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La mort est mon métier par Robert Merle

Fiche de La mort est mon métier
Titre : La mort est mon métier
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1952
Editeur : Gallimard
Première page de La mort est mon métier
« Je tournai l’angle de la Kaiser-Allee, une bouffée de vent et de pluie glaciale cingla mes jambes nues, et je me rappelai avec angoisse qu’on était un samedi. Je fis les derniers mètres en courant, je m’engouffrai dans le vestibule de l’immeuble, je montai les cinq étages quatre à quatre, et je frappai deux petits coups.
Je reconnus avec soulagement le pas traînant de la grosse Maria. La porte s’ouvrit, Maria releva sa mèche grise, ses bons yeux bleus me regardèrent, elle se pencha et dit à voix basse et furtivement :
— Tu es en retard. »
Extrait de : R. Merle. « La mort est mon métier. »
L’île par Robert Merle

Fiche de L’île
Titre : L’île
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1962
Editeur : Le livre de poche
Première page de L’île
« PURCELL traversa le gaillard d’avant en évitant de regarder les hommes. Comme chaque fois qu’il passait au milieu d’eux, il avait honte d’être si bien habillé, si bien nourri. Il se dirigea vers la proue et se pencha. Une belle moustache d’écume se dessinait de chaque côté de l’étrave. Le Blossom taillait de la route.
Il se retourna. Les hommes nettoyaient le pont dans un tintamarre de seaux. Il soupira, détourna les yeux, et les deux mains appuyées derrière son dos sur la rambarde, son regard embrassa le bateau. Une beauté! Le soleil brillait à perte de vue sur la houle longue du Pacifique, et le Blossom, ses trois mâts penchés à bâbord, recevait par le travers une brise Sud-Sud-Est. Chaque lame qui passait sous sa coque la soulevait, et le Blossom, bien appuyé de toutes ses voiles contre le vent, s’enlevait sur sa crête sans roulis et revenant sans à-coup dans le creux. Une beauté, pensa Purcell avec amour. De l’étrave à la poupe, tout était soigné, fini; la coque, bien passante dans l’eau; le gréement, neuf. Dix-huit mois plus tôt, en passant la Manche, le Blossom avait distancé un corsaire malouin. »
Extrait de : R. Merle. « L’ile. »
L’idole par Robert Merle

Fiche de L’idole
Titre : L’idole
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1987
Editeur : Plon
Première page de L’idole
« Il y a cinq ans – pour être plus précis, le 5 décembre 1572 à 7 heures du matin –, en gravissant les degrés qui mènent au Vatican, je tombai à terre si malencontreusement que mon cou porta sur le nez de la marche. Le choc me broya le larynx, et j’aurais succombé sur l’heure à l’étouffement si un barbier-chirurgien qui se trouvait là ne m’avait ouvert la gorge avec une paire de petits ciseaux. La blessure guérit, mais je restai muet.
En ce temps-là, il n’y avait pas plus de dix chirurgiens-barbiers à Rome. J’en conclus que si la Providence avait placé un des plus habiles sur mon chemin si tôt le matin, c’est que la suite à peine croyable des événements qui allaient marquer ma vie avait été expressément voulue par Elle : ma chute, l’écrasement de mon larynx, l’intervention du barbier, ma mutité et ma rencontre avec le cardinal Montalto.
J’étais, avant cet accident, un des prédicateurs les plus brillants de la ville éternelle et mes prêches où tout ce qu’il y avait de noble à Rome accourait me valaient, outre une grande renommée, la faveur des plus hautes dames. »
Extrait de : R. Merle. « L’idole. »
Le glaive et les amours par Robert Merle

Fiche de Le glaive et les amours
Titre : Le glaive et les amours (Tome 13 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 2003
Editeur : Le livre de poche
Première page de Le glaive et les amours
« Il n’est, lecteur, que tu ne te ramentoives que le huit octobre 1634, Gaston d’Orléans, frère cadet du roi de France, s’était réfugié aux Pays-Bas espagnols après la défaite que Louis avait infligée au duc de Lorraine. Il s’y trouva bien traité de prime, mais la guerre entre la France et l’Espagne devenant menaçante il sentit, à certains indices, qu’il n’était plus l’hôte des Espagnols, mais leur otage. Il décida alors de quitter Bruxelles comme il avait quitté précédemment la France : en catimini.
Ce fut, de nuit, une belle cavalcade de Bruxelles à La Capelle, la citadelle française la plus proche de la frontière. Gaston y fut reçu non sans quelques difficultés. Pour ma part, j’y devins, comme on sait, mal allant, souffrant d’un catarrhe et d’une petite fièvre. Gaston, pressé de se présenter à Louis, ne pouvait attendre que je fusse rebiscoulé, et eut la bonté de me venir faire ses adieux dans ma chambre. »
Extrait de : R. Merle. « Le glaive et les amours – Fortune de France. »
Complots et cabales par Robert Merle

Fiche de Complots et cabales
Titre : Complots et cabales (Tome 12 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 2001
Editeur : Le livre de poche
Première page de Complots et cabales
« Quand en novembre 1628 le siège de La Rochelle s’acheva, fort glorieusement pour nos armes, fort affreusement pour la pauvre ville huguenote qui, en un an, avait perdu de verte faim les deux tiers de ses habitants, je tombai en proie à des sentiments bien contraires : d’une part, la compassion que m’inspirèrent, à mon entrant dans la malheureuse cité, les cadavres qui jonchaient les pavés et, pis encore peut-être, trébuchant à chaque pas, les squelettiques survivants. Et d’autre part, bien que je fusse, comme avait dit Richelieu (qui savait toujours tout sur tout), « quasi souverain au château de Brézolles », et m’y sentais déjà chez moi pour les raisons que l’on devine, j’éprouvais une vive et profonde joie à la pensée, et d’aller retrouver en son hôtel à Nantes la marquise de Brézolles et de retourner avec elle et son fils, qui était aussi le mien, dans mon duché d’Orbieu. Mais appartenant, et de fait et de cœur, à la maison du roi, le servant en de délicates et toujours urgentes missions que me confiait en son nom le cardinal de Richelieu, je ne pouvais sans l’assentiment de mon maître marier Madame de Brézolles, ni même me rendre à Nantes pour lui demander sa main. »
Extrait de : R. Merle. « Complots et cabales – Fortune de France. »
La gloire et les périls par Robert Merle

Fiche de La gloire et les périls
Titre : La gloire et les périls (Tome 11 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1999
Editeur : Le livre de poche
Première page de La gloire et les périls
« Lecteur, je me propose dans ce onzième tome de mes Mémoires de décrire la vie qui fut la mienne pendant le siège de La Rochelle – siège qui fut, avec celui de Breda, le plus long et le plus fameux de la première moitié de ce siècle.
L’enjeu était, comme disait Richelieu, importantissime. Les protestants, ou, comme on disait alors, les huguenots, avaient fini par former un État dans l’État, et braver le pouvoir du roi de France par de continuelles rébellions.
Or La Rochelle, citadelle de la puissance huguenote en ce royaume, était réputée invincible pour la raison qu’étant puissamment fortifiée côté terre, elle s’ouvrait largement sur l’océan et pouvait être par conséquent envitaillée, et par sa propre flotte, et par celle de ses alliés – de prime paradoxalement par la très catholique Espagne, laquelle cependant promit beaucoup et ne fit rien, et ensuite par la protestante Angleterre, qui, elle, intervint à trois reprises dans la guerre entre Louis XIII et sa ville mutinée. »
Extrait de : R. Merle. « La Gloire et les Périls – Fortune de France. »
Le Lys et la Pourpre par Robert Merle

Fiche de Le Lys et la Pourpre
Titre : Le Lys et la Pourpre (Tome 10 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1997
Editeur : Le livre de poche
Première page de Le Lys et la Pourpre
« Nos bons caquets de cour disaient que Louis XIII, avant que d’appeler Richelieu en son Conseil, nourrissait à son encontre les plus grandes préventions. Et c’était vrai. Ils disaient aussi que Louis n’accepta le cardinal que sur les instances les plus pressantes de sa mère. Et rien n’était plus faux.
S’il y avait une personne au monde à laquelle Louis ne voulait ni ne pouvait céder, c’était bien cette personne-là, qui lui était si proche, mais qui l’avait tant humilié et rabaissé en ses enfances et, en ses années plus mûres, pris deux fois les armes contre lui. Quand il se fut enfin libéré de ce joug, Louis fut longtemps en méfiance à l’égard du cardinal, pour ce qu’il avait été le ministre de l’infâme Concini – exécuté sur l’ordre de Sa Majesté le vingt-quatre avril 1617 – et aussi parce qu’il avait été le principal conseiller de la reine-mère, quand elle dut – sur l’ordre de son fils – s’exiler à Blois.
Mais sur ce point son jugement se nuança quelque peu au cours des années. Il finit par reconnaître que Richelieu tâchait d’exercer une influence modératrice sur Marie de Médicis, si tant est qu’une telle influence fût possible. »
Extrait de : R. Merle. « Le Lys et la Pourpre – Fortune de France. »
Les roses de la vie par Robert Merle

Fiche de Les roses de la vie
Titre : Les roses de la vie (Tome 9 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1995
Editeur : Le livre de poche
Première page de Les roses de la vie
« Des cinq balles de pistolet que les conjurés tirèrent sur l’infâme Concini le vingt-quatre avril 1617, alors qu’il pénétrait dans le Louvre par le pont dormant, les deux premières se perdirent, la troisième le frappa entre les deux yeux, la quatrième sous l’œil droit, la cinquième lui ouvrit la gorge. Tant est qu’on put dire – sans trop de raison –
qu’il fut tué trois fois, alors qu’une seule eût suffi pour le repos et le soulagement de la France.
« À’steure, je suis roi », dit Louis sobrement. Dix jours plus tard, le trois mai, veille de l’Ascension, à deux heures et demie de l’après-dînée, Marie de Médicis, sanglotante, partait en exil pour le château de Blois, tandis que d’une fenêtre du Louvre, Louis regardait, la face imperscrutable, s’éloigner le carrosse de la moins aimante des mères.
Ma bonne marraine, la duchesse de Guise, qui avec sa fille, la princesse de Conti, avait été fort des amies intimes de l’ex-régente et n’avait eu, quant aux pécunes, qu’à s’en féliciter, eut du mal à se remettre de ce coup-là, et d’autant qu’elle n’ignorait pas que Louis n’était pas grand ami des femmes, ayant été si morgué et si rabaissé par sa mère pendant les sept funestes années qu’avait duré son gouvernement. Mais rien n’échoue si totalement que l’échec, une fois qu’il est acquis, en particulier à la Cour, où ceux qui choient des hauteurs du pouvoir ne peuvent espérer conserver beaucoup d’amis en leurs grisâtres lendemains. »
Extrait de : R. Merle. « Les Roses de la vie – Fortune de France. »
L’enfant-Roi par Robert Merle

Fiche de L’enfant-Roi
Titre : L’enfant-Roi (Tome 8 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1993
Editeur : Le livre de poche
Première page de L’enfant-Roi
« Le vingt-sept mai au matin, comme nous déjeunions, tristes et quasi muets en notre logis du Champ Fleuri, Franz nous vint prier de bailler congé à notre domestique afin de lui permettre d’assister au supplice.
— Tout le domestique ? dit mon père en haussant le sourcil.
— À l’exception. Monsieur le Marquis, de Margot et de Greta, lesquelles ont le cœur si piteux qu’elles abhorrent le sang, fût-ce celui du plus détestable criminel qui ait jamais rampé sur la surface de la terre…
Cette belle phrase dans la bouche de notre majordome m’eût étonné, si je n’avais pas su qu’elle avait été prononcée, dans son dernier prêche, par le curé Courtil.
— Et Louison ? dis-je.
— Monsieur le Chevalier, me dit Franz en me jetant un œil et en baissant les paupières aussitôt, Louison fait la sieste à cette heure-là…
— Et toi-même, Franz, iras-tu ? dit La Surie. »
Extrait de : R. Merle. « L’Enfant-Roi – Fortune de France. »
La volte des vertugadins par Robert Merle

Fiche de La volte des vertugadins
Titre : La volte des vertugadins (Tome 7 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1991
Editeur : Le livre de poche
Première page de La volte des vertugadins
« Si l’on devait préjuger de la destinée d’un homme par son baptême, le mien fut si glorieux que je devrais, sans trop de déraison, espérer atteindre un jour aux plus hautes charges de l’État. Mais je ne sache pas que je doive tant m’en hausser le bec. Si Henri Quatrième fut mon parrain, cet honneur ne tenait assurément pas aux mérites d’un enfantelet vagissant, mais à la faveur dont jouissait alors mon père, le premier Marquis de Siorac, et aux pressantes sollicitations de ma bonne marraine, la Duchesse de Guise, qui, même avant que je naquisse, fut à moi si tendrement affectionnée que son fils aîné en conçut de l’aigreur. Il est vrai que le jeune duc, comme devait dire si cruellement Richelieu, n’avait pas « l’esprit plus grand que le nez » ; appendice que la cour jugeait chez lui d’une petitesse ridicule.
À y penser en mon âge mûr, la pompe de mon baptême ne m’éblouit pas davantage. Des trois filleuls d’Henri IV, je fus bien le seul à qui la fortune daigna sourire et davantage du fait de mes fidèles services que de ce glorieux début. Le plus célèbre des filleuls royaux, Henri II de Montmorency, fut décapité sous Louis XIII pour haute trahison. Et la plus obscure, du moins par la naissance, Marie Concini, fille de Concino Concini et de Léonora Galigaï, mourut à huit ans. »
Extrait de : R. Merle. « La Volte des vertugadins – Fortune de France. »