Étiquette : Fleuve noir

 

Mascarad City par Lucas Gorka

Fiche de Mascarad City

Titre : Mascarad City
Auteur : Lucas Gorka
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Mascarad City

« Russell Wismayer s’apprête à commettre son treizième viol. Treize, le chiffre qui file la poisse. Dans l’ancienne remise à carburant, le bruit des ventilos incrustés dans les murs. Russell essuie la sueur qui perle à son front, enfile un ciré jaune et se recoiffe dans un morceau de glace brisée. Puis il s’assoit sur son lit, canot pneumatique de sauvetage dérobé à l’une des navettes de la Cité, et chausse une paire de tennis souples et silencieux. Ses muscles tremblent déjà, c’est bon signe. Ce soir Wismayer a la libido en effervescence.
La porte de la remise claque derrière lui. Il est tard, la passerelle est déserte et le trafic des navettes réduit au service minimum. Russell s’infiltre dans un couloir éclairé au néon pâle, l’un de ceux qui mènent aux ascenseurs, la cheville bien serrée. Silence et habileté du singe.
Il n’a pas vu l’ombre qui le suit. »

Extrait de : L. Gorka. « Mascarad-City. »

Les gardiennes d’espérance par Pierre Debuys

Fiche de Les gardiennes d’espérance

Titre : Les gardiennes d’espérance
Auteur : Pierre Debuys
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les gardiennes d’espérance

« Depuis la reprise des combats, des flots humains se déversaient dans l’enceinte beaucoup trop étroite du camp de réfugiés. Au début, c’étaient surtout des citadins qui avaient fui le guêpier à l’échelle d’une race qu’était devenue la capitale toute proche : Thourbey n’était plus qu’un amas de décombres fumants. Puis des villageois des communes agricoles voisines, descendus des montagnes, s’étaient mêlés aux cohortes citadines. Les combats n’avaient pas encore atteint la sierra, mais la crainte d’une avancée des troupes azuréennes suffisait à provoquer des mouvements de panique.
Dans les bâtiments préfabriqués du camp, toute la surface disponible était utilisée. Prévu pour accueillir trente mille personnes, il en abritait maintenant plus du triple. Chacun, s’ingéniant à garder le plus possible d’effets personnels, encombrait les chambrées et occupait la place que d’autres auraient pu prendre.
À la tombée de la nuit, ils étaient encore plus de dix mille devant les entrées. »

Extrait de : P. Debuys. « Les gardiennes d’Espérance. »

Penta par Dominique Brotot

Fiche de Penta

Titre : Penta
Auteur : Dominique Brotot
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Penta

« La ligne de basse avait l’agressivité lancinante d’un battement cardiaque. Evan en sentait les ondes sonores palpiter contre la peau de son visage. Du moins sur ses joues, là où l’épiderme demeurait sensible. Un chœur de voix féminines, très aiguës, gémissait en contrepoint sans que l’on pût distinguer si elles souffraient ou râlaient de plaisir. En dessous de lui, sur la vaste piste de danse, la foule hétéroclite du Z.O. ondulait sur le tempo, une gigantesque copulation dans les jets de sang que puisaient les projecteurs. Des caméras invisibles isolaient certains danseurs pour exhiber leurs étreintes sur les murs concaves de la salle. Le Rimmel des filles dégoulinait sur leurs grimaces d’extase, des grimaces feintes ou obtenues à hautes doses d’euphorisants, mais au rez-de-chaussée du dernier grand centre militaire de ce qui restait des États-Unis, rien ne devait troubler la satisfaction du permissionnaire. »

Extrait de : D. Brotot. « Penta. »

Neurovision par Dominique Brotot

Fiche de Neurovision

Titre : Neurovision
Auteur : Dominique Brotot
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Neurovision

« Le dégivrage de la Ford marchait mal. Le chauffage pas mieux. De sa main gantée, Tom Hopkins ouvrit une fenêtre rectangulaire dans la buée qui s’obstinait à voiler le pare-brise. Il ralentit pour ne pas rater le panneau du carrefour. 55* Rue Ouest. La prochaine était la bonne. De minuscules flocons dansaient dans la lueur des phares. Ils semblaient résister à la pesanteur, refuser leur destin. Comme leurs prédécesseurs, ils finissaient néanmoins par se fondre à la boue grise que projetaient en longues giclées les rares voitures à emprunter Columbus Avenue à cette heure de la nuit.
Tom tourna dans la 54°. Il écrasa la pédale de frein. Sa vieille Mustang glissa sur le bitume mouillé mais s’arrêta. Des catadioptres orange barraient la moitié de la chaussée, luisant dans la nuit comme les yeux de monstrueux félins. Ils signalaient une clôture volante qui protégeait une tranchée. Au bout de celle-ci, un tas de sable occupait dix mètres de trottoir. »

Extrait de : D. Brotot. « Neurovision. »

Les voleurs d’organes par Dominique Brotot

Fiche de Les voleurs d’organes

Titre : Les voleurs d’organes
Auteur : Dominique Brotot
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les voleurs d’organes

« Mon maton s’appelait John et plus qu’une véritable personne, il était une moyenne statistique. Anglo-saxon blanc, ni gros ni mince, ni grand ni petit, John possédait un nez droit, des cheveux châtains, des yeux marrons et une bouche sans personnalité. Il gagnait sans aucun doute le salaire moyen d’un employé nord-américain et avait deux enfants et une femme sans taches de rousseur. H semblait né dans son uniforme gris et trouvait jolies les fausses boiseries qui décoraient I ‘antichambre exiguë de la salle d’audience n°3 du tribunal correctionnel de New Chicago. Le chiffon de son masque anti-ultraviolets replié sous son menton lui faisait comme un goitre.
Enfermé dans un cube de plastique transparent, j’attendais de passer en jugement. Assis sur le banc en similichêne qui occupait le fond de la pièce, John jouait. Les yeux rivés sur le minuscule écran de sa console portable, il s’activait les pouces avec l’exaltation du passionné. »

Extrait de : D. Brotot. « Les voleurs d’organes. »

Rêve de chair par Emmanuel Jouanne et Jacques Barbéri

Fiche de Rêve de chair

Titre : Rêve de chair
Auteur : Jacques Barbéri et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de Rêve de chair

« Herb Duncan écoutait depuis quelques minutes les bruits de la forêt. C’était la mi-juin, l’été, et les insectes s’en donnaient à cœur joie dans les arbres et les fourrés. Quelque part, au loin, un oiseau chantait. Un corbeau ? Non, c’était encore trop mélodieux.

Dommage.

Il grimpa à l’arrière du camping-car Volkswagen gris métallisé. Il avait hâte de voir à quoi tout ça ressemblait. Il avait vraiment hâte de voir à quoi tout ça ressemblait. Il avait claqué un sacré paquet de fric (en marks !) pour acheter les cent pièces de la collection – une collection complète, unique, rarissime, inestimable, le type qui tenait le magasin d’« antiquités » de ce lointain faubourg de Hambourg le lui avait garanti.

Le mini-frigo Brandt bourdonnait sous le mini-évier en inox…

Herb s’approcha, transpirant abondamment sous son T-shirt, une espèce d’horreur dernier cri, avec une hache en relief s’échappant d’une plaie béante en plastique. »

Extrait de : J. Barbéri et E. Jouanne. « Rêve de chair. »

Labyrinth-Jungle par Oscar Valetti

Fiche de Labyrinth-Jungle

Titre : Labyrinth-Jungle
Auteur : Oscar Valetti
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Labyrinth-Jungle

« Il est temps que cesse cette sombre mascarade !
S’il est vrai que les condominiums sont superbes et profilent leurs corps élancés vers la haute atmosphère, fusées de pierre prêtes à crever la voûte céleste de leurs têtes lumineuses auréolées de cirro-cumulus, il n’en demeure pas moins que leurs pieds sont plantés dans la merde.
La Terre est un immense dépotoir radioactif et, pour les habitants des niveaux inférieurs, des strates souterraines, les discours fumeux sur l’étanchéité des tours prêteraient à sourire s’ils avaient tous à leur disposition une bouche pour le faire.
Nous sommes en train de créer un sous-peuple. Et si les premières strates regorgent de mutants, aucun cerveau aussi délirant soit-il ne peut décemment imaginer la grouillance organique qui peuple les niveaux inférieurs.
Quel humain encore présentable des strates supérieures oserait descendre en villégiature vers les premières strates ?
Cette situation est intolérable et le Gouvernement Central doit agir sans tarder en prenant des dispositions de première urgence :
•Distribution gratuite de gélules antirads.
•Intégration des mutants par la promulgation de lois et d’arrêtés inter-strates relatifs à leurs spécificités biologiques et parapsychologiques.
•Envoi de brigades spécialisées dans les niveaux inférieurs pour procéder à un état des lieux. »

Extrait de : O. Valetti. « Labyrinth-jungle. »

L’ombre et le fléau par Oscar Valetti

Fiche de L’ombre et le fléau

Titre : L’ombre et le fléau
Auteur : Oscar Valetti
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’ombre et le fléau

« La plaine ruisselait.

Le sol, imbibé comme une éponge ne parvenait plus à absorber les pluies diluviennes que le ciel d’encre crachait depuis le début de l’automne. Les nuages étaient si denses qu’ils formaient comme un mur d’ardoise sombre, un mur menaçant et chargé de maléfices édifié au dessus d’Overmonde par une armée de démons.

Nous étions partis du château d’Akralinta sous un soleil de plomb mais, sans vouloir faire de jeu de mots, je n’étais pas très chaud à l’idée d’aller affronter l’armée du prince d’Ortolan ni les maléfices de son Maître des Rêves, Hyéronimus le Borgne. Mais je n’avais pas le choix.

Depuis la fin de mon adolescence, ma vie ne m’appartenait plus et aujourd’hui, alors que le danger déchirait le ciel en un grondement de tonnerre, elle m’appartenait moins encore. »

Extrait de : O. Valetti. « L’ombre et le fléau. »

Chair inconnue par Oscar Valetti

Fiche de Chair inconnue

Titre : Chair inconnue
Auteur : Oscar Valetti
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Chair inconnue

« Le caoutchouc brésilien des pneus du Boeing sourd et poudreux le tarmac de la piste 5. Le vol savant virage et s’immobilisa rapidement à quelques centaines de mètres des aires de stationnement. Dans la tour de contrôle, les aiguilleurs poussèrent un « ouf » de soulagement.
La carlingue bruissait d’une agitation fébrile.
Des Chinois déguisés en touristes avaient applaudi la dextérité du pilote, et se congratulaient maintenant avec force gestes d’être arrivés sains et saufs.
Un exploit avec un moteur en rade. De larges vomissures de kérosène et d’huile nappaient l’aile droite de l’appareil. Les Chinois y allaient tous de leurs commentaires alors que les hôtesses, après avoir rassuré les plus anxieux, indiquaient la procédure à suivre pour évacuer l’appareil.
Bande de nazes, murmura Norma Knight en détachant la ceinture bleue qui lui comprimait la poitrine.
Elle vit par le hublot trois camions de pompiers s’approcher, toutes sirènes hurlantes. Deux navettes-passerelles se dirigeaient également vers l’avion, lourd mégalithe de métal et d’électronique échoué en bout de piste. »

Extrait de : O. Valetti. « Chair inconnue. »

Plug-in par Marc Lemosquet

Fiche de Plug-in

Titre : Plug-in
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Plug-in

« Les semelles à crampons rétractiles de ses baskets Adidax-Thombull s’abattent à tour de rôle dans les flaques jonchant la rue. Y désintègrent en ondes implacables les reflets urbains : façades déliquescentes clignant de l’enseigne comme des putes au maquillage fatigué, haute et lointaine surveillance des macs de verre et d’acier – les tours de la TeknoCortex Inc. rayant la nuit. Images-symboles allongés sur le bitume, illusoirement livrés au piétinement des masses. Que sont ces flaques où se prélasse l’ironie du siècle ? Eau ? Urine ? Carburant ? Difficile de trancher…

Mais possible aussi de s’en foutre.

Et David « Graffiti » Langevin s’en fout, de manière superlative. Quand bien même serait-ce de la vodkamikaze, du sang de Martien ou du sperme de rhinocéros, il continuerait assurément à s’en lustrer l’interface !

A ça, une raison basique. Cette même raison qui le fait ignorer les regards évaluateurs des dealers – de shoot et/ou de sexe – jalonnant la venelle, comme ceux, vaguement implorants quand ils en ont encore la force, des trashmen y croupissant. Une raison nommée Diane. »

Extrait de : M. Lemosquet. « Plug-in. »