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La forteresse pourpre par Manuel Essard

Fiche de La forteresse pourpre

Titre : La forteresse pourpre
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de La forteresse pourpre

« Un coup de marteau résonna dans le lointain, tel l’entrechoquement de deux lames volontaires. Les échos montèrent dans le ciel dénué de nuages, roulèrent avec lenteur puis s’estompèrent en fugaces murmures dans les frondaisons de la forêt qui barrait l’horizon de sa chevelure verte et sombre.

Dlizona lança un cri de défi à la face des cieux imperturbables et frappa la terre du talon de ses solerets d’apparat. Elle clama son cri de guerre dans le silence revenu à pas de loup.

Dans la voûte céleste, un arc immense se dessina, scintillant de reflets de bois noir, décochant des traits fantastiques qui se perdaient dans l’invisible de l’outre-horizon.

Sentant son cœur s’emballer sous la subite apparition, Dlizona serra les poings et sa mâchoire carrée se durcit. Elle tendit les mains vers l’arc inaccessible, l’appela à l’aide de cri mais l’arme se mit en mouvement et s’éloignait de plus en plus rapidement. Il disparut bientôt dans les cheveux ébouriffes de la forêt.

Dlizona cracha à terre, plaqua ses mains sur ses hanches puis observa le ciel comme un adversaire à vaincre. »

Extrait de : M. Essard. « La forteresse pourpre. »

Saigneur de guerre par Manuel Essard

Fiche de Saigneur de guerre

Titre : Saigneur de guerre (Tome 1 sur 2 – Les balmes rouges)
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Saigneur de guerre

« Le comte Haznit de la Garde Blanche entra dans la grande salle du trône et, de ses yeux violets, chercha la reine. Son regard glissa le long des murs de marbre pâle où d’innombrables armes étaient accrochées. Il avança entre les colonnes hexagonales veinées de pourpre, s’approcha du trône vide, fauteuil de bois sculpté aux couleurs de la Dame du château : un aigle blanc et une épée d’argent. Haznit releva son heaume.

« La reine n’est pas ici… », constata-t-il avec un soupçon de tristesse.

Il allait faire demi-tour et regagner ses quartiers quand un courant d’air caressa sa joue. Le comte Haznit comprit. Il se dirigea vers la lourde tenture violette qui dissimulait un balcon derrière le trône. Il écarta le pan et découvrit la reine appuyée sur la balustrade de marbre.

Haznit admira une fois de plus la beauté de la vieille femme. Les rides, au lieu d’enlaidir le visage pâle, en rehaussaient les traits délicats. Ses yeux, grands et en amande, semblaient dévorer le haut de la face. Une chevelure blanche encadrait l’ovale de la tête, soulignait le violet du regard et reposait sur de frêles épaules. Une longue robe enveloppait le corps maigre, cachant les membres noués par l’arthrose. »

Extrait de : M. Essart. « Saigneur de guerre – Les balmes rouges. »

Une si jolie prison par Manuel Essard

Fiche de Une si jolie prison

Titre : Une si jolie prison (Tome 2 sur 2 – Au nom du Roi)
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Une si jolie prison

« C’était la première fois qu’il la rencontrait, dans ce genre de soirées mondaines devenues rares depuis que le Conseil des Huit avait décrété l’état d’urgence. Il ne la connaissait pas, il ne l’avait jamais vue auparavant. Elle était jeune, peut-être vingt ans, un visage innocent où un grand regard bleu ajoutait une touche de douce perversité. Sa peau au grain uni, légèrement pâle, brillait à la vive lumière de l’appartement. Sa longue chevelure blonde aux reflets d’or caressait le haut de ses fesses, qui roulaient sous la mince soie de sa minuscule culotte.

Assis dans un fauteuil profond, un verre d’alcool sur l’accoudoir, Odilon regardait le numéro qu’était en train de faire la belle inconnue. Pour moi tout seul…, songea-t-il avec un égoïsme qui lui était étranger avant les troubles. Ses yeux, verts et brillants, suivaient les lents mouvements de la jeune femme à moitié dénudée : il ne lui restait que son slip et un chemisier transparent. Sous l’étoffe boutonnée, Odilon entrevoyait le relief de ses seins aux courbes généreuses. »

Extrait de : M. Essard. « Une si jolie prison – Au nom du Roi. »

De bitume et de sang par Manuel Essard

Fiche de De bitume et de sang

Titre : De bitume et de sang (Tome 1 sur 2 – Au nom du Roi)
Auteur : Manuel Essard
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de De bitume et de sang

« Le Sur-Prêtre jeta une dernière pelletée de terre, laissa tomber l’outil rouillé et, sans un mot, se dirigea vers la cabane de bois délabrée qui lui servait provisoirement de logis. Jusqu’à la prochaine attaque des Barbares. Il ne put s’empêcher de frissonner malgré un effort de volonté. Il devait se montrer indifférent et parfaitement maître de lui.

Autour du minuscule tumulus, quelques Sur-Hommes et Sur-Femmes se tenaient prostrés dans un silence inhabituel et significatif : ils pleuraient l’un d’eux. À leurs pieds gisait Shag, dans son ultime demeure. Toute sa vie durant, il avait œuvré afin de bâtir une civilisation fondée sur l’amour et le respect. Il avait échoué. Et, pour prix de ce cuisant échec : la mort ! Continuellement, les Barbares, par simple plaisir et pure cruauté, et les Restaurateurs de la Civilisation Perdue, par haine envers les hommes supérieurs, avaient contrecarré sa tâche. Dans son dernier souffle, il avait dit à la communauté d’une centaine d’individus de perpétuer son œuvre et de pardonner à ses assassins car ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Et nulle trace de rancune n’était venue souiller la tristesse de son regard. »

Extrait de : M. Essard. « De bitume et de sang – Au nom du Roi. »

Chien bleu couronné par Raymond Milési

Fiche de Chien bleu couronné

Titre : Chien bleu couronné
Auteur : Raymond Milési
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Chien bleu couronné

« On s’était limité à deux équipes, par souci d’économie. Elles se relayaient toutes les six heures, depuis deux semaines du moins. C’était véritablement un travail harassant, même si l’intérêt en était pour l’essentiel partagé, et on avait déjà dû changer d’infirmière à plusieurs reprises. Le gros Verstraede se répéta qu’il avait suivi quatre ans d’études supplémentaires pour en arriver là ! A titre de consolation peut-être, il se dit que le manque de sommeil, tout compte fait, ne le gênait guère. 
Ayant parcouru d’un œil professionnel le rapport de son prédécesseur – rien à signaler : l’accélération se poursuivait sans incident –, il s’approcha à pas traînants du lit-cage où semblait dormir Estelle dans ses curieux vêtements du passé et prit le temps de vérifier une à une les minuscules électrodes ventouses qui hérissaient son crâne rasé. Il remit en place la perruque de cheveux bruns. Les narines de la jeune femme demeuraient pincées, ses lèvres immobiles et raidies, comme modelées autour d’une entaille dans un masque sans expression. Tout près, il percevait le discret sifflement de sa respiration régulière. Ici-bas, chacun souffrait d’un catarrhe chronique ; on s’y était fait ; on se faisait à tout à la longue. »

Extrait de : R. Milési. « Chien bleu couronné. »

La porte des ténèbres par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de La porte des ténèbres

Titre : La porte des ténèbres (Tome 3 sur 6 – Le neuvième cercle)
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1999
Editeur : Fleuve noir

Première page de La porte des ténèbres

« Raak le gros se retourna sur sa couche en grognant d’aise, puis lâcha un rot sonore. D’un mouvement brusque de sa main velue, il repoussa le drap qui recouvrait son corps pâle et adipeux, comme si le contact de l’étoffe était insupportable à sa panse gonflée de bière. Puis il administra une claque sur la croupe de la prostituée étendue près de lui, en marmonnant d’une voix pâteuse :

— Allez, dégage maintenant ! Je t’ai assez vue… Tire toi, vite !

La jeune femme se leva, ramassa ses vêtements à la hâte et se dirigea vers la porte de la chambre sans un mot. Raak lui jeta un regard torve, satisfait de constater une nouvelle fois la beauté de ce corps dont il avait joui toute la nuit. La fille avait une peau ambrée, de longues jambes fuselées, le galbe de ses hanches était parfait… Elle se tourna brièvement en direction du lit avant de disparaître. Le gros Thorg contempla alors son visage ovale, ses cheveux noirs et luisants, et ses yeux, ses yeux en amande aux iris gris clair, et songea qu’elle devait être une métisse, moitié Fabérienne, moitié Korometh ; un mélange rare, au résultat magnifique… »

Extrait de : J.C Chaumette. « La porte des ténèbres. »

L’impossible quête par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de L’impossible quête

Titre : L’impossible quête (Tome 2 sur 6 – Le neuvième cercle)
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1998
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’impossible quête

« Les barbares nous traitèrent comme on ne traite pas des hommes : sans violence, sans mépris, mais avec cette froide indifférence qu’on réserve au bétail. Ils nous donnèrent des sandales de corne et de longs vêtements faits d’une sorte de laine grise et crasseuse, car il fallait nous protéger du soleil, sans quoi nous eûmes rapidement été brûlés, aussi sûrement que par le jet des bouches-flammes de guerre crachant leur liquide enflammé. Jamais je n’avais vu d’astre semblable à ce brasier immaculé suspendu à un firmament couleur de plomb, ce fanal cauchemardesque braquant sur nous son regard pesant de cruel cyclope. Je ne parvenais pas alors à comprendre comment la vie était possible dans ce monde sauvage, cette couche d’air surchauffé, écrasée entre les deux plaques d’une presse géante, l’une de roche noire pulvérulente, l’autre de ciel et de feu…

Peu à peu, je découvrais tout ce qui m’environnait, très progressivement, très doucement, comme un malade émergeant d’un long coma. J’avais été arraché à mon palais-champignon pavé de jaspe, aux grands couloirs emplis du parfum du Thyriül, ma douce île de pierre et de musique flottant sur un océan de jardins tranquilles toujours verts, et jeté brutalement, à travers l’espace et le temps, au cœur d’un enfer noir et brûlant, comme esclave d’un peuple terrible, primitif. »

Extrait de : J.C Chaumette. « L’impossible quête. »

Le peuple oublié par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de Le peuple oublié

Titre : Le peuple oublié (Tome 1 sur 6 – Le neuvième cercle)
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1998
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le peuple oublié

« Oningu vient se blottir contre la poitrine de son grand-père. Il enfouit sa tête dans les nattes épaisses, blanches et douces, et caresse de sa petite main le visage ridé d’Aru Barani – la racine noire – , la vieille racine noire, crevassée et desséchée, mais profonde, si profonde dans la terre de l’histoire des Kreels.

— Grand-père, raconte-moi l’histoire de Bunda Yungui !

Le vieil homme sourit. Dans trois mois, Oningu aura cinq ans. Il a presque atteint la moitié de sa vie d’enfant. Mais pour le moment, il a toujours besoin d’entendre la voix rauque de son grand-père chanter les histoires du temps d’avant les Naa-Gundis.

— Tu l’as déjà écoutée, Oningu ! Plusieurs fois…

— S’il te plaît, grand-père…

Aru Barani prend son tonango pour s’accompagner. Il s’accroupit et place l’instrument entre ses cuisses. Puis il le palpe longuement et place l’instrument entre ses cuisses. Ses vieilles mains en aiment le contact : les cylindres de terre cuite sont comme leurs paumes, secs, rugueux, fendillés ; et la peau de leurs doigts est aussi raide et épaisse que le cuir des membranes. Il y a si longtemps que les mains d’Aru Barani et son tonango font naître la musique de leur rencontre, qu’ils ont fini par se ressembler. »

Extrait de : J.C Chaumette. « Le peuple oublié. »

Le guerrier sans visage par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de Le guerrier sans visage

Titre : Le guerrier sans visage (Tome 6 sur 6 – Le neuvième cercle par Fleuve Noir (2 volumes))
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le guerrier sans visage

« Le vieil ermite parla longtemps, très longtemps. Chacune des phrases qu’il prononçait semblait le soulager d’une partie de l’immense fardeau accumulé sur ses épaules. Stanley et Lyrnio s’étaient assis en face de lui. Ils écoutaient, fascinés, l’histoire de cet être qui avait vu grandir les premiers empires galactiques.

— Je suis né, ou plutôt ce fragment de mon esprit qui n’est pas humain est né il y a approximativement cent mille ans, sur une planète dont j’ai oublié jusqu’à l’aspect… Je ne me rappelle même pas à quoi ressemblait mon corps originel. En fait, j’ai du mal à imaginer l’existence d’une enveloppe physique qui eût été véritablement mienne. Pourtant, il a bien dû en être ainsi au début… Mais dans ma mémoire qui vient enfin de se réveiller, un souvenir est encore très net : cette harmonie, cet accord qui existait entre le monde et moi, entre le monde et mon peuple, devrais-je dire… C’était un peu comme si nous avions vécu environnés d’un flux nourricier à la douce température, dans lequel chaque mouvement était simple, aisé. Il n’y avait pas de conflit, pas de lutte pour survivre. Nous étions des fœtus à la dérive dans un placenta géant ; la planète était notre mère… »

Extrait de : J.C Chaumette. « Le guerrier sans visage. »

Les épées de cristal par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de Les épées de cristal

Titre : Les épées de cristal (Tome 5 sur 6 – Le neuvième cercle par Fleuve Noir (2 volumes))
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les épées de cristal

« Aru Barani est pensif. Il est accroupi derrière son tour de potier, adossé à l’enveloppe d’écorce de la maison-au-creux-de-l’arbre, mais ses vieilles mains restent immobiles, leurs longs doigts noueux bien étalés sur ses genoux.

Il sait que le moment est venu de révéler à Oningu quel doit être son destin. Dans neuf mois exactement, il devra conduire le garçon à la cité de pierre pour qu’il reçoive l’éducation des mangas.

— Neuf mois… Le temps nécessaire à deux cellules qui se rencontrent pour donner vie à un enfant humain… Il aura neuf mois pour se préparer à sa seconde naissance.

— Que dis-tu, grand-père ?

Oningu vient d’entrer dans la caverne de bois de l’arbre géant. Son large visage est éclairé d’un sourire, et ses yeux rient aussi ; ses yeux rient tout le temps…

— Je radotais, Oningu… Je radotais comme un vieux fou ! Sais-tu ce qu’est un manga ?

— Un manga ? Ça veut dire homme fort, homme véritable… Les mangas habitent Faya Nubangui. Ils viennent au village des arbres, parfois. »

Extrait de : J.C Chaumette. « Les épées de cristal. »