Étiquette : Les goulags mous

 

Les vitrines du ciel par Jacques Mondoloni

Fiche de Les vitrines du ciel

Titre : Les vitrines du ciel (tome 4 sur 4 – Les goulags mous)
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les vitrines du ciel

« John Picard n’aimait pas présider les réunions d’état-major car, malgré la vareuse rouge et or que lui conférait son titre de chef suprême des forces armées, il se sentait civil : le langage, l’état d’esprit militaire, lui étaient étrangers, et les rapports qu’il devait écouter auraient eu besoin d’une traduction simultanée. Les phases de la guerre africaine lui arrivaient aux oreilles décalées, et lorsqu’il lui prenait l’envie d’interrompre l’un de ces habiles tacticiens qui se faisaient fort de mettre l’ennemi en déroute, John Picard avait l’impression de lui répondre avec un temps de retard. Ses propos dérapaient, et la pertinence qu’il avait voulu y mettre se noyait dans l’écho.
Mais se taire étant consentir, il demandait toujours : « Quel est le maître du terrain ? », pour ne pas paraître stupide ou indifférent.
Il ne se trouvait cependant pas à la hauteur car, autour des maquettes tridimensionnelles représentant le champ de bataille, dans la rumeur des conversations dites techniques, il y avait toujours un général avec sa baguette pour lui expliquer que les troupes fédérales étaient sur le chemin de la victoire. »

Extrait de : J. Mondoloni. « Les vitrines du ciel – Les goulags mous. »

Les idées solubles par Jacques Mondoloni

Fiche de Les idées solubles

Titre : Les idées solubles (tome 3 sur 4 – Les goulags mous)
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les idées solubles

« Il lui sembla entendre une voix protester derrière lui, une grosse voix profonde qui paraissait provenir de la mer, de la rive balayée par le vent.
Toni Marsiale se retourna et jeta un coup d’œil par-dessus le parapet : les forains avaient installé leurs baraques, leurs manèges, leurs chimères électriques contre les tranchées de décantation de la plage du Prado, et de la musique, des enchères écumaient cette partie du littoral.
On était en mai et, depuis Pâques, les annonces, les projections, le vacarme de « La Fête du Printemps » ne réchauffaient pas l’atmosphère car il pleuvait tous les jours, la tempête menaçait, l’orage faisait des apparitions, le mistral tourbillonnait en lisière. Personne ne se pressait sur les galets moelleux et le sable élastique qui recouvraient l’immense chape de béton que la municipalité de Marseille avait coulée entre l’Aéro-mer de Roucas et l’usine d’épuration de la Pointe Rouge. »

Extrait de : J. Mondoloni. « Les idées solubles – Les goulags mous. »

Carthage en Amérique par Jacques Mondoloni

Fiche de Carthage en Amérique

Titre : Carthage en Amérique (tome 2 sur 4 – Les goulags mous)
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de Carthage en Amérique

« La congère, avec ses allures de groom dévalorisé, luisait devant le portail à moitié dégondé de l’hôtel. La glace fondait, il était deux heures de l’après-midi. Les passants entrebâillaient leur anorak, leur parka, leur pardessus, leur canadienne, les abominables vestes matelassées des surplus militaires qui empestaient la graisse ou l’insecticide, et regardaient le ciel, d’un gris métallique, s’ouvrir comme la porte coulissante d’un ascenseur de grand magasin. Le soleil, qui piétinait dans la cage, sortait avec impatience, avec violence, en faisant craquer les charnières. Les pannes de brouillard, d’un vert pus, allaient se réfugier vers d’autres rayonnages en marchant à reculons, et descendaient vers le sol en prenant les escaliers extérieurs des immeubles qui donnaient sur l’Hudson River. Des poches de grésil restaient stationnées à ras des gratte-ciel de Manhattan, le long de la rambarde de protection, semblant attirées vers le vide comme des candidats au suicide. »

Extrait de : J. Mondoloni. « Carthage en Amérique – Les goulags mous. »

Les goulags mous par Jacques Mondoloni

Fiche de Les goulags mous

Titre : Les goulags mous (tome 1 sur 4 – Les goulags mous)
Auteur : Jacques Mondoloni
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les goulags mous

« Le nez en marmite de Fussier, mon geôlier, reparaît sur le mur TV de ma cellule : c’est l’heure de me tourmente

— Tu sais à quoi je pense? demande-t-il, avec un sourire en coin qui coule sous ses narines.

Je sais à quoi il pense : seuls les résultats des courses égayent, en fin d’après-midi, ses traits de brute maniérée, fac-similé de tous les visages de brutes que les feuilletons télévisés proposent au public pour le divertir ou le faire frémir. Mon geôlier ambitionne de leur ressembler. Seulement, il n’a pas réussi à grimer ce qui lui tient d’âme : sa méchanceté ne va pas plus loin que le bout de son nez. Sa niaiserie humanise nos rapports. L’espoir de toucher le tiercé, grâce à mes prévisions, inverse nos rapports — une paire d’heures par jour. Je me venge alors des humiliations quotidiennes en lui répondant invariablement : — Je ne connais pas l’ordre d’arrivée.

— Pourtant, t’es télépathe…

— Oui, mais la prémonition c’est pas mon genre… »

Extrait de : J. Mondoloni. « Les Goulags Mous. »