glissait
« La tour Les Érables se dresse au milieu d’une douzaine de tours semblables, elles-mêmes bordées en angle droit, sur leurs faces nord-est, par autant de barres en quinconces. L’ensemble de ces bâtiments forme la cité des Étangs, qui comporte aussi un centre sportif / maison des jeunes incrusté entre un terrain de foot et un autre de basket et, quelque peu décentré en bordure de la bretelle autoroutière, un centre commercial Soveco, sans oublier une école, une crèche, une bibliothèque, toutes situées dans la barre principale, celle de la Cour Longue. Au sud-ouest s’étale un semis anarchique de maisons particulières flanquées de quelques entrepôts d’entreprises. La cité des Étangs, rejetée à la lointaine périphérie d’une grande ville, peu importe laquelle, fut édifiée, comme tant d’autres du même genre, au début des années 70. La tour des Érables, tout comme ses sœurs immédiates, a été achevée en 1973, à peu près en même temps que les Twin Towers de Manhattan, une coïncidence sans véritable signification. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « La Maison qui glissait. »
La guerre des Gruulls par J.-P. Andrevon

Fiche de La guerre des Gruulls
Titre : La guerre des Gruulls
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 1971
Editeur : Bragelonne
Première page de La guerre des Gruulls
« La planète, baignant dans une atmosphère épaisse et chaude, était recouverte sur la plus grande partie de ses terres émergées par des forêts verdoyantes qui se piquetaient au printemps d’une floraison éphémère mais multicolore. Peu d’animaux féroces y gîtaient, sauf quelques fauves rapides, coureurs et sauteurs qui, en vertu d’une écologie bien ordonnée, se nourrissaient exclusivement de bêtes malades rabattues parmi les troupeaux de bovidés à six pattes qui se déplaçaient, suivant le rythme des saisons, à travers la forêt des trois grands continents.
C’était un monde jeune, magnifique, paisible. L’Homme, dans son insatiable course à travers une galaxie dont il ne connaissait encore qu’un minuscule recoin, l’avait trouvé à son goût. Des colons étaient venus y planter maisons, y défrichaient bon an mal an leurs quelques arpents de terre. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « La Guerre des Gruulls. »
La forteresse sacrifiée par J.-P. Andrevon

Fiche de La forteresse sacrifiée
Titre : La forteresse sacrifiée
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 2006
Editeur : Nathan
Première page de La forteresse sacrifiée
« Lorsque le Roux est venu me chercher, cela faisait neuf mois que je croupissais dans le caveau. J’avais donc eu tout le temps pour faire le point, pour…
Mais je m’aperçois qu’il s’agit d’une entrée en matière un peu rude. Il va falloir que je m’explique. En commençant par me présenter. Je m’appelle Henri Hélion. C’est en tout cas le nom inscrit sur ma carte scolaire et mes bons d’alimentation, alors que mon nom complet est Henri Hélion-Rotenberg. Hélion du côté de ma mère, Rotenberg de celui de mon père, Juif polonais arrivé en France au milieu des années vingt. Elle, c’était Hélène, lui Stanislaw, qui est devenu Stanislas, puis seulement Stan pour ses copains – ce qui avait paradoxalement un côté américain.
Hélène et Stanislaw se sont fréquentés, se sont mariés et… Mais je ne vais pas raconter tout ça, n’est-ce pas ? D’abord je n’y étais pas, en tout cas jusqu’au jour de ma naissance, le 17 septembre 1927.
J’ai vécu mes treize premières années de vie de manière plutôt banale et tranquille, d’abord à Sassenage, un village blotti au pied du Vercors, puis à Grenoble, où la famille avait emménagé au 11 bis de la place Victor-Hugo, en plein centre-ville, dans un petit deux pièces sous les toits. Mon père tenait, dans une rue avoisinante, un magasin de chaussures où maman faisait alternativement la vendeuse et la caissière.
Maman… Je ne peux prononcer ce mot sans qu’une boule bien dure ne se forme au milieu de ma poitrine. Parce qu’elle n’est plus là, maman. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « La forteresse sacrifiée. »
La fée et le géomètre par J.-P. Andrevon

Fiche de La fée et le géomètre
Titre : La fée et le géomètre
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 1981
Editeur : Multivers
Première page de La fée et le géomètre
« Yvar-Bivar-Sivar-Ulnar-Xylar-Zultar plissa dans son sommeil un nez qu’il avait fort rond et fort rouge. Un rayon de soleil, qui s’était infiltré entre les racines noueuses du châtaignier, venait de passer par le cœur découpé dans le bois du volet de sa chambre pour se poser sur son appendice tuberculeux. Yvar-Bivar-Sivar-Ulnar-Xylar-Zultar éternua. L’éternuement le réveilla.
— Qui a éternué ? glapit-il de sa voix de fausset en se dressant sur sa couche.
D’une autre partie de la maison semi-enterrée que la lumière du petit matin, se glissant par de multiples fentes, crevasses et interstices, baignait d’une pénombre poudreuse et dorée, lui parvint en réponse le timbre criard de son épouse, Myrian-Nurian-Sarian-Narian-Tirian-Virian :
— Mais c’est toi, mon pauvre ami ! C’est toi, mon pauvre ami…
L’épouse avait la désagréable habitude de répéter chacune des phrases qu’elle émettait à l’intention de son mari, comme si elle avait voulu bien souligner qu’elle parlait pour ses deux oreilles et pas pour une seule. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « La fée et le géomètre. »
La dernière pluie par J.-P. Andrevon

Fiche de La dernière pluie
Titre : La dernière pluie
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 1994
Editeur : Nathan
Première page de La dernière pluie
« CIEL BOUCHÉ
PAPA a rapporté sept postes de télévision d’un coup. Des vieux, avec la caisse déboîtée et des fils qui pendent. Il a dû les acheter aux puces, ou les récupérer dans une décharge, allez savoir !
« Reste pas planté comme un épouvantail, fiston ! Viens me donner un coup de main ! » crie-t-il depuis l’entrée du garage.
Un épouvantail ?
C’est plutôt lui qui a l’air d’en être un, avec son vieux chapeau dégoulinant dont les bords pendouillent autour de sa figure, son ciré rouge groseille zébré de longues traînées de boue et ses bottes vert bouteille dans lesquelles ses pantalons de velours tire-bouchonnent…
Mais c’est mon père. Je le connais depuis longtemps, je veux dire depuis toujours, et j’ai l’habitude de ses tenues négligées, sa barbe de trois »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « Le dernière pluie. »
La cachette par J.-P. Andrevon

Fiche de La cachette
Titre : La cachette
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 2001
Editeur : Hachette
Première page de La cachette
« Je me suis aperçu trop tard que le lit était occupé.
Mais comme on dit, trop tard, c’est trop tard…
Je m’en suis rendu compte en entendant le sommier grincer sous le poids d’un corps qui remuait. J’étais déjà aux trois quarts sous le lit, conscient que mes jambes en dépassaient encore, gigotant sur le tapis.
Au premier grincement, j’ai éprouvé une telle frousse qu’il m’a semblé que ma vessie allait se relâcher. J’ai pu me retenir, sans savoir comment, moins une ou deux gouttes, qui ne comptent pas. Mes jambes se sont figées, devenues aussi lourdes et aussi mortes que le sombre bois mort dont était fait le lit. Mes bras se sont immobilisés, coudes en angle devant ma figure. Dans la pénombre épaisse, je ne distinguais que mes mains aux doigts raidis plantés dans le plancher. Elles m’ont fait l’effet de »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « La cachette. »
L’oreille contre les murs par J.-P. Andrevon

Fiche de L’oreille contre les murs
Titre : L’oreille contre les murs
Auteur : J.-P. Andrevon
Date de parution : 1980
Editeur : Denoël
Sommaire de L’oreille contre les murs
- La grosse bête par G. Compère
- Vital et Jules par J.-P. Siméon
- Le garage par M. Lamart
- Agonie dans la nécropole par G. Coisne
- Contes froids par J. Sternberg
- Marie l’Egyptienne par J.-P. Bours
- La convocation par A. Dorémieux
- La terre tremble par J.-P. Andrevon
- Roses de sable par M. Grimaud
- Retour par G. W. Barlow
- Jazz me blue par D. Walther
- Subway éléments pour une mythologie du métro par S. Brussolo
- Allons au cinéma par P. Cousin
- Le pourvoyeur par R. Karnauch
- Empreintes par P. Duvic
- Les premiers jours, on ne sut même pas à quoi ils ressemblaient … par P. Pelot
Première page de La grosse bête
« Dietrich Schluss dirigeait à Salzbourg une petite académie de musique, presque confidentielle. Il y enseignait le solfège et le chant. Malgré son âge, il chantait encore magnifiquement. Nul meilleur interprète de Wolf : la presse, jadis, l’avait dit et répété ; on l’avait écarté, ce me semble, bien cavalièrement des salles de concerts. Moi qui eus l’honneur de l’entendre souvent (il aimait ma façon de l’accompagner au piano), je puis affirmer qu’il n’était personne au monde pour détailler avec autant de maîtrise que lui les plus belles pages de Spanisches Liederbuch. S’il est vrai que je végète, du moins à mon obscurité puis-je trouver une raison : ma médiocrité. Mais lui ? Je ne me hasardais pas à l’interroger. Il avait des sautes d’humeur imprévisibles. Je le savais violent. Je ne craignais rien, certes, mais ne tenais pas à perdre la joie que me donnaient nos séances de musique. »
Extrait de : J.-P. Andrevon. « L’oreille contre les murs. »