Étiquette : Fleuve noir

 

Dépression par François Sarkel

Fiche de Dépression

Titre : Dépression
Auteur : François Sarkel
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dépression

« Parce que la pluie redoublait d’intensité à ce moment-là, parce qu’elle crépitait tout autour de lui et fouettait son vieux ciré, Sarg Viger n’entendit pas la voix éraillée de la grosse Yaya qui l’interpellait.
— Qu’est-ce que tu fous encore sur mon débarcadère, Sarg ? Je t’ai déjà dit mille fois qu’il n’y avait pas un seul de tes maudits rats aux alentours de mon domaine.
S’il ne perçut pas les paroles agressives de la loueuse de bouées, Sarg enregistra les vibrations des planches pourries et se retourna.
— Tiens, cette chère Yaya, se gaussa-t-il. La plus belle bouée d’entre toutes…
Comme à son habitude, la grosse femme était boudinée dans un imperméable de plastique transparent sous lequel apparaissait une de ses éternelles robes à fleurs que ses formes plus qu’opulentes rendaient grotesque. Elle ne s’était pas donné la peine de se protéger le crâne pour parcourir les quelques mètres qui séparaient sa baraque de l’extrémité de l’appontement, aussi ses cheveux blonds décolorés étaient-ils trempés, serpentant en mèches poisseuses sur sa face mafflue. »

Extrait de : F. Sarkel. « Dépression. »

Hydres par Don Hérial

Fiche de Hydres

Titre : Hydres (Tome 2 sur 2 – La guerre des sept minutes)
Auteur : Don Hérial
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Hydres

« Seize jours majeurs s’étaient écoulés depuis que l’aviso ujkaje avait réintégré l’espace continu. Seize jours de silence radio absolu. À bord, seuls les systèmes indispensables à la survie de l’équipage continuaient d’être alimentés par fusion froide, et le blindage de la centrale énergétique avait été triplé pour éviter une émission trop massive de neutrons. Privé de toute propulsion, le petit vaisseau filait, invisible aux écrans des détecteurs, mû par la seule inertie d’une accélération interrompue seize jours plus tôt.

Immobiles dans l’ombre de l’unique habitacle : cinq Humains mâles, sanglés sur leur couchette. Ils n’étaient conscients que depuis quelques heures, mais les rares paroles échangées attestaient leur lucidité. Et leur peur : un mois plus tôt, celui que l’opinion publique qualifiait déjà de maître terroriste – de Coordonnateur –, leur avait fait parvenir ses instructions, sans toutefois quitter l’abri de son repaire secret. Leur mort probable y figurait en toutes lettres.

Protégé des radars de la Défense Spatiale par sa petite taille, négligé par les scanners puisque dépourvu de toute signature nucléaire due à la propulsion, l’aviso plongeait, aussi immatériel qu’un fantôme, vers Charahee, un soleil mineur de l’Essieu dont l’escorte planétaire – trois mondes durs et froids – s’était avérée sans intérêt. »

Extrait de : D. Hérial. « Hydres. »

La loi majeure par Don Hérial

Fiche de La loi majeure

Titre : La loi majeure (Tome 1 sur 2 – La guerre des sept minutes)
Auteur : Don Hérial
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de La loi majeure

« La Galaxie – la nôtre, celle que nous appelons Voie lactée – est vieille de quinze milliards d’années. La matière forgée au cœur de la première génération d’étoiles, dissociée et recombinée par la génération suivante, s’y complexifie à un rythme toujours plus élevé. En passant de l’inerte au vivant, du végétal à l’animal, du troupeau à la tribu, du cri au langage, elle s’est éveillée à la conscience. En reprenant le chemin de l’espace, elle s’est donné les moyens de façonner son milieu d’origine. La boucle, peu à peu, se referme.

Qui suis-je pour raconter l’histoire de la tribu humaine ? Un scribe. Au mieux, un gardien. Dans quarante ans, le cosmos ne sera plus le même, la réalité telle que nous l’avons toujours connue aura disparu. Le passé et l’avenir… en fragments. Mon nom est Don Dilvish Eiken’ham Hérial. Je suis ici pour témoigner, et transmettre le souvenir de ceux qui contribuèrent à la difficile Emancipation des hommes.

Si la guerre des sept minutes est aujourd’hui considérée comme l’un des tournants du troisième siècle, le nom de Calderon Belfast reste relativement méconnu. Profonde injustice, lorsque l’on sait que c’est lui qui fut à l’origine du conflit. »

Extrait de : D. Hérial. « La loi majeure. »

Top niveau par Jean-Claude Lamart

Fiche de Top niveau

Titre : Top niveau
Auteur : Jean-Claude Lamart
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Top niveau

« Élastic scrutait l’espace offert à ses yeux avec un mélange de respect et d’admiration. La cité s’étalait devant lui, gigantesque forêt de tours illuminées. Autour d’elles, comme suspendus dans le ciel, attendant sagement leurs pilotes. D’autres appareils traversaient l’espace à vive allure, leurs feux de position perçant les zones d’ombres. La ville commençait à s’agiter pour une nouvelle période de luttes, de bouleversements.

Dans ce périmètre régnait le luxe le plus extraordinaire, la permissivité la plus grande, les plaisirs les plus fous. Élastic le savait bien, il en bénéficiait plus que tout autre.

L’homme porta son regard plus bas. Il tomba sur le reflet or du champ magnétique qui barrait brutalement les tours à leur base, comme si elles baignaient dans une espèce d’océan immobile, opaque et infranchissable.

Le spectateur se crispa. Dans un flash, il entrevit le no man’s land qui s’étendait sous ce tapis énergétique, la zone de combats, la Lice, bien délimitée au centre d’un immense terrain vague dont on ne savait pratiquement rien. »

Extrait de : J-C Lamart. « Top niveau. »

Fleur par Patrick Lachèze

Fiche de Fleur

Titre : Fleur
Auteur : Patrick Lachèze
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Fleur

« (L’abîme appelle l’abîme) psaume de David Comme tous les jours, Philippe persécute Fleur.
Ses doigts longs et crochus pincent la chair tendre pas, ni ne geint. Sa bouche n’a jamais laissé passer le état n’a pas changé, ne s’est pas amélioré le moins du gémi. Jamais. Elle est fermée à double tour, hermétique.
l’oeil allumé, les traits enlaidis par la méchanceté et plus tendres, les plus vulnérables.
Fleur sent les larmes perler sous ses paupières qu’elle les laisse couler, il ne faut pas qu’elle ajoute Philippe ricane, son faciès de sadique se tord de jouissance, il approche ses lèvres luisantes de bave du Mais les mains du garçon ont croché sa chair au désespérément la tête en arrière, sentant déjà sur elle à son corps. Les dents du garçon cherchent la gorge soie fragile de sa peau. Les doigts serrés sur ses bras étaux qui la broient. L’excitation de Philippe est telle férocement la vie qui palpite sous ses dents, juste Fleur hurle à l’intérieur de sa tête, sans que sa yeux pleins de larmes débordent, les gouttes rondes Philippe éloigne sa figure rouge aux yeux fous. »

Extrait de : P. Lachèze. « Fleur. »

Ordre noir par Johan Heliot

Fiche de Ordre noir

Titre : Ordre noir
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2010
Editeur : Fleuve noir

Première page de Ordre noir

« Ils suivaient un chemin tracé longtemps avant le jour de leur naissance, un chemin emprunté depuis par un tout petit nombre d’élus. Ils suivaient ce chemin pour celui qui avait été d’abord leur chef, ensuite leur maître, enfin bien plus encore : pour eux et beaucoup d’autres, presque un roi. Et parce qu’il allait mourir, ils suivaient ce chemin dans le secret des fondations du Temple, plaçant leurs pas dans ceux des initiés qui les avaient précédés, ici, depuis des générations, ailleurs, là où tout avait commencé, depuis des temps immémoriaux.
Ils suivaient le chemin depuis l’aube et chaque pas ajoutait une nouvelle souffrance à leur épreuve. Mais ils avaient été choisis pour leur capacité à endurer la douleur imposée par le parcours du Temple. Avant eux, ceux qui étaient passés par le même chemin avaient connu les affres de la folie. Les démons s’étaient emparés de leurs esprits pour les déchirer en lambeaux entre leurs griffes, et ils erraient à présent dans les rues de la cité comme les ombres d’eux-mêmes, décharnés et pâles ; bientôt, ceux-là disparaîtraient. »

Extrait de : J. Heliot. « Ordre Noir. »

Yriel par Robert Alexandre

Fiche de Yriel

Titre : Yriel
Auteur : Robert Alexandre
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Yriel

« La fille poussa un grognement rauque, d’inquiétude et d’hostilité.
Elle était perchée à l’extrême bord du précipice, accroupie sur une sorte de dalle naturelle en surplomb, inclinée à quarante-cinq degrés. Elle se retenait d’un seul bras au tronc d’un arbuste épineux, le corps tout entier dans le vide, comme une gargouille en haut de son clocher.
Mais une gargouille qui aurait oublié d’être laide.
Elle était très jeune. Seize ou dix-sept ans, pas davantage. Nue comme au jour de sa naissance. Sa peau hâlée était grise de crasse et de poussière. Ses jambes et ses bras griffés de ronces. Sa main libre serrait un caillou aux arêtes vives. Il y avait quelque chose de primitif, d’animal, dans ses gestes comme dans ses attitudes. Mais un animal de race, fin, rayonnant de santé et de vitalité sauvage. Un corps souple et délié, tout élégance et courbes douces. De petits seins fermes, aux aréoles claires. Une taille mince et cambrée. Un ventre plat, à peine ombré de toison pâle. Des hanches lyres, d’adolescente, de femme-enfant. Des jambes longues, aux muscles fins. »

Extrait de : R. Alexandre. « Yriel. »

Jhedin Ovoghemma par Yves Carl

Fiche de Jhedin Ovoghemma

Titre : Jhedin Ovoghemma
Auteur : Yves Carl
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Jhedin Ovoghemma

« Le son stéréo jaillissait des quatre transducteurs à plasma dissimulés de part et d’autre de l’immense carte murale représentant la Galaxie entière. Gost Akheb, les bras croisés sur son sous-main, écoutait avec une attention critique son propre entretien enregistré la veille. Le reporter était acquis d’avance à la cause des universistes et ses questions avaient été soigneusement préparées et triées par le Bureau Central, sous les directives éclairées d’Emst Vitan, le qualiteur attitré du gouverneur Akheb.

— Monsieur le gouverneur, bonsoir ! Si nous avons choisi d’informer notre public sur une personnalité telle que vous, c’est avant tout parce qu’il nous a semblé que trop peu de gens vous connaissent réellement. Si votre modestie n’en souffre pas trop, nous aimerions retracer brièvement votre carrière au sein même de notre chaîne vidéo…

— Oh, vous savez, ma carrière a commencé bien avant que je n’occupe certaines fonctions sur la C.V.U.

— Oui, vous êtes sorti de notre Centre Planétaire d’Histoire Politique avec le grade d’aspirant-commandeur, n’est-ce pas ?

— C’est ça. Vous êtes parfaitement renseigné. »

Extrait de : C. Yves. « Jhedin Ovoghemma. »

Panique chez les poissons solubles par Max Anthony

Fiche de Panique chez les poissons solubles

Titre : Panique chez les poissons solubles
Auteur : Max Anthony
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir

Première page de Panique chez les poissons solubles

« C’était un jour gris et venteux. Ned Lucas, agent des services secrets européens, suivait, dans la Cinquante-troisième Rue, un jeune savant de l’université de Paris. Cette filature, il la faisait pour remplacer un collègue américain, qui un jour lui avait rendu service en Europe. Surveiller et éventuellement protéger Tim Grandville, 29 ans, génie de l’informatique célèbre sur toutes les planètes colonisées, c’était là sa mission.

« Je crois qu’il ne se passera rien, songeait Ned. Tant mieux ! Ainsi, je n’aurai même pas à faire la connaissance de cet énergumène. Non mais, regardez-moi un peu l’air qu’il a, cet hurluberlu ! »

Les synthétiseurs-walkman étaient à présent à la mode. L’ultraminiaturisation avait rendu possible ces merveilles : deux claviers de type piano, parfaitement souples, très légers et qui se fixaient facilement, verticaux et parallèles, sur n’importe quel pull-over ou blouson. Tout en marchant dans la rue, on pouvait alors jouer sa propre musique – accompagnée par des rythmes automatiques – et la garder pour soi grâce aux écouteurs.  »

Extrait de : M. Anthony. « Panique chez les poissons solubles.  »

Les autos carnivores par Max Anthony

Fiche de Les autos carnivores

Titre : Les autos carnivores
Auteur : Max Anthony
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les autos carnivores

« Cette station-service, sur le bord de l’autoroute, avait vraiment un air sinistre. Surtout avec le vent qui mugissait et les nuages sombres qui passaient à toute vitesse devant Luminoir, le soleil.

Soleil énorme, rouge, terne, comme sans vie, sans chaleur.

Non loin des pompes à essence, il y avait une petite terrasse en plein air, supportant six tables de fer toutes rouillées : la station-service faisait aussi office de café.

Assis devant deux verres de bière, Ned Lucas et Frank Milazzo, agents des services secrets européens, restaient silencieux. Ils n’en revenaient pas de l’ennui monumental qui semblait peser sur Géolonoir, cette planète.

— Je me sens un peu les idées noires, fit Ned. Tu n’aurais pas une blague à raconter, Frank ?

Frank sourit. Né de parents marseillais, il en avait hérité une bonne humeur quasi permanente. »

Extrait de : M. Anthony. « Les autos carnivores. »