Étiquette : Fleuve noir
Argyll par Bertrand Passegué

Fiche de Argyll
Titre : Argyll (Tome 2 sur 5 – Bêta IV Hydri)
Auteur : Bertrand Passegué
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Argyll
« Le rêve commençait toujours de la même manière : un bourdonnement léger dans le silence profond, un petit projectile noir virevoltant devant son visage ; puis des dizaines, des centaines, tandis que le bruit devenait plus intense.
Nuit après nuit, le songe se déroulait de la même façon. Il débutait immuablement par ce ballet désordonné des petites formes noires, puis les minuscules créatures sombres se rassemblaient en essaim au centre de la pièce et amorçaient un lent mouvement giratoire qui s’accélérait rapidement. À ce stade, Simonsson sentait la peur l’envahir. Il reculait lentement, jusqu’à sentir le contact glacé du mur dans son dos. Devant lui, le tourbillon se dilatait pour former un tunnel d’où s’échappait une lueur dorée de plus en plus vive. Le grondement devenait presque inaudible, mais il en percevait encore les vibrations hypnotiques qui le secouaient tout entier.
Et dans l’éclatante lumière dorée, une silhouette indécise commençait à se matérialiser. C’était le moment où la terreur atteignait son paroxysme. Il voulait détourner le visage, abaisser les paupières sur ses yeux douloureux pour ne rien voir, mais c’était impossible. »
Extrait de : B. Passegué. « Argyll – Bêta IV Hydri. »
Le dieu du delta par Bertrand Passegué

Fiche de Le dieu du delta
Titre : Le dieu du delta (Tome 1 sur 5 – Bêta IV Hydri)
Auteur : Bertrand Passegué
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le dieu du delta
« Nathan Stone détourna le regard des plaques de glace en formation et scruta une dernière fois attentivement la berge en aval. Aucune trace de Wowocka. Là-bas, dans la brume légère qui recouvrait le delta, pas le moindre signe de vie.
Il soupira et se décida à reprendre le chemin du vaisseau. Malgré son épais manteau, il ne parvenait pas à se réchauffer. Cette fois, l’hiver était bien là, un hiver qui, à en croire les officiers scientifiques, devait être bref, mais rude. Comment Wowocka et ses compagnons auraient-ils pu réussir à survivre, sans vêtements chauds, sans couvertures, sans outils ni armes ? Quelle folie…
En arrivant en haut du versant de la vallée, il se retourna pour jeter un coup d’œil en arrière. Les eaux calmes du grand fleuve luisaient comme un miroir d’acier poli. Il reprit sa marche. Devant lui s’étendait l’immense plaine couverte de neige à perte de vue, et presque indistincte dans le lointain, la ligne un peu plus sombre qui marquait les premiers contreforts d’une puissante chaîne de montagnes couvertes de forêts. »
Extrait de : B. Passegué. « Le dieu du delta – Bêta IV Hydri. »
Rézo par Laurent Genefort

Fiche de Rézo
Titre : Rézo
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rézo
« Devin Destréez s’accouda à la rambarde de la fontaine, au pied du plus haut building du monde. Des projecteurs invisibles transformaient l’eau en cascades de plomb fondu, qui bouillonnaient d’énormes dés amalgamés les uns aux autres. L’adolescente pouvait voir, en contrebas, le tapis lumineux de Veracruz effiloché sur la baie, qui piquetait la nuit. L’intense pollution lumineuse l’avait toujours gênée pour regarder Jupiter ou les cratères de la Lune au télescope, les nuits d’insomnie. Des nuits comme celle-ci.
Devin soupira. Depuis combien d’années n’avait-elle pas touché à son télescope ? Si ça se trouvait, l’azote liquide du capteur avait fini par fuir et il était inutilisable.
La rumeur d’un trafic autoroutier montait d’un lacis d’échangeurs, à moins de deux cents mètres. En dépit de l’heure tardive, il y avait toujours de l’affluence autour de la Flèche Wright-Guofeng, une tour de trois mille six cents pieds de haut qui s’enfonçait dans les nuages. »
Extrait de : L. Genefort. « Rézo. »
Les peaux-épaisses par Laurent Genefort

Fiche de Les peaux-épaisses
Titre : Les peaux-épaisses
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les peaux-épaisses
« Une semaine que Roko moisissait dans une cabine de troisième classe sans hublot, dans un rafiot postal pourri. Une semaine à pianoter sur un terminal tout aussi pourri pour y piocher trois lignes de renseignements.
Hyllos : une naine brune autour d’un soleil massif, chauffé à blanc – un globe d’hydrogène et de méthane quarante fois plus lourd que Jupiter, touillé d’orages grands comme dix Terre.
— Et c’est dans cet endroit charmant que je me rends, grommela Roko en poursuivant le défilement du moniteur.
Le moniteur reflétait l’image verdâtre d’un gabarit mi-lourd d’une quarantaine d’années, à l’expression neutre, aux muscles longilignes de coureur de fond. Étrangement, l’écran ne parvenait pas à saisir ses yeux, qui restaient plongés dans l’ombre – à moins qu’ils ne fussent de la même couleur que l’écran.
La “forme de vie dominante” était un truc médusoïde de dix kilomètres de diamètre, dérivant à la façon d’une montgolfière dans la stratosphère de la super-jovienne. »
Extrait de : L. Genefort. « Les peaux-épaisses. »
Les engloutis par Laurent Genefort

Fiche de Les engloutis
Titre : Les engloutis
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1999
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les engloutis
« Ruben essayait en vain de se concentrer sur la partie de dominos en cours. Sans cesse, ses yeux revenaient à la porte blindée derrière lui, que la vitre de la porte, au bout de la travée, réfléchissait. Avachis sur des strapontins, les deux gardes de faction ronflaient bruyamment, leur casque à leurs pieds. L’un d’eux bavait aux commissures des lèvres. À part les policiers, le compartiment du wagon pressurisé était vide.
— Tu n’es pas au jeu, lui reprocha Pavjid en posant un double trois. Ne me dis pas que tu penses encore à tes foutus problèmes de N-7… Carré.
Pendant que le systématicien ramassait les quatre dominos sur le damier noir et jaune, Ruben délaissa la porte vitrée pour diriger son regard vers la fenêtre blindée. Une plaine tourmentée, jonchée d’une caillasse grise, s’étendait jusqu’à l’horizon incliné de cinq degrés par la perspective déchiquetée des Monts Himmelen, vers lequel le petit soleil blanc-jaune déclinait. À ce point de la terraformation, Hanouri était toujours un désert rébarbatif, dont la biomasse se réduisait pour l’essentiel à des bactéries extrémophiles, des lichens et des fougères à haut rendement photosynthétique. »
Extrait de : L. Genefort. « Les engloutis. »
Les chasseurs de sève par Laurent Genefort

Fiche de Les chasseurs de sève
Titre : Les chasseurs de sève
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les chasseurs de sève
« Le soleil tombait en oblique de la voûte, par le filtre vert de la frondaison. Certaines feuilles, vernissées comme des piments, s’enroulaient sur elles-mêmes, à l’instar de grosses chenilles inertes.
— Eh, Piérig ! lança Masir dans son dos. Tu as une crampe ou quoi ? C’est à ton tour de pédaler.
— Tu as un sablier dans la tête, répliqua Piérig un peu agacé. À la prochaine colonne, d’accord ?
À l’instant où il disait cela, l’écho d’un craquement se répercuta dans l’Arche. Un bruit qui avait quelque chose d’un clappement de mâchoire gigantesque, et qui provenait d’en bas. Instinctivement, les muscles du jeune homme se contractèrent. Il n’avait pas peur d’une éventuelle rupture de l’alliane qui les portait, non. Il pensait à l’Histoire. Ventremonde, l’ogre-monde d’où était née l’humanité, quand le temps ne coulait pas de la même manière.
Ventremonde avait modelé l’homme et la femme sur ses flancs de roc, les avait nourris de sa terre, afin de les avaler, une fois qu’ils auraient procréé en nombre suffisant pour apaiser sa faim. »
Extrait de : L. Genefort. « Les chasseurs de sève. »
Le sang des immortels par Laurent Genefort

Fiche de Le sang des immortels
Titre : Le sang des immortels
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le sang des immortels
« Le temps-rapide, parfois, le rappelait à l’ordre.
Le temps des sang-rouge, des humains. Le seul en tout cas que leur cerveau était capable de concevoir. Souvent, ils venaient le trouver dans sa caverne et déverser sur lui des torrents d’ondes acoustiques organisées – des mots. Le Drac les écoutait. Quand une cellule de sa multiconscience (autrement dit son moi-rapide) émergeait dans le temps-rapide, elle en profitait pour remettre à jour ses connaissances dans le langage des sang-rouge. Le Drac l’avait forgé dès le début à leur intention, mais il variait un peu au cours des années, même si eux ne changeaient pas.
Une cellule de sa multiconscience se détacha de son moi-lent, afin d’intégrer les données acquises récemment. Il faisait jour, la mousson était passée à en juger par la couleur du liseron, à l’entrée rectangulaire de son repaire. Son corps, vieux de cent mille ans, conservait sa cohérence originelle et ne souffrait d’aucune défaillance. »
Extrait de : L. Genefort. « Le sang des immortels. »
Le monde blanc par Laurent Genefort

Fiche de Le monde blanc
Titre : Le monde blanc
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le monde blanc
« Les bonbonnes métalliques s’entrechoquaient dans un silence de mort. Bouteilles encombrantes, craquelées, d’un blanc émaillé les faisant paraître fragiles, à la limite de l’éclatement. Lester en percevait le martèlement sourd à travers les boudins de ses gants. « Un jour, songea le garçon, elles vont exploser entre mes mains, et m’asperger de liquide à moins 200°… Mes doigts gèleront, ma peau collera au rembourrage intérieur ! il faudra les découper au laser… »
Bien sûr, il exagérait. Cet accident ne s’était produit qu’une fois dans le passé. Une seule fois. Mais Lester avait besoin de concentrer sa haine sur quelque chose pour ne pas la laisser éclater dans la radio.
— Saloperies de bouteilles…
Il détestait les corvées d’entretien : chacune d’elles lui rappelait dans quel état de délabrement se trouvaient les centres vitaux de l’arcologie. »
Extrait de : L. Genefort. « Le monde blanc. »
Le continent déchiqueté par Laurent Genefort

Fiche de Le continent déchiqueté
Titre : Le continent déchiqueté
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le continent déchiqueté
« Les étoiles clignotèrent dans la Porte de Vangk, avant de disparaître. Le plan singulaire se formait, ouvrant une faille de néant à l’intérieur de la construction spatiale en forme d’anneau. Cet anneau mesurait un peu plus d’un kilomètre et demi de diamètre. Durant une période estimable en millisecondes, un vaisseau se matérialisa, fonçant à six kilomètres par seconde vers Ophius, une étoile avortée autour de laquelle orbitait la Porte de Vangk.
La Porte se referma, pour se rouvrir douze secondes plus tard. Au bout d’une minute et demie, elle avait régurgité sept navires, de tailles, de formes et de fonctions différentes. Aucun d’entre eux ne portait de pavillon, ni de signe distinctif. Leurs transmissions étaient codées selon des protocoles sécurisés de haut niveau.
Six vaisseaux commencèrent aussitôt à décélérer, tout en déployant leurs trajectoires tactiques vers Ophius. »
Extrait de : L. Genefort. « Le continent déchiqueté. »
Le bagne des ténèbres par Laurent Genefort
Fiche de Le bagne des ténèbres
Titre : Le bagne des ténèbres
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le bagne des ténèbres
« La trappe bascula dans un bruit de tonnerre sur l’homme accroupi dans la sphère. Un McM9 s’occupa de sceller les rivets explosifs au reste de la structure.
« Trois minutes avant éjection », pulsa une puce LED dans sa vision périphérique. Le chuintement de l’air dans le scaph : quatre heures d’oxygène après son largage de la navette régulière dans l’atmosphère délétère de Kro.
Kro : une planète dont on avait renoncé depuis longtemps à terraformer la surface, ce pour deux raisons majeures : sa pesanteur, équivalant à peu près au double de celle de la Terre, et sa jeunesse, à peine deux milliards d’années. Kro était un monde en gestation, à la croûte terrestre encore brûlante, à l’activité volcanique intense. L’atmosphère était un délicieux mélange de méthane, d’ammoniac et de quelques autres composés mortels. Les seules pluies qui arrosaient le continent
étant sulfureuses… ou météoriques.
Derrière le hublot de polysilicate, l’homme crut voir le robot lui adresser un signe d’adieu. Peut-être programmé par un pilote qui raconterait en rentrant à ses copains : « Une bonne action, les gars. Le type jeté sur Enfer, sa dernière pensée sera sûrement pour moi ! »
Extrait de : L. Genefort. « Le bagne des ténèbres. »