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Tongre par Yves Frémion

Fiche de Tongre
Titre : Tongre
Auteur : Yves Frémion
Date de parution : 1986
Editeur : Gallimard
Première page de Tongre
« Le vent Menyr courait sur la lande.
Des bourrasques soulevaient, par petites gifles, les fragments les plus légers de la neige collée à la terre. Ceux-ci s’envolaient alors et venaient fouetter tout obstacle surgissant devant eux, les rares et maigres arbres par exemple, ou des buissons décharnés, ouverts au souffle et déchirés de part en part.
Arrachés d’une motte jaunie, les fragments de cette neige se reposaient plus loin. On aurait pu croire qu’ils ne disparaissaient jamais, sans cesse repoussés d’un lieu à un autre, et accomplissant éternellement une révolution autour de la planète.
La terre était gelée depuis de longs jours. Les pierres y étaient incrustées comme des diamants dans une couronne royale. Une faible végétation, tassée sur eux par la glace, les recouvrait en partie. Toute l’étendue, à perte de vue, était ainsi immaculée, ne laissant filtrer aucune trace de vie, pas même minérale. Non, les âmes n’étaient pas ici.
Le jeune tongre cherchait de la nourriture.
Ses deux estomacs hurlaient leur famine. À ses naseaux, le givre avait collé son masque de gel. L’air ne passait guère de l’extérieur vers ses poumons atrophiés, ni ne ressortait. D’ailleurs, il n’y avait presque plus d’air. »
Extrait de : Y. Frémion. « Tongre. »
Territoires du tendre par Yves Frémion

Fiche de Territoires du tendre
Titre : Territoires du tendre
Auteur : Yves Frémion
Date de parution : 1982
Editeur : Denoël
Sommaire de Territoires du tendre
- Sur les thalles bruns des algues marines de J. Le may
- La trêve de T. Lee
- La synthétique de K. Roberts
- À côté de la plaque de B. N. Malzberg
- Lente chaleur de la chair de Y. Frémion
- Les solitaires de J. Merril
- Les rides et la fleur de D. Martinange
- La femme aux trois rêves de M. Bishop et C. Strete
- Les vices de la machine de J. T. Sladek
- Tout saigne dans l’huile de J.-P. Hubert
- Ne bronche pas, rubis de R. Zelazny
Ronge par Yves Frémion

Fiche de Ronge
Titre : Ronge
Auteur : Yves Frémion
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ronge
« Hint bandait plutôt mou. Avec ces nuits épuisantes, la danse, l’alcool, les gens, les trucs à dire, à sourire, à supporter, merde et fatigue, il semblait vidé. Pauvre colosse, pauvre chéri.
Sylvie léchait sa queue à petits coups de langue et l’homme commençait à s’émouvoir. Il avait dû en voir d’autres, surtout qu’il était ici depuis quinze jours. Toutes les femmes devaient se battre pour passer ne serait-ce qu’une nuit avec lui. Pensez ! Une célébrité pareille !
Il avait gagné le Nurburgring l’an passé, et il était un des dix meilleurs coureurs automobiles du moment, ou quelque chose comme ça (Sylvie ne savait que vaguement). En tout cas, elle l’avait vu à la tridi, elle en était sûre. Lui ou un autre. Mais pourquoi pas lui ? »
Extrait de : Y. Frémion. « Ronge. »
Rêves de sable, châteaux de sang par Yves Frémion
Fiche de Rêves de sable, châteaux de sang
Titre : Rêves de sable, châteaux de sang
Auteur : Yves Frémion
Date de parution : 1986
Editeur : J’ai lu
Sommaire de Rêves de sable, châteaux de sang
- Rêves de sable, châteaux de sang
- Nous n’irons plus à Yegub, les phanyls sont coupés…
- Cosmosculpture
- Belle viande, dis-moi qui t’habite…
- Lente chaleur de la chair
- Le soviet de Retrograd
- Lettre à mon fils
- La belle au planeur dormant
- Fille de joie, fille de tristesse
- Sexe-duo, bouche du bas
- Les dévorés
Première page de Rêves de sable, châteaux de sang
« Couchant. Et les franges de soleil mourant au-dessus de la vaguelette endormie. Couchant. Et les fumerolles de six petits nuages en forme de chevelure au bord du découpage des rochers. Sombres.
Sur ce couchant, la nuit. Qui choit et pose son haleine sur l’épaule mouillée.
Dans la nuit pâle, la mer calme. Qui se remue machinalement, comme une entraîneuse au petit matin. Secoue son fessier au rythme de juke-boxes invisibles.
Elle vient lécher, à petits coups de langue fraîche, la terre immense. Elle la mordille, l’excite et la caresse à lui faire perdre son contour. De plaisir. »
Extrait de : Y. Frémion. « Rêves de sable, châteaux de sang. »
Octobre, octobres par Yves Frémion

Fiche de Octobre, octobres
Titre : Octobre, octobres
Auteur : Yves Frémion
Date de parution : 1977
Editeur : Kesselring Editeur
Sommaire de Octobre, octobres
- Petite mort, petite amie…
- Toréador prends garde à l’oeil noir de Kierkegaard !
- Il est plus de midi et le boulanger n’est pas encore passé…
- Vivre, s’entend, mort… jouir sans entrailles
- L’omphalosite sur le bout du banc
- Comme dans du beurre…
- Accoutumance
- Habeukeudeu heufeugeucheu…
- L’humanité, dimanche
- Pestilence
- L’homme immobile
- Le tueur qui devançait son ombre
- Fais pas cette tronche
- Elizabeth qui me parle et rit et s’effondre sur mon épaule…
- Octobre, octobres
Première page de Petite mort, petite amie…
« Petit-Corps aimait Roseau depuis qu’il avait ouvert les yeux.
Roseau, qui avait ouvert les siens à la seconde même où le souffle de son frère avait – pour la première fois – balayé son visage, aimait Petit-Corps de la même fougue.
Petit-Corps et Roseau avaient vécu toute leur brève enfance côte à côte. Ils ne se quittaient jamais de plus de dix mètres. Ils mangeaient dans la même écuelle de bois et nul n’avait jamais pu les éloigner l’un de l’autre sans qu’ils sombrent aussitôt dans le coma-bref qui précède la mort-mort-mort.
Treize fois déjà, depuis leur naissance, l’astre avait fait le tour de son orbite. Dans les reins de Petit-Corps fourmillait ce sang qui gonfle le sexe et fait bourdonner les tympans. Dans le ventre de Roseau remuaient les prurits doux du désir.
Alors Petit-Corps et Roseau se préparèrent à mourir. »
Extrait de : Y. Frémion. « Octobre, octobre. »
Le tueur par Yves Frémion

Fiche de Le tueur
Titre : Le tueur
Auteur : Yves Frémion
Date de parution : 1998
Editeur : Gallimard
Première page de Le tueur
« Ah ben, tu parles d’une histoire !
Quand le Baptiste – qui n’avait pourtant pas encore vraiment bu – avait affirmé, péremptoire, que des hippies avaient envahi Vauvert, et même qu’ils s’y étaient installés, carrément, on avait rigolé.
C’était rare, mais il arrivait de temps en temps que des randonneurs campent là-haut, s’abritent dans les maisons ouvertes et délabrées, quelques jours parfois – mais ils en repartaient vite. Il ne fait pas si chaud là-haut, à Vauvert. Mais la vue y est belle, et on comprend bien ce qui les attire, tous.
On y a la paix aussi. Il n’y passe jamais un chat. À la fin du siècle dernier, l’exode a commencé. Puis, y a eu Quatorze-et-Dix-huit. Et puis les deux dernières familles ont essayé de tenir jusqu’à la Guerre. La dernière, celle de Trente-et-Neuf. Une seule famille a résisté et, justement, le père y a laissé sa peau, arrêté comme maquisard et fusillé, près d’Alès où il était allé aider à ravitailler le groupe de Barthès. »
Extrait de : Y. Frémion. « Le tueur. »
Yves Frémion

Présentation de Yves Frémion :
Né le 14 juin 1947 à Lyon, Yves Frémion (de son nom complet Yves Frémion-Danet) est un écrivain, critique, anthologiste et homme politique français. Personnalité aux multiples casquettes, il s’est illustré tout au long de sa carrière dans des domaines aussi variés que la science-fiction, l’histoire de la bande dessinée, la presse satirique et l’engagement écologiste.
L’homme de lettres et la science-fiction
Passionné par les littératures de l’imaginaire, Yves Frémion joue un rôle prépondérant dans l’édition de la science-fiction en France dans les années 1970 et 1980. Il crée et dirige la revue Univers aux éditions J’ai Lu, où il publie de nombreux auteurs francophones et internationaux.
En tant qu’écrivain, il est l’auteur d’une œuvre abondante comprenant des romans, des nouvelles et des essais, utilisant parfois divers pseudonymes. Il est d’ailleurs récompensé par le prestigieux prix Rosny aîné en 1990 pour sa nouvelle Rêves de sable, châteaux de sang.
Une figure incontournable de la bande dessinée et de l’humour
Yves Frémion est également reconnu comme l’un des grands spécialistes de la bande dessinée et du dessin d’humour en France. Pendant des décennies, il collabore à des magazines emblématiques tels que Charlie Mensuel, L’Écho des savanes et surtout Fluide glacial, où il tient des chroniques et met en lumière le patrimoine du neuvième art.
Soucieux de préserver la mémoire de l’image imprimée, il fonde et anime la revue trimestrielle Papiers Nickelés, consacrée à l’histoire de la bande dessinée et de l’imagerie populaire. Son goût pour l’absurde, la satire et l’érudition décalée le conduit tout naturellement à devenir Régent du très sérieux — et pataphysique — Collège de ‘Pataphysique.
L’engagement politique et écologiste
En parallèle de ses activités littéraires et journalistiques, Yves Frémion mène une longue carrière politique marquée par son engagement en faveur de l’écologie politique. Membre historique du parti Les Verts (devenu par la suite Europe Écologie Les Verts), il exerce plusieurs mandats électoraux.
Il siège ainsi au Parlement européen en tant que député de 1991 à 1994. Par la suite, il est élu conseiller régional d’Île-de-France, mandat qu’il occupe durant deux législatures (de 1998 à 2010). Au sein de l’hémicycle régional, il s’investit particulièrement dans les questions culturelles, la défense de la liberté d’expression et la protection de l’environnement.
Aujourd’hui, Yves Frémion demeure un esprit libre de la scène intellectuelle française, continuant d’œuvrer pour la reconnaissance des arts populaires et la préservation de la mémoire culturelle alternative.
Livres de Yves Frémion :
Le tueur (1998)
Octobre, octobres (1977)
Rêves de sable, châteaux de sang (1986)
Ronge (1988)
Territoires du tendre (1982)
Tongre (1986)
Pour en savoir plus sur Yves Frémion :
La page Wikipédia sur Y. Frémion
La page Noosfere sur Y. Frémion
La page isfdb de Y. Frémion