Étiquette : Fleuve noir

 

La prophétie par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de La prophétie

Titre : La prophétie (Tome 4 sur 6 – Le neuvième cercle par Fleuve Noir (2 volumes))
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de La prophétie

« Les barbares nous traitèrent comme on ne traite pas des hommes : sans violence, sans mépris, mais avec cette froide indifférence qu’on réserve au bétail. Ils nous donnèrent des sandales de corne et de longs vêtements faits d’une sorte de laine grise et crasseuse, car il fallait nous protéger du soleil, sans quoi nous eûmes rapidement été brûlés, aussi sûrement que par le jet des bouches-flammes de guerre crachant leur liquide enflammé. Jamais je n’avais vu d’astre semblable à ce brasier immaculé suspendu à un firmament couleur de plomb, ce fanal cauchemardesque braquant sur nous son regard pesant de cruel cyclope. Je ne parvenais pas alors à comprendre comment la vie était possible dans ce monde sauvage, cette couche d’air surchauffé, écrasée entre les deux plaques d’une presse géante, l’une de roche noire pulvérulente, l’autre de ciel et de feu…

Peu à peu, je découvrais tout ce qui m’environnait ; très progressivement, très doucement, comme un malade émergeant d’un long coma. J’avais été arraché à mon palais-champignon pavé de jaspe, aux grands couloirs emplis du parfum du Thyriül, ma douce île de pierre et de musique flottant sur un océan de jardins tranquilles toujours verts, et jeté brutalement, à travers l’espace et le temps, au cœur d’un enfer noir et brûlant, comme esclave d’un peuple terrible, primitif. »

Extrait de : J.C Chaumette. « La prophétie. »

AONI par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de AONI

Titre : AONI (Tome 3 sur 6 – Le neuvième cercle par Fleuve Noir (2 volumes))
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de AONI

« — Grand-père, je me sens… Je suis triste. Pourquoi ressent-on de la tristesse ? Pourquoi
peut-on être triste ?

Aru Barani est en train de vernir un grand vase au long col élancé. Il interrompt son travail pour
répondre à Oningu :

— Il y a quelques jours, tu as eu six ans. C’était ton anniversaire, et nous avons fait une belle fête ; tu as chanté, tu as vu tes amis, tu t’es amusé… Tu as été joyeux, heureux ; tu as connu le plaisir de recevoir des cadeaux et le bonheur de te sentir entouré d’affection. Maintenant, ces moments-là sont terminés, envolés… Alors tu es triste. Tu es triste d’avoir été joyeux… La peine ne peut exister
sans le bonheur : le bonheur ne peut exister sans la peine. Ce sont deux sentiments indissociables ; et plus fort on ressent le chagrin, plus fort on ressentira la joie. Tu es un enfant, et un enfant éprouve toujours très fort le chagrin et la joie. Plus tard, tu apprendras à tempérer tes émotions ; c’est ce que nous essayons tous de faire en recherchant l’harmonie, la Voie… Et quand tu seras comme moi un vieillard, tu comprendras que chaque instant qui passe n’est porteur ni de peine, ni de bonheur ; il est, tout simplement…

— Alors, grand-père, tu ne peux jamais être heureux. »

Extrait de : J.C Chaumette. « AONI. »

La cité sous la terre par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de La cité sous la terre

Titre : La cité sous la terre (Tome 2 sur 6 – Le neuvième cercle par Fleuve Noir (2 volumes))
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de La cité sous la terre

« Combien de temps dans cette pièce sans fenêtre, à peine éclairée, enfouie au creux des roches noires ? Cinq minutes ? Plusieurs heures ? Stanley n’en savait rien. Il s’était coupé du monde, se fondant dans le silence et l’obscurité, immobile ; tout s’était figé avec lui. Soudain, l’instinct animal qui s’était éveillé en lui des années auparavant l’avertit qu’il était observé par des yeux immatériels tout proches, derrière lui. Il fit volte-face, se ramassant légèrement tel un fauve prêt à bondir, et ses grands yeux de glace se mirent à scruter la pénombre…

Pendant trois mois, on l’avait gardé dans cette étrange cité de pierre, dédale de souterrains et de salles froides et ténébreuses. De grands hommes noirs aux longs cheveux tressés avaient soigné ses blessures et l’avaient nourri. Il n’avait posé aucune question, mais il était sûr de se trouver parmi les Kreels, ce peuple mystérieux vivant en marge des autres mondes humains. Il n’en avait jamais vu auparavant mais connaissait bien des histoires sur leur compte, celles qu’il avait entendues pendant son enfance chez les Svens, et celles que racontaient les guerriers moog-saïs au soir des batailles : « Leur peau est noire comme la nuit… Ils tirent leur force de leurs cheveux immenses qu’ils tressent
en nattes magiques ; elles aspirent l’énergie des étoiles… »

Extrait de : J.C Chaumette. « La cité sous la terre. »

L’homme-requin par Jean-Christophe Chaumette

Fiche de L’homme-requin

Titre : L’homme-requin (Tome 1 sur 6 – Le neuvième cercle par Fleuve Noir (2 volumes))
Auteur : Jean-Christophe Chaumette
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’homme-requin

« Oningu vient se blottir contre la poitrine de son grand-père. Il enfouit sa tête dans les nattes épaisses, blanches et douces, et caresse de sa petite main le visage ridé de Aru Barani – la racine noire –, la vieille racine noire, crevassée et desséchée, mais profonde, si profonde dans la terre de l’histoire des Kreels.

— Grand-père, raconte-moi l’histoire de Bunda Yungui !

Le vieil homme sourit. Dans trois mois, Oningu aura cinq ans. Il a presque atteint la moitié de sa vie d’enfant. Mais pour le moment, il a toujours besoin d’entendre la voix rauque de son grand-père chanter les histoires du temps d’avant les Naa-Gundis.

— Tu l’as déjà écoutée, Oningu ! Plusieurs fois…

— S’il te plaît, grand-père…

Aru Barani prend son tonango pour s’accompagner. Il s’accroupit et place l’instrument entre ses cuisses. Puis il le palpe longuement. Ses vieilles mains en aiment le contact ; les cylindres de terre cuite sont comme leurs paumes, secs, rugueux, fendillés ; et la peau de leurs doigts est aussi raide et épaisse que le cuir des membranes. »

Extrait de : J.C Chaumette. « L’homme-requin. »

Wonderland par Serge Lehman

Fiche de Wonderland

Titre : Wonderland
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de Wonderland

« Peter avait un problème avec sa chaussure. La semelle – une mousse semi-rigide de plastique et de filaments de carbone, divisée par une couche d’air sous pression – était en train de fondre. Bientôt, l’air se mettrait à fuir. La semelle opposerait de moins en moins de résistance aux aspérités. Les éclats de verre et de métal qui jonchaient le sol achèveraient de la mettre en pièces et Peter devrait se résoudre à marcher pieds nus.
En temps normal, il se serait contenté de maugréer à mi-voix avant d’aller fouiller, dans le stock du Corbeau, à la recherche d’une autre paire (si possible à sa taille).
Mais pas aujourd’hui…
Pas avec le piège-à-homme lancé à leur poursuite.
« On n’est pas obligés de fuir comme des rats, dit soudain Andréa. On a le choix ! »
Elle marchait devant Peter, réglant son pas de façon à conserver sept à huit mètres d’avance sur lui. Il lui jeta un regard furieux. On a le choix ! On a le choix ! C’était la centième fois au moins qu’Andréa lançait cette phrase depuis le début de la traque – et Peter savait exactement ce qu’elle allait dire ensuite. »

Extrait de : S. Lehman. « Wonderland. »

L’ange des profondeurs par Serge Lehman

Fiche de L’ange des profondeurs

Titre : L’ange des profondeurs (Tome 1 sur 1 – La quête de Martin Dirac)
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’ange des profondeurs

« Depuis près d’une heure, les deux garçons descendaient à travers la forêt. Ils étaient sales, pâles, fatigués… Sur ce versant de la montagne, les chemins étaient étroits, hérissés de pierres et d’herbes. Lorsque quelqu’un trouvait la force d’en plaisanter, au village, c’était toujours avec une sorte de nostalgie vengeresse. « Hé ! Il paraît qu’un type a réussi à faire vingt mètres sans se casser la gueule, hier matin. »

Tout le monde riait, bien sûr – du moins, tous ceux que la simple évocation du mont Dragan ne pétrifiait pas sur place. Mais ensuite, il fallait se lever, enfiler les chaussures de marche et s’enfoncer dans la forêt, à la recherche des idiots venus de Lodz ou de Cracovie se mesurer aux cimes, et qu’on n’avait pas vus redescendre…

Ce genre d’incident ne s’était plus reproduit depuis trois ans. La mauvaise réputation du Dragan avait fini par triompher des aventuriers du dimanche. Cette ultime désertion – la dernière qui pût encore se produire – avait achevé de rendre les sentiers aux mouvements obscurs de la forêt. La neige et le gel en hiver, un incendie tous les deux étés, sans parler de la boue, des fondrières, des arbres abattus… »

Extrait de : S. Lehman. « La Quête de Martin Dirac – L’ange des profondeurs. »

Escales sur l’horizon par Serge Lehman

Fiche de Escales sur l’horizon

Titre : Escales sur l’horizon
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1998
Editeur : Fleuve noir

Sommaire de Escales sur l’horizon

  • Avant Champollion par Sylvie Denis
  • Hippo ! par Thierry Di Rollo
  • Des signes dans le ciel par Francis Valéry
  • Proche-horizon par Laurent Genefort
  • Voyageurs par Jean-Jacques Girardot
  • Musique de l’énergie par Roland C. Wagner
  • L’affaire des crimes météorologiques par André-François Ruaud
  • L’amour au temps du silicium par Jean-Jacques Nguyen
  • La fiancée du roi par Joëlle Wintrebert
  • Le hib par Guillaume Thiberge
  • Scintillements par Ayerdhal
  • Scorpion dans le cercle du temps par Jean-Louis Trudel
  • Le vol du bourdon par Yves Meynard
  • Dernier embarquement pour Cythère par Richard Canal
  • Nos traces dans la neige par Jean-Claude Dunyach
  • L’erreur par Thomas Day

Première page de Escales sur l’horizon

« POUR LE PETIT MONDE de la science-fiction, cette fin de siècle a des allures de nouvel Age d’or.

Depuis quelques années déjà, le genre triomphe au cinéma et – ce n’est pas la moindre des surprises – parvient à rassembler à la fois l’attention de la critique et la faveur du (très) grand public. Du grinçant Mars Attacks à la réédition enluminée des trois premiers épisodes de Star Wars, des radiotélescopes de Contact aux agents secrets de Men In Black, sans parler de l’extraordinaire Armée des douze singes de Terry Gilliam, les films se suivent et, ô merveille, ne se ressemblent pas. On a trop longtemps reproché au cinéma de science-fiction l’indigence de son contenu pour ne pas saluer comme il convient cette mutation fondamentale : désormais, la SF sur grand écran raconte aussi des histoires – et les effets visuels, s’ils continuent d’être la marque de fabrique du genre, participent du récit au lieu de maquiller son absence. Avec 2001 comme mythe fondateur (toujours imité, jamais égalé), Blade Runner en référence esthétique, Alien pour l’hystérie et Brazil pour l’humour (ou le désespoir, au choix), la science-fiction a gagné droit de cité au panthéon du septième art. »

Extrait de : S. Lehman. « Escales sur l’horizon. »

Tonnerre lointain par Serge Lehman

Fiche de Tonnerre lointain

Titre : Tonnerre lointain (Tome 3 sur 3 – F.A.U.S.T.)
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Tonnerre lointain

« IL SE PASSE ici quelque chose d’étrange.

Le Complexe est désert. Tout le monde est parti, à l’exception d’une poignée d’agents de sécurité (les fidèles de la première heure, recrutés par le capitaine Daniel Kovalsky à l’époque où le Square n’existait pas encore). Trois femmes, six hommes. Ils jouent aux cartes ou se reposent. Ils n’ont rien à faire. Le Complexe est une forteresse inviolable. Des radars surveillent le ciel et le sous-sol. Des caméras, calées sur quatre longueurs d’ondes, scrutent les environs. Une batterie de détecteurs de masse et de dispositifs d’alerte cinétique entoure les murs de l’ancienne usine d’un champ technosensible. Tout objet de plus de dix grammes – vivant ou non – est repéré et, le cas échéant, détruit s’il s’approche de trop près. Dans ces conditions, la présence d’agents de sécurité est inutile. Le Complexe est capable de faire face à toutes les situations de crise classiques. L’une des femmes explique à ses collègues que leur rôle n’est pas de protéger le Complexe, mais d’être protégés par lui. Elle n’a peut-être pas tort. »

Extrait de : S. Lehman. « Tonnerre lointain. »

Les défenseurs par Serge Lehman

Fiche de Les défenseurs

Titre : Les défenseurs (Tome 2 sur 3 – F.A.U.S.T.)
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve Noir

Première page de Les défenseurs

« INSENSIBLE aux mugissements des vents polaires qui dévalaient l’Arctique en entraînant un front nuageux large de mille kilomètres, l’Avatar finit par couper le terminateur, loin au-dessus de la Mer de Laptev. Le ciel immense, inondé de lumière, s’ouvrit devant lui comme une gueule. Le dirigeable s’ébroua, infléchit sa course et mit cap à l’est. Un vol d’oies sauvages affolées vint s’abriter sous ses flancs noir et or. Pendant plusieurs minutes, le battement de leurs ailes recouvrit le blason de l’Instance d’une incompréhensible calligraphie. Puis, les oies s’éloignèrent et l’Avatar put voguer seul, comme un fragment de nuit accroché en plein ciel.

C’était un bâtiment magnifique, long de cinq cent cinquante mètres – l’un des quatre croiseurs de classe Jaggernaut construits par la compagnie du Lion d’Orion, au début de la décennie. Dans le belvédère logé à la proue du pont supérieur, une silhouette était visible. Comparée aux dimensions colossales du bâtiment, elle semblait minuscule. »

Extrait de : S. Lehman. « Les Défenseurs. »

F.A.U.S.T. par Serge Lehman

Fiche de F.A.U.S.T.

Titre : F.A.U.S.T. (Tome 1 sur 3 – F.A.U.S.T.)
Auteur : Serge Lehman
Date de parution : 1996
Editeur : Fleuve Noir

Première page de F.A.U.S.T.

« À QUATRE MILLE ki­lo­mètres à l’est de la fosse des Phi­lip­pines, au mi­lieu de l’océan Pa­ci­fique, se trouve une île nom­mée Saint-George. C’est une terre mi­nus­cule, que ni l’ar­chi­pel des Mar­shall au nord, ni ce­lui des Gil­bert au sud, n’ont jus­qu’ici son­gé à re­ven­di­quer.
Sur le plan géo­gra­phique, Saint-George fait par­tie de la Mi­cro­né­sie. Sur le plan lé­gal en re­vanche, elle ap­par­tient à la fa­mille Faw­cett, qui la re­çut du roi George III en 1767, quelques mois seule­ment après que Wal­lis l’eut dé­cou­verte et of­ferte à la Cou­ronne bri­tan­nique.
Per­sonne n’y a ja­mais vécu plus de seize jours – pas même au ving­tième siècle, lors­qu’Amé­ri­cains et Ja­po­nais s’af­fron­taient pour le contrôle de ce sec­teur vi­tal du Pa­ci­fique. Saint-George n’est, il est vrai, qu’un ré­cif co­ra­lien de cent mètres sur cent dé­pour­vu de toute vé­gé­ta­tion. Seuls les al­ba­tros s’y posent par­fois, quand les vents vio­lents les y contraignent – mais ils ne s’at­tardent ja­mais.
Pour­tant, le 1er jan­vier 2095, à l’ins­tant pré­cis où toutes les hor­loges ali­gnées sur le mé­ri­dien de Green­wich son­naient mi­nuit, un pe­tit bon­dis­seur stra­to­sphé­rique Saxxon ap­pa­rut dans le ciel char­gé de nuages, juste au-des­sus de l’île. »

Extrait de : S. Lehman. « FAUST. »
Serge Lehman
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