Étiquette : Le passager clandestin
Aucune femme au monde par C. L. Moore

Fiche d’Aucune femme au monde
Titre : Aucune femme au monde
Auteur : C. L. Moore
Date de parution : 1944
Traduction : A. Rosenblum, D. Bellec
Editeur : Le passager clandestin
Première page d’Aucune femme au monde
« Elle avait été la plus ravissante créature dont les ondes aient jamais propagé l’image. John Harris, son imprésario de ce temps-là, se remémora avec obstination la beauté qui avait été la sienne tout en montant par l’ascenseur silencieux vers la pièce où Deirdre était assise à l’attendre.
Depuis l’incendie de la salle de spectacle qui l’avait anéantie un an auparavant, il n’avait jamais pu se laisser franchement aller à évoquer sa beauté, sauf quand une vieille affiche, à demi déchirée, venait lui mettre son visage sous les yeux, ou quand une émission commémorative larmoyante faisait surgir son image sans qu’il s’y attende sur l’écran du téléviseur. Mais à présent il était obligé de se souvenir. »
Extrait de : C. L. Moore. « Aucune femme au monde. »
Nous mourons nus par J. Blish

Fiche de Nous mourons nus
Titre : Nous mourons nus
Auteur : J. Blish
Date de parution : 1969
Traduction : B. Martin
Editeur : Le passager clandestin
Première page de Nous mourons nus
« Quand Alexei-Aub Kehoe Salvia Soleil-Lune-Lac Stewart, de San Diego, sortit pour déjeuner, il trouva une demi-douzaine d’hommes munis de marteaux piqueurs en train de défoncer la rue devant l’immeuble ; les lames aiguës des outils découpaient en molles plaques rectangulaires l’asphalte qui se soulevait en lentes bulles. Le tintamarre était effrayant et une ronde nombreuse de moins de vingt ans dansait à son rythme, protégée des risques de la circulation par les barricades que la police avait dressées en travers des deux accès au pâté de maisons. Sous leurs masques à gaz, ils évoquaient après un instant d’actifs tâtonnements mentaux une gravure sur bois de la Totentanz par Hans Holbein le Jeune.
Non qu’il fût lui-même beau à voir, même sans masque à gaz, mais il s’y était résigné depuis longtemps. Il avait les cheveux blonds mais rien d’un Viking… En fait, il était plutôt petit par rapport aux normes modernes de sous-alimentation, et pire encore, il était grassouillet, ce qui lui attirait de la part des gens ces regards de haine et d’envie mêlées que ressentent les sous-alimentés envers ceux qu’ils soupçonnent de se bourrer au râtelier public. »
Extrait de : J. Blish. « Nous mourrons nus. »
Le temps d’un souffle, je m’attarde par R. Zelazny

Fiche de Le temps d’un souffle, je m’attarde
Titre : Le temps d’un souffle, je m’attarde
Auteur : R. Zelazny
Date de parution : 1966
Traduction : J. Bailhache
Editeur : Le passager clandestin
Première page de Le temps d’un souffle, je m’attarde
« On l’appelait Gel. C’était la plus belle, la plus puissante, la plus difficile à comprendre de toutes les créations de Solcom.
C’est pourquoi il portait un nom, et c’est pourquoi on lui avait confié l’empire d’une moitié de la Terre.
Le jour où Gel fut créé, Solcom avait souffert d’une discontinuité de ses fonctions complémentaires s’apparentant à la folie. Elle avait été causée par une éruption solaire sans précédent qui dura un peu plus de trente-six heures. Elle se produisit pendant une phase vitale de la structuration des circuits, et quand elle fut terminée Gel le fut aussi.
Solcom était ainsi dans la situation unique d’avoir créé un être unique pendant une période d’amnésie temporaire. »
Extrait de : R. Zelazny. « Le temps d’un souffle, je m’attarde. »
A voté par I. Asimov

Fiche d’A voté
Titre : A voté
Auteur : I. Asimov
Date de parution : 1955
Traduction : D. Hersant
Editeur : Le passager clandestin
Première page d’A voté
« Linda, dix ans, était la seule personne de la famille qui semblât prendre plaisir à être réveillée. Norman Muller l’entendait, en ce moment, à travers la torpeur cotonneuse et malsaine dans laquelle il était plongé. Il avait enfin réussi à s’endormir une heure auparavant, mais c’était d’épuisement plus que de sommeil. Maintenant, la fillette était à son chevet et le secouait en criant :
« Papa, papa, réveille-toi. Réveille-toi !
— Ça va, Linda, murmura-t-il en réprimant un grognement.
— Mais, papa, il y a des policiers partout… plus que d’habitude. Des cars pleins d’agents et tout ça… »
Extrait de : I. Asimov. « A voté. »
La vague montante par M. Zimmer Bradley

Fiche de La vague montante
Titre : La vague montante
Auteur : M. Zimmer Bradley
Date de parution : 1995
Traduction : E. Vonarburg
Editeur : Le passager clandestin
Première page de La vague montante
« À la seconde près, grâce au chronomètre de bord, grâce aussi au bourdonnement presque imperceptible émis par l’écran avertisseur, Brian Kearns sut quand les limites de tolérance du champ gravitationnel avaient été atteintes. Il s’accorda une marge de sécurité d’une bonne dizaine de secondes – c’était un jeune homme à l’esprit pratique et méthodique, il lui avait fallu douze ans pour s’entraîner à cette tâche, et il l’avait pratiquée pendant quatre ans et demi. Il détacha enfin les courroies de sa couchette, une nacelle semblable à un nid qui se balançait librement, et où il s’était tenu allongé, attentif aux seuls mouvements, aux seuls bruits de ses complexes instruments de contrôle. Comme une mouche, il se déplaça patiemment, centimètre par centimètre, le long de la paroi puis, en se retenant à une poignée, il tourna vers l’extrême gauche un commutateur bien particulier. »
Extrait de : M. Zimmer Bradley. « La vague montante. »
La tour des damnés par B. W. Aldiss

Fiche de La tour des damnés
Titre : La tour des damnés
Auteur : B. W. Aldiss
Date de parution : 1972
Traduction : G. Abadia
Editeur : Le passager clandestin
Première page de La tour des damnés
« Quel est donc ce poème, demanda Thomas Dixit, où il est question de “cavernes aux profondeurs à jamais insondables par l’homme” ? » Mais sa voix résonna dans l’enfilade des cavernes et la question resta sans réponse. Quelques pas plus loin, perdu dans ses propres pensées, Peter Crawley le suivait sans mot dire.
Cela faisait plus d’un an que Dixit avait effectué ici son séjour forcé. Il s’était octroyé quelques jours de congé, à la réserve où il travaillait, pour venir accomplir ce dernier pèlerinage avant la démolition totale. Il régnait encore une certaine activité dans ce qui restait des immenses structures de béton. Des techniciens, hindous pour la plupart, munis parfois de projecteurs individuels, transportaient des instruments. Des câbles traînaient un peu partout. Mais l’impression générale de désolation provenait surtout de l’usure prolongée visible sur toutes les surfaces. Partout des flots de population étaient passés, comme un torrent dans une caverne souterraine ; et partout, comme un torrent, leur vie s’était enfuie, oubliée, loin des regards du monde. »
Extrait de : B. W. Aldiss. « La tour des damnés. »