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Rivage des intouchables par Francis Berthelot

Fiche de Rivage des intouchables
Titre : Rivage des intouchables
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1990
Editeur : Gallimard
Première page de Rivage des intouchables
« Ce bout de planète, ce bloc d’eau et de sable issu d’on ne sait quelle malice de l’espace, il n’a pas été facile de le nommer. Arrogance de la pierre, fausseté de l’onde, ses deux éléments étaient trop dissemblables, trop rudes, installés dans une haine trop passionnée. Ce sont eux qui ont dicté leur loi. Les efforts des pionniers pour les réduire à un terme n’ont abouti qu’à un catalogue de néologismes, de mots-valises, de collages à l’étymologie creuse, entre lesquels nul n’est arrivé à trancher. En dernier ressort, on s’est résolu à mettre l’accent, justement, sur leur antagonisme. Et c’est ainsi que cet astre s’est vu gratifier par l’Histoire du pire nom qu’il pouvait espérer : Erda-Rann. Ce qui signifie : Terre Divisée.
Dès les premières générations, les colons se sont méfiés les uns des autres. Mutant avec prudence, d’abord, puis abandonnant bientôt toute vergogne, ils ont renié leurs origines pour s’adapter, qui au désert qui à cette mer insane et multiforme – la Loumka. En même temps, ils ont pris l’élément d’en face en aversion. »
Extrait de : F. Berthelot. « Rivage des intouchables. »
La ville au fond de l’oeil par Francis Berthelot

Fiche de La ville au fond de l’oeil
Titre : La ville au fond de l’oeil
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël
Première page de La ville au fond de l’oeil
« Moi, Alexis, le soir tombe à nouveau, et je voudrais comprendre. Jour après jour, je vois grandir la fêlure qui me sépare du monde, tandis que la vie se retire de mes marionnettes. Le castelet qui était ma raison d’être, mon gagne-pain, sombre dans une torpeur proche de l’hébétude, un de ces comas où s’enferment les objets qu’on a offensés. Ici, le printemps a la quiétude de la mer, le vert de l’indifférence. Alors que dans ma tête, ou peut-être là-bas, au pays d’Ambre, une bulle s’est formée dont le contenu m’échappe, noyé dans les motifs cruels des tapisseries d’Orient, inaccessible à la mémoire autant qu’à l’imagination.
Le télégramme de mon frère m’est arrivé pour mon anniversaire. Que cet aventurier s’en soit souvenu, depuis les contrées au visage voilé qu’il sillonne sans trêve, buvant Dieu sait quelle eau, aimant Dieu sait quel corps, m’a rempli d’une joie inexprimable. À Retkah, entre deux reportages, il a pensé à Alexis, et pris le temps de le lui dire. Bénie soit cette ville… »
Extrait de : F. Berthelot. « La ville au fond de l’œil. »
La lune noire d’Orion par Francis Berthelot

Fiche de La lune noire d’Orion
Titre : La lune noire d’Orion
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1980
Editeur : Calmann Levy
Première page de La lune noire d’Orion
« AMORTAM, ministre de la Santé… !
Silex s’arrêta net, abasourdi.
Au-dessus de lui, un nuage venait de cacher le plus petit des trois soleils d’Alnilam, jetant sur la rue une pénombre qui lui glaça le cœur. Ce n’est pas possible, pensa-t-il. J’ai mal lu ! Il revint en arrière, et s’arrêta devant l’info-écran, tous les sens en alerte.
Rouges, luminescents, amplifiés par la vitre en prismoglace, les mots le défiaient, forts de la puissance de l’appareil psychiatrique ; avec en filigrane, les persécutions qui risquaient de s’abattre sur les Holoms.
Terre et Sang. Ils ont mis Amortam au ministère de la Santé ! Qu’est-ce que cela veut dire ?
À son tour, le soleil majeur disparut, englouti par le nuage, et la pénombre s’accrut. »
Extrait de : F. Berthelot. « La Lune noire d’Orion. »
Khanaor – l’intégrale par Francis Berthelot

Fiche de Khanaor
Titre : Khanaor – intégrale
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2010
Editeur : Gallimard
Sommaire de Khanaor
- Solstice de fer
- Equinoxe de cendre
Première page de Solstice de fer
« En l’an 584 de l’ère chrétienne, Chilpéric, roi de Soissons, périt assassiné sur l’ordre de son épouse Frédégonde, dernier crime de cette servante pour accéder au trône, flaque de sang perdue parmi l’éternité féroce des pouvoirs…
Sur l’île de Khanaor, battue par les lames de l’Atlantique, mais assez éloignée des continents pour jouir d’un isolement farouche, ce drame demeura ignoré. Eût-il même été clamé par les bardes, les tensions grondant depuis la fin de l’hiver lui auraient enlevé tout écho. En ces temps troublés, chacun affrontait sa propre barbarie sans prendre en compte l’ordre global du monde.
À quoi bon, d’ailleurs, évoquer le christianisme à propos d’une contrée où la croyance en Dieu s’était scindée entre l’art des magiciens, le culte des mânes et la hantise de Throg ? Où l’année, de la lune du cygne à celle du renne, se divisait parfois en douze, parfois en treize ? Comment même parler de contrée devant cette terre fragmentée en quatre régions, où le coût du pain, l’architecture des fermes, le sens de la divinité à craindre, différaient du tout au tout ? Khanaor, né des croisements hasardeux de l’histoire, en gardait les contrastes. »
Extrait de : F. Berthelot. « Khanaor – intégrale. »
Forêts secrètes par Francis Berthelot

Fiche de Forêts secrètes
Titre : Forêts secrètes
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2004
Editeur : Bélial
Sommaire de Forêts secrètes
- Le serpent à collerette
- Mérélune
- La nouvelle Alice
- Peinture de nuit
- La gantière et l’équarisseur
- Rire de verre
- Peter Paon et la fée Crochette
- Le coeur à trois temps
Première page de Le serpent à collerette
« Au pays des Forêts Secrètes se trouvait jadis, en bord de mer, une petite ville austère et gaie nommée Gurmance. Les maisons, blanchies à la chaux, avaient des colombages de couleur, des fenêtres aux carreaux minuscules, des balcons fleuris de colchiques et des toits dont les tuiles vertes luisaient au soleil. Des ruelles pavées de galets serpentaient entre le vieux port, la place des kermesses, l’hôtel du bourgmestre et la chapelle des Trépassés. Et, dans les cent boutiques qui s’y égrenaient, on vendait de la céramique, du drap, des sarcloirs, du pain bis, des ex-voto, des tranches d’espadon et des poupées de cire.
L’une de ces maisons avait été baptisée la Chaumière Bleue, car, bien qu’arborant des poutres d’un bel azur, elle était couverte non de tuiles mais de chaume. Un marin pêcheur, Renaud des Îles, y vivait avec sa famille. Ses ancêtres, venus des archipels de la mer des Glaces, s’étaient installés à Gurmance un siècle plus tôt. »
Extrait de : F. Berthelot. « Forêts secrètes. »
Carnaval sans roi par Francis Berthelot

Fiche de Carnaval sans roi
Titre : Carnaval sans roi (Tome 8 sur 9 – Rêve du démiurge)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2011
Editeur : Bélial
Première page de Carnaval sans roi
« Pour certains hommes, les signes occultes ont plus de sens que la réalité même.
À vingt-six ans, Kantor Ferrier fait partie de ces hommes. Cette perception de l’invisible est la seule trace qu’il conserve de son talent singulier de jadis ; un don qui, en l’élevant au-dessus des autres, lui a permis de survivre parmi eux : la faculté de s’introduire dans leur paysage mental, de l’étudier et même d’agir sur lui. Seulement, il l’a perdu depuis deux bonnes années. Bientôt trois. Certes, il n’en parle guère : mais que peut-on devenir quand on a détenu un tel pouvoir et qu’on s’en retrouve privé ?
Un observateur de chaque seconde, voilà. Un photographe d’art qui, en fixant sur sa pellicule la surface des choses, s’évertue à en rendre le mystère visible. Cela lui permet de gagner sa vie — ce n’est déjà pas si mal. Et cependant, il se sent comme un aigle dont on a brisé les ailes. Si ses yeux ne brûlent plus du feu sauvage de l’adolescence, ils n’en demeurent pas moins, dans leurs sombres orbites, emplis de ténèbres. »
Extrait de : F. Berthelot. « Carnaval sans roi – Rêve du démiurge. »
Hadès palace par Francis Berthelot

Fiche de Hadès palace
Titre : Hadès palace (Tome 6 sur 9 – Rêve du démiurge)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2005
Editeur : Bélial
Première page de Hadès palace
« L’illusion est la vérité première du bateleur. Les nuits de cafard, en grimant son visage de bleu et d’or, en arrachant des étoiles à ses mains, il entraîne les foules dans le carrousel du rêve. Et si sa flamme s’éteint à la fin du spectacle, elle se rallume dès le lendemain soir : un vrai artiste fait feu de toute croix.
Blotti dans une ruelle du Marais, le Piano-Strass est un de ces cabarets de poche dont la survie tient autant de l’insolence que du miracle. Ouvert depuis bientôt quinze ans, il se remplit vaille que vaille au gré des saisons, des impôts, de la pluie, des embouteillages, du programme du jour, de l’humeur du patron, de l’état d’ébriété du pianiste et de cent impondérables, tels que l’élection de M. Univers, la coupe du monde de french-cancan ou la visite à Paris de la reine-mère du Lichtenberg.
Au rez-de-chaussée, entre des murs pourpres d’où émergent les visages de Mistinguett, Judy Garland, Piaf, Tino Rossi et Fred Astaire, on boit, on fume, on cause, accoudé au bar ou juché sur un tabouret, voire sur une de ces tables de bistrot qui, bien que dénichées aux puces, garantissent l’authenticité de l’endroit. »
Extrait de : F. Berthelot. « Hadès Palace – Rêve du démiurge. »
Nuit de colère par Francis Berthelot

Fiche de Nuit de colère
Titre : Nuit de colère (Tome 5 sur 9 – Rêve du démiurge)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 2003
Editeur : Flammarion
Première page de Nuit de colère
« Personne ne sait ce que l’enfant a vu.
C’était la nuit du 9 septembre 1978. Le tonnerre se taisait. Les nuages filaient devant la lune comme des rapaces. Les monts du Cantal, embrasés par Dieu sait quel sabbat, résonnaient sous des cantiques sinistres. Au matin, le soleil a dispersé les dernières traces de brume… Et les gardes forestiers ont découvert, dans une clairière entourée d’épicéas, des dizaines de corps calcinés.
Depuis, il s’est écoulé deux ans. Deux longues années, au cours desquelles on a pleuré, prié, maudit, enquêté, réfléchi, recherché les vivants, questionné les morts, disséqué des bouts d’os noircis, livré aux médias des images de cauchemar, veillé à ce que le public en reçoive sa ration et même plus. Deux années de fièvre, où l’on a tour à tour accusé la religion, le fanatisme, la luxure, la cupidité, le goût du sang, la démence et pire encore. Deux années de révolte, où le cœur, l’intelligence et la piété des hommes se sont heurtés au même roc : l’impossibilité de donner un sens à l’horreur quand il n’en reste que des cendres. »
Extrait de : F. Berthelot. « Nuit de colère – Rêve du démiurge. »
Equinoxe de cendre par Francis Berthelot

Fiche de Equinoxe de cendre
Titre : Equinoxe de cendre (Tome 2 sur 2 – Khanaor)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de Equinoxe de cendre
« Khanaor… Terre démembrée, écartelée, cernée par un océan à l’indifférence séculaire, livrée à des fléaux qui renforçaient ou dénaturaient le lien magique unissant les hommes aux éléments. Deux saisons de pluie, funestes aux récoltes de seigle roux en Goldèbe. La mortalité progressive de la faune et de la flore des rivières, en Aquimeur. Autant de coups du sort auxquels les souverains de ces contrées avaient dû réagir. Mais faute d’obtenir l’aide des barons de Lokna qui gouvernaient la trop riche Ardamance, ils n’avaient su, à leur tour, que lancer contre elle les pires calamités.
La rage d’eau, d’abord, déclenchée par Mervine, reine des Aquimes, au risque de dévaster à jamais la végétation du pays à la terre rouge. Un cauchemar auquel seul Craès, ermite d’Espréol, à la supplique de sa fille, était parvenu à mettre un terme, mais dont les séquelles se feraient sentir longtemps encore, dans la chair de l’île comme dans la mémoire de l’adolescente.
Puis la guerre, à présent. L’invasion par l’avant-garde goldienne du sud de l’Ardamance. La revanche inique d’un peuple trop souvent affamé. Sa colère, déchaînée en massacres d’une barbarie sans bornes. Et dans les profondeurs de la terre, le courroux des mânes de Khanaor, que le sang versé bafouait dangereusement. »
Extrait de : F. Berthelot. « Equinoxe de cendre – Khanaor. »
Solstice de fer par Francis Berthelot

Fiche de Solstice de fer
Titre : Solstice de fer (Tome 1 sur 2 – Khanaor)
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir
Première page de Solstice de fer
« En l’an 584 de l’ère chrétienne, Chilpéric, roi de Soissons, périt assassiné sur l’ordre de son épouse Frédégonde, dernier crime de cette servante pour accéder au trône, flaque de sang perdue parmi l’éternité féroce des pouvoirs…
Sur l’île de Khanaor, battue par les lames de l’Atlantique, mais assez éloignée des continents pour jouir d’un isolement farouche, ce drame demeura ignoré. Eût-il même été clamé par les bardes, les tensions grondant depuis la fin de l’hiver lui auraient enlevé tout écho. En ces temps troublés, chacun affrontait sa propre barbarie, sans prendre en compte l’ordre global du monde.
A quoi bon, d’ailleurs, évoquer le christianisme, à propos d’une contrée où la croyance en Dieu s’était scindée entre l’art des magiciens, le culte des mânes, et la hantise de Throg ? Où l’année, de la lune du cygne à celle du renne, se divisait parfois en douze, parfois en treize ? Comment même parler de contrée, devant cette terre fragmentée en quatre régions, où le coût du pain, l’architecture des fermes, le sens de la divinité à craindre, différaient du tout au tout ? Khanaor, né des croisements hasardeux de l’histoire, en gardait les contrastes. »
Extrait de : F. Berthelot. « Solstice de fer – Khanaor. »