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Dites-le avec des mots par Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne

Fiche de Dites-le avec des mots

Titre : Dites-le avec des mots
Auteur : Jean-Pierre Vernay et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Sommaire de Dites-le avec des mots

  • Dites-le avec des mots
  • Les portées du silence
  • Vénus aux papiers
  • Le vol de la mésange
  • Les jours d’été
  • Eh ! Et si l’amour des étoiles avait plus de rapports avec la chair qu’on ne le croit ?

Première page de Dites-le avec des mots

« Le papier huilé de la baie vitrée s’était encore décollé. Saleté de vent ! Non seulement il n’y avait pas moyen de garder une seule fenêtre en bon état, mais les turbulences empêchaient aussi le poêle de tirer convenablement ! La pièce était pleine de fumée – une fumée noire et puante.

— Vous n’auriez pas dû l’allumer avec un vieux pneu, monsieur André.

— Taisez-vous, vous ! Encore une remarque et je vous jette dehors. Il ne manque pas de remplaçantes sur le marché du travail… Et je vous le dis pour la dernière fois : ne m’adressez jamais la parole !

André Deligne avait une véritable phobie du dialogue. Tout, toujours, avait déjà été dit par d’autres, avec les mêmes formules, les mêmes mimiques, les mêmes intonations… Chaque fois qu’il ouvrait la bouche, Deligne avait l’impression de répéter les répliques de tout un tas de gens morts et enterrés depuis longtemps, et se sentait la bouche emplie d’une sorte de goût de pourriture. »

Extrait de : J.P Vernay et E. Jouanne. « Dites-le avec des mots. »

Rêve de chair par Emmanuel Jouanne et Jacques Barbéri

Fiche de Rêve de chair

Titre : Rêve de chair
Auteur : Jacques Barbéri et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de Rêve de chair

« Herb Duncan écoutait depuis quelques minutes les bruits de la forêt. C’était la mi-juin, l’été, et les insectes s’en donnaient à cœur joie dans les arbres et les fourrés. Quelque part, au loin, un oiseau chantait. Un corbeau ? Non, c’était encore trop mélodieux.

Dommage.

Il grimpa à l’arrière du camping-car Volkswagen gris métallisé. Il avait hâte de voir à quoi tout ça ressemblait. Il avait vraiment hâte de voir à quoi tout ça ressemblait. Il avait claqué un sacré paquet de fric (en marks !) pour acheter les cent pièces de la collection – une collection complète, unique, rarissime, inestimable, le type qui tenait le magasin d’« antiquités » de ce lointain faubourg de Hambourg le lui avait garanti.

Le mini-frigo Brandt bourdonnait sous le mini-évier en inox…

Herb s’approcha, transpirant abondamment sous son T-shirt, une espèce d’horreur dernier cri, avec une hache en relief s’échappant d’une plaie béante en plastique. »

Extrait de : J. Barbéri et E. Jouanne. « Rêve de chair. »

Mémoires de sable par Emmanuel Jouanne et Jacques Barbéri

Fiche de Mémoires de sable

Titre : Mémoires de sable
Auteur : Jacques Barbéri et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 2015
Editeur : La Volte

Première page de Mémoires de sable

« La salle, gigantesque, était plongée dans une pénombre bleutée. Les gestes de La Tête paraissaient floutés, comme s’ils prenaient place dans plusieurs dimensions à la fois. Cette impression était-elle imputable à la nature fantomatique de l’éclairage et à la peur qu’engendrait la terrifiante pression de l’autorité suprême ? Ou bien à une réalité tangible qui situait La Tête au-delà de l’humain ? Difficile de trancher. Elle se déplaçait derrière son bureau en agitant ce que l’on pourrait qualifier de bras, même si leur longueur et leur finesse les apparentaient plutôt à des pattes d’insecte.

La Tête avait une voix à la fois caverneuse et sifflante, comme si elle tombait du ciel et vrombissait en pénétrant dans l’atmosphère.

Elle fit le tour du bureau – immense plateau noir, laqué, constellé de reflets, miroir d’un ciel étoilé –, disparut dans un trou noir, réapparut dans une fontaine de lumière en une chorégraphie tentaculaire :

— J’ai l’impression que la situation est en train de vous échapper, doktor Ravon…

L’homme qui lui faisait face flottait dans une blouse blanche tellement ample qu’il paraissait être en apesanteur, retenu au sol par des semelles plombées. »

Extrait de : J. Barbéri et E. Jouanne. « Mémoires de sable. »

La côte dorée par K. S. Robinson

Fiche de La côte dorée

Titre : La côte dorée (Tome 2 sur 3 – Orange county)
Auteur : Kim Stanley Robinson
Date de parution : 1988
Traduction : E. Jouanne
Editeur : J’ai lu

Première page de La côte dorée

« Bip-bip !

Tût-tût.

Jim McPherson passe la tête par la vitre de sa voiture, interpelle une Minihonda que son programme vient d’engager automatiquement devant lui sur la rampe d’accès.

— Tu m’as coupé la route !

L’homme dans la Minihonda se retourne pour le regarder, l’air déconcerté. La vieille Volvo de Jim fait un brusque bond en avant sur le rail en courbe et d’un seul coup Jim se retrouve à pendouiller à moitié dehors, par la portière, vacillant, le visage à quelques centimètres du béton de l’autoroute. Abe Bernard l’attrape par la ceinture et le ramène à l’intérieur, ouf !

Il fait nuit dans le Comté d’Orange – ici – et les quatre amis croisent en autopie. »

Extrait de : K. S. Robinson. « La Côte Dorée – Orange county. »

Nuage par E. Jouanne

Fiche de Nuage

Titre : Nuage
Auteur : E. Jouanne
Date de parution : 1983
Editeur : La Volte

Première page de Nuage

« Prune avait allumé un feu de camp dans le couloir central du vaisseau, en prenant garde de se placer assez loin de la glycine en fleur, de façon que les flammes ou la fumée n’aillent pas lécher méchamment les arcs entremêlés de la plante grimpante.
Elle présentait ses mains devant le foyer comme pour se réchauffer, bien que la climatisation fonctionnât à merveille et qu’il ne fît pas froid. Elle avait largement pioché dans la réserve de bois d’arbres fruitiers gracieusement mise à la disposition des passagers, et le combustible s’était révélé parfaitement sec. Des ventilateurs aspiraient sans bruit la colonne de fumée qui s’élevait du cône de branchages.
Prune veillait à ne pas offrir les plis de sa robe à la bouche ronflante du feu ; elle serrait entre ses genoux le tissu de son vêtement dont tous, à bord du Foyer, doux foyer, s’accordaient à dire qu’il paraissait trop sobre pour une fillette de neuf ans. »

Extrait de : E. Jouanne. « Nuage. »

Le rêveur de chats par E. Jouanne

Fiche de Le rêveur de chats

Titre : Le rêveur de chats
Auteur : E. Jouanne
Date de parution : 1988
Editeur : Denoël

Première page de Le rêveur de chats

« Vous dansez ? » demanda le nuage à la lumière, qui vira au rouge, puis balbutia un consentement.
C’était en ce temps de perverse innocence où la danse suffisait à insuffler la fertilité chez les danseurs ; bientôt, le nuage et la lumière roulèrent et boulèrent entre les draps noirs et piqués d’or, roucoulèrent et se bouchonnèrent, devinrent l’embryon rebondi de leur propre progéniture. Le marmot cosmique absorba père et mère sans le moindre scrupule, mais ne les anéantit pas : l’œil des grandes nourrices passagères les distinguait encore, quoiqu’ils eussent rétréci pour se mettre au diapason du petit.
Le nuage prêta ses longs bras pour happer les éléments-aliments. La lumière prêta sa chaleur pour cuire, fondre et digérer. »

Extrait de : E. Jouanne. « Le rêveur de chats. »

L’âge de fer par E. Jouanne

Fiche de L’âge de fer

Titre : L’âge de fer
Auteur : E. Jouanne
Date de parution : 1988
Editeur : Patrick Siry Editeur

Première page de L’âge de fer

« — Pardon, je l’ai pas fait exprès…
Ligoté à son panneau d’interdiction de stationnement, Néon ne demandait pas mieux que de croire la jeune femme, mais ça ne l’avançait pas tellement ; il était incapable de bouger ne fût-ce que le petit doigt et se sentait tout à fait ridicule. Déjà, certains passants s’arrêtaient pour le regarder.
— Vous pouvez pas m’enlever ça ?
Il tenta de désigner du menton le cocon rose vif qui l’enveloppait, et dont il ne comprenait ni la nature ni la provenance. Il avait simplement heurté la jeune femme sur le trottoir, en la dépassant, et s’était aussitôt retrouvé dans cette ingrate position, réduit à l’impuissance, objet de l’ironie populaire.
— Je ne sais pas… Je n’en suis pas sûre.
Elle le toisait d’un œil narquois désagréable au possible. »

Extrait de : E. Jouanne. « L’âge de Fer. »

Ici-bas par E. Jouanne

Fiche de Ici-bas

Titre : Ici-bas
Auteur : E. Jouanne
Date de parution : 1984
Editeur : Denoël

Première page de Ici-bas

« Tom devait faire la vaisselle, à ce moment-là. Ou la cuisine. Ce contact permanent avec les à-côtés les plus prosaïques de l’existence semble lui procurer une certaine satisfaction. Peut-être même du plaisir – ou simplement cette béatitude stupide qu’engendre l’absence de pensée. Il doit bien y avoir une raison, en tout cas, pour que ses journées ne soient que prolifération de menus travaux, maquillage, toilette, ménage, couture, repassage, courses… Tom est comme ça. Tous les jours.
Je préfère quant à moi faire travailler mon cerveau. Je crois, sans me vanter, avoir quelques facilités de ce côté. Après les heures fastidieuses que je passe au magasin à vanter mes vieilleries aux chalands, à établir mes comptes et à m’ennuyer ferme, je ne trouve rien de plus émouvant que la chaleur de la musique ou les longues plongées dans les profondeurs de la bibliothèque ou de la pinacothèque. Je peux passer des heures dans mon fauteuil, les oreilles calées entre les enceintes de l’équipement stéréo, les yeux braqués sur l’écran de la télé ou sur les lignes imprimées. »

Extrait de : E. Jouanne. « Ici-bas. »

Damiers imaginaires par E. Jouanne

Fiche de Damiers imaginaires

Titre : Damiers imaginaires
Auteur : E. Jouanne
Date de parution : 1982
Editeur : Denoël

Première page de Damiers imaginaires

« — Tu verras, toi aussi, un jour ta maison cessera de voler et ira s’écraser sur le sol ! Tu verras !
Les mots résonnèrent dans le bar presque désert, et les têtes des rares consommateurs se tournèrent dans la direction d’où provenait la voix triste, éraillée, tordue par l’alcool.
— Tu verras, reprit l’homme, tu ne te moqueras plus de moi quand ça t’arrivera. Tu viendras ici pour boire, toi aussi, et pour prévenir tes connaissances de ton prochain départ.
Il agitait un doigt mi-accusateur mi-implorant sous le menton hirsute de l’autre, qui le regardait avec une expression indéfinissable. Ses coudes balayaient une flaque sirupeuse qui séchait sur la table ronde, et menaçaient de faire choir d’un instant à l’autre les innombrables chopes vides en verre authentique qui encombraient le plateau plastifié. »

Extrait de : E. Jouanne. « Damiers imaginaires. »

Cruautés par E. Jouanne

Fiche de Cruautés

Titre : Cruautés
Auteur : E. Jouanne
Date de parution : 1987
Editeur : Denoël

Sommaire de Cruautés

  • Déserts
    • Les prisons
    • Hospitalité
    • L’âge de pierre
    • Multiplication du voleur
    • Si vous balbutiez encore dans votre tombe de pierres …
    • La course de Casanova
  • Villes
    • Comment, quand et où mourut le temps …
    • Cessons de nous tourmenter …
  • Avions
    • Les masques du clown
    • Cruautés
    • Extinction des feux
  • Conclusion
    • Le suicite sans fin

Première page de Les prisons

« Au centre du monde, les prisons qui voyagent se croisent et, quelquefois, se remarquent. Elles cessent alors de se dandiner en direction de l’autre côté de la ville et se mettent à se flairer, à entamer leur étrange ballet maladroit au détour d’une rue, sans se soucier des passants qui jettent aux lourds barreaux des regards épais et furieux.
C’est que la ville constitue le monde, et que les prisons viennent de sa périphérie, c’est-à-dire de cet endroit qui n’en est pas un, de cet endroit auquel personne ici ne parvient à penser vraiment. Nous savons, bien sûr, que la ville dessine un cercle plein, que le monde dessine une sphère, mais concevoir l’élément dans lequel se meut ce cercle ou cette sphère nous restera à jamais impossible. Autour de leurs tasses de thé, les vieilles femmes tourmentées par leur veuvage racontent toutes sortes d’histoires fantaisistes au sujet des prisons et de l’extérieur du monde, mais personne ne les écoute réellement ; leurs phrases chevrotantes glissent sur la nappe de dentelle et tombent sur le parquet ciré, où chacun les piétine allègrement. »

Extrait de : E. Jouanne. « Cruautés. »